#TourismeDurable

« Cartographier les interactions, explorer le rôle de l’espace»

| Publié le 25 février 2026
Thèmatique :  Innovation   Livres   Monde   Portrait   Territoire 
           

Margaux Alamartine signe un ouvrage innovant sur la spatialité et les comportements humains

Consultante, voyageuse et chercheuse indépendante, Margaux Alamartine est spécialisée sur le rôle de la spatialité et la façon dont elle structure les interactions et les comportements. Suite à une immersion chinoise très atypique au cœur d’un village rural traditionnel, elle a décidé de mettre à profit son double parcours personnel et professionnel pour publier un récit documentaire contant son expérience. Une expérience qu’elle  met aujourd’hui à profit pour éclairer les acteurs de l’entreprise (entrepreneurs, dirigeants, managers) sur leurs enjeux et les aider à piloter leurs équipes et projets. Rencontre avec une jeune femme inspirante qui utilise la géographie humaine et la cartographie sensible pour éclairer et guider les comportements humains.

LesInteractions©Margaux Alamartine

VA/ Après une carrière en entreprise, vous avez choisi la recherche en géographie et la Chine, pourquoi ce choix ?

Quand j’accompagnais des entreprises, j’étais assez frappée par l’énergie que cela demande pour faire changer les comportements, les habitudes, les façons de travailler. Il y avait souvent un écart entre ce que l’on souhaitait et la capacité à être acteur de son propre changement. Je me suis questionnée sur tous les mécanismes invisibles qui nous empêchent de faire bouger les choses. Puis, j’ai eu l’opportunité d’aller travailler en Chine, ce qui m’a poussée à questionner le rôle de la culture, de l’environnement, du territoire dans les interactions et dans nos comportements. Quand j’appliquais en Chine ce que je faisais ailleurs, cela ne fonctionnait plus. Ce constat m’a amené à faire des recherches pour comprendre ces mécanismes qui conditionnent la façon dont on vit, dont on pense, afin d’apporter aux entreprises — à tout système vivant, à toute personne — une compréhension de ce qui fait que l’on va avoir une certaine façon de penser et d’agir. En Chine, à ce moment-là, l’écart culturel était très important, donc plus éclairant. Mais on  peut observer les mêmes mécanismes avec son voisin de palier.

VA/ Le projet du village de Heqiao (Zhejiang) intéresse notre portail tourné vers le tourisme rural, pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

J’ai découvert Heqiao (Zhejiang) un peu par hasard. J’avais réservé une maison d’hôtes pour un week-end et j’ai sympathisé avec la propriétaire des lieux. Elle m’a ensuite invitée régulièrement, notamment pour le Nouvel An en 2017, ce qui m’a permis d’entrer dans l’intimité d’une famille chinoise. De fil en aiguille, j’y suis allée de plus en plus souvent. Mon amie était très créative, de maison d’hôtes, sa résidence familiale est devenue un véritable territoire d’innovation avec une cabane, une maison lune, une maison hobbit. Cette créativité a conditionné le démarrage de mon processus de recherche, en lien avec les organisations. Comment on innove ? Comment on trouve des ressources en soi et à l’extérieur ? Comment l’environnement accepte cette nouveauté ?

Heqiao©Margaux Alamartine

Dans le même temps, le village de Heqiao s’est trouvé dans un contexte favorable suite à la « politique de prospérité commune et de revitalisation des campagnes chinoises »  intégrée dans les 13e et 14e plans quinquennaux. À l’instar de nombreux villages ruraux, il a reçu des fonds qui lui ont permis de nombreux investissements (réfection des routes, des canalisations, construction de salles communales, etc.). En outre, plusieurs initiatives ont vu le jour et notamment l’idée de créer une attraction touristique basée sur l’univers d’un manga en vogue pour booster l’économie (arbre rose sur la place centrale du village, box avec des cosplay, ticket d’entrée au village, animations, etc.).

