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Comment le vélo-tourisme relance la pratique quotidienne du vélo…

| 26 août 2015 • Mis à jour le 01.09.2015 à 8h48
Thèmatique :  Acteur associatif   Acteur privé   Bons plans   Initiative régionale   Territoire   Vélotourisme 
         

Les acteurs du tourisme à vélo sont unanimes : l’engouement actuel pour cette forme de mobilité active durant vacances et loisirs possède un effet secondaire tout aussi bénéfique. Partout en France, la multiplication des infrastructures, signalisations et autres VAE (Vélo à Assistance Electrique) contribuent de manière sensible à relancer la pratique quotidienne du vélo. Reste, au niveau institutionnel, à en tirer les conclusions qui s’imposent et agir en conséquence…

« Et encore, sommes-nous en période de pétrole peu cher ; vous verrez lorsque le baril remontera !… ». Quand elle résume la formidable explosion du tourisme à vélo ces deux dernières décennies, Sylvie Palpant, Directrice de Vélo Loisir Provence, sait fort bien de quoi elle parle : l’aventure, elle l’a partagé depuis le début, en tant que pionnière. « En 1995, le « Lubéron à vélo » que nous proposions faisait vraiment figure d’OTNI (Objet Touristique Non Identifié). Mais, à partir de 2003 et du lancement des Vélo’v à Lyon (suivi par les Vélib’ de la capitale, vexée), toute une population citadine a peu à peu renoué avec le vélo. Cela a démarré doucement, puis la toute première enquête économique chiffrée dédiée au vélo-tourisme – effectuée chez nous ! – a fait l’effet d’une bombe : les vacanciers à deux roues rapportaient 16 M€ par an à notre territoire !! Là-dessus, la Loire à vélo a réussi son coup de maître et tout s’est accéléré. La preuve : quand il nous fallait deux ans pour faire connaître un nouvel itinéraire, celui inauguré au printemps dernier est déjà pratiqué par tous : bouche à oreille. Une certaine « masse critique » d’usagers a été atteinte et le vélo est entré, dans notre pays, dans une nouvelle ère. C’est bien simple, il y a 10 ans, le vélo-tourisme en France concernait 60 à 70% d’étrangers et on voisine aujourd’hui avec l’équilibre : 50-50. Et ce, sans compter les usagers non touristes ! ».logo
On commence seulement à mesurer depuis quelques temps à quel point le vélo-tourisme participe à la reconquête par la bicyclette du cœur des Français.

Vélo-boulot-dodo ?

« Le comptage sur l’itinéraire de la Loire à vélo montre que de très nombreuses personnes utilisent cette voie au départ uniquement conçue à usage touristique pour aller au travail et en revenir, explique Olivier Schneider, président de la FUB (Fédération française des Usagers de la Bicyclette : 30.000 membres issus de 190 associations de promotion du vélo). Et comme cette infrastructure est superbe et d’excellente qualité, les locaux font même un détour pour l’emprunter !… Depuis quelques années, c’est clair, non seulement les pistes et voies vertes, mais même les arceaux de stationnement et les stations-services dédiées (pour réparer son vélo) attirent l’attention des gens sur le renouveau de la pratique du vélo
Un basculement de l’usage touristique vers d’autres utilisations que tout le monde a pu constater. « Les plus grands itinéraires, Vélodyssée en tête, sont faits de petits tronçons, confirme Camille Thomé, secrétaire générale des Départements & Régions Cyclables. Situés en agglomération, sécurisés et fléchés, ces segments relient sans toujours l’avoir voulu le stade à l’école, l’école à la gare, etc. Et servent donc au quotidien à toute la population locale, de 4 à 84 ans. A Lyon et Nantes par exemple, on constate que ce sont les locaux qui tirent le plus grand profit des aménagements vélo-touristiques. Deux utilisations pour le prix d’une, c’est formidable ! L’intérêt pour les collectivités est d’autant plus évident qu’il y a pas tant d’investissements dont on puisse dire ainsi : si c’est bon pour les touristes, c’est bon pour tous ! »

Au nom de la Loi !

