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Tcheen, pour un évènementiel éco-responsable

| Publié le 17 mars 2023
Thèmatique :  Bons plans   Portrait 
             

Double portrait dans cet article du dossier Femmes du tourisme. Tcheen, c’est la plateforme digitale de réservation de prestations évènementielles éco-responsables, start-up bordelaise créée par 2 copines : Carole Bichot et Julie de Courrèges. J’ai échangé avec Carole qui m’a partagé son regard sur les enjeux de transition de l’event B2B. Alors fête ou planète : Tcheen fait les deux !

Tcheen, la plateforme de réservation de prestations évènementielles éco-responsables

L’idée de deux amies qui débouche sur une création d’entreprise

Carole et Julie se connaissaient déjà quand elles ont eu cette idée de créer Tcheen. Le constat de départ : le casse-tête d’organiser un évènement le moins impactant possible (Julie en avait fait les frais pour organiser son propre mariage). Toutes les deux ingénieures en génie mécanique, les heures de covoiturage pour aller travailler leurs ont permis de réaliser qu’il y avait là un concept à creuser. Répertorier les fournisseurs engagés et faciliter l’organisation d’évènements. Elles lancent Tcheen en 2020 (sale période pour l’évènementiel avec les restrictions sanitaires). Et elles ont bien fait car la réalité est, que les professionnels de l’évènementiel B2B de petite capacité (moins de 150 personnes), mettent presque une semaine à répondre (un traiteur a rarement un commercial sous le coude). Elles ambitionnent de plus d’accompagner le secteur dans sa transition, un participant à un évènement émis en effet 2X plus qu’au quotidien. Leurs cibles : les particuliers et les entreprises qui galèrent à trouver la pépite, noyée dans les annuaires de pros et les prestataires évènementiels qui peinent à se faire connaitre. La plateforme Tcheen est sur bien faite (merci UX), les prestations sont rangées car catégories : lieux, repas / boissons, services ou encore mobilier / décoration. Plus de 500 presta sont recensés avec plus de 10 000 visiteurs uniques mensuels sur leur site.

Carole Bichot à gauche et Julie de Courrèges à droite, amies, voisines et collègues
(copyright : Jessica Calvo)

Le casse-tête des prestations engagées pour l’évènementiel

« Rendre simple la réservation de prestations évènementielles écoresponsables qui ont du style », voilà leur mantras et Tcheen ne fait pas les choses à moitié. L’objectif n’est pas de moraliser mais d’accompagner l’amélioration et l’engagement des prestataires avec lesquels elles travaillent. Selon la fondation Good Planet, un évènement de 100 personnes c’est 3 jours d’organisation et plus de 2.5 tonnes d’équivalent CO2, soit un aller-retour Paris New-York en avion.

Pour s’assurer de l’engagement des fournisseurs répertoriés, Tcheen propose un éco-score basé sur des critères (fiables et pertinents) sans greenwashing ni de « doigt mouillé ». Un autodiagnostic pour noter le niveau d’engagement environnemental de zéro à 3 : respect de la biodiversité, achats responsables, économies des ressources, démarche durable globale. Une dizaine de questions pour identifier les actions vertueuses des prestataires afin de les accompagner au mieux. D’ailleurs, Tcheen soumet des solutions et conseils personnalisés pour réduire l’impact des évènements : coaching, guide de bonnes pratiques, kit de communication à impact, …

Je suis donc allée « fouiner » sur le site pour découvrir leurs offres.

  • Côté lieux : corps de ferme, maisons de campagne, tentes tipi ou bambou, galeries d’art, hangars rénovés, champs aménagés…
  • Nourriture et boissons : street food revisitée, assiettes bistronomiques, produits du terroir, … (1/3 de leurs traiteurs proposent du végétarien) ;
  • Mobilier et déco : meubles chinés et de récup, goodies éthiques et locaux, toilettes sèches, fleuristes engagés, …
  • Services clef en main : photographes/vidéos, activités de cohésion ou ludiques (dégustation de vin, mixologie, …), animations et sensibilisation (ex : course d’orientation), imprimeurs ou graphistes, …
  • Section entreprise : olympiades, box gourmandes, …

Ce qu’on aime sur la plateforme : comme énoncé, la navigation est très intuitive et les fiches presta sont bien fournies (transparence quand tu tiens), on ne peut pas passer à côté d’une « green-pépite ». Ça devient super facile et rapide d’organiser un évènement de A à Z sans « flinguer » la planète.

