La ville de Pornichet décroche l’Award d’Argent du programme Green Destinations
Thèmatique : Espaces protégés Initiative régionale Labels Territoire
Après dix ans de transition, il aura fallu à peine une année pour que la ville de Pornichet se mette en ordre de marche et obtienne l’Award d’Argent du programme Green Destinations qui vise à concilier attractivité touristique, qualité de vie des habitants et préservation des ressources naturelles de la commune. Première commune française de la côte Atlantique à recevoir cette reconnaissance, elle a notamment bénéficié du dynamisme de la société publique locale Pornichet LA DESTINATION. Son directeur, Christophe Gavet, revient sur cette belle aventure qui n’est pas prête de s’arrêter…

VA/ Qu’est-ce qui fait l’ADN touristique de Pornichet ?
Pornichet fut longtemps une station balnéaire partagée entre ses marais salants et son petit village de pêcheurs, à mi-chemin entre Saint-Nazaire et La Baule-Escoublac. De ce passé, elle a gardé un caractère très familial même si elle est aujourd’hui devenue une ville balnéaire à part entière avec 12 500 habitants, des commerces ouverts toute l’année, des écoles, de la vie ! Et il est important pour nous de conserver ce caractère familial. Par exemple, le maire a maintenu la gratuité du stationnement pour que nos visiteurs puissent se garer facilement. Nous organisons aussi un festival des Arts de la rue, « Les Renc’arts », de la mi-juillet à la mi-août, une véritable politique culturelle accessible à tous, à l’image de notre cinéma et de notre tissu associatif (plus de 100 associations) très dense. Pornichet est ainsi devenue une ville agréable à vivre pour tous les publics, un bien-être social qui est aussi l’un des piliers du label Green Destination.
VA/ Vous venez de remporter l’Award d’Argent du programme Green Destinations. En quoi consiste ce label et que récompense-t-il concrètement ?
Le label Green Destinations récompense les destinations engagées dans la transition écologique via une démarche de tourisme durable. Il est délivré par la Fondation Green Destinations, basée aux Pays-Bas. En tout, 75 critères sont audités, répartis sur les piliers de l’écoresponsabilité (gestion des déchets, protection de la faune et de la flore, respect de l’authenticité des traditions locales, pollution lumineuse minimisée, surveillance de la qualité de l’eau, satisfaction et perception des habitants, etc.). En outre, ce label fait partie des rares labels à être reconnus par le GSTC (Global Sustainable Travel Council) et il s’applique au monde entier.

VA/ Parmi les nombreux critères évalués, lesquels ont été déterminants pour décrocher cette distinction ?
Il est important de préciser avant tout que le label Green Destinations consiste en une démarche de progression qui comprend plusieurs paliers : bronze (7/10), argent (8/10), or (9/10), platine (10/10) jusqu’à la certification. Lorsque nous sommes audités, toutes les pièces justificatives sont à déposer sur une plateforme en ligne (audit documentaire) puis un audit sur site est réalisé. Concrètement, nous avons valorisé les actions réalisées ces dix dernières années, notamment en matière environnementale et de protection de la biodiversité, et ce qui a particulièrement marqué l’auditrice est le rapport entre la quantité de ces actions et la taille de notre service Environnement : restauration des espaces dunaires, notre politique de l’Arbre, le nettoyage citoyen des plages, la suppression des douches de plages, l’éclairage public en LED, la lutte contre la pollution lumineuse (préservation des chauves-souris), notre programme Village Étoilé avec les trames vertes, etc. Un dernier exemple, pour les fêtes de fin d’année, les sapins de Noël sont déposés puis collectés et broyés pour faire du paillage ou laissés entiers pour être installés sur les dunes qu’ils aideront à maintenir en se couvrant de sable.
VA/ Pornichet a engagé une politique ambitieuse autour de l’arbre. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Notre objectif est de préserver le patrimoine arboré de la commune et de le développer, en augmentant la canopée pour lutter contre le réchauffement climatique. Un agent de la ville est dédié à cet engagement sur l’espace public, mais nous accompagnons aussi les propriétaires privés. Ainsi, un recensement des 4 500 arbres présents sur l’espace public a été réalisé afin de mieux répartir les plantations et de mieux choisir les essences. En outre, un grand programme de végétalisation des espaces publics est en cours. En trois ans, 1 000 arbres supplémentaires et 20 000 arbustes ont été plantés. De nombreuses actions de sensibilisation sont menées dans le cadre de « Pornichet Naturellement » pour accompagner la population sur la place de l’arbre dans notre société. Enfin, nous avons mis en place une protection juridique de l’arbre : chaque arbre a une valeur officielle qui prend en compte sa captation carbone, son âge, etc. En cas d’abattage ou de dégradation, l’entreprise doit payer une amende. Cela a été le cas récemment lorsqu’une entreprise a dû payer environ 20 000 euros pour avoir abattu trop d’arbres. L’indemnité perçue permet de remplacer l’arbre à hauteur équivalente.

