#TourismeDurable

Comment s’engagent les grands événements ?

| Publié le 23 novembre 2020 • Mis à jour le 27 novembre 2020 à 9h25
Thèmatique :  Acteur privé   Conseils   Ingénierie   Innovation 
         

Cet atelier passionnant nous permet de découvrir combien les choses bougent aussi du côté des grands évènements, des organisateurs de festival, des centres des congrès, et de tous les acteurs qui accompagnent ces temps forts. En ce sens, nous avons fait le choix de reprendre les témoignages retravaillés de Béatrice Eastham (Green Evénements), Maryline Lair (Le collectif des festivals), Louis Stelian (UNIMEV) sous la médiation de Lionel Malard (Arthémuse) – tels qu’ils ont eu lieu pendant cet atelier.

Louis Stelian (UNIMEV), Béatrice Eastham (Green Evénements), Maryline Lair (Le collectif des festivals) et Lionel Malard (Arthémuse) de bout micro à la main en introduction de son atelier
Louis Stelian (UNIMEV), Béatrice Eastham (Green Evénements), Maryline Lair (Le collectif des festivals) sous la médiation de Lionel Malard (Arthémuse)

Lionel Malard (Arthémuse): Je me présente, je suis directeur d’un cabinet conseil dans l’évènementiel.  Aujourd’hui, les grands évènements ont souvent lieu à  l’initiative des collectivités mais aussi d’acteurs locaux, de professionnels. Nous allons essayer de voir comment ces derniers s’approprient les valeurs de la RSE et l’incidence de ces mesures sur l’organisation et les organisateurs. A noter qu’un grand évènement est forcément un élément d’attractivité territoriale, de développement économique, aide à tisser le lien local.

– Béatrice Eastham (Green Evénements) : Je suis présidente de Green Evénements depuis 2009 (onze ans), un cabinet de conseil au statut récent d’ESS (Economie Sociale et Solidaire), ce qui nous tient à cœur car nous sommes pour l’utilité sociale et sociétale et cela va nous pousser à aller plus loin dans nos engagements.

Notre spécificité : accompagner les acteurs de l’évènementiel et la filière du tourisme  sur tous les sujets de la transition écologique et solidaire.  En tant que  cabinet de conseil, nous aidons à définir des stratégies RSE et nous nous occupons aussi de missions plus opérationnelles.

Parmi nos spécialités : nous avons contribué à l’écriture de la norme ISO 20121 en accompagnant les trois quart  des certifications en France.

– Lionel Malard (Arthémuse) : Les grands évènements s’approprient-ils cette stratégie  RSE, sont-ils engagés ?

– Béatrice Eastham (Green Evénements) : Tout n’est pas encore parfait mais ils s’engagent de plus en plus. Quelques petits éléments de cocorico : la Cop21 est la première Cop certifiée RSE, le G7 de Biarritz est le 1er G7 certifié ISO 20121. Aujourd’hui, l’ensemble des agences évènementielles sont regroupées en association (« L’Evènement ») pour travailler sur la RSE et vont passer la certification ISO 20121. Nous sommes le premier pays au monde en terme de certification RSE dans l’évènementiel, un sujet qui touche de plus en plus les collectivités.

Lionel Malard (Arthémuse) : En quoi le G7 est-il exemplaire et montre que des grands évènements s’intéressent à ces éléments et essaient d’organiser des évènements solidaires qui prennent en compte la RSE ?

– Béatrice Eastham (Green Evénements) : Si je prends l’exemple du G7 que nous avons organisé, cela a créé des liens avec les collectivités avec un jeu de ping-pong entre le grand évènement et la collectivité. Mais il faut préciser qu’il y avait une volonté politique dès le départ au plus haut niveau (présidence de la République) pour en faire un G7 exemplaire, avec des sujets portant sur l’inclusion, les inégalités, les pollutions plastiques, etc. Cet évènement a créé une véritable dynamique avec le territoire.

