#TourismeDurable

Chapitre 1 : Le bilan …

| Publié le 7 avril 2021 • Mis à jour le 12 avril 2021 à 7h29
Thèmatique :  Acteur associatif   Acteur privé   Espaces protégés   Territoire   Tourisme de masse 
         

On ne va pas s’étendre indéfiniment sur les aspects négatifs de la crise. Neuf fois sur dix, ce fut le point de vue retenu par les médias pour aborder le sujet : le verre à moitié vide, as usual. Tenons nous en aux nombres : le chiffre d’affaire généré par le tourisme dans notre pays s’est élevé à 120 Mds € en 2020. Contre 180 Mds en 2019. « Un tiers de perdu ! » se sont exclamé beaucoup. « Deux tiers de sauvés » nuancent d’autres, nous appelant à comparer notre situation à celle de la majorité des autres pays, dans lequel le déficit s’est véritablement révélé ca-tas-tro-phique. Et bien moins chez nous. Nous verrons bientôt pourquoi. Mais avant cela, pour rendre la chose concrète et tant qu’à prendre un exemple significatif, évoquons nos amis de chez Vaovert, la plate-forme des hébergements écoresponsables. Vaovert a perdu la moitié de ses établissements partenaires à cause du marasme. Mais le PGE (Prêt Garanti par l’Etat) de 120.000 € accordé lui a permis de faire face et surtout : une levée de fonds de 2 millions d’euros particulièrement significative en cette période (= confiance !), va permettre à cette belle aventure de se poursuivre et de contribuer à l’avènement désormais bien engagé d’un tourisme plus responsable…

Le pire évité

Si notre pays ne s’en sort pas si mal, c’est pour une raison toute simple : la majorité de la clientèle de la destination France est… française ! 60 à 70% des visiteurs qui font vivre l’économie touristique du pays sont français. Difficile d’être plus précis en l’absence de chiffres, car depuis plusieurs décennies les gouvernements successifs se sont exclusivement focalisés sur la clientèle étrangère. L’unique horizon visé depuis 10 ans ? (jamais atteint et sans cesse reculé !) : « Atteindre les 100 millions de visiteurs étrangers ». Depuis des lustres, l’Etat s’est totalement détourné de sa principale clientèle. Au point de démanteler l’Observatoire National qui s’y intéressait et que nous enviaient tous les pays du monde. « Nous souffrons de fait d’un réel manque de données » reconnait-on aujourd’hui jusque chez Atout France. Et ce n’est pas la moindre qualité de cette crise que d’avoir amené cette prise de conscience des pouvoirs publics. Comme le souligne Christian Mourisard, président d’ADN Tourisme (la fédération de tous les acteurs institutionnels) : « Les Français redécouvrent leur pays et c’est parfait. L’état semble lui découvrir que la clientèle française existe et n’est pas anodine ; et c’est très bien aussi. Il serait donc temps de s’intéresser à ces presque 40% de nos compatriotes qui ne partent pas en vacances ».

Antisocial (tu perds ton sang froid ?)

Car les premiers perdants de cette crise sont naturellement, comme toujours, les plus fragiles. Si quelques initiatives locales fortes comme celle du CRTL Occitanie ont permis aux plus démunis de découvrir le tourisme de proximité (LE principal fait nouveau, nous y reviendrons), « cette crise est une vraie catastrophe pour le tourisme social, constate Audrey Legardeur, directrice du CRT Bretagne (grande terre d’accueil). Du côté des colonies de vacances, notamment, ce fut terrible et énormément d’enfants n’ont pas pu partir ». « Tout un pan du tourisme social a été conduit au bord du gouffre, confirme Jean-Michel Blanc, administrateur d’Aïda, l’association des amis de l’IREST*. Sans moyen ni énergie pour s’adapter, nombre d’acteurs sociaux pourtant indispensables vont disparaitre ». Ce même Jean-Michel Blanc qui annonçait dans ses grandes lignes dès le mois d’avril 2020 (dans Futuribles), l’exact redéploiement du tourisme français ! Parce qu’il est médium ?… Non, et c’est là un point capital. Tout simplement parce que l’essentiel de ce qui nous arrive aujourd’hui n’est pas conjoncturel, mais… structurel !! L’ensemble des évolutions qui se sont produites depuis un an étaient non seulement prévisibles, mais prévues. Et pour la majorité d’entre elles, déjà engagées !

