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Promotion du tourisme durable : une première e-conference européenne

| Publié le 4 mai 2021 • Mis à jour le 9 mai 2021 à 10h21
Thèmatique :  Initiative privée   Institutionnel   Tourisme de masse 
         

Le 21 avril, le Réseau Européen pour un Voyage durable pour tous (Sustainable and Social Travel) organisait sa première e-conférence. Son but : promouvoir un voyage durable et solidaire en Europe. Etaient à la fois présents des professionnels de terrain du tourisme engagé, des députés et fonctionnaires européens, l’Institut Portugais du tourisme, des universitaires ainsi que des intervenants libres. Bilan d’une demi-journée bien remplie autour des stratégies du tourisme durable, du thème de l’année européenne du rail et de la valeur de la culture dans le tourisme durable. 

Première e-conférence du Réseau Européen pour un Tourisme Durable

Un réseau pour ne plus être invisible

« Nous nous sommes rendus compte que nous étions invisibles dans les discussions sur l’avenir du tourisme en Europe et donc nous avons créé un réseau et envoyé nos propositions à la Commission Européenne », commence Prosper Wanner, de la société coopérative d’intérêt collectif Les Oiseaux de Passage. Il poursuit en rappelant que ce réseau d’agences de voyage issues du tourisme durable et solidaire n’existe que depuis six mois et est composé de 30 membres. « Nous ne voulions pas qu’au niveau de l’Europe, les discussions se limitent aux avions, à l’empreinte carbone ou au tourisme de masse. Nous avions aussi peur que le tourisme durable ne se limite qu’à une élite », ajoute Prosper avant de lancer la conférence : « on est ici aujourd’hui pour discuter entre nous et aller plus loin en incluant des experts et des universitaires au débat ».

Sur un chemin forestier en Sardaigne, un groupe de dos se balade avec des ânes
Séjour slow tourism en Sardaigne, 2019, proposé par Sardaigne en liberté,
Les oiseaux de passage et Ekitour.

L’humain au coeur du développement du tourisme durable

Pour Petra Thomas de l’agence de voyages allemande Forum Anders Reisen, le tourisme est une « industrie de gens pour les gens » et pour développer une stratégie qui réponde aux challenges à venir, il est nécessaire de travailler sur une une solution commune, incluant le fair trade entre tous et ayant l’humain au centre de cette stratégie. « L’industrie du tourisme peut contribuer au bien-être des gens mais pour qu’elle atteigne ce but, il est nécessaire de trouver une définition commune du tourisme durable », précise-t-elle. L’idée de l’importance de l’humain dans le tourisme durable est également mise en avant par Teresa Ferreira, la directrice de Turismo de Portugal – l’Autorité Nationale du Tourisme -. Selon elle, le tourisme est « une force pour faire du bien dans le monde ». Elle présente aussi le plan 2020-2023 du Portugal en matière de développement du tourisme durable. Ses grandes lignes sont inspirées du dernier document produit par l’OMT, La durabilité comme nouvelle norme. Comme Petra, elle insiste sur le fait que l’on doit se concentrer sur les gens, ceux qui travaillent dans le secteur du tourisme mais aussi sur les communautés locales. Elle parle aussi de l’importance d’une répartition équitable des revenus du tourisme, d’une saisonnalité qui doit s’étendre à toute l’année et d’une extension géographique du tourisme hors des sentiers battus.  

Le dernier rapport de l’OMT sur le développement du tourisme durable

La nécessité de données quantifiables

Cláudia Monteiro de Aguiar, députée européenne en charge du rapport sur l’établissement d’une stratégie européenne pour un tourisme durable place sa présentation dans le contexte de la crise sanitaire : « c’est crucial de reconstruire l’industrie avec un plan de réponses, une coordination des pays européens pour la gestion de la crise sanitaire : des protocoles sur les tests Covid aux départs, une harmonisation des périodes d’isolation ou de quarantaine dans toute l’UE, on avance aussi sur le passeport sanitaire », explique-t-elle avant d’enchaîner sur sa stratégie du développement du tourisme durable. Pour elle, il est nécessaire que les états européens incluent des budgets conséquents dans leurs plans de relance de l’industrie. Claudia va même jusqu’à demander la création d’une nouvelle agence européenne dédiée au tourisme. « Si on crée une nouvelle agence de l’UE pour la santé, pourquoi ne pas en créer une pour le tourisme ? », interroge-t-elle. Puis elle insiste sur la nécessité de collecter des données quantifiables sur le tourisme durable, « pour mieux analyser les besoins, savoir comment diversifier l’offre proposée aux touristes et savoir comment le numérique et les nouvelles technologies peuvent avoir un impact sur le tourisme durable ».

