#TourismeDurable

Last but not least…

| Publié le 14 avril 2021 • Mis à jour le 14 avril 2021 à 7h27
Thèmatique :  Innovation   Institutionnel   Territoire   Tourisme de masse 
         

Work In Progress

« Même les plus réticents finissent par l’admettre, note Christian Mourisard : aérien, croisières, tourisme de masse, rien ne pourra plus être comme avant. En vérité, le tourisme de demain a déjà commencé de s’inventer, là, maintenant, on est en plein chantier de construction». « Qu’on le veuille ou non, une fois passé l’effet du bouchon qui saute (car plein de gens vont se précipiter au bout du monde dès que possible, soyons lucides), les choses vont changer, verdicte Jean da Luz. On va y entrer, dans ce fameux « monde d’après ». Tout simplement parce qu’économiquement les choses ont déjà changé : un nombre important d’acteurs sous perfusion va disparaitre, d’autres vont apparaître, l’aérien va être profondément bouleversé avec moins de dessertes proposées par les survivants et une augmentation réelle des tarifs, etc. etc.»

illiustration des hommes portant une montagne sur une colline

Ah ! le changement ! On sait pourtant depuis Bouddha (- 500 av JC) et son « impermanence des choses » qu’il est précisément la seule chose qui ne change pas. Son accélération fulgurante ne nous a pas moins pris de court. Et puis, soyons honnêtes : le changement nous a toujours effrayés, suscitant en nous moulte résistances. « Il convient pourtant d’évidence de trouver un nouveau modèle économique pour pérenniser l’engouement actuel rencontré par les campagnes et la montagne, analyse Jeanine Dubie, présidente de l’ANEM (Association Nationale des Elus de Montagne). La période qui nous attend s’avère à la fois compliquée et dure, mais aussi passionnante. Heureusement, le génie humain connaît peu de limites. Alors passer collectivement d’un comportement de pur consommateur à un usage plus respectueux devrait être à notre portée. Le numérique peut nous y aider ».

Digit all ?

Avec le confinement (et son télétravail associé), le numérique a, de fait, connu dans notre pays une accélération ful-gu-ran-te. Qualifiée de « Big Bang » par les spécialistes du secteur (Syntec). C’est via la toile que s’organise 95% de l’activité de voyage et de loisirs des Français. Le principe même du digital étant de faire sauter les intermédiaires pour mettre en relation directe producteurs et consommateurs, les Office de Tourisme les plus réactifs se réinventent complètement. A Granville, on a mis en place une « conciergerie » ouverte 7 jours sur 7 et à Biscarosse « pour nous adapter à cette saison inédite, nous avons créé un site dédié afin que les producteurs puissent vendre en ligne, témoigne Rémi Planton, directeur de l’OT. Ainsi qu’une boutique virtuelle de loisirs pour diriger les flux vers les petits acteurs : canoé, paddle, yoga… plus de 110 prestations différentes qui ont connu un grand succès » (comme tous les sites répertoriant des propositions concrètes).

Car l’avènement d’internet, cette utopie au sens propre (u-topos = non-lieu et internet est à la fois partout et nulle part), est également celui du local. C’est aujourd’hui la grande Heure des territoires. D’où le rôle accru et la montée en puissance de tous les organismes associés : communes et offices de tourisme pour la fabrication d’une offre de qualité plus diversifiée (l’un des défis majeurs), CDT et CRT pour la coordination et l’indispensable gestion des flux. Un job pas évident pour ces acteurs à qui l’on demande de faire le contraire de ce qu’on leur a enseigné. « On nous a appris à l’école que « le développement touristique passait obligatoirement par l’attraction des visiteurs étrangers », se souvient Jean Pinard. Or, il n’existe plus aujourd’hui aucune certitude en matière de marketing touristique ; si ce n’est qu’il nous faut renoncer à notre confort et à nos acquis pour tout réinventer ». « Cette crise nous incite clairement à penser le tourisme autrement, exprime Géraldine Leduc, secrétaire générale de l’ANETT (Association Nationale des Elus de Territoire Touristique). Or le tourisme durable et de qualité est le seul qui permettra de préserver nos ressources. D’où l’importance des labels et des stations classées (450 déjà) dans lesquels le maire fait entrer tous les acteurs locaux dans une démarche collective. Notre commission dédiée au tourisme durable travaille activement sur le slow tourisme, un terme qui faisait rire il y a quelques mois encore. Mais plus maintenant. Il faut se réinventer complètement comme l’a fait par exemple La Grande Motte ».