Béatrice Eastham (Green Evénements) micro à la main pendant les Universités du tourisme durable 2020
Béatrice Eastham (Green Evénements)

Pour cela, il était notamment important d’avoir des ambitions fortes : objectif zéro plastiques à usage unique, zéro déchets à la benne, travailler sur les mobilités durables, l’inclusion, s’organiser avec les territoires pour générer des retombées économiques  locales mais aussi faire naitre un héritage pour Biarritz et pour la France. Et donc, pour l’ensemble de ces sujets, il est primordial de travailler avec les collectivités, d’anticiper, on ne peut rien faire seul.

Ainsi, pendant les réunions du G7, on parlait de sécurité, mais il s’agissait d’un sujet parmi d’autres, et certains projets ont été accélérés comme le tram bus.

Et c’est ainsi qu’en labellisant le G7 ISO 20121, nous avons eu l’idée de ce projet de Destinations Internationales Responsables, afin de pérenniser notre action et de garder cette dynamique pour autres évènements.

Nous avons donc créé le label Destinations Internationales Responsables avec de nombreuses villes pilotes, ce qui permet à un territoire en France de se référer ce label créé pendant le G7 s’il souhaite s’engager.

Photo de groupe lors de la conférence de presse d'annonce de l'évènement Neuf villes françaises s’engagent à devenir « Neuf Destinations Responsables »
Neuf villes françaises s’engagent à devenir « Neuf Destinations Responsables »

Maryline Lair (Le collectif des festivals) : Je suis directrice du Collectif des festivals bretons, une structure régionale qui n’est pas neutre puisque nous avons identifié à peu près 500 festivals (musique, danse, littérature, cinéma, etc.) en Bretagne, ce qui explique pourquoi la structure a émergé. Depuis 15 ans, nous travaillons autour d’une volonté commune de nous engager dans le développement durable et solidaire, et ce pour l’ensemble de nos festivals, les petits, les plus importants, les festivals ruraux, urbains, etc.

Maryline Lair (Le collectif des festivals) micro à la main pendant les Universités du tourisme durable 2020
Maryline Lair (Le collectif des festivals)

Lionel Malard (Arthémuse) : Quelle est la nature de leurs engagements ?

Maryline Lair (Le Collectif des festivals) : Dans le milieu culturel, les festivals ont souvent une longueur d’avance par rapport à des théâtres ou d’autres acteurs culturels car la plupart se contractent sur des temps courts,  parfois deux/trois jours, avec une offre conséquente et le défi de recréer un espace de vie où l’on mange, on se rencontre, on se lave, …. cela fait donc longtemps que beaucoup se sont  engagés, même si ces engagements sont très variables.

Pour le Collectif, un engagement source de réussite sera forcément un engagement porté politiquement et pensé dans la durée. On ne croit pas au festival qui révolutionne tout d’un coup. Tout n’est pas exemplaire mais beaucoup d’acteurs culturels ont pris conscience de leurs responsabilités, le partage avec leurs équipes et s’engagent dans des démarches sur le long terme.

Lionel Malard (Arthémuse) : Pouvez vous nous donner quelques exemples ?

Maryline Lair (Le Collectif des festivals) : Nous avons de nombreux exemples sur le développement durable et solidaire, tout un panel d’actions qui vont des déchets en passant par l’accessibilité jusqu’au modèle économique.

On réfléchit beaucoup aux transports, à l’impact carbone. Les festivals qui ne peuvent pas trouver des solutions à leur échelle font des partenariats avec les territoires qui les accueillent. Par exemple aux trans musicales de Rennes ou au festival Astropolis à Brest, un système intelligent de navettes a été mis en place.

Un autre exemple est un projet qui nous tient à cœur – Drastic on Plastic –  L’idée est de supprimer totalement des festivals les plastiques à usage unique. Pour ce projet on a souhaité travailler à l’échelle nationale avec un  accompagnement et tout un travail  avec les collectivités. Nous mettons en place des outils et travaillons sur la filière des déchets afin que les festivals puissent s’appuyer sur les entreprises et ressources locales.