Face à tous ces changements, que ce soit au sein même du village ou via les expérimentations « touristiques » de mon amie, je me suis dit qu’il y avait là un terrain de recherche passionnant à mener sur la transformation. Soit, observer comment tous ces acteurs allaient se mailler pour éclairer les mécanismes de la spatialité dans les interactions. Finalement, je suis restée six ans en Chine, de 2015 à 2021, et je suis toujours en contact avec le village. Mon dernier voyage date de 2024.

Heqiao©Margaux Alamartine

VA/ Vous avez un ouvrage en cours à ce sujet, un ouvrage assez atypique…

Effectivement, je suis sur le point de publier le récit documentaire de mon immersion dans ce village et du processus que le village et moi-même avons traversé. À travers cette histoire, j’éclaire mon approche des mécanismes d’interaction, et de ce qui fait que l’on parvient — ou non — à transformer des comportements et des habitudes. À noter que le village a connu un boom pendant six mois, puis le soufflé est retombé. Covid, saison des pluies, inondations, résistances au changement ont eu raison de l’enthousiasme du départ. Cela m’a interrogée sur la manière dont on parvient à produire de vraies transformations, des transformations structurelles, pas juste un changement de décor.

Mon ouvrage « Cartographier les interactions, explorer le rôle de l’espace »consiste donc en un récit assez unique, sur le fond comme sur la forme, avec des développements analytiques assez classiques et d’autres plus sensibles, où je reprends les croquis qui ont servi à l’élaboration de la pensée et de l’analyse, le tout sur un beau papier. L’idée est de transporter le lecteur dans une réflexion et une sensation. Pour cela, je me suis associée à la Maison d’Édition lyonnaise Libel qui édite de très beaux livres.

VA/ Comment nos lecteurs peuvent-ils soutenir votre travail de recherche et cet ouvrage ?

On peut me soutenir via Ulule pour le design et la publication du livre. Il est aussi possible de le précommander, d’être mécène, ou encore de solliciter des conférences. D’autres façons de me soutenir sont de partager le projet sur vos réseaux, et puis — ce qui est important — d’ouvrir le dialogue. En ce sens, si des personnes veulent échanger avec moi sur des sujets de transformation, sur le monde chinois, ce sera avec plaisir. Il y a plusieurs portes d’entrée dans l’ouvrage. (voir en annexe les liens associés pour retrouver Margaux et son ouvrage)

LesInteractions©Margaux Alamartine

VA/ En quoi la géographie est le pivot de toute une réflexion de fond sur l’espace et les interactions, et quel lien faites-vous entre vos différentes activités ?

J’ai entendu un jour un chercheur énoncer que la géographie est une discipline carrefour, et je trouve cela assez vrai. Le sujet de notre rapport au monde et aux autres est un sujet universel. Il concerne tout le monde et toutes les échelles : chaque individu, le collectif, le territoire, la société. La géographie est une discipline qui traite de l’espace et de la spatialité, c’est une réalité qui sous-tend tous les rapports humains. A travers mon travail qui tente d’expliciter comment fonctionne tout système, je fais dialoguer différentes disciplines entre elles, je tise des liens entre monde de la recherche, des entreprises, mondes anthropiques, physiques, systémiques, sciences. La géographie physique est connue, moins la géographie sociale (individu, société). Or il s’agit d’une discipline très émergente, magnifique, qui permet d’éclairer les comportements et les relations humaines. Mon ambition est de la proposer comme un outil qui aide à mieux lire son environnement et à mieux gérer toutes les dimensions du quotidien.

LesInteractions©Margaux Alamartine

VA/ Enfin, vous faites également partie de l’APM en amenant votre expertise dans le monde de l’entreprise, ce qui permet de faire des ponts précieux, quelques mots aussi sur ce volet de vos activités ?

