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Magali Boisseau de Bedycasa, la renaissance du phénix

| Publié le 20 mars 2023
Thèmatique :  Acteur privé   Bons plans   Portrait 
             

Magali, on s’est rencontré à l’époque où elle lançait Leonaa, une plateforme de réservation d’activités valorisant les savoir-faire locaux. J’ai appris qu’elle avait relancé Bedycasa, « l’alternative à AirBnB avant l’avant l’heure ». Elle a fait du chemin, non sans difficulté et elle garde une énergie folle. Portrait de cette entrepreneuse à impact, généreuse et pétillante.

Magali s’est formée au No code pour Bedycasa

L’ascension vers le succès du tourisme collaboratif avec Bedycasa et sa descente prématurée

Magali crée Bedycasa en 2007 avant qu’on ne voit apparaitre AirBnB. En 3 ans elle réussit à fédérer 6 000 hébergeurs et plus de 40 000 membres. 10 ans plus tard, elle compte plus de 400 000 membres, 60 000 hébergeurs répartis dans 185 pays. Sacré challenge de travailler avec des hébergeurs, qui à l’époque, étaient peu présents sur les sites de réservations. Malheureusement la success story arrive à terme, après un « putsch » de son fonds d’investissement principal. Elle doit licencier 80% de son staff de 30 personnes et quitte à contre cœur l’entreprise. Elle tentera de rebondir jusqu’à accepter en de laisser les rennes de son entreprise à un autre investisseur au Tribunal de commerce qui décida de liquider la boite en 2019 (en laissant des milliers d’hébergeurs et de voyageurs sur le carreau).

« Certaines personnes n’aiment pas voir que le pouvoir leur échappe, surtout quand il s’agit d’une femme… En quelques années, ces personnes ont détruit toute la valeur que j’avais construite et m’ont également détruit mentalement. La jalousie, l’envie, la soif de pouvoir pervertissent les gens. »

Bedycasa, la richesse du partage

Entre temps, elle a un petit garçon et travaille avec Wonderbox pour développer des offres de séjours locaux orientés sur l’artisanat et la consommation responsable. A la veille de la COVID-19 où nous nous étions rencontrées, elle lançait Leonaa avec plus de 1 000 offres de loisir et de bien-être. Mais on sait ce qui s’est passé et que personne n’attendait : le confinement. Sa collab avec Wonderbox se termine et elle arrête Leonaa. Elle pensait laisser les OTAs (Online Travel Agencies) derrière elle mais sa communauté la supplie presque pour qu’elle relance la machine Bedycasa. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle tient à sa communauté qui lui revaut ça ! Je fais partie du groupe Bedycasa francophone (presque 900 membres) et c’est hyper touchant les messages de soutien que sa « commu » lui partage quotidiennement.

Renaissance du projet

On est en 2020 et Magali se forme à la programmation web en no code (permet de démocratiser la création de projet en ligne sans avoir à toucher au code sous-jacent, donc nul besoin d’être développeur pour les utiliser). La machine repart, elle se donne l’ambition de « réinventer une plateforme où les réservations chez l’habitant contribuent directement aux causes sociales et environnementales ». Elle propose ainsi aux voyageurs des hébergements éthiques et solidaires et répond au besoin de se loger temporairement dans des villes pouvant souffrir de sur-tourisme. Elle propose de plus à sa communauté de participer à un nouveau modèle à impact où toutes les parties prenantes sont gagnantes et où le séjour tend à réduire son empreinte carbone et à faire revenir la biodiversité. Elle lance une campagne sur Ulule et fait tout elle-même avant de s’associer à Thierry Martin, ingénieur de formation et très engagé dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Sa philosophie : « Aujourd’hui, plus que jamais, nous avons besoin de transformer profondément notre société. Nous avons besoin de créer un impact pour le monde, pour nous, pour nos enfants et de le faire avec les bonnes personnes. Bedycasa sera donc définitivement et plus que jamais, une entreprise passionnément libre et collaborative. »

L’humain, la rencontre, la solidarité de la communauté Bedycasa (avec Magali enceinte jusqu’au cou !)

Les valeurs de Bedycasa :

  • Participatif : acteur du changement avec un impact sur l’évolution du marché de l’hébergement chez l’habitant et du tourisme dans le monde grâce à leur modèle économique collaboratif ;
  • Responsable : en contribuant à un tourisme vertueux (prix juste, commission équitablement et mise en place d’une charte responsable) ;
  • Indépendant :  transparence, non affiliation à un grand groupe, pas de pub ni revente de données aux GAFAMs (Google – Apple – Facebook – Amazon – Microsoft).

