#TourismeDurable
La feuille de chou est là

« Nous accompagnons les porteurs d’un avenir plus beau »

| Publié le 31 décembre 2019 • Mis à jour le 2 janvier 2020 à 9h17
Thèmatique :  Acteur privé   Espaces protégés   Guides   Innovation   Institutionnel   Labels 
         

Ce n’est nullement un hasard si les parcs naturels ont choisi pour slogan : « Une nouvelle vie s’invente ici ». Pas plus que ce n’est un hasard si les néoruraux porteurs de projets de vie plus durables et solidaires les choisissent pour s’y implanter. C’est ce que nous explique, entre autres, Caroline Le Roy qui accompagne avec passion ce magnifique élan. Rencontre…

« Une nouvelle vie s’invente ici » slogan des PNR

Voyageons Autrement : Diplomée dans le tourisme, qu’est-ce qui vous a fait vous tourner vers la durabilité ?

Caroline Le Roy : J’ai la chance d’avoir toujours été accompagnée de ce côté. Enfant, mes parents m’ont éduquée en me faisant prendre conscience de la valeur des choses, de la notion de gaspillage et m’ont conduit vers la nature qui m’a immédiatement comblée. Je suis entre autres très sensible aux paysages. La durabilité était donc déjà présente lorsque j’ai rejoint mon premier poste, aux côtés d’une directrice d’Office du Tourisme qui faisait grand cas de cet aspect des choses. Cela m’a permis d’aller creuser plus loin assez vite. Du côté du marketing notamment qui’ m’intéressait et c’est sur ce sujet, le marketing vertueux ou comment concilier harmonieusement patrimoine et tourisme que j’ai construit mon mémoire de fin d’études. Puis, comme par hasard, j’ai rejoint le PNR (Parc Naturel Régional) d’Armorique au moment où il présentait sa candidature européenne à la certification tourisme durable et j’ai donc travaillé sur la charte européenne. Avec ça, une petite expérience en agence m’a confirmé que je n’y étais pas précisément à ma place et j’ai donc continué du côté des parcs.

VA : Qu’est-ce qui vous séduisait du côté des parcs ?

CL : Je m’y suis d’abord dirigé en raison de mon stage de master 2 car ce que l’on m’y proposait, la gestion de projets, m’intéressait beaucoup. De fait, j’ai énormément appris à commencer par l’essentiel : la pluridisciplinarité. Avec cet atout considérable de se trouver à un endroit où l’on intervient à pratiquement toutes les échelles : individus, communes, département, région, réseau des parcs, état… C’est loin d’être donné partout ; c’est une chance ; surtout si vous travaillez sur des thèmes aussi différents et complémentaires que l’économique, la gestion, la protection… La multidisciplinarité fait partie de l’ADN des parcs et j’ai tout de suite beaucoup apprécié cet enrichissement potentiel.

VA : Armorique, Livradois Forez puis parc régional des Landes de Gascogne, qu’ont en commun ces parcs naturels dans lesquels vous avez travaillé et qu’ont-ils de différent à vos yeux ?

CL : Seule la nature physique de chaque parc est différente ; le travail y est le même dans son essence : cette pluridisciplinarité dont nous venons de parler, l’importance du volet patrimonial et ce cœur de métier qui constitue la fibre centrale de notre ADN : la durabilité : développement durable, tourisme durable, économie durable… nous restons cohérents avec nos valeurs.

VA : Vous êtes aujourd’hui cheffe de projet éco-destination au PNR des Landes de Gascogne, cela signifie quoi concrètement ? A quelles missions principales vous employez-vous ?

