Partagez le quotidien de communautés villageoises partenaires avec Un Monde Autrement !
Thèmatique : Culture Éco-Hébergement Monde Portrait Projet solidaire
Découvrez les alambics traditionnels qui servent à la fabrication des huiles essentielles malgaches, le tissage des « bakhnoug » des femmes tunisiennes, visitez les écoles d’un village du Laos, jouez au takraw avec des adolescents karens, familiarisez-vous avec la pharmacopée des Philippines, arpentez les plantations de cacao de Bali, passez une nuit dans un ancien campement militaire de la Seconde Guerre mondiale dans la région du mythique pont de la rivière Kwaï, autant d’échanges et de partages au cœur des communautés villageoises proposés par les huit agences locales d’Un Monde Autrement. Des expériences et immersions dans la vie des villages qui sont autant de partenariats soucieux de l’équilibre entre une communauté et ses visiteurs. Rencontre avec Ben Lefetey, cofondateur de Thaïlande Autrement, pour en savoir plus sur ces escapades privilégiées.

VA/ Pouvez-vous vous présenter pour nos lecteurs ?
Je suis Ben Lefetey, cofondateur de Thaïlande Autrement, petite sœur de Bali Autrement. Après neuf mois à Bali à travailler avec nos amis Sandrine, Grégory et Jérôme (fondateurs de « Un Monde Autrement »), nous avons fondés ensemble en 2005 l’agence de Thaïlande. Après plus de dix ans d’un travail militant au sein d’organisations de protection de l’environnement et de commerce équitable, j’avais envie de prendre un nouveau départ. Aujourd’hui, Thaïlande Autrement est sur les rails. En 2025, nous avons organisé 123 groupes, pour 488 personnes, des amis, des familles, des couples, etc. Nous ne faisons pas de séjours de groupe mais uniquement du voyage privé, avec des circuits toujours renouvelés, et un petit nombre de voyageurs, ce qui implique un impact minimisé dans les villages où nous nous rendons.
VA/ L’ensemble des agences locales du réseau « Un Monde Autrement » ne se contentent pas de nuitées en hôtels mais proposent également des logements atypiques chez l’habitant, quelques exemples ?
Nos offres sont très diverses dans l’ensemble du réseau. Bali Autrement, par exemple, possède deux grandes tentes confortables face aux rizières dans une région très peu fréquentée par les touristes. Un petit coin secret qui peut évoquer le glamping à la fois esthétique et rustique : pas d’électricité, une seule salle de bain légèrement à l’écart et commune sans eau chaude, pas de WIFI. Cela permet une déconnexion totale et une immersion dans la vie rurale. Les tentes sont posées sur une plateforme en bois sur pilotis, réduisant ainsi au maximum l’impact sur l’environnement. Elles sont entretenues par trois personnes du village, qui s’occupent de l’entretien et de la cuisine, ce qui leur apporte un revenu supérieur à ce qu’ils gagnaient avant. La cuisinière a ainsi pu ouvrir son petit warung (restaurant local). Quant au village, il reçoit également des donations pour les cérémonies, l’entretien des chemins, etc… Par choix, le campement a été limité à 2 tentes en séjour privé (sans regrouper de clients qui ne se connaissent pas), ce qui évite d’avoir trop de monde à la fois et de perturber l’équilibre de la vie du village. En outre, les clients ont pour consigne de garder l’endroit secret et de ne pas le géolocaliser sur les réseaux sociaux !

Laos Autrement propose quant à lui une expérience atypique à l’Elephant Conservation Center, des petits bungalows face à un lac avec une programmation axée sur l’observation éthique et la conservation, excluant toute interaction directe avec les animaux (pas de baignade, pas de nourrissage, pas de monte). Ils proposent également deux « homestays » dans des petits villages du Nord, soit deux à trois jours pour découvrir la vie locale de l’intérieur. Enfin, en Thaïlande, nous avons par exemple des hébergements atypiques dans des hôtels à l’ouest de Bangkok, dans la région du mythique pont de la rivière Kwaï. Il y est possible de dormir dans des bungalows flottants sur la rivière ou sous tente, sur le site d’un ancien campement militaire de la Seconde Guerre mondiale. C’est un séjour confortable avec de véritables chambres d’hôtel sous tente, insolites, relevant de l’hôtellerie de charme.

