Loomi, la start-up qui simplifie et facilite l’aventure dans les espaces naturels.
Thèmatique : Espaces protégés Initiative privée Innovation Portrait
Récemment diplômés de l’INSA Lyon, Guillaume et Marie auraient pu être embauchés dans de grandes entreprises et suivre une voie d’ingénieur toute tracée ; ils ont préféré des chemins plus escarpés en créant Loomi, une entreprise qui correspond à leurs valeurs et à leurs envies. Depuis deux ans, cette start-up française est ainsi apparue dans l’univers de l’outdoor et du voyage. À l’origine calibrée pour favoriser la location de matériel d’outdoor, elle est à présent un média à part entière qui vise à aider sa communauté à partir à l’aventure de façon durable et responsable. Rencontre avec Guillaume Demeilliers…

VA / Pouvez-vous vous présenter ?
J’ai 26 ans et une formation d’ingénieur en génie industriel à l’INSA Lyon. Pendant mes études, je me suis beaucoup impliqué, d’autant que notre école est assez avant-gardiste sur les enjeux climatiques. Par exemple, l’INSA Lyon a servi de cadre au Shift Project pour une étude sur « la décarbonation de l’enseignement supérieur ». Cette dernière a permis de nombreuses avancées, notamment sur la question des mobilités douces. Personnellement, je me suis formé à la Fresque du Climat dont je suis à présent animateur. J’ai ensuite souhaité que mon futur métier ait un lien avec le développement durable et le changement climatique. J’ai d’ailleurs commencé ma carrière en faisant du conseil, concrètement des bilans carbone pour des entreprises souhaitant réduire leurs émissions. Pendant un an, j’ai aussi construit des centrales solaires pour des agriculteurs, soit des toitures photovoltaïques, sans prise au sol, de l’électricité verte mais dont l’objectif final était malgré tout d’accumuler de l’énergie. J’ai finalement arrêté car je me suis dit qu’il serait plus intéressant de contribuer à un modèle qui permette de réduire les GES qu’on envoie dans l’atmosphère. J’avais envie d’aller plus loin dans mes engagements, d’être aligné avec mes idées : réduire la consommation, la production, favoriser la mutualisation et le partage. C’est donc ainsi qu’il y a deux ans, avec Marie, qui a enchaîné l’ESSEC après l’INSA, que nous avons décidé de monter notre propre entreprise.
VA/ Et pourquoi Loomi ?
Tout est parti d’un constat. J’ai toujours aimé aller en montagne, mais en voulant partir avec des amis, j’ai réalisé que c’est une véritable contrainte quand on n’est pas équipé. Or les équipements coûtent chers et il n’y quasi pas de location possible chez les professionnels. Comment faire alors pour faciliter les choses à mes amis ? Il y a deux ans, avec Marie, on s’est mis à coder une application de location de matériel entre particuliers. Beaucoup de personnes ont du matériel qui dort dans des placards et qui pourrait servir à d’autres…. Loomi était né.

VA/ Vous êtes donc d’abord devenu le Airbnb du matériel outdoor ?
C’est un peu ça, le Airbnb des tentes, des vélos et des bivouacs. D’ailleurs c’est l’origine de notre nom, Loo-me, Loue-moi, Loomi… Toutefois, en parallèle, nous avions besoin de nous faire connaître et surtout de faire connaître notre application. On a donc créé une communauté en diffusant du contenu sur l’outdoor sur les réseaux sociaux. On s’est mis à partager tout ce que l’on faisait au quotidien et progressivement, on a attiré de plus en plus de monde, jusqu’à 15 000 téléchargements. Cela nous a permis d’avoir nos premières locations et de faire décoller l’appli.
VA/ Avec quel modèle économique ?
C’est bien le problème. On prenait une commission sur chaque location mais celles-ci n’étant pas très onéreuses, 20€ pour une tente le week-end par exemple, on récupérait à peine 3,50€, impossible d’en vivre. On a alors pensé à faire une levée de fonds mais la période était compliquée sans compter que nous avions encore des choses à prouver. Finalement, on s’est dit que notre richesse, c’était certes notre appli, mais surtout notre communauté, ces dizaines de milliers de personnes qui nous suivent sur les réseaux. On a donc décidé de partir de là et de créer un média et un site, getloomi.com, où on peut retrouver tous nos itinéraires, comme une agence de voyage gratuite que l’on offre à notre communauté. A partir de là, on peut initier des partenariats avec des territoires ou des marques qui sont intéressés par notre communauté et nous permettent d’être rentables en finançant les itinéraires que l’on crée. Loomi comprend donc désormais une partie média et une partie location. On peut toujours louer, mais ce n’est pas cela qui nous fait vivre.

