Sur la Piste du Bison !
Thèmatique : Culture Espaces protégés Monde Portrait Projet solidaire
Nous avons souvent eu l’occasion sur ces lignes d’évoquer les nombreux reportages et ouvrages de Sylvie Brieu, c’est aujourd’hui un Podcast documentaire indépendant, Sur la Piste du BISON, que nous présente cette grand reporter engagée. Suite à un face à face bouleversant avec un bison, et grâce à des accès rares, elle nous embarque dans une enquête inédite à la rencontre de personnalités qui ont une relation profonde avec l’animal sauvage : chefs spirituels amérindiens, rangers du parc de Yellowstone, scientifiques. Une histoire vraie, humaine et engagée, où le monde sauvage questionne notre rapport au vivant et à la puissance de la solidarité.
Échanges avec Sylvie Brieu.

VA/ On vous connaissez journaliste grand reporter, écrivaine, vous voilà productrice et créatrice de podcast ? Pourquoi l’envie de s’essayer à ce nouveau média ?
Je suis passionnée par toutes les formes de narration et j’ai un goût prononcé pour les récits qui font bouger les lignes. Le son, l’image et l’écrit permettent de raconter différentes facettes d’une même histoire tout en approfondissant ses dimensions et en véhiculant une riche gamme d’émotions. Depuis plus de vingt-cinq ans, je travaille sur des sujets engagés à la croisée de l’environnement, des droits humains et de la diversité culturelle. J’ai vécu en Amazonie, dans les grands espaces de l’Ouest américain. Et j’ai toujours voyagé avec un enregistreur et une caméra, consciente de vivre des moments privilégiés et désireuse de les partager en restant fidèle à la mémoire de mes hôtes, de leurs témoignages, de leur réalité, de leur combat.
Sur la Piste du BISON s’inscrit dans le prolongement de L’âme de l’Amérique. Au coeur des grands espaces de l’Ouest américain (Albin Michel). Après la publication de mon livre, j’ai voulu prolonger mon travail de terrain dans cette région du monde où je tisse des liens profonds avec les communautés locales qui m’ont adopté il y a une dizaine d’années. La musicalité y est partout présente en toute saison, de jour comme de nuit. Le chant des oiseaux, le hurlement des loups, le rut du bison, le souffle du vent sur les feuilles des peupliers, les bruissements de la Yellowstone, le tempo électrique du rodéo, les bals de country… Le son permet de s’immerger de manière plus intime dans des univers naturels et culturels, de transmettre des émotions en 3 D, de restituer une parole confiée. Le format du podcast et la liberté éditoriale qu’il permet était parfaitement adapté à mon projet, à ma démarche et à mon souhait.
VA/ Comment vous êtes-vous formée ?
À l’université de Berkeley, j’avais déjà été formée au documentaire, au reportage télévisé et à la radio. En France, plusieurs années plus tard, j’ai eu la chance de découvrir l’univers du podcast, en me formant auprès de professionnels exceptionnels : le producteur et réalisateur Martin Quenehen, ex de France Culture, le réalisateur sonore d’Arte Radio, Arnaud Forest. Mais aussi auprès de Marc Namblard, audio-naturaliste et artiste sonore de talent, nommé aux César dans la catégorie du meilleur son pour le documentaire Le Chant des Forêts. Auprès de ces professionnels exigeants et bienveillants, j’ai découvert à quel point le son était une vibration, une manière de se relier à ce qui nous entoure, une façon d’entrer en résonance avec le monde du vivant. Mais aussi la nécessité de ralentir pour percevoir les facettes d’une beauté brute, authentique, dans sa pleine nudité. Pour entendre, il faut se taire. Écouter, c’est faire acte d’humilité. C’est très ressourçant.
Le podcast est aussi un moyen d’amplifier les voix des personnes inspirantes que je rencontre.

