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Interview avec Gary Knell, président du National Geographic Partners

| Publié le 9 mai 2022 • Mis à jour le 11 mai 2022 à 6h57
Thèmatique :  Portrait   Tourisme de masse 
         

Gary Knell, président du National Geographic Partners, a récemment délivré un discours plein de lucidité et de promesses lors du dernier sommet mondial du World Trade & Tourism Council -WTTC- qui s’est tenu à Séville en Espagne. Le National Geographic Partners a été créé à l’automne 2015 sous forme de partenariat entre la National Geographic Society et le groupe de médias 21st Century Fox pour gérer les chaînes de télévision, la presse et les voyages de la société historique. Dans ce discours, il a notamment dévoilé ses perspectives futures dans le domaine des communications, de la technologie et du développement durable. Il a également évoqué les défis et les opportunités auxquels est confronté le secteur du tourisme, tout en soulignant que ce dernier peut être un vecteur majeur de changement.

Gary Knell, Président du National Geographic Partners

Gary Knell, Président du National Geographic Partners © National Geographic

WTTC: Dans un monde de plus en plus soumis aux aléas du changement climatique, à quoi ressemblera le tourisme réellement responsable de demain?

Sur un plan personnel, j’ai tendance à penser globalement mais à agir localement et cela commence par mes propres actions au quotidien. J’utilise les transports publics, j’essaie de louer des véhicules hybrides ainsi que des vélos car ils correspondent à ma façon préférée de partir à la découverte d’une ville. De la même façon, les espagnols pourraient aussi privilégier la location de villa en Espagne en bord de mer… Mais je suis également avec attention les critiques et notations qui révèlent les efforts de préservation dans les domaines de la construction et de la confection textile. Je refuse les plastiques à usage unique et j’essaie de choisir des entreprises employant une main-d’oeuvre locale qui bénéficie des retombées du tourisme. Enfin, je tends à éviter autant que possible les endroits qui subissent une trop grande fréquentation touristique. Dans cette optique, nos National Geographic Lodges ont concentré leurs efforts afin de réduire l’empreinte carbone des voyageurs en mettant en pratique des actions durables consommant moins d’énergie et utilisant des sources d’énergie alternatives.

J’ai en tête trois exemples de conservation réussie au Canada, au Kenya et au Costa Rica.

Le premier est l’usine hydroélectrique de Nimmo Bay Wilderness Resort au Canada. Lorsque la famille Murray s’est lancée dans l’aventure de la construction du lodge il y a près de 40 ans, la source d’énergie la plus facilement disponible à l’époque était la chute d’eau qui se déversait avec fracas du sommet du Mont Stephens dans une baie toute proche. La famille a participé elle-même à l’effort de construction et installé une roue à eau de type Pelton, qui fournit encore aujourd’hui 85% des besoins en électricité du lodge. Le deuxième exemple est celui de Mara Plains Camp au Kenya. Le lodge est à 100% autonome car toute son énergie à destination des visiteurs et des employés est produite par des panneaux solaires. Les constructions sont entièrement éclairées à l’aide de LED et les eaux usées sont filtrées puis recyclées pour irriguer le paysage alentour. Enfin, le complexe de Lapa Rios au Costa Rica est doté d’un système de production de biogaz. Les cochons sont nourris avec les déchets de cuisine et les restes alimentaires. Leurs excréments sont stockés dans un convertisseur en biogaz qui produit assez de méthane pour faire fonctionner les cuisines du lodge. Ces cochons finissent aussi dans les assiettes du lodge, bouclant de ce fait un cercle durable de production.

Le cadre idyllique de Nimmo Bay au Canada

Le cadre idyllique de Nimmo Bay au Canada © Forbes

Nos lodges ont également oeuvré à préserver de vastes étendues afin de protéger la biodiversité locale en devenant un bassin capteur de carbone pour les générations futures.

Je citerai à nouveau 3 exemples dans cette perspective: le Mashpi Lodge en Equateur était une ancienne concession d’exploitation forestière et est désormais une réserve naturelle abritant une forêt pluviale de plus de 3 000 hectares. Une équipe de biologistes dévoués à leur cause répertorient l’écosystème de la région et se consacrent à la protection de ses espèces, telles que la grenouille de torrents Mashpi. Quant au Lapas Rios Lodge au Costa Rica, il a mené une politique de conservation qui a permis d’assurer la protection de près de 500 hectares servant de zone tampon avec le Parc National de Corcovado, un extraordinaire réservoir de 2,5% de la biodiversité de la planète! Enfin, la création de la réserve naturelle privée de Grootbos en Afrique du Sud a permis de récupérer environ 3 000 hectares au niveau de la région florale du Cap. Les dirigeants ont racheté des fermes abandonnées et cette zone abîmée a fini par redevenir une réserve florissante avec nombre d’espèces endémiques, dont certaines ont même été nouvellement identifiées! Un partenariat a également été établi avec 27 autres propriétaires terriens afin de préserver près de 20 000 hectares de terre.

