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Les bienfaits des jardins partagés…

| Publié le 21 juin 2021 • Mis à jour le 21 juin 2021 à 12h13
Thèmatique :  Acteur associatif 
         

Depuis une dizaine d’années, le projet Boutur’âges met en contact les jardiniers amateurs avec ceux qui ne peuvent plus vraiment entretenir leur jardin. Cultivant au passage le lien intergénérationnel et les relations de voisinage, l’association nantaise ECOS en profite pour organiser des rencontres autour de la nature et de la biodiversité. Le témoignage de Nora Hallopé, l’actuelle chargée du projet…

Association ECOS Jardins partagés
Quelques adhérents de l’association ECOS posent devant le jardin d’une maison

On ne sait plus trop exactement qui eut l’idée au départ. En tous cas, elle était bonne. Nous étions alors en 2008 quand une équipe du département tiqua ce jour-là sur les chiffres indiquant le vieillissement de la population locale, pendant qu’une autre relevait le temps d’attente pour accéder à une parcelle de jardin familial. En comité de direction, on décida après réflexion que cela valait la peine d’y réfléchir trois minutes de plus, mais à plusieurs cette fois et on profita d’une réunion rassemblant communes et associations pour évoquer le sujet. De la boîte à idées collective sorti donc un nouveau concept: le prêt de jardin entre particuliers, qui donna vie plus tard à « Boutur’âges » (l’histoire se passant en France, il était bien sûr impossible que le titre choisi ne contint aucun jeu de mots). Et c’est l’association Ecos, en la ville de Rezé (agglomération sud de Nantes) qui se chargea d’initier l’affaire. Ce qu’elle fit en mode Test de 2012 à 2017. Après quoi, elle se sentit suffisamment outillée pour étendre l’expérience à la ville de Nantes. L’opération fut lancée en 2017 sur le quartier Nantes-Sud, puis en 2018 sur 2 autres quartiers avant de s’étendre à la totalité de la ville de Nantes. En 2021, 12 binômes font parties de l’aventure.

Le prêt de jardin : une solution innovante
Prêter son jardin : une solution pour venir en aide aux jardiniers en manque de terrains

Mon binôme !

« L’idée est de mettre en lien un propriétaire de jardin vieillissant avec un jardinier sans terre, l’association offrant un cadre bienveillant, rassurant et stimulant pour initier la relation, explique Nora qui s’est investie dans le projet depuis 2019… En échange de la mise à disposition d’une partie de son terrain, le jardinier aguerri établi un troc avec le nouveau venu : partage d’une partie de la récolte, coup de main pour l’entretien du terrain, petits services… il n’existe pas deux cas semblables et tout le monde s’en porte bien. L’important étant simplement que tout soit clair et validé par les deux parties. Avec la mise au point des aspects pratiques (accès au jardin, horaires, eau, besoins de chacun…) aider la bouture à prendre constitue une partie essentielle de notre travail. Ainsi Germaine, qui a cent ans et continue de travailler avec la terre sur une parcelle réduite, est-elle ravie de l’aide qu’elle reçoit sur certains travaux physiques ».

Au départ, une animatrice de l’association spécialisée en agro-écologie accompagne la mise en route du nouveau potager. Et promeut au passage les méthodes de jardinage les plus écologiques. Régulièrement, les membres de l’association organisent des apéro-trocs pour favoriser les échanges : de plants, de graines, mais aussi d’astuces ou de simples mots. Ils donnent de plus des cours ouverts à tous (et gratuits pour les binômes). Ouvrent également des chantiers collectifs ; du côté des deux serres de production de plants qu’a mis en place l’association par exemple. Ou encore organisent des balades à vélo pour faire le tour des différents jardins, prenant en charge dans la foulée les problèmes de mobilité réduite des plus anciens. Sans oublier la mutualisation de certains postes et achats ; bref : inclure, inclure, inclure ! Tel est le mot d’ordre. Et essaimer. D’où la publication de livret comme « Graines de voisines » et de guides à destination de ceux qui voudraient faire pareil ; à commencer par la ville de Rezé, désormais autonome !