Des tops sans flop

En découvrant tous ces acteurs du changement, j’en ai profité pour demander à Carole ses coups de cœur et ses anecdotes de prestataires engagés. Un joli souvenir de Carole est un des 1e évènement organisé par Tcheen pour un séminaire de 250 personnes de GRDF. Le challenge avait été de gérer les déchets pour ce nombre, véritable soucis dans l’organisation sur place. Autre astuce, avec un traiteur cette fois-ci, Carole souhaitait un menu végétarien, le fournisseur lui a proposé du poisson (ami.e.s carné.e.s, le poisson c’est de la viande !).

Marie Curry, les « matrimoines » culinaires des femmes issues de l’immigration

Marie Curry est une entreprise solidaire d’utilité sociale qui met en lumière le talent des femmes du monde entier. C’est un voyage culinaire authentique pour découvrir de nouvelles saveurs mais c’est surtout encourager une cuisine inclusive et durable ! Les prestations traiteurs sont réalisées à partir de recettes authentiques des pays d’origine des cheffes et sont 100% fait maison (circuits courts, produits bio, tri des déchets, …). L’entreprise travaille notamment avec des cuisinières syrienne, iranienne, arménienne, géorgienne, centrafricaine, guyanaise, vietnamienne, mauricienne et marocaine. On ne peut être que conquis par la bonne humeur, le dynamisme et la qualité des plats !

Same, les repas anti-gaspi

Le projet SAME, soutenu par l’association REVIE, agit pour l’insertion des mères isolées vivant en situation de grande précarité. Elles récupèrent les invendus de fruits et légumes que la Banque Alimentaire ne peut pas distribuer sous forme d’aide pour en faire des menus zéro-gaspillage. Pour info, 10 millions de tonnes de denrées alimentaires sont gaspillées chaque année en France (41,2 tonnes qui sont jetées chaque seconde dans le Monde). Au menu, des plats faits maison, solidaires (proposition de « repas suspendu » pour les personnes dans le besoin), éco-friendly (via la lutte contre le gaspillage) et équilibré (du frais et du végétal).

Same, les repas anti-gaspi

De mon côté, j’ai été interpellé par un Green Minded, association d’éducation à l’environnement sur la thématique des déchets et notamment pour ses actions autour du « zéro-mégot » (1 mégot jeté = 500 litres d’eau pollués). Ils proposent des info sur l’impact du mégot, des cendriers de poche et extérieurs avec sondage version nudges marketing. Enfin, ils sensibilisent les organisateurs et participants au recyclage des mégots (payant mais recyclé sans eau ni solvant et valorisé en énergie grâce à EcoMégots). Ils proposent aussi des animations zéro-déchet ou accueil de la biodiversité.

Ramène ta gourde et mets-toi à la chicorée !

Quels sont les enjeux pour des events B2B plus « verts » ? Sur les grosses manifestations, la mobilité et les repas / boissons restent des facteurs impactant. J’ai taquiné Carole sur l’accueil café. On n’est pas censé ignorer la provenance lointaine du thé et café. Presque 5 Kg d’équivalent CO2 pour 1 kg de café non torréfié, mais plusieurs alternatives sont possibles : infusions au lieu du thé et la fameuse et gourmande chicorée (les vrais comprendront !). Le frein psychologique persiste : pas de café, pas d’énergie ! Cependant on voit des évènements de plus en plus engagés, je souligne le virage des Rencontres du etourisme de Pau sur le sujet (incitation au covoiturage, repas végé, arrêt des goodies, approvisionnement en local). Pas facile pour gérer tout ça pour 900 personnes (hein Charlène Prat ?). Idem, l’OT de Bordeaux se fixe d’accompagner la transition de l’évènementiel bordelais et notamment le Convention bureau métropolitain.

