#TourismeDurable
La feuille de chou est là

(suite) Le bilan … de la crise

| Publié le 8 avril 2021 • Mis à jour le 8 avril 2021 à 7h38
         

Dehors !!!

Ce n’est donc aucunement une surprise d’annoncer que l’outdoor et toutes les activités de plein-air ont fait carton plein. A commencer par le vélo « en augmentation dans toute la Bretagne jusqu’à souvent 40% de fréquentation en plus sur les vélo-routes », confirme Audrey Legardeur. Et la randonnée, bien entendu. « Il a fallu s’adapter, notamment au niveau des hébergements, mais cela ne nous a pas empêché de réaliser notre meilleure saison en 15 ans », témoigne Frédéric Certain, co-fondateur de Languedoc Nature. Ce, alors même que la majorité des gens se sont débrouillés seuls. « Après avoir perdu tout le début de saison, l’été fut vécu comme un véritable tsunami, confirme Laurent Bourdenet, directeur de Chamina Voyages. Pourtant, nous n’emmenions pas les gens où ils voulaient, mais… où l’on pouvait ! En dépit de cela, leur fort désir de sociabilité et de rencontres (plus que d’envie géographique précise et de dénivelé) ainsi que les commentaires enchantés qu’ils ont ensuite laissés sur les réseaux sociaux faisaient chaud au cœur. Pour nous qui œuvrons depuis des années à un tourisme plus responsable, cette nouvelle génération est un pur bonheur. Le plus motivant étant qu’on a l’impression, pour la première fois, que la majorité des acteurs : hébergeurs, institutions, etc. se dirigent vers davantage de responsabilité » (nous y reviendrons, naturellement).

De plus en plus de succès pour des campings de plus en plus durables © Thomas Lambelin

TTT ?

« J’ai pour ma part récupéré toute une nouvelle clientèle CSP+ voyageant d’ordinaire à l’étranger, témoigne Jérôme Serny, fondateur de Trottup. Batterie sur le dos, ils ont adoré découvrir le patrimoine culturel local en glissant entre les rangs de vigne sur leur TTT dernier cri (trottinette tout terrain, eh oui !) en faisant halte chez les viticulteurs. Des circuits de 10 à 25 km offrant une expérience complète, doublée d’un zéro bruit/zéro CO² qui est également pour nous l’occasion de communiquer sur la durabilité. La prise de conscience de ce côté ayant manifestement connu un plus»

Vélos, randos, trottinettes électriques tout terrain : les Français redécouvrent leur patrimoine

Même couplet dans la bouche de Sophie Combette, créatrice de Spotyride qui répertorie depuis 2018 tous les sites de glisse et d’activités nautiques. « Cela permet aux gens de visualiser tout ce qu’ils peuvent faire autour de leur lieu de vacances – ou de leur domicile puisque la demande locale n’a jamais été aussi importante – Pour le plus grand bénéfice des quelques 700 structures que nous répertorions déjà, en majorité de petits acteurs passionnés. La plupart ayant réalisé une excellente saison. Jusqu’à 30% de plus qu’en 2019 ». D’où l’importance d’exister digitalement dans le « monde d’après » (on en reparlera aussi).

Chez Moi mais aussi entre Nous

Si, hormis une partie conséquente du haut de gamme, le secteur hôtelier a beaucoup souffert, l’habitat individuel a explosé : échanges, locations, gites, Airbnb, il ne restait plus une cabane de libre. « Les gites urbains ont certes été à la peine avec la diminution des city Breaks, explique Bénédicte Bordas aux Gites de France, mais les gites de nature ont connu un succès historique. Plus c’était sauvage, plus ça plaisait. Comme beaucoup d’autres acteurs, nous avons vu apparaître une nouvelle clientèle, plus urbaine et plus jeune. Et observé une forte croissance de la location de proximité, les gens réservant à 150, 200 km de chez eux. Les gagnants « collatéraux » sont les petits producteurs de produits du terroir et les prestataires proches des gites. Pandémie oblige, à la recherche déjà ancienne de l’authenticité se sont ajoutées les notions de sécurité et d’autonomie alimentaire. Sans négliger le pic d’intérêt pour les gites proposant une pièce dédiée au télétravail (plus de 2000 offres déjà), nombre de personnes louant uniquement pour cet usage. Quant aux réservations de dernière minute elles ont quasi-doublé (+ de 40%). Encore serait-il plus juste de parler désormais de dernière seconde !»

Autre habitat individuel boosté, celui des camping-cars et des vans aménagés « qui sont également à présent loués ou échangés, précise Marianne Chandernagor. Or, ce qui n’est pas anodin et plutôt sympathique, c’est qu’en dépit du virus, on voit un nombre croissant de particuliers ouvrir leur jardin ou leur pré pour accueillir ces visiteurs ».

camping en pleine nature avec park and view
© Park and view

Retour aux bases !