Louis Stelian (UNIMEV) : Je suis responsable développement durable chez l’Union Française  des Métiers de l’Evènement (UNIMEV). Parmi nos adhérents nous comptons des gestionnaire de lieux (parcs d’expositions, centres des congrès, Arena) mais aussi des organisateurs d’évènement (foires, salons, congrès, etc.) ainsi que tous les métiers de la production évènementielle, soit en tout, 400 adhérents de tailles variables.  

Lionel Malard (Arthémuse) : Quels sont vos objectifs en terme de stratégie RSE ?

Louis Stelian (UNIMEV) : A l’UNIMEV, on travaille par groupe métier avec des commissions transversales et donc une commission RSE pour réfléchir aux différents enjeux, notamment en matière de durabilité de la filière évènementielle.

En ce qui concerne la stratégie RSE, en juin 2019, notre politique RSE UNIMEV a été actée et déclinée en différents leviers de réinvention.

– En premier lieu, nous allons travailler sur la marque employeur et voir comment on redéfinit la raison d’être de l’entreprise. Comment l’entreprise devient une entreprise qui porte des valeurs, engage des collaborateurs qui portent ces mêmes valeurs, en fait des ambassadeurs, fiers des engagements de leur entreprise.

– En second lieu, sur le champ évènementiel, nous travaillons à la production responsable des évènements. Comment arriver à organiser des évènements de manière plus vertueuse en termes de ressources mobilisées ? Comment réfléchir l’évènement de bout en bout pour développer sa circularité ? On travaille donc le développement durable comme des écosystèmes animés dépendant de chaque secteur d’activité : comment réussir à promouvoir l’engagement de tel secteur d’activité représenté, comment je le questionne sur les innovations de demain, etc.

– Troisième point, on travaille à la sensibilisation du public. Comment le sensibiliser aux éco-gestes le temps de l’évènement ? Mais aussi comment ça va changer mon comportement pour l’évènement  et ensuite chez moi quand je vais rentrer.

– Enfin, il y a toute la prise en compte de l’héritage de l’évènement. Comment on mesure, on pilote, on assume ces externalités tant positives mais aussi plus négatives quant à l’impact environnemental de l’évènement.

Lionel Malard (Arthémuse) : Cette stratégie assez riche des acteurs de l’évènementiel traduit-elle un engagement fort de la part de la filière des grands évènements type congrès et foire. Ces acteurs là sont-ils également impliqués ?

Louis Stelian (UNIMEV) : Notre commission RSE compte 180 membres, ce qui montre une réelle mobilisation. Désormais, la plupart de nos membres sont engagés, plus ou moins largement. Il faut poursuivre, certains étant  plus démunis que d’autres. En ce sens, nous avons développé des outils collectifs pour que chaque membre s’approprie ces sujets à l’image de la norme ISO 20121. Comment on les implique sur cette norme qui inclut cette vision de durabilité ? Comment cette norme peut être structurante pour l’entreprise, peut aider à porter cette vision.

Nous avons également développé l’outil CLEO, un calculateur de performances évènementielles qui nous permet de mesurer tout ce volet héritage avec les retombées socio-économiques. Il permet aussi de mettre en face un bilan environnemental, d’assumer les éléments plus négatifs pour les mesurer, les piloter, mettre des actions en phase.

Enfin, nous avons aussi un outil collectif sur le chantier des déchets – gros sujet – et en ce sens l’évènementiel est une vitrine de la filière. On travaille sur un projet d’engagement pour la croissance verte. Il a pour but de formaliser cette volonté de notre secteur de s’engager dans une démarche d’économie circulaire.

Lionel Malard (Arthémuse) : La crise que l’on traverse aujourd’hui a-t-elle eu un impact sur la mise en place de ces stratégies RSE ? La Covid 19 a-t-elle bouleversé ces stratégies ?

