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Persévérance, la science en partage au cœur de l’océan Austral

Avec Persévérance, Jean-Louis Étienne ouvre une nouvelle page de l’exploration polaire française. À la croisée de la science embarquée, de la diplomatie environnementale et de la transmission pédagogique, cette expédition s’inscrit dans un combat de long terme : mieux connaître l’océan Austral pour mieux le protéger à l’heure où le changement climatique bouleverse les équilibres polaires.

Le bateau de JL Etienne Persévérance au coeur de l’Antarctique ©Ferial

Présentée comme une expédition scientifique utile, partagée et tournée vers l’avenir, Persévérance bénéficie d’un soutien politique et institutionnel fort. En visioconférence, Catherine Chabaud, ministre de la Mer et de la Pêche, a rappelé l’importance du rôle de Jean-Louis Étienne comme « conteur » et « passeur » entre science et société. Aux côtés des chercheurs, souligne-t-elle, ces figures sont indispensables pour expliquer, sensibiliser et faire rêver, en particulier les jeunes générations. La ministre a également insisté sur l’enjeu majeur des aires marines protégées (AMP) en Antarctique, portées depuis des années par la France et l’Australie, malgré les oppositions persistantes de la Chine et de la Russie.

Marraine du navire, elle salue l’arrivée de Persévérance au sein de la flotte océanographique française. Après Antarctica, ce nouveau voilier de 42 mètres, à propulsion majoritairement vélique, incarne un engagement de long terme en faveur d’une exploration à faible impact carbone. Capable de naviguer dans les glaces, sans être un brise-glace, Persévérance est conçu pour durer : coque en acier de 16 mm d’épaisseur, équipements scientifiques embarqués, capacité à évoluer dans des zones exigeantes lorsque les conditions météorologiques le permettent. À bord, un équipage réduit mais hautement qualifié, épaulé par de jeunes ingénieurs capables de recalibrer les instruments en mer.

Le bateau de JL Etienne Persévérance au coeur de l’Antarctique ©Ferial

La science embarquée constitue l’un des piliers du projet. Météorologie, sciences atmosphériques, océanographie, bioacoustique, radiométrie, collecte continue de plancton : Persévérance fonctionne comme un véritable laboratoire flottant. En partenariat avec Météo-France, la NASA, l’université du Maine ou encore l’université de Toulon, le navire recueille des données rares sur la couleur de l’océan, la densité du phytoplancton, les polluants atmosphériques ou encore les muons, ces particules cosmiques capables de traverser la matière. Des dispositifs comme la raie Manta ou les hydrophones permettent également d’inventorier les mammifères marins par acoustique. « On va faire un inventaire de la faune, comme on l’a fait l’an dernier au nord de la Norvège. Notre dispositif, en lien avec l’Université de Toulon, les « oreilles d’or », permet un inventaire des mammifères marins par acoustique ».

Ces données scientifiques visent à soutenir le projet d’Aire Marine Protégée Merz-DDU et alimentent directement les travaux de la CCAMLR, la commission internationale chargée de la conservation de la faune et des écosystèmes marins en Antarctique. Comme le rappelle Marc Héléou, représentant scientifique français auprès de cette instance, l’océan Austral — 10 % des océans de la planète — reste largement méconnu, alors qu’il subit de plein fouet le réchauffement climatique, l’acidification des eaux, la pollution et la pression de la pêche, notamment sur le krill. Clé de voûte du réseau trophique antarctique, ce petit crustacé est au cœur des enjeux de conservation, tant pour la biodiversité que pour la régulation du carbone.

Jean-Louis Etienne et l’équipe de Persévérance ©GClastres

Au-delà de la science et de la diplomatie environnementale, Persévérance porte une ambition éducative forte. Sous l’impulsion d’Elsa Peny Étienne, l’expédition se veut aussi une aventure de transmission. Programmes pédagogiques embarqués, science participative, jumeau numérique du bateau (E-Perseverance) que l’on pourra suivre en temps réel, bus itinérant PolarPODibus : des milliers d’élèves, du CP au lycée, sont déjà impliqués. Avec des dispositifs comme Perse’Xplorer ou TiPOD, conçus avec des lycées professionnels, Jean-Louis Étienne revendique son rôle « d’instituteur du bout du monde », convaincu que l’éducation reste l’un des premiers leviers de l’action écologique. « L’idée est d’amener la culture de l’océan jusqu’aux plateau de Millevaches. »

Prochaine étape : l’Antarctique, et notamment la mer de Ross, immense zone clé pour la circulation thermohaline mondiale et la formation des eaux profondes. Là où la fonte des plateformes glaciaires s’accélère, libérant des icebergs géants et fragilisant les écosystèmes, Persévérance entend documenter les changements en cours pour nourrir les futures propositions d’aires marines protégées. Pour Jean-Louis Étienne, l’exploration n’a jamais été une fin en soi : elle n’a de sens que si elle permet de comprendre, de transmettre et, in fine, de protéger. Une quête de long terme, faite de rigueur scientifique, de pédagogie et, surtout, de persévérance

Jean-Louis Etienne au Ministère de la Mer et de la Pêche©GClastres
Ministère de la Mer et de la Pêche©GClastres

Persévérance, la science en partage au cœur de l’océan Austral | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Radio France, Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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