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Association Mercantour Ecotourisme : retour sur une dynamique exemplaire

| Publié le 20 janvier 2023 • Mis à jour le 21 janvier 2023 à 17h26
Thèmatique :  Acteur associatif   Espaces protégés   Ingénierie   Initiative régionale 
         

Depuis 10 ans, l’AME (Association Mercantour Ecotourisme) anime* avec succès un territoire montagneux riche et diversifié mais également complexe et morcelé (géographie de vallées), fédérant les acteurs locaux autour des valeurs fortes du développement et du tourisme durable. Une initiative alors pionnière qui fait aujourd’hui figure de cas d’école. Si voyageons autrement s’est souvent fait l’écho de cette belle aventure territoriale et humaine, donnant entre autres la parole aux adhérents de l’association, les projecteurs sont cette fois braqués sur un autre élément clé du succès rencontré : le partenariat avec les communes…

(étymologiquement : « animer : incarner l’âme, insuffler la vie »)

Eductour formation en Ubaye au Pôle Universitaire Séolane, membre de Mercantour écotourisme, estampillé Esprit Parc national – Mercantour

Or donc, créée en 2012 à l’initiative du Parc National du Mercantour, la bien-nommée AME vient de fêter ses 10 ans et compte aujourd’hui 100 adhérents. Hébergeurs, restaurateurs, producteurs, artisans, agences de voyages, accompagnateurs en montagne, association de protection et conservation du patrimoine… Uniquement des acteurs locaux dont la moitié a rejoint la marque Esprit Parc national et qui, tous, incarnent et transmettent avec cœur et savoir-faire leur conviction de la nécessité d’une approche plus respectueuse de leur (merveilleux) environnement. L’association aimant les chiffres ronds, ce sont à présent 10 communes qui s’impliquent à ses côtés en tant que partenaires pour développer l’écotourisme.   

A la demande de Christiane Ray-Anezin, présidente unanimement appréciée de l’association depuis 6 ans (et accompagnatrice en montagne estampillée Esprit Parc National), nous nous sommes donc tournés vers certaines de ces communes afin que leur expérience puisse profiter à d’autres. Les personnes interviewées pratiquant la même activité (offices de tourisme) et parlant donc depuis un point de vue identique, nous avons, pour éviter les répétitions, regroupé les remarques qu’elles partageaient toutes (ou presque) pour n’exprimer à travers leurs citations propres que des éléments plus spécifiques. Alors, en route !

De l’avis de toutes les personnes interviewées donc, la première chose à mettre en avant est la parfaire adéquation entre l’opération initiée (la création de l’AME) et le territoire concerné : l’un des derniers espaces préservé et authentique du pays, incluant un vaste parc national. D’où la « mission » dont chacun se sent ici naturellement investi : préserver ce patrimoine naturel comme humain en favorisant un tourisme plus durable et en transmettant au public des valeurs de respect. « Car nous vivons tous ici au cœur d’écosystèmes fragiles ! ». La « chance » de ce côté (s’engager dans l’écotourisme) étant que toutes ces communes ont conservés une dimension et – en partie au moins – un mode de vie « authentique », de plus en plus recherché.

Ce qui nous amène à l’autre adéquation évidente mise en lumière par les partenaires : si l’écotourisme demeure « une niche », celle-ci est de plus en plus appréciée du public et ne cesse de grossir. Et de faire remarquer qu’à l’autre bout de la chaine, du côté des institutions, le tourisme durable est tout simplement en train de devenir « in-con-tour-nable ! ». Toutes les structures, « même les aéroports ! » communiquant et mettant désormais en avant les efforts et actions engagées en faveur de l’environnement.

Cette démarche pionnière initiée il y a 10 ans offre de plus l’avantage de mettre en avant les producteurs et la production locale. Eux aussi devenu depuis la pandémie et le confinement, un réel point d’attraction pour les visiteurs. Si plusieurs communes avaient déjà créés des espaces de vente à cet effet, les fameux Week-ends écotouristiques d’automne organisés par l’AME les mettent pleinement en lumière tandis que « l’effet réseau » les fait connaitre au-delà de leurs limites communales. Car s’il est bien deux points pour lesquels la demande est clairement en hausse côté visiteurs, ce sont pour des hébergements « plus écolos » et pour « rencontrer des acteurs locaux traditionnels et passionnés ».