La plateforme propose des logements solidaires (pour résoudre l’accès aux logements des étudiants et retraités notamment) et responsables écolabellisés. Bedycasa, c’est l’illustration de l’entrepreneuriat au féminin qui lutte contre les effets du surtourisme pour défendre le droit au logement grâce à une gouvernance partagée et par des projets à impact grâce à un club – BedyImpact. Et pour preuve, le tout est inscrit dans ses statuts.

Projet Bedy Impact

Afin d’être actrice du changement, elle structure une asso : Bedy Impact. En effet, les chiffres le montrent, l’hébergement touristique peut être particulièrement émetteur de gaz à effet de serre (presque 7% de l’empreinte carbone du tourisme, sachant que 77% des émissions du secteur concernent les transports, ADEME 2021). Le tourisme contribue par ailleurs à détruire les écosystèmes déjà fragiles par l’artificialisation des sols ou la sur-fréquentation des milieux naturels. L’asso se concentre donc sur 2 axes : l’éco-hébergement touristique et l’accueil de la biodiversité.

  • L’écohabitat : le chauffage représente 86% des émissions (source Réseau Action Climat), aussi l’asso propose aux propriétaires de participer à la transition énergétique par un diagnostic énergétique et des solutions de performance environnementale du bâtiment. L’asso est d’ailleurs partenaire de différents réseaux : réseau action climat, Europe Energie, réseau écohabitat.
  • La restauration des écosystèmes forestiers et marins : on parle beaucoup de changement climatique, mais la biodiversité est en plein déclin. Selon l’IPV conçu par WWF (Indice Planète Vivante), entre 1970 et 2018, la taille moyenne des populations de vertébrés sauvages a décliné de 69%. Aussi l’asso favorise la construction de refuges pour oiseaux et propose des nichoirs et plantes milifères. Elle vise de plus à restaurer les habitats forestiers et marins par différents partenariats avec des ONG (Ecotree, Noé, Save Koala, Fondation de la Mer). En quelques chiffres, 50% du massif corallien a disparu et 40% des insectes sont menacés de disparaitre.
Devenir consomm’acteur durant ses vacances, possible avec BedyImpact

Aussi, Bedy Impact invite au bénévolat pour devenir « game changer » afin de concrétiser les « aspirations à consommer des vacances éco-responsables » en actions : ramassage de déchet sur les plages, sensibilisation à l’ornithologie, végétalisation des villes. Pour faire vivre l’asso, on peut devenir mécène : libellule, koala ou corail.

Et derrière tout ça, la gouvernance de Bedycasa et BedyImpact respecte ses promesses sociocratiques. Magali a notamment lancé un comité d’éthique (pour s’assurer des valeurs partagées dans les prestations recensées sur la plateforme) et un comité à impact (qui travaille sur la création d’indicateurs pour suivre les effets positifs des différents auquel je suis ravie de participer). Gouvernance orientée sur l’intelligence collective, qui nous fait penser à la galaxie de l’action de nos amis de Time For The Planet, donc Magali et moi sommes actionnaires.

Bravo à toi Magali d’avoir su renaitre de tes cendres et d’apporter un vrai impact positif dans le tourisme !! Pourvu que ça dure.

Pour aller plus loin


Magali Boisseau de Bedycasa, la renaissance du phénix | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Caroline Le Roy
Bretonne et fière de l'être, j'ai toujours été sensible aux enjeux du développement durable tant dans mon bénévolat associatif que sur mon rapport à la nature. J'ai pu évoluer dans le réseau des parcs naturels régionaux où j'ai eu la chance d'accompagner des acteurs touristiques du changement. Ma sensibilité a rapidement évolué en engagement puis en militantisme. Mon défi professionnel est de développer un tourisme respectueux de la planète et des hommes grâce à l'accompagnement et le conseil aux professionnels sur les nouvelles tendances touristiques et sur les attentes des clientèles toujours plus exigeantes. Enfin je souhaite faire prendre conscience d'une conciliation possible entre transition environnementale et besoin client appliquée au tourisme et au quotidien. Je suis actuellement en préparation d'une thèse doctorale sur le vaste (mais non moins passionnant) sujet de la performance environnementale du tourisme.
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