Tourisme durable = tourisme de masse !

Ah ! La Grande Motte… Surnommée jadis La Grande Moche, et aujourd’hui La Grande Mode. C’est comme bien souvent sous l’impulsion initial d’un simple individu que la mutation s’est opérée. En l’occurrence Stéphan Rossignol, son maire, l’homme qui a inventé mondialement cet hiver les « drive-vœux » (distanciation oblige). Après avoir été le premier à rouvrir ses plages en proposant aux visiteurs de réserver leur carré de sable sur internet (génial !). Il a, surtout, transformé cette station balnéaire autrefois symbole d’un tourisme de masse purement saisonnier et consumériste en un lieu de vie continu. « Il faut sans cesse se réinventer, confirme-t-il. Pour chauffer des habitats initialement prévus pour ne fonctionner que l’été (ce qui n’est plus le cas), la ville utilise la géothermie et pompe l’eau de mer. Et pour pérenniser davantage l’activité, nous nous sommes tournés vers le tourisme d’affaire qui, en 5 ans, représente déjà 35% des visites et permet aux commerces (70% d’entre eux) comme aux hôtels (la quasi-totalité) jusque-là fermés 6 mois par an de rester ouverts toute l’année ». Faisant ainsi de sa ville une destination plus… durable.

« L’exemple de La Grande Motte est important, souligne Pierre Torrente. Car le tourisme deviendra globalement durable UNIQUEMENT si le tourisme de masse le devient. Ce qui se passe à Venise et Barcelone va se généraliser : de plus en plus de visiteurs, partout. D’où l’importance de la gestion des flux. Mais comme le bio, le développement durable ne peut pas rester une affaire de riches. On ne sauvera pas la planète sinon ! Le seul moyen d’y arriver est de changer les mentalités en profondeur. Depuis un siècle, les vacances que vous prenez vous positionnent socialement. Les gens ont envie de raconter qu’ils partent aux Maldives, pas dans la Creuse ! Il est donc essentiel de valoriser dans l’imaginaire collectif le tourisme de proximité, que le fromage local prenne la place du jacuzzi tropical. Tout le monde va repartir au bout du monde sinon. »

Last but not least…

Aussi faudrait-il, pour que ce changement des mentalités puisse s’opérer et que l’électrochoc Corona n’ait pas été vain, que l’exemple soit donné au plus haut niveau. Et là, surprise : « Notre fil rouge a été remplacé par un fil vert, assure Caroline Leboucher à la tête d’Atout France (depuis deux ans ; nouvelle génération là encore !). Nous allons surfer sur l’actuelle vague portant en avant la nature, les activités de plein-air et le slow tourisme. Toutes les formes de tourisme durable seront encouragées car celui-ci est devenu un axe majeur de notre politique et bénéficie d’un contrat d’objectif. Nous établissons en ce moment une feuille de route avec l’ADEME en commençant par un état des lieux. Savoir d’où l’on part pour savoir comment avancer. En s’informant, faisant participer, formant et partageant, ça, c’est acquis ». Il y aurait donc à l’œuvre dans notre pays, en pleine tourmente, un syndrome Churchill : the right (Wo)men at the right place ?… « Nous prévoyons aussi une grande consultation citoyenne sur le tourisme durable ainsi que le verdissement des classements dont nous avons la charge. On a pris du retard, c’est vrai, alors on va essayer d’être intelligents, et commencer par regarder ce que font les autres, ce qui fonctionne. On a de ce côté la chance d’avoir des régions – tout l’axe atlantique entre autres, de la Normandie à l’Occitanie – ayant déjà intégré ces critères d’avenir. On a vraiment l’ambition de devenir leader en matière de tourisme durable. D’ici 5 ans ?… En tous cas, je suis personnellement intimement convaincue de la nécessité de se tourner vers le tourisme durable. Et pas uniquement dans sa partie environnementale, mais dans toutes ses dimensions, locale, sociale, humaine. Il est indispensable de retrouver le sens originel du voyage, l’authenticité de ce qui compte vraiment dans cette magnifique aventure ».

« Nous y voilà, nous y sommes… » Bien vu, Fred. Et merci !

Il va falloir choisir © Fix

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Par Jerome Bourgine
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