Les cours proposés par l'Association Ecos
Les cours gratuits favorisent les moments de partage, de complicité entre les adhérents.

Perso…

« Une part essentielle repose sur le « recrutement » des jardiniers retraités?, précise Nora. Nous sommes constamment en quête de volontaires de ce côté et les bénévoles d’autres assos font passer le mot. Car il faut toujours un certain temps de réflexion avant que les anciens en viennent à visualiser les avantages qu’ils pourront retirer de ce « mariage ». Ce sont d’ailleurs bien souvent leurs enfants ou petits-enfants qui nous contactent ».

Et elle, Nora, qu’est-ce qu’elle fait là ?… Ecologue et biologiste de formation, elle s’est impliquée dans la vie associative depuis longtemps. Après avoir coordonné des projets au Québec, au Mexique et au Paraguay, elle a découvert l’association ECOS* à son retour en France et tout de suite compris que cette interconnexion entre enjeux sociaux et environnementaux était faite pour elle. Après 6 mois de service civique au sein de l’asso, elle y poursuit à présent sa tâche en tant que salariée, reprenant le flambeau de l’animation du projet Boutur’âges, et peaufinant entre autres la trousse à outils initiée par Audrey, sa prédécesseure.

« Avec la crise, bien sûr, rien n’est facile, témoigne-t-elle, mais elle montre l’importance de créer toujours plusde lien. Un rôle d’entremetteuse de solidarité et de facilitatrice que je trouve finalement assez valorisant. Nombre de veuves et de veufs expriment clairement au bout d’un certain temps combien ces nouvelles relations qui se sont invitées dans leur vie sont réconfortantes. D’autant plus réconfortantes que la vision de leur jardin – jadis en partie à l’abandon – retrouvant ses couleurs a une valeur symbolique forte pour eux, quasi thérapeutique. Si certains binômes font le nid à une véritable amitié, pour d’autres personnes, c’est déjà énorme que quelqu’un se soucie de savoir pourquoi elles n’ont pas ouvert leurs volets ce matin-là… A travers ce projet, le jardin et la bioidviersité n’est qu’un prétexte pour créer des liens. La solidarité intergénérationelle rencontre le prendre soin de la terre, cette idée me plait beaucoup.

Graines de voisines
« Graines de voisines » : le guide pour mettre en place un projet de prêt de jardin entre particuliers

Les 5 objectifs du projet Boutur’âges

  • Lutter contre l’isolement des personnes âgées et faciliter le maintien à domicile
  • Faciliter les liens intergénérationnels et la solidarité
  • Améliorer l’accès des locaux à des parcelles cultivables (en conséquence, sont admis dans l’aventure les propriétaires partageurs même s’ils sont jeunes !)
  • Attirer et intégrer les binômes dans les événements collectifs pour créer un vrai maillage humain
  • Essaimer le projet ailleurs dans d’autres collectifs (outils mis à disposition et accompagnement)

ECOS, ce sont 4 salariés, un apprenti et des stagiaires. Autres projets portés par l’association : animation de jardins collectifs en pied d’immeuble, reproduction de « paysages nourriciers », jardins solidaires, pépinière de quartier, ateliers divers et variés… de nombreux projets qui se sont succédés ces 15 dernières années, toujours dans l’optique de mener un travail de recherche et d’expérimentation autour de la multiplication et sensibilisation à la biodiversité en ville, du partage et de l’échange, à travers les âges et les cultures et la création et l’expérimentation au sein des espaces publics métropolitains.

Logo de Boutur'Ages
Boutur’Ages, un projet d’échange solidaire autour du jardin

NB : A l’issu donc d’un grand appel à projets (pour une dizaine retenus) Boutur’âges vient d’être distingué par la Fondation Cognacq-Jay qui depuis des années effectue un magnifique travail dans le champ de la solidarité sociale. Dont acte, comme disent les juristes.

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Les bienfaits des jardins partagés… | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Jerome Bourgine
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Une réponse à Les bienfaits des jardins partagés…

  1. Stephanie Bailly a commenté:

    Valoriser le savoir des anciens, c’est leur rendre hommage et cela cultive certainement l’humilité de la jeunesse. Génial !

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