CL : Dans l’intitulé du poste, « éco-destination » est en fait le nom du projet sur lequel je travaille ; sa finalité étant de restructurer l’organisation touristique locale. Un projet d’inspiration régionale coordonné par le parc et visant à conduire tous les acteurs locaux du tourisme vers l’exemplarité : institutions publiques, OT, prestataires privés… sachant que le projet repose sur deux jambes : l’accompagnement à la transition environnementale d’un côté, la culture du marketing client, de l’autre. Tout ayant commencé par un état des lieux des ressources humaines internes (GPECP) : 37 personnes dans l’équipe, que nous accompagnons dans leur professionnalisation afin de déterminer la nature des actions collectives sur lesquelles elles déploieront ensuite leur talent. C’est un premier chantier. Un second chantier consiste à identifier les clientèles premières et secondaires du parc pour savoir comment traduire dans notre politique marketing ce positionnement classique qui est le nôtre : les parcs, c’est la nature, l’authenticité, les rencontres… à travers quelle stratégie partagée traduire tout ceci ? Quels outils communs mettre à disposition des acteurs (manuel de vente, etc.) ?

La seconde partie de la mission consiste à accompagner les acteurs individuellement. Ma référence ? La charte écotouristique conçue par le parc et directement inspirée de l’européenne. Nous les aidons à identifier leurs clientèles puis à effectuer un indispensable travail de design de l’offre, façonné selon les spécificités du prestataire et les attentes des clients. Cet accompagnement une fois lancé, j’ai pu créer un répertoire de ressources mis à la disposition de chacun et je dois dire que cette mise en réseau est certainement la partie de ma mission qui m’offre le plus de satisfaction. Rencontres, portes ouvertes, ateliers collectifs… nous avons ainsi dans l’année une quinzaine de rdv sur la transition environnementale, la gestion des déchets, le travail des jardins, la permaculture… tout un panel de rencontres qui fédèrent formidablement ces acteurs, lesquels se sont d’ailleurs regroupés en association, Refol, et intègrent peu à peu une belle connaissance de leur territoire qui les fait devenir de véritables ambassadeurs de celui-ci tout en les rendant de plus en plus agissant et créatifs. Ainsi par exemple, cette mise en réseau et cet engagement collectif ont-ils débouché sur une signature qui évoque bien leurs talents : les « Imaginaterres »

VA : Avez-vous l’impression que les acteurs professionnels du tourisme soient de plus en plus sensibles à la dimension « durable » ? Et les clients ?

CL : Aujourd’hui, les terminologies foisonnent : durable, responsable, soutenable… embrouillant notre action (ou notre manque d’action) face aux défis sociaux et climatiques. Mon point de vue personnel est que l’on fait fausse route en structurant une filière écotouristique à part ; comme si les gens qui viennent dans les parcs n’étaient pas déjà sensibilisés à nos valeurs. A mes yeux, sensibilisation et éducation (qui a été laissé de côté par les pionniers) stagnent : la prise de conscience est là mais les gens ne modifient pas leur manière d’agir. Pourquoi ? Les gens savent que la dérive climatique est une véritable Urgence, mais ils ne changent pas. Pourquoi ? Or, c’est précisément de ces personnes qui n’en ont « rien à faire » (pour le moment !) qu’il faudrait s’occuper. Sortir de notre zone de confort et aller pêcher, parmi eux, ceux qui peuvent changer. Et qui feront la différence. 

VA : « Repenser les modèles de gouvernance » et « Favoriser un management participatif » fait partie des objectifs idéaux que vous vous êtes fixés (sur votre profil numérique). Y parvenez-vous ? Le milieu du tourisme institutionnel est-il capable d’une certaine « agilité » ?…

CL : On travaille avec MONA, la « Mission des Offices de Tourisme de Nouvelle Aquitaine », une approche vraiment innovante de la manière de travailler ensemble, notre projet « Ecodestination » étant un bon exemple de gouvernance mutualisée qui permet d’intégrer et valoriser l’ensemble des prestataires qui ont tous leur mot à dire sur nos actions. C’est une belle avancée, mais encore insuffisante à mes yeux puisque nous restons là enfermés dans la sphère purement touristique ; quand notre travail concerne tout le monde : le boulanger qui avec sa brioche unique au monde constitue un véritable phare local, la mamie qui sait TOUT du coin, etc. Et les transporteurs ? Comme s’ils n’étaient pas impliqués dans le tourisme local ! Pourquoi pas un Office de Tourisme communautaire ? Où seraient le boulanger et la mamie, le représentant des transporteurs… appuyés naturellement par les pros du tourisme pour ce qui est de la stratégie, la com., tous les aspects « techniques ». Le visiteur gagnerait beaucoup à ce que prestataires et habitants soient liés à l’accueil touristique. Et on y travaille !