Point essentiel : les avancées effectuées par la petite reine ne se traduisent pas uniquement en travaux et aménagements locaux visant (même si c’est une de leurs vocations) à faire entrer de l’argent dans les caisses des territoires. Cette reconquête progressive effectuée par la petite reine s’inscrit dans les textes, durablement, au nom de tous les usagers du vélo, et non en celui d’une catégorie ou d’une autre : touristes, locaux, sportifs… Un progrès attribuable là encore au vélo-tourisme. « Depuis une dizaine d’années, analyse Jacques Fourna, Directeur Général de la Sécurité Routière à la FFCT (Fédération Française de Cyclotourisme), on assiste à une prise de conscience progressive des pouvoirs publics sur la question. Elle a déjà débouché sur deux vagues législatives visant à sécuriser la pratique du vélo, entraînant une accélération de la cohabitation urbaine et interurbaine vélo-voiture dont tous les usagers profitent, automobilistes en premier ». Forte de 130.000 licenciés, la FFCT est elle-même en train d’évoluer, la proportion de féminines y ayant grimpé à 20% en quelques années (grâce notamment à des événements dédiés comme « Toutes à Paris ! » en 2013, « Toutes à Strasbourg ! » ayant lieu l’an prochain).
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Encore un effort…
Tout va pour le mieux alors ?… Pas tout à fait encore. « Le gros problème, reprend Sylvie Palpant, c’est qu’associer les deux pratiques : touristique et quotidienne n’est pas encore un réflexe chez les décideurs. Lorsqu’ils conçoivent un itinéraire « touristique », il ne voit pas l’intérêt qu’il y a à le faire passer près des écoles et des gares pour mutualiser les coûts, comme le font nos voisins du nord. Alors même qu’entre Aix et Perthuis, par exemple, la seule pose d’une signalisation touristique a relancé la pratique locale : « A bon, on peut aller là-bas à vélo ?! » ont réalisé les gens. Résultat : la ville va étendre le fléchage à une zone plus large. Même esprit d’escalier à Apt : depuis que la véloroute du Calavon (à usage touristique donc) est ouverte, le compteur signale que trois fois plus de gens l’utilisent pour… aller au travail ! La ville réfléchit donc à d’autres itinéraires et fléchages, mais à usage mixte, cette fois ! ».

Triomphes inattendus à domicile…

Si l’utilisation faite des infrastructures vertes pour se rendre à son travail semble dominante, elle n’est, bien sûr, pas la seule et, ainsi que le font remarquer les différents observateurs du phénomène, il devient de plus en plus difficile de répartir les usagers du vélo en catégories bien définies : tourisme, loisirs, usage quotidien ou sport… « D’une certaine façon, le « Plan vélo » mis en place dans le département a révolutionné la vie de tous, témoigne Anne Jolibois, responsable de la filière Sport et Loisirs Nature chez Calvados Tourisme. C’est peu de dire qu’il porte ses fruits : en moins de 5 ans, le nombre de TO proposant le département est passé de 15 à… 45 ! 342 km (sur les 717 du schéma total) ont déjà été aménagés, dont l’itinéraire vedette de 200 km conduisant des plages du débarquement au Mont Saint-Michel. La demande est considérable, surtout le long des côtes pour découvrir ces plages historiques. Le vélo est clairement devenu LE mode de déplacement favori des touristes. Mais pas seulement… sur la seconde voie verte la plus fréquentée de France, le tronçon de 15 km reliant Caen à Ouistreham est également devenu LA sortie préférée des Caennais. Et un autre itinéraire, conduisant lui, à notre « Suisse normande », au sud de la ville, connaît un engouement comparable. Il a totalisé jusqu’à… 10.000 !!! passages par jour (350 vélos et 100 piétons par jour en moyenne pour 2014) A noter l’importance prise par le  VAE dans ce renouveau ».

Vive les VAE !