Louis Stelian (UNIMEV) : De mon poste, l’impact sur notre secteur d’activité a été rude. C’est très difficile pour tout le monde. Mais cela a permis un certain recul avec des questions sur comment adapter mon modèle, mes stratégies. Nous avons par exemple reçu beaucoup de demandes de nos adhérents pour les aiguiller en termes de stratégie RSE. Après le Covid, il va falloir d’autant plus prouver l’utilité sociétale des évènements pour les faire accepter ?

– Béatrice Eastham (Green Evénements) : La tentation du retour en arrière ? Non, c’est interdit ça. En ce qui concerne les impacts environnementaux (déchets, pollution carbone), on avance plutôt bien. De toute façon il y difficile de tout faire en visio et il y aussi l’impact digitale à prendre en compte.

Le temps libéré par cette crise a certes montré l’intérêt pour le développement durable mais nous n’avions pas besoin du Covid, il y avait d’ores et déjà avant le Covid un intérêt, tout le monde voulait s’emparer de ces valeurs, certifier. Le Covid n’a fait que convaincre encore plus les personnes qu’il faut prendre en main les enjeux sociétaux et environnementaux. La plupart a envie, du temps, en revanche beaucoup n’ont pas de budgets et sont terrorisés.

Pour l’heure on fait beaucoup de formations, on aide nos clients à monter en compétence avec pour l’idée de préparer l’après.  Plus il y a aura de gens formés, moins un retour en arrière sera possible.

Maryline Lair (Le Collectif des festivals) :  Dans les festivals, pour l’année 2020, cyniquement l’impact environnemental est parfait… sauf qu’on avait déjà depuis longtemps travaillé dessus et il y a aussi l’impact social. Et  évidemment, on ne se réjouit pas du tout de l’annulation des festivals car pour le territoire, les bénévoles investis, le lien avec les acteurs économiques, les impacts sont concrets et les conséquences importantes.  

C’est compliqué et paradoxal mais effectivement, autant utiliser correctement ce moment de pause pour repenser son festival. Certains dans des moments d’optimisme sont dans cette disposition. Les formations sont pleines. Mais on commence aussi à voir émerger des festivals qui vont s’annuler pour la deuxième fois, et là l’optimisme ne va pas suffire. Changer son festival, le faire évoluer demande un engagement de tout le monde autour de la table car on n’a pas forcément les bons ingrédients, notamment pour les vieux festivals qui ont souvent commencé avec trois copains autour d’une bière… Pour les nouveaux, montés par des plus jeunes, il semble plus évident qu’il faut que ce soit un festival RSE.

Logo

– Intervention de la salle  « Ville de Lyon » – Festival des Lumières : On à fond là-dedans. On essaie de proposer quelque chose avec une « feuille de route écolo ». On souhaite faire une fête des lumières éco-responsable. On est à la fois le financeur et l’organisateur, ce qui  aide grandement, et hyper privilégié en tant que collectivité d’avoir le champ libre et de très bonnes relations avec les acteurs de la filière. On ne sait pas encore si le cahier des charges pour les artistes et entreprises qui vont proposer des œuvres éphémères va changer mais on souhaite s’engager dans la démarche, avec une directrice motivée, des artistes également.

– Béatrice Eastham (Green Evénements) : Aujourd’hui, de plus en plus de sujets entrent dans la loi et sont portés par Bercy qui souhaitent les valoriser de façon capitaliste. Aujourd’hui, la plupart des entreprises  qui s’engagent en RSE osent parler de raison d’être mais peu sont encore celles qui ont fait ce travail même si il y a de  bonnes bases dans la filière, pas mal de jolies choses à raconter. L’utilité sociale, la rencontre, on a un joli terreau pour parler de raisons d’être.

Lionel Malard (Arthémuse) : Sur l’évaluation, la mesure des progrès, comment fait- on fait ? Comment on mesure ? Quelles sont les initiatives qui permettent de suivre les progrès dans le temps ?

Louis Stelian (UNIMEV) : En 2016, nous avons mis en place avec l’UNIMEV l’outil CLEO, un calculateur de performance évènementielle. Il permet de mesurer votre évènement via 76 indicateurs : performances de la rencontre, retombées socio-économiques de l’évènement, bilan environnemental, impact carbone, hébergements, etc.

