La Norvège à la voile, c’est possible avec SeilNorge !
Thèmatique : Éco-Hébergement Espaces protégés Territoire
Ancienne étudiante de la Licence Pro Tourisme Solidaire d’Avignon, Marie-Lou Blandin a pris le large pour la Norvège et travaille désormais chez un voyagiste spécialisé dans les séjours à la voile. Forte de son expérience, elle nous raconte comment cette aventure professionnelle extrêmement diversifiée lui a permis d’allier ses valeurs pour un tourisme plus durable à sa passion pour le voyage et les grands espaces. À l’écouter, on n’a plus qu’une envie : rejoindre SeilNorge pour découvrir à notre tour les îles et territoires insoupçonnés de l’archipel norvégien.

Marie-Lou Blandin, du tourisme solidaire à la voile norvégienne
VA/ Pouvez-vous vous présenter pour nos lecteurs ?
Diplômée en tourisme solidaire en 2020, soit l’année du Covid, j’ai changé tous mes plans et suis partie pour la Norvège (encore ouverte alors) dans le petit village de Nordfjordeid entre Bergen et Ålesund, au bord du Nordfjord. J’y suis restée trois ans. C’est notamment là que j’ai découvert la nature norvégienne avec ses fjords, ses glaciers et ses plages de surf. Cela m’a aussi permis de m’intégrer au pays en rencontrant des Norvégiens et en apprenant peu à peu leur langue. Professionnellement, j’ai d’abord enchaîné des petits boulots, boulangère pendant un an et demi, puis saisonnière pour une entreprise qui proposait des activités à la journée aux « bateaux de croisière » qui abordaient sur le port. Je m’étais dit, « J’aime ce métier de boulangère mais je veux aussi découvrir le monde du tourisme, autant voir comment cela se passe dans le monde de la croisière. ».
Et j’ai réalisé là combien c’était effectivement là un système prédateur. La clientèle de ces énormes bateaux est très populaire. Les personnes qui décident de voyager via ces compagnies sont avant tout là pour les prix abordables. Heureusement, les activités que nous proposions avaient un réel apport pour l’économie locale. Ma petite victoire a été d’emmener des petits groupes d’une dizaine de croisiéristes en randonnée au départ de Nordfjordeid. Cela m’a permis d’expliquer la culture, les activités nature, ce qu’on faisait au village, et de faire passer quelques petits messages pour la « protection de la nature ». J’ai été saisonnière pendant deux étés puis j’ai rejoint une crèche, une nouvelle expérience qui m’a .énormément appris sur la culture et l’éducation à la Norvégienne. J’ai ainsi pu parfaire mon norvégien, ce qui m’a servi un peu plus tard lors d’une courte expérience de réceptionniste dans un hôtel.

SeilNorge : l’esprit d’une aventure humaine et durable
VA/ Comment s’est fait la rencontre avec SeilNorge ?
Après quelques années passées à Nordfjordeid, j’ai rejoint Oslo dans l’objectif de trouver un emploi plus stable. Paradoxalement, c’est lors d’un road trip avec une amie norvégienne que j’ai fait la connaissance de SeilNorge. Nous nous trouvions alors sur la petite île de Træna, au nord du pays, où nous participions à un festival de musique, et l’équipe de SeilNorge était également présente. Elle organise chaque année en juillet un séjour pour un festival de musique locale où les voyageurs passent trois jours sur place. J’ai réussi à me faire engager à l’agence d’Oslo en faisant valoir les opportunités du marché français. Au départ, je les ai aidés à contacter des agences de voyage françaises afin de vendre nos séjours. A présent, je m’occupe de tout ce qui est commercial. Le travail est très varié, c’est l’avantage d’être une petite structure, même si l’on souhaite grossir un peu, mais de façon raisonnable.
VA/ Quelques mots de présentation sur SeilNorge ?
En norvégien, SeilNorge signifie « faire de la voile – en Norvège » L’entreprise été créée par Emil Engebrigtsen et quelques amis. Emil a grandi dans la région du Helgeland, sur la petite ile d’Ylvingen ( côte ouest) entre Trondheim et Mo i ranaa, une région magnifique. C’est d’ailleurs au cœur du Helgeland que se trouve le fameux festival de Træna. En 2008, Emil est parti en voilier à Træna avec trois amis et soudain, ils leur a paru évident que ce serait une bonne idée de faire mieux connaitre les trésors de sa région. Leur idée était simple : faire profiter aux Norvégiens de supers expériences au cœur de la nature sans qu’ils aient besoin d’aller au bout du monde. Le pays est grand. Chaque région si spécifique, avec tant à découvrir.