Parmi les réactions à cette première thématique des stratégies, Blanca Miedes, de l’université de Huelva en Espagne met en avant une certaine inertie dans l’avancement des stratégies : « Il faudrait prêter plus d’attention à qui se trouve autour de la table pour discuter des nouvelles stratégies ». Pour elle, il s’agit de donner plus de place aux innovateurs sociaux qui travaillent depuis longtemps sur le sujet du tourisme durable, sur le terrain et avec les communautés locales. A ce propos, Prosper relance le débat en demandant comment contribuer aux stratégies nationales et européennes et comment améliorer la visibilité de ces « innovateurs sociaux », les faire participer aux panels etc… « Il faut trouver un équilibre, amener plus de « durable » dans les données et dans les projets. Il faut vous regrouper, vous impliquer dans les associations européennes et vous faire entendre », conseille Claudia Monteiro de Aguiar. 

« Industrie », un terme réducteur et obsolète ?

Alors que le mot « industrie » est employé à plusieurs reprises, il suscite les réactions de Marta Cabral, directrice de la Rota Vicentina au Portugal et d’Ivana Volic, universitaire serbe qui se demandent si l’on peut toujours parler d’industrie à propos du tourisme. Elles qualifient le terme de trop restrictif et technique et estiment que la dynamique a changé, qu’il s’agit désormais d’impliquer plus les communautés locales, de partager aussi des combats aux niveaux local, régional, national et européen. « Représenter le local c’est le plus important », estime Marta. « Il faudrait sortir du contexte « industrie » et augmentation du PIB et parler du tourisme comme quelque chose de plus lié à l’humain, aux mots bienveillance, touche humaine, bien-être et local », surenchérit Ivana.

2021 : l’année européenne du rail

Ceux qui aiment le tourisme durable prendront le train

Cette année, l’Union Européenne célèbre le train. « Vu les circonstances, nous allons même prolonger l’année européenne du rail 2021 jusqu’à fin 2022, ce qui laisse plus de temps pour nous soumettre des projets et pour se donner les moyens de permettre le changement vers un vrai réseau ferroviaire européen », déclare Anna Deparnay-Grunenberg, députée européenne et rapporteure de l’année européenne du rail. L’idée est aussi de promouvoir l’utilisation du train : « Il faut que l’Europe reste une destination de qualité, le tourisme doit contribuer à la transition écologique et en bénéficier et ça demande un effort collectif », constate Ramune Genzbigelyte-Venturi, en charge du tourisme, des textiles et des industries créatives à la Commission Européenne. Ana Feu Basilio, responsable de la sécurité ferroviaire et de l’interopérabilité à la Commission Européenne, enchaîne sur le Connecting Europe Express, un train qui sillonnera l’Europe pendant les mois de septembre et octobre 2021. Des événements seront organisés tout au long du chemin pour promouvoir ce moyen de transport qui a le mérite d’être le moins polluant.  Un moyen de transport que l’agence de voyages Ekitour met aussi en avant à travers son catalogue de destinations créé en partenariat avec les Oiseaux de Passage. « L’idée est de redécouvrir la France et des destinations européennes, de prendre le temps de découvrir des histoires, des territoires, des héritages culturels, de rencontrer des habitants, en privilégiant le train et la mobilité douce à des tarifs abordables car pour nous, le tourisme durable doit être accessible à tous », explique Nadège Ailhaud d’Ekitour. Lisa Marie Ennemoser, des chemins de fer autrichiens, revient sur la crise sanitaire et le changement climatique : « Malheureusement il n’y aura pas de vaccins contre le réchauffement climatique. La solution des trains pour relier les capitales européennes est l’alternative la moins impactante. Mais c’est un challenge économique », avoue-t-elle. Enfin, le train ce sont aussi des rencontres, une découverte de la vie locale. Selon Kerstin Dohnal, de l’agence de voyage autrichienne Conscious Tourism Group, « il est important de parler de l’aspect social, de voir comment les autres vivent, de ne pas séparer les gens, de ne pas encourager les trains pour touristes par exemple. La rencontre est au coeur du voyage ». 

