Tourisme durable : ces destinations qui réinventent l’expérience croisière
En 2024, 34,6 millions de passagers ont voyagé à bord d’un paquebot de croisière, soit 9 % de plus que l’année précédente, selon la Cruise Lines International Association (CLIA). En dix ans, le nombre de croisiéristes a bondi de 88 %, une dynamique qui ne semble pas près de ralentir. Le secteur affiche une croissance annuelle comprise entre 9 et 10 % et pourrait atteindre 40 millions de passagers en 2027. Les Caraïbes et la Méditerranée concentrent l’essentiel du marché, dominé par une clientèle américaine, même si les Européens sont de plus en plus nombreux. Cette réussite spectaculaire s’accompagne toutefois de critiques croissantes sur l’impact environnemental, social et territorial des croisières. Des mesures sont peu à peu mises en place pour limiter ces effets pervers, mais est-ce vraiment suffisant ?

Ces destinations qui s’engagent pour des croisières durables
Face à l’essor rapide du tourisme de croisière, certaines destinations tentent de reprendre la main pour mieux encadrer son développement. Le Groenland en est un exemple emblématique. En 2023, le nombre de croisiéristes y a augmenté de 73 %, provoquant des situations de surtourisme spectaculaires, comme à Qaqortoq, où plus de 4 200 touristes ont débarqué en une journée dans une ville de 3 000 habitants. Conscient des déséquilibres générés par ces flux, le Parlement groenlandais a adopté en 2024 une réforme visant à limiter l’accès des très grands navires et à favoriser les entreprises locales. Car le constat est clair : un croisiériste dépense en moyenne dix fois moins qu’un touriste arrivant par avion. L’objectif affiché est de faire du tourisme un levier économique durable, bénéficiant réellement à la population.
Autre modèle souvent cité, Helsinki s’impose comme une destination pionnière en matière de croisières responsables. La capitale finlandaise est certifiée Green Destinations et son port vise la neutralité carbone d’ici 2035. Électrification des quais, promotion de carburants alternatifs, excursions respectueuses de l’environnement et intégration des communautés locales : la ville cherche à concilier attractivité touristique et qualité de vie. Ces deux exemples montrent qu’il est possible d’imaginer un autre rapport à la croisière, à condition que les territoires fixent leurs propres règles.

Costa Croisières : des actions concrètes pour limiter l’impact environnemental
Acteur majeur du secteur, Costa Croisières, filiale du groupe américain Carnival, illustre les efforts entrepris par certaines compagnies pour répondre aux critiques. La flotte, composée de véritables villes flottantes pouvant accueillir jusqu’à 8 000 personnes, s’adresse principalement à une clientèle familiale et de classe moyenne, séduite par des prix d’appel très attractifs, parfois autour de 800 euros la semaine tout compris. Ce modèle repose sur des économies d’échelle et une forte consommation à bord. En pleine croissance mais consciente des critiques qui s’amplifie quant aux effets pervers de la croisière, Costa a décidé de communiquer activement sur ses actions notamment via son site internet Croisières.fr.
Ainsi, si vous allez sur le site de Croisières.fr, et notamment sur cette page, vous découvrirez comment l’entreprise affiche ses actions. Par exemple, on peut y lire que sur le plan environnemental, Costa a été l’une des premières compagnies à miser sur la propulsion au gaz naturel liquéfié (GNL) avec le Costa Smeralda puis le Costa Toscana. Si l’on sait que ce carburant permet de réduire significativement les émissions de particules fines et de dioxyde de soufre, et jusqu’à 25 % des émissions de CO₂, il ne constitue pas une solution parfaite notamment du à sa forte teneur en méthane qui intensifie le réchauffement climatique.
La compagnie s’est également engagée vers un objectif de zéro émission nette d’ici 2050, développe la connexion électrique à quai et collabore avec des acteurs énergétiques comme Enel. Enfin, elle agit aussi sur la gestion des ressources, avec des systèmes de dessalement de l’eau, une consommation énergétique optimisée, le recyclage des déchets et la réduction du plastique à bord. Le programme 4GOODFOOD vise à lutter contre le gaspillage alimentaire, tandis que des initiatives pédagogiques sensibilisent les passagers, notamment les plus jeunes, à la protection des océans. Des actions concrètes, certes, mais avec un succès croissant, des bateaux en construction, et des passagers toujours plus nombreux, est-ce vraiment suffisant ?

En guise de conclusion
Malgré ces avancées, le modèle de la croisière reste vivement contesté. Les prix très bas reposent souvent sur des pavillons de complaisance et une main-d’œuvre issue de pays pauvres, travaillant jusqu’à 72 heures par semaine pour des salaires modestes. Si ces emplois offrent un revenu supérieur à celui disponible dans les pays d’origine, les conditions de travail restent difficiles. Le surtourisme constitue un autre point noir. À Barcelone, Marseille ou Gênes, plusieurs paquebots peuvent accoster simultanément, déversant des milliers de visiteurs au même moment. Or, selon une étude espagnole, un croisiériste dépense en moyenne 43 euros par jour, un apport économique jugé insuffisant au regard des nuisances subies par les habitants. Les impacts environnementaux demeurent également importants : émissions de particules fines, rejets en mer, atteintes à la biodiversité. Même avec le GNL et l’électrification des quais, la croissance continue du secteur et la taille toujours plus imposante des navires rendent l’équation du « zéro impact » illusoire.
Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Radio France, Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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