Pour éviter les vols intérieurs très répandus dans le pays, Emil a également souhaité utiliser le voilier comme trait d’union entre les différents territoires. Aujourd’hui, il est le seul à être resté à SeilNorge, les autres sont toutefois très investis dans les décisions de la structure et viennent régulièrement à nos différents évènements ou sur nos séjours en tant que skipper. Dans l’entreprise, nous sommes huit salariés. Nous travaillons également avec une dizaine de skippers qui accompagnent nos circuits. Nous souhaitons faire découvrir la Norvège aux Norvégiens tout en montrant que l’on peut utiliser ses vacances pour apprendre une activité aussi populaire que la voile. Tout le monde est bienvenu, même les débutants. Le skipper est là pour expliquer comment on monte les voiles, fait participer à la navigation avec des cartes ou GPS, tout le monde s’entraide.
VA/ SeilNorge, c’est combien de voyageurs chaque année ?
En 2025, nous avons eu 800 clients. 400 pour nos séjours Ski&Voile, environ 200 pour les séjours d’été. Le reste se répartit sur nos expéditions (Svalbard et Groenland), nos séjours d’automne et les traversées observation des aurores boréales et baleines. L’été, la clientèle est plus locale alors qu’en hiver, on accueille aussi beaucoup de Français, d’Allemands et d’Américains, notamment pour nos séjours ski&Voile dans la région de Tromsø. On navigue dans les fjords, le bateau s’arrête et on monte en ski de randonnée. Ces séjours rencontrent beaucoup de succès mais il y a peu de Norvégiens. Il faut dire qu’ici, les skieurs se débrouillent souvent par eux-mêmes. En revanche, l’été, ils viennent pour nos séjours voile &rando. On les amène déjeuner dans des restaurants locaux, découvrir des exploitations, des fermes, et faire de la randonnée.

Des séjours variés entre voile, ski et exploration polaire
VA/ Vous proposez une grande variété de séjours…
Outre le ski voile et la navigation jusqu’au festival de musique de Træna (« mon préféré ! »), on un séjour « Best of the Lofoten » de huit jours avec randos, restos, kayak et une variante en quatre jours. On n’aime pas trop les courts séjours mais la voile permet la lenteur, on prend son temps. Nous avons aussi des séjours dans la région du Helgeland, peu connue des étrangers mais très prisée des Norvégiens. Nous proposons enfin des expéditions au Spitzberg et au Groenland. Toutefois, la plupart de nos voyages sont situés sont situés au nord de la Norvège entre la côte Helgeland, les Lofoten et Tromsø.
VA / Comment se passe la vie sur les voiliers ?
Notre plus grand bateau mesure 70 pieds, soit 21 mètres de long, et peut embarquer dix passagers maximum. À bord, on est donc au maximum 12 ou 13 si on compte le skipper, parfois un co-skipper et le guide. Certains bateaux comprennent parfois un chef cuisinier, notamment si c’est un groupe privé. Sinon, les voyageurs préparent le repas tous ensemble, cela fait partie du séjour. Les gens dorment sur le bateau, en couchettes, lits doubles ou lits superposés, avec 3 salles de bain en partage. Les bateaux d’expédition, comme le Valiente, sont plus confortables, avec salle de bain privée, douche et toilettes, ce qui reste un luxe sur un voilier. Nos autres bateaux mesurent 50 pieds et peuvent embarquer huit clients, dix avec les skippers. Quand on part en voilier, il faut être prêt à vivre en communauté, cela fait partie de l’aventure, mais il y a une très bonne ambiance à bord, beaucoup d’entraide. On accueille des personnalités différentes, de tout âge. Beaucoup voyagent seules, certaines font partie d’un club de voile, d’autres non, mais ce qui est intéressant, c’est qu’un véritable esprit d’équipe s’instaure vite sur le bateau. Et l’on n’oublie pas les sorties sur terre, bien sûr.