Quant au management participatif, j’ai immédiatement trouvé des personnes référentes dans chacune des équipes créée pour le projet. Chacun possède son talent, se forme et progresse. Dans ce cas, je suis plutôt pour la spécialisation des métiers, plus efficace que la polyvalence. J’ai créé des groupes de travail que je coordonne et m’efforce de m’effacer face aux contenus qui émergent, souhaitant offrir aux agents davantage de responsabilité et d’implication ; qu’ils deviennent de légitimes forces de proposition ; le management pyramidal ne donnant rien de bon dans ce type d’entreprise et l’agilité passant obligatoirement par cet assouplissement, cette dynamique circulaire et participative.

VA : Quels types d’actions dédiées au tourisme durable menez-vous au PNR des Landes de Gascogne ?

CL : On a parlé de l’accompagnement des professionnels. On fait également de la veille pour devenir facilitateur d’informations sur la gestion environnementale. En créant des fiches par exemple (qui n’existent pas encore) : qui, par ici, est spécialiste des toilettes sèches ?… inutile de réinventer le monde chaque jour. On essaie également d’appliquer le neuro-marketing aux écogestes. Comment conduire les enfants à jeter leurs déchets dans la poubelle ? En construisant une marelle qui y conduit ?… Pourquoi pas. Cela a très bien marché avec la « mouche » posée dans les urinoirs ; l’un des tout premiers « nudges ». Un nudge étant une technique pour inciter une population ciblée à changer son comportements ou à faire certains choix sans contrainte ni obligations. Les nudges sont étudiés à l’université de Poitiers et nous sommes malheureusement le seul organisme public français à travailler dessus (les assureurs le font depuis des années) pour inciter indirectement les gens à « consommer » le tourisme différemment.

VA : De quelle action menée récemment êtes-vous particulièrement contente ?

CL : Celle-ci, ce travail sur l’approche vertueuse des nudges.

VA : Comment voyez-vous personnellement l’avenir des PNR ?

CL : Si l’on est optimiste, je dirais que les PNR vont conforter leur mission actuelle : protéger et innover de plus en plus, élargir leur champ d’action. Notre slogan n’est pas non plus « Une nouvelle vie s’invente ici » par hasard. Nous sommes les seuls à être focalisé à ce point sur le changement et avons été amené à travailler sur « l’utopie rurale » tout simplement parce que celle-ci s’est imposée à nous. Depuis des années maintenant, des néoruraux choisissent de venir s’installer dans les parcs naturels et d’y monter leurs projets alternatifs pour une raison toute simple : parce que ce sont des parcs naturels ! Point. C’est ici que cela se passe et la moindre des choses est bien de les accompagner, de mettre en lumière ces porteurs d’un avenir plus beau. Nous sommes 5 parcs à travailler là-dessus et entendons bien mettre cette offre vraiment différente en ligne d’ici 2022.

VA : De quoi n’avons-nous pas parlé qui soit important à vos yeux ?

Nous avons monté un partenariat-coup de pouce avec « Les oiseaux de passage » qui cherchent à créer une communauté d’hospitalité mettant l’habitant au cœur de l’accueil touristique. C’est très ambitieux mais exactement porteur de nos valeurs. Et dans leur démarche, tout est exemplaire. On était obligé d’y aller. Et puis nous avons organisé notre premier forum et avons invité à cette occasion Joël Henry, le fondateur du Laboratoire Touristique Expérimental, le Latourex. Il a fait une intervention sur le « locatourisme » (on visite sa ville) passionnante. Voilà.

Caroline Leroy portrait


« Nous accompagnons les porteurs d’un avenir plus beau » | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Jerome Bourgine
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