Qui dit camping-car dit camping. L’hexagone étant le premier pays au monde en nombre de terrains (33% de l’offre européenne). Côté environnement, difficile de faire mieux puisque nos campings ont tout simplement été aménagés dans les plus beaux endroits du pays (là où les gens choisissaient jadis de camper). Et si l’offre s’est considérablement modifiée ces deux dernières décennies (montée en gamme), faisant de plus en plus ressembler les terrains à de véritables clubs (dont ils ont récupérés une partie de la clientèle !) ils n’en demeurent pas moins le lieu privilégié de la clientèle populaire : 80 % (!) des fonds de la CAF y sont dépensés.

D’où le cri d’alerte lancé par Nicolas Dayot, président de la FNHPA (Fédération Nationale de l’Hôtellerie de Plein Air) : « Au moment où l’on découvre l’intérêt pour le pays de s’intéresser à la clientèle française comme la nécessité de donner un coup de pouce au tourisme social, les campings sont abandonnés par les pouvoirs publics et disparaissent peu à peu. On est ainsi passé de 9000 à 8000 ces 20 dernières années. Alors même que ces espaces sociaux uniques (que nous envient l’Europe entière !) répondent exactement aux nécessités actuelles en termes d’environnement (5% seulement de bâti, modulable), de sécurité sanitaire (de plus en plus de toilettes individuelles) et de durabilité : en collaboration avec l’ADEME, nous sommes passés de 200.000 à 100.000 tonnes de déchets annuelles, la moitié ! Idem pour les économies d’eau : des millions ont été investis, sachant que désormais, nos clients manifestent une réelle préférence pour les terrains les plus vertueux. »

Une femme ramasse des déchets sur une plage, l'océan en fond

« Deux nouvelles clientèles ont fait leur apparition, complète Quentin Schaepelynck, PDG d’Homair (32 campings villages). Ceux qui campaient avec leurs parents et ont découvert la montée en gamme raisonnée du secteur. Et ceux qui ne connaissaient pas du tout. Dans les deux cas, la fidélisation s’annonce importante, entre autres parce qu’il est réconfortant, à un moment où beaucoup de choses vous lâchent, que d’autres telle l’hôtellerie de plein-air tiennent ses promesses et s’impose comme une nouvelle valeur sûre. Les aspects végétalisation, retour à la nature et environnement prenant une nouvelle dimension. D’où l’importance accrue des labels environnementaux ».

Label… Vie ?

De labels, il n’a jamais été autant question dans la bouche de nos interlocuteurs. « Depuis deux ans, la tendance est nette, analyse Nathalie Bel-Baussant, directrice des programmes durables de l’organisme de labellisation Teragir. Les jeunes sont majoritairement sensibles à la problématique du changement climatique, donc aux labels environnementaux. Raison pour laquelle les 714 établissements français labellisés (représentant déjà 25 millions de nuitées) sont de plus en plus recherchés et mis en avant par les territoires qui s’engagent : Bretagne, Occitanie, etc. Idem les plages Pavillon Bleu. Avec la montée en puissance des réseaux sociaux et des consommateurs de plus en plus demandeurs de garanties (greenwashing oblige) des labels comme La Clé Verte qui viennent récompenser une démarche globale, permettent d’entrer dans une logique de progression continue tout en fédérant une communauté d’acteurs engagés qui montrent aux autres que c’est non seulement possible, mais économiquement pertinent».

Maintenant et presqu’Ici

Or donc, si la nature et les grands espaces, les activités de plein-air, l’authentique, le terroir et les produits locaux furent les grands vainqueurs de cette année pas comme les autres (au point que le gouvernement ait parlé d’une véritable « vague verte »), son fait le plus marquant réside dans la croissance généralisée du tourisme de proximité. Tous les acteurs privés comme institutionnels ont pu noter la progression fulgurante de cette tendance déjà à l’œuvre les années précédentes. « Le gros avantage de l’offre de proximité, hormis le fait qu’elle s’adresse à une clientèle longuement délaissée : les Français, est qu’elle conduit les gens qui ne partaient pas du tout à voyager enfin, souligne Dominique Thillet, directeur de l’observatoire touristique d’Occitanie. 50% des Occitaniens ont ainsi pris leurs vacances dans leur région ». Région qui, il faut le souligner, s’est montrée particulièrement novatrice en matière d’aide sociale (lien article), sponsorisant la « vente » de plus d’1,5 millions de billets de train à… 1 € ! Et profitant de l’occasion pour se renommer CRTL : Comité Régional du Tourisme et… des Loisirs. En adéquation avec cette autre tendance (elle aussi annoncée depuis longtemps) nous conduisant à partir moins longtemps, mais… plus souvent (tout du moins… quand on le peut ;-).

Chapitre 2 : les (nouveaux ?) problèmes —- publié le 9 Avril
Chapitre 3 : Les réponses ! Les réponses ! —- publié le 12 Avril
Last but not least … —- publié le 13 Avril


(suite) Le bilan … de la crise | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Romain Vallon

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