Et de la même manière que tous évoquent les effets vertueux d’un réseau permettant de faire connaître richesses naturelles et humaines au-delà de sa « petite vallée », tous pointent l’intérêt de pouvoir, pour avancer, s’appuyer sur le Parc National du Mercantour et son expérience.

© Mercantour Ecotourisme

Dernier point expliquant le vrai succès de l’opération : rien, jamais, dans cette démarche, n’a été forcé. Comme évoqué au début, la durabilité et le respect de leur bel environnement, font ici partie intégrante des valeurs incarnés spontanément par nombre d’habitants du territoire. Comme Monsieur Jourdain faisait de la prose depuis toujours sans le savoir, les premiers adhérents de l’AME découvrirent qu’ils pratiquaient l’écotourisme depuis toujours à leur insu. Aussi la mayonnaise n’eut elle aucun mal à prendre. Mais place aux témoignages…

Isabelle Monnin, adjointe en charge du tourisme à Saint Martin Vésubie (commune partenaire de l’AME depuis maintenant deux ans) : « Un tel ralliement coulait pour nous de source. La commune souhaitait depuis un certain temps s’engager dans le tourisme durable. Notre petite « Suisse niçoise (un très beau village médiéval traversé par un petit canal) ayant subi de plein fouet avec la tempête Alex les effets du dérèglement climatique (Isabelle y a perdu ses chambres d’hôte). Or si le tourisme est pour nous capital (1423 habitants pour plus de 8000 résidents ou de passage l’été), il est tout aussi important pour nous de préserver notre patrimoine naturel exceptionnel, notre nature splendide et nos deux sites remarquables (la Madone de Fenestre et le Boréon). Notre engagement est encore jeune certes, mais ces deux années nous ont déjà permis de prendre conscience de plusieurs problématiques. Le tri sélectif par exemple. D’où la mise en place de 4  nouveaux points de collecte. Nous hébergeons par ailleurs nombre de chauve-souris (grandes dévoreuses de moustiques !) qu’incommode la lumière. Nous avons en conséquence  validé la réduction de l’éclairage public de 23h à 5h du matin, par endroits, et sommes fermement décidés à avancer sur le problème de la mobilité douce. Situé à une heure et quart de Nice, le site de la Madone est visité chaque année par plus de 30.000 personnes, il est vite envahi par les voitures l’été. La réponse (en projet) : mettre en place un système de navettes électriques. Enfin, beaucoup de nos jeunes gens ayant souhaité rester vivre et travailler au pays et s’étant lancés dans l’artisanat : fromages, miel,  glaces, chocolat confitures, savons… nous avions déjà créé pour eux un petit marché local, le jeudi de 15h à 19H animé par des musiciens traditionnels. Il plaît beaucoup  et de ce point de vue, les « week-ends écotourisme » d’automne organisés par l’AME sont une réussite. Les acteurs locaux (12 sont ici labellisés Esprit Parc) y participent de tout leur cœur. Des savoir-faire locaux qui nous amènent du monde, ces W-E répondent à une véritable attente, nos visiteurs souhaitant souvent rencontrer des acteurs passionnés, investis dans leurs traditions. »

Visite du Verger Saint-Joseph, à Saint Martin de Vésubie, avec Sarah de Caqueray. Dans le point de vente installé dans le village de Saint-Martin de Vésubie, au contact des visiteurs
© Emmanuel Rondeau