VA/ Ces logements atypiques impliquent des expériences atypiques, quelles sont les activités proposées sur place et comment se passe la rencontre avec les voyageurs ?
Chez Bali Autrement, l’étape sous la tente permet principalement la découverte des petits chemins de campagne mais au-delà, c’est aussi une expérience au plus près des habitants de la région. On y découvre les plantations (café, cacao, gingembre, muscade, vanille, plantes traditionnelles, etc.), des cascades et la vie de village avec ses spécialités locales (cours de cuisine) et ses activités quotidiennes. Laos Autrement propose aussi une très belle expérience de safari de nuit, qui ne demande pas d’efforts physiques. Les clients sont logés dans de petits bungalows en bambou en pleine forêt et peuvent observer la faune en descendant la rivière de nuit, tout moteur et feux éteints. Sinon, dans les villages, les voyageurs peuvent participer à la cuisine, au tissage, aux travaux des champs, pêcher, passer dans l’école… et aller à la rencontre des coutumes locales. Ils sont accompagnés par un guide du village qui facilite les échanges.
Avec Madagascar Autrement, l’idée est vraiment de partir de l’environnement et du quotidien des villageois : randonnées à travers les sentiers du village et les collines environnantes, découverte des traditions culinaires à travers un petit atelier cuisine, aperçu des traditions maraîchères, marche dans les rizières, visite des écoles du village, rencontre avec un tradi-praticien (pharmacopée avec les plantes médicinales), partage de moments conviviaux en toute simplicité, découverte des traditions et de la culture malgache à travers une soirée accompagnée de danses traditionnelles et de musique, etc.

VA/ Avec Thaïlande Autrement, vous avez même élaboré un programme de tourisme communautaire qui permet de dormir au sein d’un village Karen tout en découvrant des pans entiers de cette culture.
Effectivement, nous avons développé depuis 2005 un projet de tourisme communautaire avec des communautés karen du nord de la Thaïlande fondé sur le respect et la maîtrise locale et le partage équitable des retombées économiques. La rencontre avec un universitaire canadien, spécialiste du tourisme durable, nous a permis d’être en relation avec des Karen vivant dans un parc national, désireux de s’ouvrir au tourisme tout en gardant la maîtrise de son développement. Ils souhaitaient créer leur propre projet, générer des emplois pour les jeunes et éviter les dérives observées ailleurs, notamment la dépendance à des agences extérieures et des guides peu impliqués.
Nous avons conçu le projet collectivement autour d’un comité villageois : hébergement, activités, restauration, itinéraires de randonnée, règles de fonctionnement. L’objectif était un tourisme à petite échelle, avec un minimum de deux nuits, afin de favoriser la compréhension de la culture karen et d’assurer des retombées économiques réelles. Les villageois ne souhaitant pas accueillir chez l’habitant, une maison dédiée a été construite à l’entrée du village, propriété collective, afin de préserver l’intimité des familles tout en garantissant le confort de nos clients. Comme pour les tentes à Bali, le séjour est toujours privé, nous ne regroupons pas deux clients différents dans la maison. Ce modèle a ensuite été reproduit dans deux autres villages, avec un financement majoritairement assuré par l’agence et une participation financière ou en travail de l’ensemble des familles, devenues copropriétaires.