VA/ Votre histoire me fait penser à Chilowé…
Ils sont effectivement un de nos concurrents. Sur la partie médias, nos contenus se rapprochent de ce qu’ils font. Notre force est la maîtrise très rapide des réseaux sociaux. Notre communauté est constituée principalement de jeunes de 25/35 ans. Par exemple, plus de 100 000 personnes nous suivent sur Insta, soit un million d’impressions. Sur notre site web, nous avons une centaine de fiches itinéraires, une cinquantaine d’articles et en 2025, 350 000 visiteurs uniques. Marie gère aussi nos relations avec les marques. Nous souhaitons devenir un média communautaire, en mettant à disposition toutes les informations utiles à ceux qui nous suivent. En outre, on a commencé depuis plus d’un an à mettre en place des events à Paris et dans les grandes villes, que l’on coorganise avec les marques. On peut y tester des chaussures, du matériel. L’idée, mettre les gens qui souhaitent partir en relation les uns avec les autres, mais aussi leur proposer des itinéraires et du matériel. En bref, leur faciliter la vie.
VA/ Souhaitez-vous également vous associer avec des agences de voyage pour leur faire bénéficier de votre expertise sur les itinéraires outdoor ?
Ce n’est pas prévu. On préfère garder notre expertise pour notre communauté, tous ceux qui nous suivent. Les réseaux sociaux nous permettent de toucher beaucoup de monde sans avoir rien à débourser. Notre communauté est jeune, aisée (CSP+), vit dans les grandes villes, et souhaite s’échapper régulièrement dans la nature. Nous avons donc aussi pour enjeu d’apporter des représentations différentes dans le monde de la randonnée. Changer les imaginaires sur les randonneurs, toucher des milieux plus populaires, des personnes de toutes origines, expliquer que la manière dont on voyage est accessible à tous. On communique donc beaucoup sur l’équipement, les transports, les bons plans. Notre approche est très personnalisée.

VA / Êtes-vous en lien avec les réseaux et labels du tourisme durable en France ?
J’ai connaissance de tous ces labels mais j’ai très peu de temps et je ne sais pas ce que ça pourrait nous apporter. Pour l’heure, nous nous concentrons sur la valorisation des mobilités douces. Personnellement je ne prends plus l’avion depuis plusieurs années. En outre, nous avons une approche scientifique sur les émissions de nos itinéraires, les effets rebonds de nos propositions. En ce sens, on collabore beaucoup avec les parcs nationaux et les espaces naturels fragiles qui ont besoin d’être protégés. Il y a là de gros enjeux de sensibilisation auxquels on travaille, comme avec le Parc national de la Vanoise dans les Alpes.
VA/ La sensibilisation, c’est donc aussi un axe important pour Loomi ?
Tout à fait. Nous avons été lauréats d’un projet européen, « BiodivTourAlps», un appel à projets pour une campagne de sensibilisation au comportement en montagne. À cette fin, on travaille avec les parcs alpins de la Vanoise, du Mercantour et des Écrins et quelques parcs italiens. Les PNR ont conscience qu’ils attirent une population de plus en plus jeune qui correspond à notre communauté, des jeunes gens qui ont besoin d’être informés sur les bonnes pratiques en montagne. Par exemple, de plus en plus de jeunes pratiquent le bivouac mais c’est une activité réglementée qui demande d’être respectueux de la nature. On essaie de sensibiliser, de partager, d’informer. Nous avons donc prévu toute une série de vidéos avec des interviews d’acteurs économiques du Parc entre autres pour incarner cette campagne.

VA / Comment s’engage l’année 2026 ?
Plus sereinement que les deux dernières années. On est installés, économiquement ça va mieux. On se projette. Nous sommes une équipe de cinq personnes avec deux alternants et un freelance à mi-temps. L’idée est de recruter quelqu’un à plein temps dès que possible. On a aussi envie de commencer à aborder le voyage à l’étranger avec notre média. On commence à être solide sur la France et on souhaite explorer d’autres horizons, des pays comme la Norvège, l’Écosse, pour des voyages qui restent raisonnables en termes de prix. On a aussi envie d’attaquer le sujet de l’alpinisme, faire découvrir une bonne manière de s’initier à cette discipline. Enfin, la question des mobilités douces continue à nous passionner, une thématique inévitable de l’outdoor quand on sait que pour le ski, par exemple, plus de la moitié des GES sont dus au transport.
VA / Une dernière chose à nous confier ?
Nous essayons de toujours diffuser un message d’espoir. Loomi n’affiche pas d’étiquette politique. Tout ce que l’on fait, c’est pour tout le monde. On a la chance de vivre dans un pays qui a un nombre de massifs important. Personnellement, la montagne me dépayse autant qu’un voyage lointain. J’y trouve énormément de plaisir. Beaucoup de personnes ont encore à découvrir tout cela. On a envie de les accompagner, de leur simplifier le départ, l’aventure, tout ce qui peut paraître compliqué, accompagner tous ceux qui ont envie de changer d’air et de modes de vie !

Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Radio France, Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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