VA/ Pourquoi choisir le bison pour incarner la suite de vos reportages sur le Montana ?
C’est un face à face intense avec un bison d’Amérique qui a déclenché l’idée de « Sur la Piste du BISON ». Alors que j’enregistrais le chant de loups dans le parc national de Yellowstone, j’ai croisé le regard d’un mâle solitaire qui s’est approché de très près. Son souffle est resté gravé sur ma carte mémoire. Ce souffle pris en captation réelle m’a bouleversée. Il est présent dans le podcast et est à l’origine d’une quête et d’une enquête qui se déroule au fil des épisodes. Depuis, je sillonne l’Ouest américain à la rencontre de celles et ceux qui connaissent le mieux le bison : Amérindiens, scientifiques, ranchers, artistes.
Symbole de puissance et de résilience, de rédemption et de réconciliation, le bison a été déclaré mammifère national des Etats-Unis en 2016 sous la présidence de Barack Obama. Autrefois, des hardes compactes sillonnaient le continent américain du Nord du Mexique au Canada par dizaines de millions. Les bisons étaient au coeur de l’existence et de la spiritualité des tribus des Plaines. La viande de bison était la base de leur nourriture, sa peau était utilisée pour la fabrication de vêtements, de tipis et de couvertures, ses os et ses tendons pour confectionner des ustensiles, des arcs et des flèches etc. Le plus grand mammifère terrestre du continent américain était respecté et considéré comme un membre de leur famille. Il occupait une place centrale dans les cérémonies.
Le Chef Blackfoot Crowfoot disait : « Qu’est-ce que la vie ? C’est l’éclat d’une luciole dans la nuit. C’est le souffle d’un bison en hiver. C’est la petite ombre qui court dans l’herbe et se perd au coucher du soleil. » Après avoir failli disparaître au XIXe siècle, des troupeaux de bisons reviennent aujourd’hui peupler les grands espaces sauvages sous l’impulsion des Nations amérindiennes et de leurs alliés, suscitant une série d’interrogations sur la place de la nature sauvage dans notre monde moderne et sur les enjeux de la libre évolution. Le bison est désormais reconnu comme espèce clé de voûte de l’environnement. Porteur d’espoir, il incarne une nouvelle ère écologique, placée sous le signe de la coopération.
VA/ L’Amérique c’est aussi Trump et sa croisade contre le climat, l’Ouest américain et les bisons sont-ils d’ores et déjà menacés ?
Le président des États-Unis a pris un certain nombre de mesures en faveur des énergies fossiles portant porté un coup fatal a la lutte contre le réchauffement climatique. Ce qui touche à l’intégrité de la terre et à la qualité de l’air a bien entendu un impact sur les bisons. Mais le retour des troupeaux sur leur territoire originel est aussi menacé par, entre autres, des éleveurs de bétails. La compétition pour la terre où paissent bisons et vaches est âpre. Certains propriétaires de ranch voient par ailleurs le retour du bison comme une résurgence de la puissance des peuples amérindiens. Ils craignent que ce renouveau culturel s’accompagne d’une revendication des terres qui leur ont été volées par des traités violés. Bref, les ranchers ont peur de perdre leur terre, leur mode de vie.
Malgré les obstacles et les polémiques, les efforts pour ramener les bisons sur leur territoire ancestral se poursuivent. Une révolution lente et profonde est en train de se mettre en place. Le bison en est le fer de lance. C’est un animal très résilient qui a traversé les siècles, survivant aux massacres et aux intempéries. Face à la tempête, il ne fuit pas, il la traverse pour poursuivre sa route. Sa réintroduction fédère des alliances puissantes.
VA/ Pour finir, et au regard de votre travail, qu’auriez-vous envie de dire à un jeune pour lui donner la force de croire à demain ?
Il est parfois difficile de croire à demain dans un monde où la noirceur et la négativité inondent les actualités. Personnellement, voyager me donne foi en l’humanité. Partout dans le monde des femmes et des hommes se mettent en mouvement pour construire un monde plus équitable. Ils sont artisans du changement, semeurs de paix, porteurs de solutions.
Il y’a trois ans, j’ai créé l’association Quand S’élèvent nos Voix afin d’amplifier leurs voix et de sensibiliser à la richesse biologique sur tous les continents – à travers l’image, le son et l’écrit, avec un focus sur les peuples autochtones et les femmes. L’idée est de mettre en lumière des initiatives, des visions positives, des idées ressourçantes mais aussi de tisser des liens intergénérationnels et interculturels.
Au fil de mes années passées dans de grands espaces sauvages, j’ai senti à quel point s’immerger dans la nature pour mieux être à l’écoute du monde vivant permettait de retrouver le souffle, un souffle primal qui libère.
La force du lien à l’environnement est un puissant antidote au désespoir.
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Sans publicité.
Le podcast indépendant de Sylvie Brieu est produit en partenariat avec l’association Quand S’élèvent nos Voix.
Pour soutenir sa liberté éditoriale et assurer son développement : vous pouvez faire un don ICI.
Sur la Piste du BISON : une plongée lumineuse au coeur des grands espaces sauvages
Un livre et un podcast pour réenchanter notre lien à la nature.
👉 Loin des images anxiogènes, cap sur une Amérique résiliente, solidaire et porteuse d’espoir.
👉 Direction les territoires mythiques de l’Ouest, Sur la Piste du BISON.
👉 Une parenthèse sauvage et inspirante, qui fait du bien !
Sylvie Brieu est grand reporter, écrivaine et exploratrice de la National Geographic Society. Depuis plus de vingt-cinq ans, elle raconte le combat des peuples qui luttent pour protéger la nature et notre lien ancestral au vivant. Un regard engagé et positif, parfait pour une escapade matinale entre évasion et prise de conscience.
Retrouvez Sylvie Brieu sur LinkedIn, Instagram et sur son Site
Contact : sylviebrieu.org@gmail.com

Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Radio France, Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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