Les activités proposées reposent sur la vie quotidienne et les savoir-faire locaux : balades dans les rizières et la forêt, participation aux activités agricoles selon les saisons, initiation au tissage, à la vannerie, à la cuisine traditionnelle, à la torréfaction artisanale du café, ou encore au takraw, un sport très populaire en Thaïlande. Les villageois sont rémunérés pour le temps consacré aux clients, garantissant à la fois une juste compensation et la pérennité des activités. Rien n’est imposé ; seuls des moments authentiques sont partagés, comme la venue ponctuelle d’un musicien traditionnel ou l’invitation des clients à des mariages. En outre, un guide local est systématiquement impliqué pour créer du lien, accompagné d’un guide francophone. Le projet est aujourd’hui reconnu comme l’un des cinq projets phares d’écotourisme communautaire en Thaïlande mais nous restons volontairement discrets, avec l’ambition de servir d’exemple reproductible pour inspirer d’autres tour-opérateurs à s’engager dans des démarches similaires, fondées sur la patience, le respect et la co-construction.
VA/ Ces expériences « villageoises » sont-elles proposées par l’ensemble des agences locales du réseau « Un Monde Autrement » ?
Oui, c’est dans l’ADN de nos agences, nous avons tous cette volonté de proposer des expériences insolites tout en soutenant les habitants locaux. Bali Autrement a rapidement proposé un séjour dans une famille balinaise et nous, en Thaïlande, nous avons développé ce partenariat avec les villageois karens dès la première année. C’est donc tout à fait naturellement que les autres agences du réseau mettent en place ce type d’initiatives. Par exemple, Tunisie Autrement propose à ses clients une véritable immersion saharienne avec une marche aux côtés des chameliers pour rejoindre le campement, la préparation du pain de sable, le partage des repas dans une ambiance locale et conviviale. Si c’est possible, la nuit se fait à la belle étoile, sinon sous une tente berbère. Cette méharée dans le désert est une expérience authentique très appréciée de nos voyageurs. Elle illustre parfaitement un tourisme respectueux, basé sur la rencontre, le partage et la valorisation des savoir-faire locaux.

Autre exemple, Cambodge Autrement propose de séjourner dans une maison flottante au sein du village de Prek Toal, lui-même entièrement flottant. Ils travaillent en partenariat avec l’association Osmose qui développe un modèle de tourisme communautaire fondé sur l’écotourisme et l’éducation à l’environnement. Les voyageurs visitent le village, découvrent l’écosystème unique du lac Tonlé Sap, et sont logés chez l’habitant s’ils le souhaitent. En option, ils ont également la possibilité de découvrir la plus grande réserve ornithologique d’Asie du Sud-Est. Au cours du séjour, ils participent aussi à un atelier de tressage de jacinthes d’eau, une activité artisanale locale qui contribue directement aux revenus du village. La plupart des agences ne se rendent pas dans ce village car il s’agit du plus onéreux mais Cambodge Autrement l’a justement choisi pour équilibrer les flux.
En outre, on n’a pas encore cité Philippines Autrement mais l’agence est également très active. À Banaue, ses voyageurs ont rendez-vous avec les rizières en terrasses millénaires du nord de Luzon. Sur place, la population Ifugao les maintient malgré toutes les contraintes actuelles. La visite offre des rencontres privilégiées avec les villageois qui tiennent profondément à leurs racines et à leurs traditions. Les voyageurs se promènent, découvrent les artisans locaux, plantent du riz ou le récoltent selon les périodes, apprennent à faire des « tuiles » en nippa (toitures locales). Ils peuvent aussi aider à la maintenance des murs qui soutiennent les rizières, expérimenter la cuisine locale avec ses différents types de riz (Heirloom – Mountain violet riz gluant – Tinawon – riz organique). L’agence organise aussi des cours de cuisine en bord de plage chez l’habitant à Siquijor. Les clients adorent ce moment et son cadre idyllique : une cabane de pêcheur sur une plage de sable blanc… Ils préparent des lumpias (nems locaux) aux légumes ou à la viande, des enveloppes de riz, etc.

VA/ Toutes ces initiatives représentent aussi une manne financière, comment s’organise la répartition entre vos agences locales et les communautés villageoises ?
Chaque agence locale a son propre fonctionnement, sa propre histoire mais l’idée est évidemment que le maximum d’argent reste au sein des villages en tenant également compte des contraintes du pays visité. Chez Madagascar Autrement, le prix payé par les voyageurs est reversé intégralement à l’association qui garde 15% à 20% pour des projets communautaires qui profiteront à l’ensemble du village. L’agence est également conviée par les villageois à s’associer au choix des microprojets annuels : réfection d’une diguette dans une rizière, mise en place de repas à certains moments de l’année pour les enfants des écoles, participation et aide pour la rentrée scolaire.
Chez Laos Autrement, l’agence reverse l’intégralité des fonds (moins sa marge) à l’Elephant Conservation Center pour financer ses programmes de soin et de réhabilitation. Elle soutient également les communautés villageoises locales. Par exemple, sur certains de ses circuits, plus les voyageurs voient d’animaux, plus les villages reçoivent d’argent en échange. Cela favorise la préservation et limite le braconnage. Enfin, les emplois sont tous tenus par les habitants des villages alentour. Avec Thaïlande Autrement, vu notre passé dans le commerce équitable, nous avons toujours accepté les conditions de nos prestataires, villageois, hôtels, etc. Nous avons donc la réputation d’être généreux en affaires et avons gardé les mêmes partenaires depuis 20 ans. En sus, dans les villages, si on rend visite à un artisan, notre guide donnera toujours une compensation financière pour le temps passé avec nos clients. Au Vietnam, des villageois sont également soutenus et l’agence vient de recruter une jeune femme formée au tourisme durable pour étoffer ses actions.

