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États Généraux de la Transition du Tourisme en Montagne : vers un début de réponse collective ?

| Publié le 30 septembre 2021 • Mis à jour le 30 septembre 2021 à 12h55
Thèmatique :  Acteur associatif   Espaces protégés   Initiative régionale   Territoire 
         

Les 23 et 24 septembre 2021 se sont tenus les États Généraux de la Transition du Tourisme en Montagne, quelques mois après leur lancement officiel en mars dernier à Métabief, petite station de ski du Haut-Jura. Portés par les associations Transition des Territoires de Montagne et Mountain Wilderness ainsi que par une grande partie de l’écosystème montagnard, ils ont sans aucun doute pérennisé le processus enclenché, à savoir d’à la fois penser la nécessaire adaptation du tourisme de montagne aux défis du changement climatique et l’évolution des territoires de montagne dans leur globalité (notamment autour des questions d’énergie et de mobilité). Une fois de plus, le succès a été au rendez-vous en terme de participation, que ce soit au niveau des conférences ou des ateliers, ce qui reflète une volonté réelle de nombreux acteurs de travailler main dans la main et d’avancer ensemble sur ces questions aussi épineuses que passionnantes. L’objectif est on ne peut plus ardu mais il faut bien commencer quelque part ! Retour en quelques points sur ces deux journées intenses à travers des témoignages éclairés et des initiatives concrètes et inspirantes.

États Généraux de la Transition du Tourisme en Montagne / transition écologique / changement climatique / territoires de montagne
Une première dans l’histoire des territoires de montagne : la tenue de ces États Généraux qui posent les bases de leur transition globale © Mountainwilderness

Le défi collectif de s’approprier les enjeux de la transition

Contexte sanitaire oblige, ces deux journées se sont largement tenues par visio-conférences mais des ateliers de travail ont également été organisés sur une quarantaine de territoires de montagne des différents massifs français. Christiane Barret, déléguée générale de la présidence française de la SUERA, ouvre ces États Généraux en soulignant à quel point les zones montagnardes sont ‘à l’avant-poste du changement climatique et des atteintes à la biodiversité’. Le constat est clair et sans appel, il ne s’agit plus de le nier mais de trouver collectivement des solutions qui puissent être mises en place dans une optique à court terme, car comme le rappelait Sylvain Authier à Métabief en mars dernier, ‘dans dix ans, c’est demain’. Fabrice Pannekoucke, conseiller régional Auvergne Rhône-Alpes et vice-président de la Commission Montagne, tire les mêmes conclusions en affirmant que ‘nous devons regarder nos territoires avec lucidité et acceptation : comment allons-nous vivre, nous déplacer, nous nourrir, travailler dans les années qui viennent ?Frédi Meignan, vice-président de Mountain Wilderness, souligne lui aussi une prise de conscience accélérée ces derniers mois. Il met en avant le fait que de nombreux jeunes sont très inquiets pour l’avenir, se posant même la question de la pertinence d’avoir des enfants. Un état d’esprit lourd de sens… Cependant, il encourage à ne pas voir les crises comme un fardeau mais comme une opportunité pour ‘travailler, confronter et élaborer ensemble, dans une démarche collective qui ne vise pas forcément au consensus.’ Il croit fermement dans le potentiel incroyable du milieu de la montagne, conviction encore renforcée par l’élan de travail qui s’est mis en place ces derniers mois au travers des différents ateliers territoriaux.

Curieusement, une des prises de parole les plus intéressantes de ces États Généraux ne vient pas d’un acteur de la montagne mais du maire d’une petite commune du Pas-de-Calais, Loos-en-Gohelle. Jean-François Caron nous livre une réflexion au sujet de son bassin minier, qui ambitionne de devenir la première ville intégralement solaire de France, au travers d’une grande participation financière des habitants. Pourquoi cet élan au niveau du territoire d’une région qui fait souvent figure de sinistrée ? Pour lui, ‘les gens ont besoin d’avoir des étoiles dans les yeux.’ Le changement se fera par la base citoyenne mais ‘on ne changera pas si on ne met pas en avant la question du désir, et non celle de la contrainte ou de la morale. Nous avons un grand problème d’imaginaire : comment se projeter en construisant un récit constructif et porteur d’espoir ? Les petits cailloux blancs ne doivent pas être des cailloux noirs.’ À ses yeux, les méthodes de nouvelles gouvernances sont absolument centrales : des discussions apaisées et concertées seront le prélude à la mise en place d’une ‘société sobre en énergie mais intense en relations.’ À cet égard, il cite la Fabrique des Transitions, alliance d’acteurs et de réseaux de nature très diverse, ayant la volonté de mutualiser leurs expériences et réflexions, et de les mettre au service des territoires qui souhaitent s’engager dans une démarche globale de transition. Jean-François Caron souligne enfin la chance dont jouissent les territoires de montagne, notamment en termes d’atouts naturels, car ils partent de beaucoup plus loin au niveau de leur région.