La végétation luxuriante du Mashpi Lodge en Equateur

La végétation luxuriante du Mashpi Lodge en Equateur © Natgeolodges

WTTC: Les classes moyennes sont en expansion constante dans le monde, ce qui signifiera de plus en plus de touristes. Comment serons-nous capables de gérer la surfréquentation touristique dans les années à venir? 

Les voyageurs se rendent souvent dans les mêmes endroits aux mêmes époques de l’année et également au même moment de la journée! Alors, nous devons choisir de nouveaux circuits, découvrir de nouvelles destinations, ou bien encore ralentir, passer plus de temps avec les locaux et moins de temps dans des lieux touristiques surfaits. Evitez les foules: faites l’impasse sur Venise et allez visiter Parme à la place! Faites partie du grand mouvement sur l’impact du tourisme dans le monde et construisez vos voyages selon vos valeurs. Partagez aussi ces valeurs avec le plus grand nombre de personnes. Cela peut prendre plus de temps de visiter des lieux à l’écart des sentiers battus mais cela ouvre aussi tellement vos perspectives et votre vision du monde.

C’est dans cette optique que nous avons créé des voyages afin de faire découvrir à nos voyageurs des endroits qui ne sont pas forcément sur la carte des grands sites du monde.

Nous soutenons de façon active les communautés qui oeuvrent à préserver leur héritage des impacts négatifs de la surfréquentation touristique. Cela peut être ardu de trouver une expérience de voyage authentique dans les Antilles. Mais Tiamo Resort fait figure d’alternative aux grands complexes hôteliers dans les Bahamas et a été construit afin de rendre hommage et non de perturber les récifs et mangroves environnants. Nous avons également conçu beaucoup de nos voyages de type aventure afin d’emmener les touristes dans des endroits très peu visités. Notre périple en Islande ne se limite pas au très classique Golden Circle mais se rend aussi dans les parties nord et est plus isolées. De même, les voyageurs ont la possibilité d’explorer en kayak la région de Glacier Bay en Alaska: c’est une approche plus intimiste à l’écart des foules et à l’empreinte carbone bien moins importante que celle des bateaux de croisière. Enfin, la Kasbah du Toubkal au Maroc est un exemple en termes de préservation de l’héritage culturel et de l’économie locale par le biais du tourisme. Elle a été construite par des membres de la communauté locale et constitue une partie importante de la vie de cette communauté. La quasi totalité des employés est originaire des villages alentours et 5% de la note de chaque client revient à la communauté. Cela a permis de financer des projets tels que Education pour Tous, qui donne la possibilité à des jeunes filles des zones rurales de poursuivre une éducation secondaire.

La magnifique architecture de la Casbah du Toubkal au Maroc

La magnifique architecture de la Casbah du Toubkal au Maroc © Roughguides

WTTC: Une dernière question pour clore cet entretien. Le monde a connu d’énormes bouleversements au cours de la longue existence du magazine National Geographic. Comment percevez-vous votre rôle aujourd’hui et pour les décennies à venir? 

Le National Geographic a maintenant 131 ans d’existence et il est évident qu’il y a eu de nombreux changements au cours de cette période mais notre but reste le même: aider les gens à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent et leur rôle à jouer en son sein. National Geographic Partners est une association à but non lucratif. Elle occupe ainsi une position unique dans le monde des médias et a une haute idée de la mission à accomplir. Chaque mois, nous touchons des millions de personnes aux quatre coins du monde et avons une responsabilité d’utiliser cette audience sans équivalent afin d’éduquer, d’inspirer et d’éclairer. Nous continuerons à avoir recours à nos outils médiatiques tels que magazines, chaînes de télévision, livres, cartes, guides de voyage afin de fournir un écho au travail considérable fourni par nos collègues de la National Geographic Society et de mener un programme qui contribue à un changement positif de notre monde.


Interview avec Gary Knell, président du National Geographic Partners | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Vanessa Beucher
Photographe, journaliste & traductrice basée à la Grave dans le massif des Ecrins
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