#TourismeDurable

Kourtney Roy illumine la Cité de l’Économie avec ses photographies sur le tourisme mondialisé

| Publié le 21 février 2026
Thèmatique :  Culture   Tourisme de masse 
           

Encore peu connue du grand public, la Cité de l’Économie entend faire dialoguer économie et société. Installée au cœur de l’Hôtel Gaillard, ancienne succursale de la Banque de France, son architecture néo-gothique impressionne par ses volumes spectaculaires. Premier musée d’Europe dédié à l’économie, elle accueille depuis le 19 février trois séries de la photographe canadienne Kourtney Roy – The Tourist, Sorry, No Vacancy et Entre deux mondes. À travers ces images aux couleurs saturées où l’artiste se met en scène, le visiteur est invité à interroger le tourisme de masse, un phénomène qui pèse près de 10 % du PIB mondial et représente un emploi sur dix.

Cancun©KourtneyRoy

Quand l’art interroge le tourisme de masse

En 2019, 1,5 milliard de voyageurs internationaux ont parcouru le globe. Derrière ces chiffres vertigineux se dessine une industrie tentaculaire qui façonne les territoires, transforme les paysages et redéfinit les imaginaires. Si le tourisme peut être porteur de richesse et d’échanges, il produit aussi déchets, pressions sur l’eau, constructions massives et standardisation culturelle. Kourtney Roy ne cherche pourtant pas à condamner le tourisme : « Mon travail ne vise pas à porter un œil critique sur le tourisme. Il s’agit plutôt d’une immersion dans un monde ultra-réaliste. » À chacun de se faire une idée, de se laisser porter par des clichés réalisés dans des hauts lieux du tourisme de masse qui s’inscrivent dans cet espace ambigu entre fascination et excès.

L’approche de Kourtney Roy n’est ni documentaire ni ouvertement militante : elle privilégie l’immersion et la mise en scène. L’artiste crée des personnages, travaille avec des figurants, loue des décors –parfois un yacht pour quelques heures – et construit des images saturées de soleil, de couleurs et de signes ostentatoires. Faux ongles, perruques, corps huilés de bodybuilders, piscines en plastique, bières pétillantes : tout concourt à composer un univers à la fois séduisant et artificiel. Loin d’un regard clinique, Roy assume une esthétique inspirée du cinéma américain, baignée de lumière naturelle et réalisée sans retouche numérique. Le monde, dit-elle, est déjà un plateau de cinéma. Le tourisme devient alors un terrain d’exploration artistique et critique.

TOULON_PORTOTORRES©KourtneyRoy

Trois séries photographiques

Sa série The Tourist, réalisée en 2019 juste avant la pandémie, agit comme un album de vacances ambigu. Photographiées à Cancún et Miami, les scènes évoquent le rêve balnéaire contemporain tout en laissant affleurer une dimension plus trouble, parfois vulgaire, presque trash. Le spectateur hésite : s’agit-il d’un fantasme publicitaire ou d’une critique déguisée ? L’artiste ne tranche pas. Elle interroge plutôt la mise en scène de soi propre aux réseaux sociaux, la multiplication des images, la logique du « all inclusive » et l’uniformisation des destinations. À l’ère du FOMO (Fear of Missing Out) – la peur de manquer une expérience – les touristes deviennent acteurs de leur propre récit visuel, alimentant une production d’images massive où les lieux finissent par se ressembler.

Cancun©KourtneyRoy

Avec Sorry, No Vacancy, réalisée au sud du Texas, le voyage devient plus aventureux : paysages désertiques, immenses espaces fantomatiques. Un buisson qui retenait un plastique en fuite devient une installation fantasmagorique évoquant autant une femme voilée que toutes ces pollutions provoquées par les touristes (qui laisseront sur place deux fois plus de déchets qu’un habitant local). Les clichées sont presque toutes prises de jour, sous un soleil franc. Kourtney Roy : « J’aime beaucoup shooter au soleil, avec la lumière du jour. Tout est déjà là. Le monde est déjà une scène de cinéma. » Peu de personnes dans ces images où dominent les grands aplats bleus du ciel, mais Kourtney apparaît toujours, revisitant le monde avec ses avatars, telle cette « femme à la bière », tête inclinée vers l’arrière, projetant sa boisson en une myriade de gouttelettes qui s’envolent telles des bulles de savon.

Kourtney Roy à la Cité de l’Economie©GClastres

Enfin, avec Entre deux mondes, Roy déplace le regard vers l’espace du trajet. Pendant six mois, elle a parcouru notre Hexagone sur des ferries, de la Bretagne à la Corse, photographiant cabines aux faux bois, ponts balayés par le vent, passagers en attente et travailleurs de l’ombre. Le ferry devient un monde suspendu, un espace intermédiaire entre départ et destination, presque nostalgique. Ici, le tourisme n’est plus seulement image et consommation, mais aussi travail invisible. Derrière les vacances idéalisées se cache une économie de services souvent précaire, peu qualifiée, essentielle pourtant au fonctionnement d’un secteur mondialisé.

GROIX_BATZ_BREHAT©KourtneyRoy

Embarquement immédiat…

Une série qui fait également écho à une scénographie évoquant le pont d’un navire, invitant le visiteur à feuilleter des journaux sur des transats qui vous accueillent dès l’entrée. Il pourra alors contempler, en guise de ciel, l’incroyable charpente monumentale en paquebot renversé qui fait office de plafond. Dans ce hall public spectaculaire, la succursale de la Banque de France tenait là sa salle des guichets. Ils scandent l’exposition, et semblent délivrer autant de billets pour l’ailleurs.

Finalement, quel touriste voulons-nous être ? C’est peut-être là tout le message de cette exposition qui, avec finesse et humour, nous met face à nos contradictions révélant l’ambivalence d’un monde où l’imaginaire façonne le réel, où les vacances deviennent performance et où l’économie structure nos désirs. S’il n’y a pas de réponse définitive, les photos aux couleurs éclatantes de Kourtney Roy permettent d’ouvrir un espace de réflexion entre rêve, responsabilité et conscience collective.

Texas©KourtneyRoy

Exposition : Kourtney Roy – All Inclusive. Du 20 février au 20 septembre 2026. Cité de l’Economie : 1 Place du Général Catroux. Paris 17e.

Voir aussi le site ICI.

Petit clin à nos amis du mag AR©GClastres
Texas©KourtneyRoy

Kourtney Roy illumine la Cité de l’Économie avec ses photographies sur le tourisme mondialisé | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Radio France, Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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