D’ores et déjà 330 évènements ont été évalués avec CLE0 avec 108 gestionnaires de lieux. Cela  nous permet d’extrapoler de grandes masses pour voir les grandes tendances avec par exemple le bilan environnemental réparti par postes (déplacement, hébergement, restauration, énergie). Cela permet d’analyser les différents postes d’impact (comme le transport). On peut mettre ainsi des chiffres derrière, voir la part de l’hébergement, de la restauration, pour une bonne partie de l’impact. Cela nous permet aussi de travailler au développement de la méthodologie avec des mises à jour mais aussi avec la possibilité d’évaluer demain un évènement digital, et de voir si l’hybridation des formats vaut le coup. Car il s’agit d’un outil évolutif.

Enfin, il y a la partie héritage. Pour vous évaluer dans CLEO vous remplissez des champs, des données confidentielles, le budget d’aménagement, d’organisation, les dépenses des participants, des exposants. On a une section Etude chez UNIMEV où nous avons pu extrapoler des ratios en termes de retombées économiques sur les territoires.

Avec aussi un volet partage de connaissance – et pour les congrès, sur le volet performance, on peut mettre en avant les formations, le savoir diffusé par l’évènement.

Au deuxième niveau d’évaluation, le niveau estimé tient compte du ratio estimé. Ce niveau d’évaluation réelle demande plus de données d’entrées. Il est très utile pour les évènements corporate. Le but  derrière cet outil : encourager les organisateurs à utiliser ce calculateur, à se mesurer. Au départ, quand il avait été développé, il était un peu trop complexe, avec  400 données à saisir…   Grâce à  une étude de l’Ademe qui permet de faire des flux monétaires en équivalent carbone, il permet aussi d’avoir une estimation de l’empreinte carbone de l’évènement sans avoir à passer par la méthodologie trop complexe.

Cela permet de renforcer le lien avec les collectivités et on peut voir l’impact monétaire de l’évènement sur le territoire. Pour les subventions, cela permet de justifier de l’impact positif pour l’économie locale.

Lionel Malard (Arthémuse) : Comment améliorer les choses sur l’évaluation ?

– Béatrice Eastham (Green Evénements) : C’est très compliqué et pas encore au point. Tout le monde est convaincu que « si on veut s’améliorer il faut mesurer ».  Il y a des outils qui fonctionnent très bien comme CLEO  que l’on avait utilisé pour le G7 mais cela ne fonctionne pas pour tout. Ce matin, j’étais avec des agences qui font du Travel et à l’étranger cela ne fonctionne pas. Il y a un vrai sujet sur l’accélération des données.

Même avec CLEO, les entreprises ne sont pas organisées pour récupérer la donnée. Le problème est souvent en interne. Récupérer la donnée demande des journées de discussions avec des réunions difficiles. Avant l’outil, il y a un sujet de structuration, de savoir entrer dans des démarches structurantes. Si on ne sait pas ce que l’on cherche à faire, pourquoi, comment, avec quelle méthode, tous les outils du monde seront des usines à gaz.

Commencez par réfléchir à ce que vous souhaitez faire, créer une politique, définissez un plan d’action, mettez en place des process pour récupérer des données.

C’est là l’essentiel. La mesure est une 2e étape.

Lionel Malard (Arthémuse) : Avez-vous amorcé des choses avec le collectif breton ?

Maryline Lair (Le Collectif des festivals) : Tout à fait, on a souhaité s’évaluer, on s’est dit que le Festival est un outil d’influence qui peut bénéficier d’une sphère d’influence positive assez grande au niveau des jeunes. Il est donc important de dire ce que l’on fait car beaucoup de choses faites sont invisibles dans un festival.