VA / Les valeurs de SeilNorge, c’est aussi de sensibiliser les passagers à la fragilité de la nature ?
Bien sûr. Quand on navigue jusqu’au Groenland ou jusqu’au Svalbard, on se doit de protéger la nature et de communiquer là-dessus. Malheureusement, on constate de plus en plus les impacts du réchauffement climatique. Le guide est là pour l’expliquer mais souvent, nos clients sont déjà sensibilisés. Faire la démarche de voyager en voilier est un acte engagé. Nos voyageurs sont bien conscients qu’on ne peut pas jeter nos déchets, faire n’importe quoi. Cela n’a rien à voir avec le monde des gros bateaux de croisière où là, il y aurait vraiment besoin de sensibiliser. Nos guides expliquent aussi la réalité des fonds marins, les modes de pêche en Norvège, la faune marine, etc. Il est important de sensibiliser même si souvent, à la fin des séjours, le groupe se rend compte de la chance qu’il a eu de voyager dans des endroits si isolés, uniques. Préserver notre planète devient alors une évidence.

VA / Les pays du Nord sont connus pour être très vigilants sur leur impact environnemental. SeilNorge s’est-il fait accompagner ou labelliser en ce sens ?
On s’est fait un peu accompagner par Innovation Norway avant mon arrivée mais pour l’heure, être labellisé n’est pas une priorité. Certes, cela pourrait nous aider mais cela pourrait aussi vite devenir du greenwashing. À notre échelle, on communique déjà sur le transport, soit comment rejoindre nos points de rendez-vous, sachant que tous nos séjours en Norvège sont accessibles en transport en commun. Par exemple, notre séjour Lofoten est accessible en train depuis Oslo jusqu’à Bodø. De même pour le Helgeland, on peut y aller en train puis bus. On l’explique sur notre site. En outre, pour éviter d’acheter des équipements polaires et de navigation qui ne seront presque plus utilisés ensuite, on encourage nos clients à emprunter ou à acheter en seconde main. Sur la nourriture, on essaie de proposer plus de menus végétariens ou à base de poissons. On décide les menus à l’avance puis on fait les courses au supermarché le jour du départ sauf le poisson qui est pêché au fil du séjour, bien évidemment. À bord, on constitue des équipes en fonction des couchages et chaque jour, une cabine est en charge soit du petit-déjeuner, soit du midi ou du soir. Cela permet d’impliquer tout le monde. Et bien entendu, on essaie de limiter le gaspillage. S’il reste de la nourriture après un séjour, on la donne à une association. Enfin, on limite également les déchets car il est difficile de recycler à bord du bateau. Une fois dans les ports, quand c’est possible, on utilise les poubelles de recyclage.

