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Naviguons autrement : l’engagement d’Olivia

| Publié le 22 mars 2023
             

Chaque année, les milliards de voyageurs qui parcourent notre planète ne le font pas seulement sur terre, mais également sur et dans les océans. Où la menace n’est pas moindre : pollution, surpêche (plus de la moitié des réserves pillées), etc. Depuis 20 ans, l’association Longitude 181 (fondée par François Sarano, l’ancien directeur scientifique du commandant Cousteau) essaie de faire entendre la Voix de l’océan dont le cri de détresse reste inaudible. Elle a lancé à sa création en 2002 la charte du plongeur responsable, intervient dans les écoles et a été chargé cette année pour la première fois de familiariser le Salon de la plongée avec le « durable ».  L’occasion de faire le point avec Olivia, une de ses militantes les plus passionnées…

Olivia (en bas à droite) et une partie de l’équipe de Longitude 181 sur le salon de la plongée

Voyageons Autrement : Olivia, qu’est-ce qui t’a attirée à ce point dans l’univers marin ? Peux-tu nous donner un bref résumé de cette histoire d’amour ?

Olivia Auger : Je ne viens pas du tout du milieu marin. En fait, c’est mon conjoint qui pratiquait la plongée et m’y a initiée il y a une douzaine d’années, en Corse. J’ai beaucoup apprécié ce premier pas et, comme il y avait un club de plongée dans l’école vétérinaire où j’étudiais, je me suis inscrite et j’ai passé mon premier niveau aux iles Glénans. La mer était (très) fraîche et un nuage de méduses nous attendait à la remontée, mais j’ai néanmoins adoré ces moments de découverte. J’ai ensuite commencé à plonger durant mes vacances, en Guadeloupe notamment, lors de mon premier voyage hors d’Europe. J’ai eu la chance de croiser un premier requin et suis passée d’émerveillement en émerveillement. Je suis réellement tombée amoureuse de la vie sous-marine, une simple extension en fait de l’amour vibrant que je ressens depuis toujours pour le monde vivant, qui représente pour moi une immense source d’exaltation. 

VA : Quand as-tu rejoint longitude 181 et pour quelles raisons ?

Olivia : Il y a un an et demi environ. Ayant pris conscience des dangers encourus par la planète depuis un certain temps, j’ai eu envie de m’engager pour agir. Et je me suis dit que le faire au service du milieu marin représentait un bon investissement car ce combat-là n’était pas parmi les plus connus alors qu’il est urgent. Je voulais, de plus, pouvoir agir auprès des enfants car je conservais un souvenir fort des interventions dont j’avais moi-même bénéficié lorsque j’étais à l’école. Je me souviens en particulier d’une sortie ramassage des déchets, ainsi que de l’analyse minutieuse d’une pelote de régurgitation d’oiseau qui m’avait vraiment marquée. J’ai commencé par jeter un œil du côté de l’association Sea Shepherd, mais le programme destiné aux enfants ne me convenait pas tout à fait. C’est alors que j’ai découvert Longitude 181, lors du salon de la plongée en janvier 2020, juste avant la pandémie et le confinement. Au mois de juin suivant, lors de la Journée des Océans, j’ai discuté avec les gens de l’association et découvert leur programme Ocean Academy : une branche de Longitude 181 chargée de se rendre dans les écoles pour y faire de la prévention. Il s’agit de montrer en quoi le monde sous-marin est merveilleux, mais également de prévenir qu’il est en grand danger et de parler prévention, car on ne peut protéger que ce que l’on connait (c’est d’ailleurs le leitmotiv de Longitude 181 !). Ce, en adaptant naturellement le discours à l’âge des élèves auxquels on s’adresse. Sachant que l’on intervient généralement autour de trois thèmes : notre planète Bleue, les requins (pour démystifier l’image d’Epinal erronée) et les cachalots.

Olivia intervenant dans un lycée

VA : Comment les élèves reçoivent-ils ce que vous tentez de leur apporter ?

Olivia : Pour le peu que j’en ai vu, je les ai trouvés très attentifs et posant des questions vraiment pertinentes. Bien sûr, il y a ceux qui sont juste contents d’échapper au cours normal ou veulent vous raconter leurs vacances, mais dans l’ensemble, j’ai été agréablement surprise par ces élèves, des primaires aux adolescents. Tous souhaitent que les choses changent et ont signé sans hésitation la pétition proposée, pour faire entendre la voix de l’Océan. La plupart faisait preuve d’une grande sensibilité et de ce souci des autres et du monde, que trop d’adultes semblent avoir perdu.

VA : Quelles formes successives a pris ton engagement ?