Avant le Covid, on sentait que c’était un élément fort pour se démarquer d’être engagé et on a donc lancé tout un travail sur l’évaluation. Vers ou veut-on aller ? Quels sont nos objectifs ? Quels indicateurs ? Comment réduire les déchets de tant ? Comment être accessible pour les personnes handicapées ?

Et bien sûr la question du recueil des données s’est posée et à présent, notre prochaine étape va être de passer chez tout le monde pour outiller et récupérer la donnée. Sinon, il est trop tard, et la mesure disparait.

La problématique du recueil des données est fondamentale. On est exigeant. On demande beaucoup de choses les outils doivent être mis en place, et il faut donc structurer en interne le recueil de données. Nous en sommes là.

Lionel Malard (Arthémuse) : L’évaluation est donc un véritable enjeu pour demain ?

Louis Stelian (UNIMEV) : En termes de process, dès que c’est mis en place, ça va beaucoup plus vite. Bien évidemment, pour quelqu’un qui a déjà fait une première évaluation cela va beaucoup plus vite la 2e fois. Il faut passer cette première phase fastidieuse.


– Béatrice Eastham (Green Evénements) : Il y a des évènements récurrents mais certains ne le sont pas, et cette énorme phase horrible ne fait qu’arriver et qu’arriver… De ce fait, on travaille aussi à des outils d’évaluation et d’amélioration plus fin mais moins contraignants.

Lionel Malard (Arthémuse) : Et si on se projette, demain, quelle serait votre priorité ? Comment améliorer les choses ?

Maryline Lair (Le Collectif des festivals) : Nous allons continuer à travailler sur les transports et la mobilité durable, convaincre les festivals bretons de passer aux végétariens, même si on rencontre parfois  quelques résistances. Il me semble toutefois que l’impact de la consommation de viande est considérable. On pourrait s’en passer deux jours sur trois. Le rapport effort gain vaut le coup. Autres sujets importants : la gestion des déchets, la question d’égalité homme/femme dans les organisations, sur les plateaux. Les études qui sont sorties à ce sujet sont assez dramatiques or on sait que l’éducation se fait par les loisirs et la pratique culturelle.

– Béatrice Eastham (Green Evénements) : Lesenjeux pour demain ? Franchement tout ce qu’on s’est dit aujourd’hui. Si on veut exister, on sait à qui il faut qu’on ressemble. On a très clairement besoin de sobriété. Cela fait 11 ans que je fais ce métier, j’en ai marre de l’amélioration continue. Je veux du résultat Demain, plus un micro-déchet qui ne soit pas valorisé dans notre évènement. Deuxième sujet, le zéro net carbone, souvent on évince ces sujets avec un peu de compensation.

Ensuite, on peut se concentrer sur créer beaucoup de sens et de liant, un peu de wahou car c’est rigolo. Demain, un évènement qui ne crée pas quelque chose, de la proximité, du partage, de la confiance entre les gens, … sera difficile à défendre.

Fin aout on a organisé le OUAÏ, la semaine prochaine on va diffuser le lien vers les formations mais aussi un livre blanc qui reprend les témoignages des professionnels de la filière. Ils  nous ont donné plein d’idées de mesures et tout ce qui en est sorti sera repris dans ce Livre Blanc à venir. On est invité d’ailleurs invité à le présenter à Jean-Baptiste Lemoyne, Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargé du Tourisme et Olivia Grégoire, Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie, des finances et de la relance, chargée de l’économie sociale, solidaire et responsable.

Louis Stelian (UNIMEV) : Pour rester dans cette dynamique du changement pour demain, il va nous falloir rester dans le 2 degrés compatible. Cette question est cruciale. On est à 10 T carbone et il nous faut passer à 2 T d’ici 2050. Alors comment j’arrive à réduire mon empreinte de tant par an. Les évènements qui continueront se devront de respecter cela, il faudra aussi qu’ils soient porteurs de sens et catalyseurs pour les secteurs d’activité dans cette dimension de degré compatible. Dans l’évènementiel, tant que l’on fera du bien à soi même, à sa communauté, on fera du bien commun.


Comment s’engagent les grands événements ? | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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