VA / Comment se passent les observations et le contact avec les animaux rencontrés — ours polaires, baleines, phoques, orques, etc. — lors de vos différentes formules ?
On va faire en sorte de ne pas se concentrer uniquement sur tous les animaux qu’il est possible de voir. Par exemple, si on voit des ours polaires, c’est une chance, mais dans les faits les rennes sont beaucoup plus nombreux et ont une place bien plus importante dans la vie des locaux. Avant tout, on souhaite transmettre le respect des animaux et de leur l’environnement. De même, si on croise des baleines, c’est super, mais on ne fera pas tout pour croiser leur chemin. En sus, quand il y a des animaux, on garde une distance de sécurité importante, ce qui n’est pas toujours bien compris de nos clients, qui souhaitent voir des orques ou des baleines de manière très proche. Mais on fait beaucoup de pédagogie pour expliquer que ce ne sont pas nos valeurs, que l’on ne souhaite pas déranger la faune, qu’il faut tenir compte de l’environnement de l’animal.
Comme le rappelle l’explorateur Jean-Louis Étienne dans son expédition dédiée à la préservation de l’océan Austral, la navigation peut être un formidable levier de sensibilisation à la fragilité de notre planète.
Persévérance – Jean-Louis Étienne en mission dans l’océan Austral
VA / Enfin, à partir de juin 2026, vous allez proposer la traversée du Vestfjorden en voilier. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Il faut déjà comprendre que Bodø est la dernière ville avant les Lofoten, le point de départ de nombreuses personnes qui souhaitent aller sur les îles. Aujourd’hui, un gros ferry est mis en place. On s’est dit qu’il serait intéressant, sur le même principe que Sailcoop avec la Corse, de proposer la traversée en voilier. D’ailleurs, avant, il n’y avait pas de ferry, les Norvégiens utilisaient des petits bateaux. En voilier, rejoindre les Lofoten prend 12 heures. Le skipper sera à bord. On propose de se retrouver à Bodø à 7 h du matin. On fait la traversée puis on arrive sur les Lofoten vers 18h. L’été, il y a du soleil jusqu’à 2 h du matin. On peut accueillir jusqu’à 9 passagers. L’idée est aussi de faire la traversée tout en apprenant à naviguer sur un voilier, sachant que l’on peut aussi lire, contempler le paysage, se reposer, tout est possible. Tous les équipements du bateau sont à disposition. Il faut prévoir un pique-nique mais on peut aussi cuisiner à bord. Une fois débarqués, les voyageurs continuent leur séjour dans les Lofoten. A noter que l’on propose aussi le trajet dans l’autre sens : départ à 19 h de Svolvær et arrivée à Bodø de nuit. Ceux qui le souhaitent ont alors accès à une cabine pour dormir. On prévoit de lancer ces traversées début juin et ce jusqu’à fin septembre.

VA / Une dernière chose à nous dire : un projet, une actualité, un coup de gueule ?
Je trouve que c’est hyper important de se dire que l’on peut partir en vacances et apprendre quelque chose, continuer à se stimuler à tout âge. Apprendre à naviguer un voilier avec des inconnus, puis qui sait, s’inscrire ensuite, ou pas, dans un club de voile. C’est aussi pour cela que j’ai voulu travailler avec SeilNorge, pour cette opportunité de rencontrer de nouvelles personnes, de partager des voyages, découvrir un pays sans vouloir tout faire ou tout voir. Lors de nos séjours, il ne faut pas avoir peur de venir seul. L’équipe fait tout pour créer de la cohésion dans le groupe, pour casser la glace rapidement.
Petit bonus : pour pousser nos voyageurs à prendre les transports en commun et à se dépasser, nous allons lancer prochainement un événement : si vous venez jusqu’aux Lofoten à vélo, vous pourrez participer gratuitement à notre séjour « 4 jours aux Lofoten ». En échange, il faudra juste faire des photos ou des vidéos pour nous aider à communiquer. Suivez-nous sur les réseaux pour en savoir plus, de nouvelles informations arriveront bientôt…

———– Informations pratiques ————-
Suis-nous sur les réseaux sociaux !
Passage sur France 2 avec notre skipper française Marion
Office de tourisme : Visit Norway / Visit Helgeland / Visit Tromsø / Visit Lofoten
Budget à prévoir pour voyager avec SeilNorge ?
Le voyage en voilier représente un certain budget. Le séjour le moins cher coûte 1 300 € environ pour 5 jours. Pour le ski-voile, assez prisé, il faut compter de 3 000 à 3 500 €. Enfin, les séjours d’été de 8 jours sont à 2 300 €. Il faut toutefois noter qu’à bord du bateau, tout est compris : le logement, la nourriture, l’apprentissage de la voile, le guide.


Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Radio France, Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
Les 5 derniers articles de Geneviève Clastres
- Partir pour une année de césure en Australie
- Persévérance, la science en partage au cœur de l’océan Austral
- Tourisme durable : ces destinations qui réinventent l’expérience croisière
- Gerri de la Sal : l’or blanc d’un village médiéval des Pyrénées de Catalogne
- Mesurer la performance environnementale, entretien avec Caroline Le Roy !
Voir tous les articles de Geneviève Clastres