États Généraux de la Transition du Tourisme en Montagne / transition écologique / changement climatique / territoires de montagne / acteurs du changement
Quelques acteurs et intervenants clés de ces États Généraux de la Transition du Tourisme en Montagne / @eg-transitionmontagne.org

La mobilité ou l’enjeu majeur de la transition du tourisme en montagne

Les chiffres sont sans appel : dans le bilan carbone d’un séjour à la montagne, on estime que 74% des émissions de gaz à effet de serre proviennent du transport, notamment de la voiture individuelle pour se rendre d’un foyer à un hébergement en montagne. Dès lors, comment abandonner l’idée de prendre la voiture, développer des formes efficaces de mobilité douce, faciliter l’accès au fameux ‘dernier kilomètre’ mais dans une plus large mesure à la quasi intégralité du trajet nécessaire ? Pourquoi le transport ne ferait-il pas lui aussi partie de l’expérience touristique ? On observe depuis quelque temps des projets qui se mettent en place autour du train sous forme de gestion participative tels que Railcoop, société de transport ferroviaire privée créée en 2019, qui rassemble citoyens, entreprises, collectivités, cheminots partageant la même vision de développer une offre de transport innovante, de porter un autre regard sur le train et de participer ainsi à l’émergence de nouveaux modèles économiques plus en phase avec les nécessaires adaptations au changement climatique. Dans le cadre du plan d’investissement pour le tourisme en montagne Avenir Montagnes, Joël Giraud, secrétaire d’État auprès de la Ministre de la cohésion des territoires, a récemment annoncé le lancement d’un appel à manifestation d’intérêt (AMI) en vue d’imaginer des alternatives à la voiture individuelle pour l’accès final aux stations de ski. L’idée des ‘ascenseurs valléens’ fera-t-elle son bout de chemin, comme cela est déjà très répandu en Suisse ?

À cet égard, le témoignage de Louise Drompt, membre du Conseil des jeunes de la SUERA, est révélateur de cette volonté de changement, notamment au niveau de la question des transports. ‘Nous avons la motivation et les idées mais nous manquons de leviers.’ En effet, les décalages sont grands entre les projets de telles infrastructures qui se font sur un temps long alors que les mandats politiques, qui déterminent souvent l’impulsion de ces changements, s’exercent sur un temps beaucoup plus court. Lancé en juillet 2021, le Conseil des jeunes de la SUERA a pour objectif de donner la parole aux jeunes alpins, d’écouter et de prendre en compte leurs propositions et de leur donner la possibilité d’influencer les décisions qui affecteront leur vie. Est-ce un début de changement de paradigme dans les questions de gouvernance, qui voit de plus en plus émerger une approche bottom-up ? Sous la devise de « façonner.l’avenir.ensemble », la jeune génération veut pleinement participer à l’élaboration de la région alpine du futur. Car une transition réussie du tourisme au niveau des territoires de montagne ne se fera pas sans une prise en compte globale et une résolution des questions de mobilité.

États Généraux de la Transition du Tourisme en Montagne / transition écologique / changement climatique / territoires de montagne / acteurs du changement / ateliers territoriaux
Des groupes de réflexion ont été organisés au niveau des différents massifs français. / @eg-transitionmontagne.org

La transition verte des stations de ski au coeur de l’adaptation globale des territoires de montagne

De nos jours, il est facile de taper sur les stations de ski, leur côté artificiel et peu respectueux de l’environnement. Mais ce serait vite oublier d’où viennent ces territoires. Dans les années 1960, le Plan neige a permis via la montée en puissance du ski d’enrayer un exode rural important en apportant grâce au tourisme un réel développement pour de nombreux villages situés en fond de vallée. Le ski a ainsi été vecteur de richesse et de maintien de la vie en montagne. Dans le même temps, l’extension sans fin des stations de ski met en péril ces mêmes communes. Infrastructures gourmandes en énergie, toujours plus de distractions et d’animations, le modèle traditionnel de la station de ski est-il arrivé en bout de souffle ? Doit-il se réinventer, partiellement ou même totalement ? Comment peut-il efficacement faire face aux nécessaires adaptations induites par le changement climatique ?