Elisabeth Berruer, directrice de l’OT de Val d’Allos (première commune à avoir rejoint l’association avec Colmar les Alpes) : « J’aimerai pour commencer souligner l’importance des réunions professionnelles organisées par l’AME (au moins deux par an). Chacun proposant des expériences et mettant au point des offres différentes dont nous ne saurions sinon rien ». Il est certain que les visiteurs ont de plus en plus envie de rencontrer des acteurs locaux passionnés (et passionnants). Ainsi de notre menuisier qui attire les foules. Aussi, pour pouvoir mieux répondre à leur attente, avons-nous pris l’habitude de les diriger également vers d’autres acteurs engagés, situés eux, hors de notre commune. Un des gros avantages d’un travail en réseau devenu capital. Car si les visiteurs ont aujourd’hui envie de « plus de » (authenticité, engagement, échanges, enrichissement intellectuel, etc.), ils ne savent pas où le trouver. Or, de notre point de vue, l’écotourisme, c’est aussi cela : sortir de son petit périmètre, s’ouvrir, coopérer. On en est aujourd’hui à monter des produits ensemble. Sachant que côté produits, puisqu’on en parle, il est très important de concevoir des produits à destination des plus jeunes, lesquels, très intéressés par ces questions, entrainent leurs parents dans la boucle vertueuse. Plus globalement, c’est clair : l’écotourisme gagne du terrain et on le vérifie au quotidien. On nous pose de plus en plus de questions sur les aspects écologiques et de moins en moins sur les aspects commerciaux. On est donc très heureux de pouvoir expliquer que la station a installé des micro-filets pour préserver les sources du Verdon de tous les déchets qui pourraient y être entrainés. Autre manière de vérifier l’intérêt croissant du public pour ces questions : à chaque fois que le Parc du Mercantour organise une conférence, il fait salle comble ! »

Vue du Village de Valberg © OT Valberg –
Station de montagne labellisée Flocon Vert & Village étoilé

Concernant Alexis Barrois, directeur de l’OT de Valberg, c’est bien simple : ayant choisi à l’Université la spécialité « Tourisme Durable », il ne pouvait s’agir pour lui de s’impliquer « qu’au service d’une commune réellement engagée ». Ainsi a-t-il finalement opté pour Valberg, station durable multi-labélisée, dont Flocon Vert depuis 2018 (l’une des six seules stations françaises 2 flocons, aucune n’en détenant 3). « L’avantage d’une telle démarche, outre les résultats concrets obtenus pour la planète que viennent valider ces labels, est d’entraîner tout le monde dans une dynamique fédératrice, participative et valorisante. Nous multiplions pour cela les petites actions (distribution de cendriers de poche par exemple), comme les grandes (déploiement de navettes électriques intra-muros gratuites). Les week-ends écotourisme organisés par l’AME marchent très bien, apportant chaque année leur lot d’habitués et de « nouveaux », des plus jeunes aux plus âgés.  Ils s’effectuent à un moment idéal où la nature est splendide, prodigue et incite les visiteurs à envisager de venir « hors saison » (habituelle). Raison pour laquelle nous mettons beaucoup en avant le tourisme 4 saisons. Longtemps considéré comme utopique par certains, il commence, ici, à devenir une réalité. Nous avons par exemple connu une excellente fréquentation à la Toussaint. Car la durabilité, c’est aussi cela : ancrer de plus en plus la vie active tout au long de l’année. Nous multiplions de notre côté des évènements de sensibilisation mettant en avant les acteurs engagés, qui attirent de plus en plus de monde., et qui nous permettent de valoriser notre territoire et ses habitants. Et puis il y a la force du réseau. Initiateur d’un projet d’agrotourisme, nous avons par exemple trouvé auprès des adhérents de l’AME toute l’information dont nous avions besoin. Réciproquement, nous communiquons bien au-delà de ce qui se fait sur notre territoire.