VA/ Face à l’augmentation de la demande pour des expériences « authentiques », comment veillez-vous à préserver l’équilibre entre accueil des voyageurs et respect des modes de vie locaux ?
Il faut préciser à nouveau que dans l’ensemble de notre réseau d’agences, nous ne faisons pas de groupes. L’expérience se fait donc uniquement en couple, en famille ou entre amis, et reste ainsi très authentique. La capacité d’hébergement de la plupart de nos partenaires est d’ailleurs limitée. En outre, le fait qu’il y ait un vrai échange entre les voyageurs et l’équipe de villageois qui les accueille évite toute « folklorisation ». Les villageois sont curieux des échanges et à présent, certains se sont habitués et parlent vraiment avec aisance. En outre, les voyageurs sont intégrés dans des rituels ou des activités qui ont lieu de toute façon. Il ne s’agit pas de demander aux locaux de « rejouer » une scène pour nous. L’impact est donc réduit.
VA/ En ce sens, sensibilisez-vous et informez-vous vos voyageurs en amont ?
Chacune de nos agences a l’habitude d’expliquer le concept d’« Un Monde Autrement ». Les voyageurs sont prévenus des choix d’hébergement, peuvent recevoir des conseils sur les tenues vestimentaires appropriées, les gestes à éviter, l’importance de demander la permission avant de prendre une photo, finalement beaucoup d’informations de bon sens. Par exemple, nous décourageons les dons directs aux enfants pour éviter de favoriser la mendicité et privilégions les dons aux écoles en passant par les instituteurs ou le chef du village. Nous informons également nos voyageurs que ce sont des expériences à vivre au jour le jour selon les saisons et opportunités de rencontres.

VA/ Pour conclure, vous avez tenu en fin d’année dernière les grandes retrouvailles de vos huit agences à Bangkok ? Des constats, des partages, des projets sortis de ces journées d’échange ?
Effectivement, tous les pays du réseau étaient présents (une vingtaine de participants) et nous avons passé quatre jours dans le gros village traditionnel Amphawa en décembre dernier, dans les environs de Bangkok. Nous avons alterné ateliers de travail et moments de convivialité pour partager entre nous notre savoir-faire et nous enrichir de l’expérience des autres pays. Concernant les constats, il a été rappelé l’importance de porter des projets communs avec une exigence et un niveau de qualité égal dans tout le réseau pour satisfaire et fidéliser nos voyageurs. Il a également été souligné l’importance de se distinguer par des expériences originales ou par des logements créés en exclusivité pour nos voyageurs (pour se démarquer de la concurrence et de l’IA qui ne peut proposer de telles prestations). L’importance aussi de continuer à œuvrer pour un tourisme durable et solidaire afin de limiter au maximum l’impact « indésirable » de nos voyages et contribuer au contraire à des projets porteurs de sens dans nos pays d’accueil (sensibilisation, éducation, initiatives locales, sensibilisation de nos voyageurs, etc.)

Quant à nos projets, nous souhaitons, au-delà de la qualité de nos prestations, garantir le même niveau d’engagement au sein du réseau pour un tourisme responsable, tout en continuant à innover, à nous démarquer et à proposer toujours plus de parcours originaux, d’étapes exclusives et d’expériences inoubliables et insolites à nos voyageurs, avec un maximum d’immersion dans la vie locale ou dans une nature préservée. Enfin, je tiens à souligner l’importance de la synergie, de la communication et du partage qui sont une des clés du développement de notre réseau, sans compter les inoubliables moments conviviaux qui nous rapprochent et qui ont créé une véritable émulation et une nouvelle dynamique au sein de notre groupe.
———– Aller plus loin ———-
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Un Monde Autrement – Le premier réseau des artisans du voyage

Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Radio France, Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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