Olivia : Lorsque j’ai rejoint l’association en septembre 2021, j’ai suivi une formation pédagogique et découvert les supports sur lesquels travailler en classe. J’ai commencé à intervenir en établissement, dans une Terminale scientifique puis une classe de Première. J’étais à l’aise avec les élèves et trouvais leurs questions très intéressantes ! Nous avons appris à ce moment-là que le Salon de la Plongée venait de mettre la durabilité en thème majeur de l’année à venir, et qu’il confiait l’organisation de cette partie « durable » à l’antenne Ile de France de Longitude 181. Etant moi-même plongeuse, cette opportunité m’a enthousiasmée et j’ai un peu ralenti les écoles pour préparer ce Salon. Il y avait beaucoup à faire et cela représentait un travail colossal ; j’ai décidé de décaler ma reprise d’un travail fixe de cinq mois pour y faire face. Nous avons collectivement relevé le défi et proposé plusieurs projets, dont certains ont pu voir le jour comme les Assises de la plongée durable (une rencontre et une réflexion commune entre professionnels de la plongée et le public), la charte des exposants, le guide de la plongée durable, etc. Suite au Salon, l’association m’a proposé de devenir une des coresponsables de l’antenne Ile de France et… j’ai accepté, avec plaisir ! D’autres projets sont « sur le feu » et extrêmement motivants pour continuer à protéger le vivant!

VA : Tu es vétérinaire, plutôt occupée donc. Combien de temps/semaine te prend cet engagement ?

Olivia : Durant tout l’automne et jusqu’au salon, je me suis mise à plein temps sur l’organisation (et c’est peu dire encore). Depuis, j’ai pas mal ralenti. Je m’engage dans un nouveau travail en tant que vétérinaire (entre autres changements dans mon quotidien !) et l’idéal serait d’arriver à une moyenne de 5 à 8 heures par semaine. J’ai un peu de mal à croire que cela suffise car à l’exception d’un recrutement pro particulier et d’un mécénat d’entreprise, tous les membres de Longitude 181 sont 100% bénévoles et déjà bien occupés. On verra bien et je ferai de mon mieux 😊 !

L’odyssée Longitude 181

VA : Qu’est-ce qui rend cet engagement intéressant et enrichissant ? Qu’y as-tu appris, compris, sur le monde et sur toi-même ?

Olivia : J’ai d’abord découvert le monde associatif, dans lequel les personnalités me semblent parfois exacerbées. Contrairement au contexte professionnel, les gens s’y « lâchent » bien plus facilement. Ils y sont eux-mêmes avec leurs qualités et leurs travers. Ce qui rend les choses forcément plus complexes à gérer, mais lorsqu’on l’a compris et accepté, ça se passe plutôt bien. C’est donc un milieu très intéressant en termes de relations humaines. Ensuite, cet engagement me permet de continuer à apprendre et j’adore ça. Notamment aux côtés du créateur de l’association, François Sarano, un érudit qui se trouve être un excellent orateur, ce qui rend ses interventions d’autant plus passionnantes que le message véhiculé est fort et que l’enjeu, lui, est capital. Enfin, psychologiquement, cet engagement m’a projetée dans une réalité que je ne soupçonnais pas. La plupart des gens montrant dans les faits une redoutable résistance au changement. Qu’il se trouve des personnes très différentes de moi et de ma sensibilité, je le savais naturellement, mais j’ai rencontré chez certain.es une ignorance et, parfois, une incurie qui m’ont véritablement surprise, choquée même parfois. Surtout venant de plongeur.euses, de personnes en contact avec toute cette beauté. Mais bon, cela aide à mesurer l’envergure du problème et de la tâche à accomplir.

VA : Quand on fait face à la réalité, pas forcément agréable et que l’on passe à l’action, on dort mieux ou moins bien ?…

Olivia : Les deux. On dort moins bien parce que comme je viens de la dire, on réalise à quel point la tâche à accomplir est immense. Les problématiques auxquelles nous tentons de faire face ont plus de 50 ans et très peu de gens encore s’en soucient. C’est franchement désespérant d’un certain point de vue. Je dors donc moins bien ; non pas parce que j’angoisse mais parce que je gamberge : comment arriver à changer les choses ?… Informer et émerveiller, les voies choisies par l’association me paraissent être d’excellentes pistes et cela me rassure un peu. Je finis donc par m’endormir et je dors alors mieux car, au moins, je suis en accord avec moi-même, mes convictions. J’essaie également de changer le maximum de choses dans ma vie quotidienne (consommation, nourriture, habitudes ménagères, voyages…) pour avoir un impact le moins négatif possible. Enfin, je suis d’une nature optimiste et cela aide. N’étant pas aveugle, je vois bien que même si les choses ne changent pas rapidement, elles changent. Le changement est initié, on peut y arriver !    

Olivia dans son élément favori

VA : As-tu d’autres engagements ?