Pour Marie Garcin – Zaiter directrice de l’OT de  Menton Riviera & Merveilles, le partenariat est encore tout frais puis qu’il vient d’être signé, fin 2022. « Il est clair que depuis la fin du premier confinement, l’écotourisme a le vent en poupe. La tendance existait déjà mais s’est considérablement accélérée avec la prise de conscience associée à la pandémie et le besoin accru de s’oxygéner à la sortie des confinements successifs. Pour cette raison, nous avons élaboré en 2021 et voté en mars 2022 notre stratégie de développement touristique durable pour le territoire Menton, Riviera et Merveilles. L’expérience acquise par l’AME et ses partenaires nous permet de bénéficier de très précieux conseils. Echange de bons procédés, élargissement de la visibilité pour chacun (nous avons pensé à diverses actions pour 2023 : réserver un stand à l’AME sur notre salon pro qui se déroulera en avril), éductours dans la Roya et la Bévéra montés ensemble, participation aux week-ends de septembre, tout ceci permet de mieux faire connaître nos offres au grand public de plus en plus friand notamment de randonnées, de VTT et de rencontres avec les artisans, entre autres. De même que les hébergements plus respectueux commencent à être réellement pris en compte par nos visiteurs, la mobilité douce et le slow tourisme émergent. De ce point de vue, notre Train des Merveilles vieux de près de 100 ans et animé de mai à octobre par un guide passionnant connait un grand succès. J’insiste sur la dimension humaine du produit car elle représente une clé puissante. Nos acteurs passionnés (je pense par exemple à notre « Fée Capeline », installée à Tende et qui, seule en France ou quasi, crée de magnifiques chapeaux en feutre naturel qu’elle fabrique) plaisent énormément et nous allons de plus en plus les valoriser tout en en entrainant d’autres dans la démarche. Nous venons précisément de recruter une animatrice écotouristique qui aura pour charge de mettre en place notre charte écotouristique, d’embarquer les prestataires et de les accompagner dans la filière qu’elle animera. Nous nous sommes donc mis en marche. Et avec enthousiasme ».

Faune locale © MercantourEcotourisme

Le point de vue de Florence Viti-Bertin, enfin, Directrice adjointe de l’Agence de Développement des Alpes de Haute Provence est par nature plus global. « En collaboration avec le Parc National du Mercantour, nous valorisons le travail de l’association depuis le départ (le lancement de la charte européenne du tourisme durable). Tout simplement parce qu’ici, la moitié de notre territoire étant protégée, l’écotourisme représente une composante majeure de notre ADN. Une telle démarche fait donc forcément sens. Ce partenariat qui est également un gage de qualité représente quelque chose de très important pour nous. Au-delà des nombreux avantages qu’il offre et dont les communes ont dû vous parler, il faut voir quel formidable relais l’AME représente. Multi-localisée et d’une ampleur aujourd’hui conséquente, ce réseau fait remonter de la base expériences et informations. Grâce au retour des acteurs, nous pouvons actualiser au quotidien nos informations. Mieux encore : nous savons exactement ce que désirent et apprécient les visiteurs. Le réseau constitué par cette association représente une force considérable et sur ce territoire complexe où chacun se trouve par nature très « localisé », l’association a permis un réel décloisonnement et généré nombre de belles rencontres et de partages. L’AME représente également pour le Parc National lui-même un relais d’envergure, une manière habile et concrète de partager ses valeurs fortes. L’écotourisme n’est pas le même pour un Suédois (qui a parfois du mal à comprendre par exemple pourquoi l’eau qui abonde chez lui est ici si précieuse) que pour un Français. Et qui mieux que les acteurs impliqués au quotidien dans sa pratique sauront le décrypter et en exposer les aspects spécifiques et locaux, faire comprendre quels sont ici les enjeux d’un tourisme plus durable ?… Cette association et son travail représentent donc pour toute la région une chance considérable. Mais pour finir, qu’il soit bien clair que rien de tel n’aurait été possible sans le formidable travail de Christiane. Qui n’avait rien d’évident au départ. Se tenant toujours du côté des solutions, elle a su rallier sous le drapeau de l’AME les défenseurs de la nature autant que ceux de l’économie. Et les faire œuvrer ensemble au service du bien commun. Merci ».

Communes partenaires : Val d’Allos, Colmars les Alpes, Barcelonnette, Uvernet-Fours, Val d’Oronaye, Guillaumes, Beuil, Roubion, Saint Martin Vésubie et Belvédère


Association Mercantour Ecotourisme : retour sur une dynamique exemplaire | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Jerome Bourgine
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