Le train comme lieu de rencontre © Elisabeth Blanchet

La culture comme ADN du voyage

« Avant, on pensait plus à comment on voyageait et aujourd’hui, on se demande surtout pourquoi on voyage », analyse Francesc Pla, en charge du Plan d’Action Faro de la Convention de Faro au Conseil de l’Europe. « On veut découvrir la diversité culturelle. Il faut donc la valoriser ainsi que son impact sur la qualité de vie des personnes concernées : les touristes comme les locaux ». Les grandes lignes d’action de la convention vont dans ce sens en protégeant les patrimoines culturels, en faisant le lien entre les gens et ces derniers, en changeant la perception des gens à leur propos et en les incluant dans le tourisme durable. Une philosophie illustrée par le projet des itinéraires culturels initié par l’Union Européenne en 1987. « Aujourd’hui, il en existe 40. Ils couvrent généralement plusieurs pays et leur tracé est issu du travail de communautés locales. Chacun doit bien sûr avoir une dimension culturelle et liée au tourisme durable », explique Carolina Clark, manageuse de projets à l’Institut européen des itinéraires culturels au Luxembourg. « Ce projet est un véritable moteur pour les régions rurales traversées par ces routes. C’est aussi un très bon modèle de slow tourisme. Il booste aussi l’économie locale », conclut-elle avant de laisser la parole à Caroline Fernoland, du Mihai Eminescu Trust à Viscri en Roumanie, membre du Réseau de la Convention de Faro. Cette dernière parle de l’importance de l’authenticité. « Nous avons créé une offre basée sur le patrimoine de notre village en Transylvanie : nos chevaux, notre gastronomie simple. L’idée, c’est de protéger notre héritage pour améliorer notre qualité de vie », explique-t-elle. Le concept d’authenticité est repris par Chiara Rabbiosi, chercheuse à l’université de Padoue en Italie : « C’est important que la convention de Faro légitime le fait que la culture ne soit pas seulement un beau musée ou une belle architecture mais quelque chose de beaucoup plus complexe ». Francesc Pla rebondit sur cette affirmation en soutenant qu’il est temps de sortir de cette vision du touriste aseptisé.

La plage d’Omaha Beach, par laque passe La Route de la Libération © Elisabeth Blanchet

En conclusion, Julia Balatka, de l’agence de voyages Conscious Tourism Group revient sur les mots tourisme et industrie. « En lisant entre les lignes, on voit bien qu’on a tous du mal à associer les mots « tourisme » et « industrie ». Ce dernier évoque les machines, la pollution, la monotonie alors que le tourisme est lié à la vie, à la culture, aux connections entre les gens et avec le territoire. Il faudrait trouver un autre mot ». Elle propose l’association des mots « culture et « tourisme » à la place puis invite tous les participants à rester en lien, à poursuivre le débat, à s’unir pour devenir un « big player » afin d’être plus visibles et écoutés. Elle donne aussi rendez-vous à tous en Sardaigne à l’IT.A.CA, le festival du tourisme durable, en septembre prochain pour continuer à développer cette notion de « culture du tourisme »

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Promotion du tourisme durable : une première e-conference européenne | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Elisabeth Blanchet
Ancienne prof de maths, je me suis reconvertie dans le photo journalisme en 2003 à Londres où je vivais. J’ai travaillé pour différents magazines dont Time Out London et j’ai développé des projets à longs termes dont un sujet les préfabriqués d’après-guerre, une véritable obsession qui perdure, les Irish Travellers -nomades Irlandais- dans le monde, les orphelins de Ceausescu - je suis des jeunes qui ont grandi dans les orphelinats du dictateur depuis 25 ans -. Je voyage beaucoup et j’adore raconter des histoires en photo, avec des mots, en filmant, en enregistrant… Des histoires de lieux, de découvertes mais surtout de gens. Destinations de cœur : Royaume-Uni, Irlande, Laponie, Russie, Etats-Unis, Balkans, Irlande, Lewis & Harris Coup de cœur tourisme responsable : Caravan, le Tiny House Hotel de Portland, Oregon – Mon livre de voyage : L’Usage du Monde de Nicolas Bouvier – Le livre que je ne prends jamais en voyage : L’oeuvre complète de Proust à cause du poids – Une petite phrase qui parle à mon cœur de voyageur : « Home is where you park it »
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