Effectivement, l’APM (L’Association pour le progrès du management) est un réseau de dirigeants d’entreprise qui fonctionne en clubs. Chaque groupe se retrouve une fois par mois pour s’interroger sur le fonctionnement du monde et l’impact que cela a pour diriger. Mon expertise permet d’éclairer ce fonctionnement sous le prisme de la spatialité. J’utilise la cartographie sensible, un outil que j’ai mis en place pour cartographier la perception qu’une personne a d’un écosystème et trouver ainsi des actions à mettre en place pour faire évoluer ce système ; comprendre comment il va pouvoir évoluer et imaginer les mouvements possibles. On a souvent l’habitude des cartes, des GPS, mais on ne fait pas de cartographie sensible pour s’orienter or, c’est un outil fascinant issu de mes travaux en Chine. J’ai ainsi cartographié ma traversée de la Chine, les différentes étapes du processus de transformation du village, et j’utilise cet exemple pour illustrer mes propos. Chacun peut ensuite basculer sur ses propres sujets.

LesInteractions©Margaux Alamartine

Quelques exemples récents. J’accompagne régulièrement des dirigeants de PME locales. La cartographie permet, lorsque deux personnes d’un codir dirigent ensemble, que chacun représente la façon dont il entrevoit la situation, mettant ainsi en évidence les différences de perception. Mettre sur papier permet de faire aboutir une pensée, d’exprimer l’espace vécu et l’espace perçu. Je relie alors mon métier de conseil et d’accompagnement avec un prisme particulier et unique : la spatialité. Pour un géographe, l’espace intègre une dimension de perception de la distance. Là, chacun peut poser sur le papier la façon dont il vit la situation. La confrontation des idées permet ensuite de dialoguer, de comprendre la posture de l’autre, et de prendre des décisions ensemble.

Sur un cas un peu différent, il m’est arrivé d’accompagner un dirigeant gérant deux entités ayant du mal à travailler ensemble. En les représentant sur le papier, physiquement, on voyait qu’elles étaient séparées par une route sans passage piéton. La représentation spatiale a aidé à casser le silo, à mieux faire circuler les personnes. La cartographie permet d’identifier les mouvements possibles, physiquement et mentalement (deux personnes qui ne dialoguent pas), et d’identifier des actions pour faire bouger les choses, souvent physiques ou liées aux représentations. Trop souvent, on traite les changements physiques, et pas les représentations mentales. La carte sensible permet de faire émerger cela. Mais il faut une connaissance et un protocole d’accompagnement pour pouvoir la lire.

VA/ Dernière chose, si vous aviez un message d’espoir à faire passer à un jeune, quel serait-il ?

J’aurais envie de leur dire qu’il est possible de faire bouger les choses. Malgré les médias, la lourdeur des sociétés, il ne faut pas baisser les bras. Par l’action, on peut retrouver de l’enthousiasme, en se laissant porter, en faisant confiance à ce qui nous appelle, en suivant notre voie intérieure. Cela crée un effet boule de neige. Je n’avais jamais pensé que j’irais en Chine un jour. Cela a provoqué beaucoup de rencontres. Il est tout à fait possible de mettre de l’espoir dans sa vie et de faire de petites actions qui vont se démultiplier et apporter beaucoup de lumière, de joie, d’action. J’ajouterai une dernière petite chose : l’importance de laisser de la place à l’imprévu. Cela ouvre des champs d’action plein de surprises, cette spatialité que l’on ne connaît pas encore. Un champ libre qui s’ouvre. On a perdu ces espaces de liberté. Le plus beau cadeau que l’on puisse se faire, c’est d’en recréer.

————— Pour aller plus loin ————-

https://www.margauxalamartine.com

Apple podcast https://podcasts.apple.com/fr/podcast/basics-romy-sublet/id1607740129 Spotify https://open.spotify.com/show/7CaPiuWsy0z6ejSjLjYpo8 Deezer https://www.deezer.com/fr/show/3361682

Margaux Alamartine©Margaux Alamartine


« Cartographier les interactions, explorer le rôle de l’espace» | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Radio France, Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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