* Institut de Recherches et d’Etudes Supérieures du Tourisme de la Sorbonne

Le Grand Accélérateur

« Retour à l’authentique, élan vers la nature, tourisme de proximité… la pandémie n’a fait qu’accélérer les tendances lourdes observées depuis 4 ou 5 ans, exprime Marianne Chandernagor, directrice du Mondial du Tourisme et de Destination Nature (les salons constituant toujours d’excellents baromètres). Ainsi, le mot « parc » (sous-entendu « naturel ») a été le plus fréquemment tapé en ligne, quant au tourisme de proximité, il était devenu le premier axe de demandes depuis un certain temps déjà sur nos salons régionaux ». « Juger cette crise positive ou négative est juste une question de point de vue, estime pour sa part Pierre Torrente, enseignant à l’ISTHIA*. Elle va certes changer le tourisme mais pas le tuer. Mais le fait que vous vous retrouviez avec 5000 personnes par jour au Pont d’Espagne, n’a rien de conjoncturel. La pandémie a juste accéléré l’évolution et rendu aigu des problèmes structuraux – comme celui du sur-tourisme – annoncés depuis plus de dix ans ».

* Institut Supérieur du Tourisme de l’Hôtellerie et de l’Alimentation de l’Université de Toulouse 

ecotourisme vtt provence alpes côte d'azur

Le monde à l’envers

Nous aborderons plus loin le problème majeur de la gestion des flux. Force est déjà de reconnaître qu’ils ne s’appliquent plus en direction des mêmes destinations que par le passé, les Parcs Naturels ayant pris le relais des plages huppées. « C’est un peu le monde à l’envers, explique Jean-Pierre Martinetti, directeur général de la cité de la Culture et du Tourisme Durable*. Les destinations phares synonymes de promiscuité donc de contamination ont été fuies et les campagnes voire les déserts touristiques, pris d’assaut. Les sites naturels sont incontestablement les grands gagnants de cette crise ». Ce qui, naturellement, ne va pas sans poser divers problèmes, sur lesquels nous reviendrons. De fait, parce qu’elles étaient synonymes d’espace et de sécurité, nos campagnes n’ont jamais connu un tel succès. Même en zone littorale, l’intérieur des terres a souvent été privilégié. Quant à la montagne, elle n’avait pas connu telle affluence depuis des lustres. En particulier les petites stations familiales largement préférées aux « stations-usines ». Ce n’est d’ailleurs nullement un hasard si se tenaient il y a quelques jours les premiers « Etats généraux de la transition du tourisme en montagne ».

*et président du Cercle Stendhal

©T.HYTTE-Klip.fr
Hors ski de piste, jamais la montagne n’avait connue un tel succès © T.HYTTE-Klip.fr

La revanche des petits

« Nous avons fait une saison extraordinaire, confirme Thierry Gamot, maire d’Autrans et président de Nordicfrance (les activités de neige hors ski alpin) : le double de l’an dernier cet hiver. Avec confirmation cette année encore d’une recherche de stations plus humaines. Et les gens sont ravis par ce qu’ils découvrent ». Si les résidences secondaires font désormais le plein et si les établissements haut de gamme font plus que limiter la casse en récupérant toute la clientèle CSP+ qui partait d’ordinaire à l’étranger (report qui sera amplifié en 2021), c’est en effet le small is beautifull qui décrit le mieux les vagues successives ayant conduits toute l’année nos compatriotes déconfinés vers les espaces verts. C’est ainsi que le minuscule camping du hameau de Queaux, dans la Vienne, proposant des produits du terroir et des mini-concerts nocturnes a été « blindé de chez blindé toute la saison, aux dires d’Isabelle Soulard, conseillère départementale et secrétaire du Cercle Stendhal. L’agro-tourisme démarre enfin et le petit patrimoine a connu un succès fou : lavoirs, fontaines, fours à chaux, au même titre que les produits locaux. Les CDT ont souvent réagi agilement (on y reviendra), proposant, comme le Finistère ou Les Vosges des « vacances authentiques ». L’œnologie et la rando-œnologie entre autres ont cartonné et on ne trouvait plus un vélo correct en boutique : tous vendus ! Là où nous attendions 10 visiteurs par jour sur le dernier tronçon de l’euro-véloroute la Scandibérique qui vient d’ouvrir dans la Vienne, ils ont été plus de 200 ! ». 2020 restera donc (aussi) l’année où la petite reine est devenue grande.

La (suite) Le bilan … de la crise —- sera publié le 8 Avril
Chapitre 2 : les (nouveaux ?) problèmes —- publié le 9
Chapitre 3 : Les réponses ! Les réponses ! —- publié le 12
Last but not least … —- publié le 13


Chapitre 1 : Le bilan … | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Jerome Bourgine
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