VA/ Quelle est l’action dont vous êtes le plus fier ?
La dynamique collective et transversale qui s’est mise en place pour le programme Green Destinations est une grande fierté. La philosophie de ce label repose sur la transparence vis-à-vis de la vie civile : il faut embarquer les citoyens, les socioprofessionnels, la ville, tous les secteurs. Nous l’avons fait dans un temps record : le dossier a été entamé en mars 2025 et nous avons obtenu l’Award d’Argent en janvier dernier. Plus concrètement, je suis également très fier de la réfection du boulevard de Mer (face à la baie du Pouliguen) menée par le maire et l’équipe municipale depuis quatre ans. L’ensemble a été livré l’été dernier. La circulation a été repensée : voitures, vélos et piétons disposent désormais de couloirs différenciés, avec beaucoup moins de conflits d’usage, des voies séparées par de la végétalisation. Aujourd’hui, nous avons un front de mer plus apaisé.

VA/ Pornichet est la première commune française de la côte Atlantique labelisée Green Destinations. Comment entraîner d’autres territoires dans la même dynamique ? Des premiers échanges ont-ils déjà eu lieu ?
Lorsque j’ai suivi la formation dispensée par la Bretagne pour candidater à Green Destinations, des collègues bretons étaient également engagés dans la démarche, mais sûrement parce qu’ils ont des territoires plus grands, davantage d’acteurs à mobiliser, cela n’a pas encore abouti. Sinon, nous avons été contactés par Carnac qui souhaite s’engager. La Fédération des Offices de Tourisme de Bretagne m’a également demandé de témoigner auprès des OT bretons. Et comme je viens de Normandie, j’ai également des échanges avec la Fédération des Offices de Tourisme de Normandie.
VA/ Et demain, cap sur l’Or ? Quelles seront les prochaines actions « durables» de Pornichet ?
Au vu de notre note, nous sommes proches de l’or, notre objectif serait donc plutôt le platine. À cette fin, nous devons réaliser une étude sur les impacts du tourisme durable à Pornichet, puis décliner des objectifs et des actions. Comme je le précisais, Pornichet compte 12 500 habitants à l’année, l’été, nous atteignons 100 000 personnes. Cela a forcément un impact sur les déchets, sur l’eau, la mobilité. Cela pose la question des parkings, de l’accueil, des habitants. Nous devons travailler sur la notoriété et l’image de Pornichet, ainsi que sur l’accessibilité tarifaire des destinations. De plus en plus de personnes raccourcissent leurs séjours, viennent à la journée, voyagent dans le département. Il nous faut une vision globale de la situation pour implanter un tourisme toujours plus durable. Par exemple, concernant les mobilités douces, Pornichet est accessible directement en train depuis Paris, Nantes, et de nombreuses grandes villes. En outre, une fois sur place, tout peut se faire à pied : c’est un atout durable à intensifier.
VA/ Pour finir, quel message d’espoir aimeriez-vous adresser à un jeune pour construire des lendemains plus rieurs ?
Je ne suis pas d’un naturel pessimiste. J’ai été entrepreneur. Quand je me suis mise à mon compte, on me l’a déconseillé, mais cela a très bien fonctionné. J’aimerais donc transmettre un message d’espoir pour les jeunes. Il faut croire en ses rêves et s’y tenir. Certes, il y aura toujours des gens pour critiquer, mais la tenacité paie toujours. J’ai une jeune collaboratrice dont c’est le premier poste à l’Office de Tourisme. Elle souhaite prendre un congé sabbatique pour partir à l’étranger et progresser en langue. Je l’encourage et j’espère qu’elle reviendra parmi nous à son retour. Il faut se faire confiance. D’ailleurs, lorsque je recrute mes équipes, je fais toujours en sorte d’être attractif, de donner envie. Le positif attire le positif. Je me souviens d’un post rédigé pour une offre d’emploi en lien avec nos valeurs et Green Destinations. Nous avons eu 12 000 impressions et 50 candidatures. Tout simplement parce que nous avons su donner envie de nous rejoindre. Et nous avons aujourd’hui des collaborateurs hyper compétents et formés.

Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Radio France, Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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