Les gros chantiers pour une transition du secteur évènementiel identifiés par Tcheen :

  • Réduction des déchets : réduire la production de déchets par la prévention, la réduction, le recyclage et la réutilisation.
  • Responsabilité sociétale des entreprises : encourager les entreprises à adopter des pratiques viables.
  • Formations et informations environnementales.
  • Tourisme durable : mettre au point et utiliser des outils de contrôle des impacts sur le développement durable, pour un tourisme durable qui crée des emplois et met en valeur la culture et les produits locaux.
  • Réduire les émissions de CO2 des événements : via la sensibilisation (projet d’intégration d’un calculateur carbone).
  • Création de partenariats entre les acteurs de l’événementiel durable afin de partager et d’améliorer leurs performances environnementales et sociales.

Tous ces projets laissent présager un joli succès pour Tcheen. D’ailleurs, la start-up est en pleine levée de fond pour aller encore plus loin dans la facilitation d’organisation d’events à impact. Elles viennent de plus de lancer une campagne de financement participatif sur KissKissBankBank.

Évènementiel éco-responsable, de quoi parle-t-on ?

L’événement éco-responsable est une manifestation qui intègre dans son organisation les principes du développement durable. L’objectif est de réduire les impacts environnementaux et sociétaux négatifs, tout en renforçant les retombées économiques locales, de façon équilibrée et sur la totalité des étapes de l’organisation. Une manifestation éco-responsable doit également s’engager dans une démarche d’évaluation des impacts afin d’aboutir à une stratégie d’amélioration continue.

J’avais travaillé sur une guide d’aide à l’organisation de manifestations sportives éco-responsables que j’étais dans le Parc naturel régional Livradois-forez. Voici le B.A.BA pour l’organisation durable d’une manifestation :

Source : Parc naturel régional Livradois-Forez

Malgré un nombre croissant d’acteurs qui s’engage dans l’évènementiel éco-responsable, il reste encore un peu de taf. Personnellement, je me questionne sur la pertinence d’organiser des évènements B2B à l’autre bout du monde sachant l’empreinte carbone de l’aérien (relire BonPote). Malgré l’importance de nous réunir pour « rester dans le coup », s’informer, faire du réseautage et sans passer pour une « pisse-froid », est-ce indispensable et vraiment bénéfique pour les territoires d’accueil d’organiser une « petite sauterie » à l’Île Maurice ? (aller-retour Paris-Sir Seewoosagur = 2.5 tonnes d’équivalent CO2). Je sais que du côté des chercheurs (exemplarité de docteur en économie Timothée Parrique), le boycott de certains évènements non-accessibles en train est de plus en plus courant (pour ma part, j’ai déjà été invitée à participer à un colloque scientifique de 2 jours à Tahiti pour parler de l’impact environnemental du tourisme… Je n’y suis pas allée et sans regret).

Enfin, sur les manifestations de grande ampleur (Bretagne, terre des festivals), le Shift Project a recensé les enjeux dans son Plan de transformation de l’économie française (PTEF entre shifteurs) et dans son rapport sur la décarbonation de la culture. L’exemple de la chanteuse Billie Ellish qui milite pour le climat ou encore le groupe Shaka Ponk qui fera sa dernière tournée pour se consacrer à l’écologie.

Aller plus loin


Tcheen, pour un évènementiel éco-responsable | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Caroline Le Roy
Bretonne et fière de l'être, j'ai toujours été sensible aux enjeux du développement durable tant dans mon bénévolat associatif que sur mon rapport à la nature. J'ai pu évoluer dans le réseau des parcs naturels régionaux où j'ai eu la chance d'accompagner des acteurs touristiques du changement. Ma sensibilité a rapidement évolué en engagement puis en militantisme. Mon défi professionnel est de développer un tourisme respectueux de la planète et des hommes grâce à l'accompagnement et le conseil aux professionnels sur les nouvelles tendances touristiques et sur les attentes des clientèles toujours plus exigeantes. Enfin je souhaite faire prendre conscience d'une conciliation possible entre transition environnementale et besoin client appliquée au tourisme et au quotidien. Je suis actuellement en préparation d'une thèse doctorale sur le vaste (mais non moins passionnant) sujet de la performance environnementale du tourisme.
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