À cet égard, le label Flocon Vert initié par l’association Mountain Riders depuis une dizaine d’années se révèle être l’une des tentatives de réponses les plus probantes. Au moins a-t-il le mérite de poser les bases de mesures concrètes en faveur de la transition écologique à travers quelques grands axes. Au cours de l’une des visio-conférences, Yann Lamaison, chargé de communication chez Mountain Riders, décrit plus en détail cette démarche labellisante qui vise avant tout à ‘informer sans moraliser’ via 20 critères répartis en 4 grandes thématiques : environnement et ressources (mobilité douce, recyclage, gestion de l’eau, maîtrise de l’énergie et respect de la biodiversité), soutien à l’économie locale, mise en avant du patrimoine local et des questions de gouvernance partagée. Les deux points clés sont ainsi de s’engager dans une ‘démarche d’amélioration continue’ et d’intégrer un réseau dans l’idée de rassembler l’ensemble des acteurs du territoire, conduisant à une ‘stratégie véritablement innovante de ces mêmes territoires’. En 2021, 9 destinations montagne sont labellisées Flocon Vert et 17 autres sont dans la démarche. On peut citer parmi les lauréats Chamrousse, les Arcs, Châtel dans l’arc alpin, mais aussi Valberg dans les Alpes du sud et la Pierre-Saint-Martin dans les Pyrénées. Des grandes stations comme Tignes et Val d’Isère ainsi que des plus petites comme Métabief dans le Haut-Jura ont entamé cette démarche de labellisation, ce qui reflète une volonté commune d’amorcer cette transition.

Dans la même optique, Alexandre Maulin, président des Domaines Skiables de France, a annoncé la poursuite des 16 éco-engagements dévoilés en octobre 2020 par la Chambre professionnelle des remontées mécaniques en relation avec les questions d’énergie et d’émissions de gaz à effet de serre, de gestion de l’eau, de protection de la biodiversité et de préservation des paysages. Comme il tient à le souligner, ‘on n’est pas LA solution mais on peut amener notre petite pierre à l’édifice‘. Malgré la grande diversité de la taille des exploitants et de leur capacité de résilience, le souhait est fort de poser un socle commun à partir duquel réfléchir et travailler ensemble. L’objectif ambitieux est notamment d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2037. Pour cela, quelques leviers d’action sont ainsi dévoilés : bilan carbone de chaque station tous les 3 ans, utilisation raisonnée des remontées mécaniques, remplacement quand cela est possible par des dameuses à hydrogène (90% du bilan carbone d’un domaine skiable est généré par une dameuse classique), économies d’eau et soutien au pastoralisme et au partage de l’eau, végétalisation après travaux des zones herbeuses ou d’alpages, démontage des installations obsolètes et organisation d’une opération annuelle de ramassage des déchets… Les ambitions sont grandes, reste à voir si des caps seront franchis et si elles seront atteintes au cours de ces prochaines années.

Ces deux journées d’États Généraux de la Transition du Tourisme en Montagne ont été un véritable succès, avec plus de 2000 personnes connectées sur la plateforme, 1000 personnes présentes sur les ateliers territoriaux (cela sera traité dans un second article à travers l’exemple de la Grave) et plus de 50 initiatives de transition exposées. À l’issue de ces temps de dialogue, d’échanges et de construction, l’ensemble des acteurs de la montagne se sont engagés collectivement, au plus près des territoires, au travers d’une déclaration commune. Pierre Torrente en synthétise l’esprit à travers les termes suivants : ‘les Alpes constituent une véritable colonne vertébrale écologique’ qu’il est indispensable de préserver et d’adapter aux enjeux de demain. Il est ainsi crucial de poursuivre un ‘dialogue apaisé et constructif’ pour que cet espace demeure ‘une terre d’envies et une montagne à vivre’. Il souligne enfin une ‘forte volonté commune d’avancer pour penser ensemble la montagne de demain’. Le dernier mot revient à Dorian Labaeye, président du Syndicat National des Guides de Haute Montagne : ‘bon vent aux graines qui viennent d’être plantées !’ Reste désormais à ajouter des actes forts aux engagements pour qu’ils ne soient pas que de belles paroles, à faire preuve d’un vrai courage, surtout d’ordre politique, car la volonté citoyenne semble être bien présente.

Pour aller plus loin :

Le site des États Généraux : https://www.eg-transitionmontagne.org/

Celui de Mountain Wilderness : https://www.mountainwilderness.fr/

Un lien explicatif au sujet de la SUERA : https://www.europe-en-auvergnerhonealpes.eu/programmes/suera-la-strategie-de-lue-pour-la-region-alpine


États Généraux de la Transition du Tourisme en Montagne : vers un début de réponse collective ? | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Vanessa Beucher
Photographe, journaliste & traductrice basée à la Grave dans le massif des Ecrins
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