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Ateliers territoriaux des États Généraux de la Transition du Tourisme en Montagne : vers une plus grande implication locale des citoyens ?

| Publié le 14 octobre 2021 • Mis à jour le 14 octobre 2021 à 10h53
Thèmatique :  Acteur associatif   Initiative régionale   Territoire 
         

Les 23 et 24 septembre derniers se sont tenus les États Généraux de la Transition du Tourisme en Montagne, quelques mois après leur lancement officiel à Métabief dans le Haut-Jura. Portés par les associations Transition des Territoires de Montagne et Mountain Wilderness ainsi que par une grande partie de l’écosystème montagnard, ils relèvent le défi aussi ardu que passionnant de penser la nécessaire adaptation du tourisme de montagne aux défis du changement climatique et l’évolution des territoires de montagne dans leur globalité. Si un grand nombre de conférences a été donné en ligne, l’événement a également comporté un volet local, avec une trentaine d’ateliers territoriaux répartis sur les massifs des Alpes, des Pyrénées et du Jura, auxquels ont répondu présents de nombreux participants. Parmi eux, celui de la Grave, une commune des Hautes-Alpes qui se situe au coeur des problématiques évoquées lors de ces États Généraux.

vue du village de la Grave avec en toile de fond l'imposant massif de la Meije
Le village de la Grave, blotti au pied de l’imposant massif de la Meije
dans le nord des Hautes-Alpes © vanessabeucher

La Grave, un nom qui résonne puissamment dans le coeur des amateurs d’alpinisme, de ski hors-piste et des passionnés de montagne en général. Le bourg et ses hameaux satellites se dressent dans un décor grandiose au pied de la Meije, montagne emblématique de l’Oisans et un des derniers sommets majeurs des Alpes à avoir été gravi. D’une manière remarquable, le site a su au fil des décennies échapper au développement du tourisme de masse qui a profondément modifié de nombreuses zones de montagne, gardant un caractère sauvage et ‘authentique’, une véritable vie de village même si elle reste en bonne partie rythmée par les saisons touristiques estivales et hivernales. Malgré ses singularités, la Grave est également un territoire soumis à des équilibres fragiles, avec un certain nombre de défis futurs à relever. Jeudi 23 septembre, une vingtaine de personnes avaient répondu présentes à l’appel des États Généraux pour participer à un atelier territorial consacré à cet espace de la Haute-Romanche et à ses habitants. Guides et accompagnateurs en moyenne montagne, hôteliers, artisans-commerçants, ancien maire, représentants de la SATA (Société d’Aménagement Touristique de l’Alpe-d’Huez) qui gère le téléphérique de la Grave : le panel des personnes représentées était relativement large. Sous l’égide de Benoît Nenert, vice-président de Mountain Wilderness France, quatre sous-groupes se sont attelés à réfléchir le temps d’un après-midi sur des problématiques qui avaient déjà été abordées en juin dernier, à savoir les questions de préservation et de développement, de valorisation, d’équilibres et de solidarités et enfin de gouvernance partagée.

Des participants réfléchissent via des post-it de couleur sur les différentes thématiques abordées lors des ateliers territoriaux.
Brainstorming collectif lors d’un atelier territorial © eg-transitionmontagne.org

Après d’intenses moments de réflexion et de discussion autour des tables est venu le temps de la restitution par un des membres de chaque sous-groupe. Parmi les différents thèmes soumis, les questions de foncier et de logement figuraient sans aucun doute parmi les plus importantes à aborder. En effet, le déséquilibre lits froids / lits chauds est lui aussi bien présent à la Grave, peut-être d’une façon moins aiguë que dans d’autres territoires de montagne, et semble se dégrader d’année en année. Michel Piquemal, membre du conseil municipal de la commune, fait à ce titre remarquer que le village est sur une courbe décroissante avec 482 habitants, ce qui sur le moyen et long terme n’est pas sans avoir de possibles conséquences sur la qualité d’une vie locale à l’année. Fort développement des locations Airbnb, proportion assez conséquente de résidences secondaires : comment enrayer ces phénomènes qui finissent par créer de graves déséquilibres et se retourner contre les habitants ? Des projets semblent avoir été amorcés pour contrer ce phénomène : taxer les pas de portes fermés trop longtemps dans l’année, débloquer des terrains communaux pour une accession locale à la propriété, création d’une Maison des saisonniers sur le hameau des Fréaux pour trouver des solutions aux difficultés de logement des travailleurs saisonniers… Les idées ne manquent pas mais leur mise en pratique se fera-t-elle dans un temps court et sera-t-elle suffisante ?

D’autres problématiques ont été discutées comme l’encouragement de la pluri-activité, ce qui permettrait de mieux répartir les saisons sur l’année. Mais l’idéal d’une ‘vie quatre saisons’ n’a-t-il pas ses limites ? Comme le souligne Gaëlle Castillan, propriétaire de l’hôtel Castillan à la Grave, on peut éventuellement améliorer les ‘ailes de saison’ (juin et septembre) mais vu l’intensité du travail fourni en été aussi bien qu’en hiver, il est nécessaire d’avoir des temps de fermeture afin de pouvoir tenir le rythme sur l’année. Cela montre pleinement que des solutions envisagées ne peuvent pas s’appliquer à tous les territoires. Enfin, un des thèmes abordés a été celui de la gouvernance partagée, de le redéfinition des modes de gouvernance et de prise de décision. La demande citoyenne locale semble être bien présente au niveau de nombreux territoires, celle de développer des approches collectives et consultatives, de faciliter à la fois des mises en réseau et les relations avec les pouvoirs publics. Car le constat est qu’il y a souvent un sentiment d’un manque de transparence de la part des pouvoirs publics. Enfin, il est important de favoriser l’idée d’appels à projets, ce qui aiderait à l’implantation de nouvelles compétences. Sur ce point là, le bât blesse également : beaucoup font remarquer les difficultés à adapter les dispositifs financiers aux spécificités des territoires.

Les quelques heures pendant lesquelles s’est déroulé l’atelier territorial à la Grave ont montré à quel point les pistes à explorer sont nombreuses et le désir d’implication de la part d’un certain nombre de citoyens de la commune est réel. Les opinions semblent se rejoindre sur la plupart des thèmes abordés : est-ce révélateur d’une vision commune de l’avenir de ce territoire ? Il n’a cependant pas été question de la construction programmée du troisième tronçon du téléphérique, thème épineux qui polarise le débat collectif à la Grave, et qui montre toute la difficulté d’atteindre parfois un consensus citoyen.

Pour aller plus loin,

un lien des EGTTM spécifique à la Grave avec différents dossiers en relation avec la mobilité, le collectif ‘La Grave Autrement’… :

https://www.eg-transitionmontagne.org/territoires/haute-romanche/


Ateliers territoriaux des États Généraux de la Transition du Tourisme en Montagne : vers une plus grande implication locale des citoyens ? | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Vanessa Beucher
Photographe, journaliste & traductrice basée à la Grave dans le massif des Ecrins
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