« Ces VAE sont une véritable bénédiction, confirme Sylvie Palpant. Grâce à eux, tous ceux qui n’osaient pas se remettre au vélo (se considérant comme « trop vieux, trop gros ou trop tout ce que vous voulez ») le font et se rassurent au moyen de cette étape facile. Ils redécouvrent alors tout le plaisir que c’est d’être à vélo, le nez au vent, les 5 sens ouverts, en ville, en vie, quand, en voiture, on est coincé dans un bocal (avançant moins vite !). Si les infrastructures jouent un rôle essentiel dans le come-back du vélo, cette dimension du plaisir retrouvé compte aussi et représente l’un des piliers de la « culture vélo », aspect sur lequel nous appuyons toujours en formant les pros du réseau « Accueil Vélo » que nous fédérons : loueurs, transporteurs, hébergeurs, etc. »

« Ne coupez pas ! »

« En réalité, le plus important problème auquel nous soyons actuellement confrontés réside dans les innombrables coupures existant encore dans le maillage, diagnostique Olivier Schneider. En ville, il suffit que se présente une voie ferrée, une route passante ou une voie d’eau et la continuité est rompue : la piste cyclable s’arrête, là où aux Pays-Bas (pourtant grêlée de canaux) à chaque obstacle correspond sa solution : pont, passage souterrain, etc. Bien sûr, de tels aménagements coûtent cher, mais en attendant, de nombreuses personnes restent sur la voiture (et ses trajets polluants, rallongés) uniquement parce que, localement, la solution de continuité n’existe pas. Et combien de vélo-touristes allemands renoncent chaque année à notre pays parce que les rames de train ne sont pas adaptées aux vélos ! En dépit des nombreux progrès effectués (et bravo !) on n’en est pas encore rendu à une prise en compte globale du dossier vélo par les politiques. Cela reste du coup par coup ».

Au nom de TOUS les usagers…

« Autre gros point noir après la discontinuité des voies, la signalétique, renchérie Jacques Fourna. Trop de pistes cyclables s’arrêtent encore sans aucune indication tandis que de nombreuses voies vertes croisent d’innombrable petites routes dont il n’est rien dit : ni où elles vont, ni quels points d’intérêt elles desservent ; rien ! Alors que l’aménagement des voies sur berge de l’agglomération grenobloise, où les directions sont données à chaque intersection, est une réussite reconnue de tous. Au stade où nous en sommes, les plus belles réalisations naissent encore trop souvent de la seule implication volontariste d’une ou deux personnes sensibilisées ; la majorité des décideurs n’ont pas le réflexe de penser la circulation du point de vue de tous les usagers, encore moins de consulter leurs associations ! A titre informatif : notre fédération a justement créé un document technique : « La Charte Cyclable » reprenant des exemples d’aménagements particulièrement bien conçus. Il est très apprécié et de plus en plus utilisé ».

« Les choses avancent plutôt bien, résume Sylvie Palpant, mais les deux prochaines étapes importantes sont : d’une part que les mobilités actives soient davantage prises en compte au niveau législatif. Je pense, entre autres, à cette fameuse priorité donnée au plus lent, car sans être protégé et couvert par la loi, on n’ira pas loin. La seconde réside, comme le dit Jacques Fourna, dans la prise en compte lors de chaque projet d’aménagement urbain de l’ensemble des mobilités et plus uniquement des seuls automobiles ! ».

City bikers in San Francisco

Et demain ?…

« Attention enfin à ce que le vélo ne soit pas victime de son propre succès ! tire la sonnette d’alarme Olivier Schneider. Nous vivons une réelle accélération du processus, or les aménagements faits en ce moment, comme souvent, tiennent compte du nombre de cyclistes actuel, non de ceux des années à venir ! »

NB : Le CERTU (Centre d’Etudes sur les Réseaux, les Transports, l’Urbanisme et les constructions publiques) a édité une fiche pratique « La voie verte, maillon d’un réseau cyclable urbain et piéton » pour aider les pouvoirs locaux : ce qu’est une voie verte, ce qu’elle ne peut pas être (un trottoir !), les objectifs, aménagements collatéraux, la signalisation, etc. etc.


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Par Jerome Bourgine
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