Olivia : Comme beaucoup, et par manque de temps à leur consacrer, je soutiens financièrement plusieurs associations dont les combats m’importent. Dans un autre domaine, je faisais partie du bureau du compost de mon quartier et nous en avons mis un en place dans mon ancien immeuble ! Nous réfléchissons à comment installer celui à venir dans ma nouvelle résidence. Je suis également très engagée dans la cause féministe, me documentant, manifestant, défendant nos droits, faisant circuler l’info, comme au sein d’un groupe de véto féministes très bienveillant. De nombreuses causes se trouvant reliées entre elles, je milite au final globalement pour un monde plus inclusif et plus égal. Enfin, j’envisage de m’engager dans une activité de vétérinaire apicole en région parisienne.

VA : As-tu l’impression de voir les mentalités évoluer ? Globalement, chez les jeunes, dans le monde de la plongée…

Olivia : Oui, mais très lentement. Si la prise de conscience est réelle et aujourd’hui assez généralisée, le changement ne suit pas automatiquement, tant s’en faut. Il intervient dans certains microcosmes et dans certains milieux plus que dans d’autres. Chez les jeunes, la cause environnementale est entendue, mais ce qui se passe sous l’eau… silence. Ne parlons même pas du milieu de la plongée. Associée pour la première fois (en 2023 !) au mot « durable ».  Un milieu avec beaucoup de « boomers » (même s’il ne faut pas généraliser, c’est une réalité), en grande majorité masculin, où l’on souhaite avant tout continuer à profiter… comme si de rien n’était, « comme avant ». On a beau y être en contact permanent avec d’innombrables merveilles de la nature, les gens se montrant sensibles aux périls qui les menacent sont bien moins nombreux que je ne me l’imaginais… retour sur terre ! Si certains se sentent visés en lisant ces lignes, c’est qu’il est peut-être temps se remettre en question 😉

VA : Côté développement et tourisme durables, il y a parfois quelques bonnes nouvelles. Mais pas que… Qu’est-ce qui te permet de conserver l’espoir dans ce combat ?

Olivia : Je suis personnellement convaincue que la tentative de changement que nous avons initiée peut et va fonctionner. Au regard de l’Histoire, c’est bien simple : je crois qu’absolument toutes les grandes causes ont mis du temps à s’imposer. Elles avancent, puis reculent, puis reviennent et, avec le temps, triomphent enfin. Concernant la cause majeure qui nous occupe, nous n’avons pas le choix : il faut sauver ce monde marin en grand péril qui nous est définitivement indispensable. C’est assez mal engagé, c’est vrai, mais le monde du vivant est si merveilleux et passionnant que les gens finiront forcément par s’y intéresser. Et la nature fait preuve d’une incroyable résilience ! Nous avons déjà traversé diverses crises et les catastrophes se multiplient, mais en nous engageant maintenant, nous pouvons encore limiter les dégâts et l’emporter.

VA : Quelles règles ou attentions simples (mais non appliquées souvent) contribueraient précieusement à la préservation des océans ?

Olivia : Ne jetez plus vos mégots par terre… ou à l’eau ! Vous n’imaginez pas l’impact considérable de ce si « petit » geste. Diminuez votre consommation de poisson, variez les espèces, favorisez le local (moules, huitres…) et évitez les crevettes. Sachant qu’il existe aujourd’hui des alternatives végétariennes ou végétalienne savoureuses et bien moins destructrices. Bien sûr, ne jetez rien dans l’eau, choisissez des produits (shampoing, savon, protection…) biodégradable et plus que tout, arrêtez de faire l’autruche : voyez, entendez ce qui se passe. C’est la réalité et il faut agir. Longitude 181 a édité un guide très simple que je ne peux que recommander : « Sauvons l’océan : les 10 actions pour (ré)agir ». Et, puis, aussi important que d’autres actions, car seuls nos actes nous sauverons : mettez-vous en route vers le Zéro déchet. Tranquillement, à votre rythme, sans culpabiliser et en étant indulgent.e avec vous-même. Mais mettez-vous en route !

Devant le mur à idées au salon de la plongée avec Victoire et Carole

VA : De quoi n’avons-nous pas parlé qui soit important pour toi ?

Olivia : J’aimerais que les gens apprennent à connaitre l’océan, qu’ils découvrent ce milieu absolument extraordinaire. Une manière de se reconnecter au vivant dont nous dépendons entièrement et avec lequel tant parmi nous ont perdu le lien. Je ne parle ni d’un devoir ni d’une contrainte, mais de l’ouverture sur un bonheur étonnant, jubilatoire. L’océan est une source d’émerveillements inépuisable. On ne peut ensuite que désirer mieux le connaitre et le protéger.


Naviguons autrement : l’engagement d’Olivia | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Jerome Bourgine
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