#TourismeDurable

2050, le tourisme n’existe plus.

| Publié le 25 mars 2021 • Mis à jour le 1 avril 2021 à 9h41
         

Nous sommes en 2050, suite à une aggravation sans précédent de la crise du COVID (un variant sibérien très difficile à combattre…), le secteur touristique n’a pas survécu. Un profond bouleversement de notre modèle économique et de notre rapport au temps a donné lieu à de grands changements. On a repêché le « temps à soi » qui, avant ces multiples vagues de confinement, avait presque disparu. On ne parle plus de « travail » mais de « temps de contribution ». Et le « tourisme » s’est en partie transformé en ce que l’on appelle maintenant le « temps de découverte ». Ce dernier génère ici et là des revenus, mais qui s’intègrent naturellement, de manière transversale, dans l’économie locale ou comme revenus complémentaires pour les habitants (des cerisettes sur le gâteau!). D’audacieuses réglementations ont été mises en place pour un modèle de société plus sobre, solidaire, décarbonée… mais aussi, et avant tout, plus résilient et plus joyeux!

Illustration de Solène Mancel

Transports: longue vie au train!

L’avion c’est fini. C’était devenu bien trop coûteux (financièrement et écologiquement). Mais des coopératives telles Railcoop ont vu le jour partout en France. Le train reprend de l’essor, avec plus de lignes et fréquences. On peut y réserver son emplacement vélo et cela même à bord des TGV qui ont d’ailleurs un wagon dédié très convivial! Les prix des billets sont dégressifs lorsque plusieurs voyageurs réservent ensemble en période basse. Et puis les liaisons en trains de nuit se sont elles aussi re-développées. Elles permettent de voyager à travers l’Europe, et même jusqu’en Chine! Là il y n’y avait pas encore de train, des hyperloops ont été construits.

Aussi, une super plateforme numérique (inspirée d’Apidae et des Oiseaux de Passage) a été développée: vous indiquez d’où vous partez et où vous souhaitez vous rendre. Elle vous présente alors les solutions multi-modales possibles: train, vélo, rando, cheval, location de voitures électriques pour le dernier kilomètre… Si vous n’avez pas déjà une destination précise en tête, vous indiquez vos envies de découvertes du moment (par thématique), et des suggestions vous sont proposées. Cela permet d’explorer des endroits jusque-là complètement inconnus. Et puis la plateforme analyse les statistiques de fréquentation en temps réel et fait en sorte de distribuer au mieux les flux de découvertes sur tout le territoire. Cet outil a permis d’économiser de grandes sommes d’argent public qui se perdaient autrefois en budget de communication à destination des GAFA, et autres agences de communication, consultants, experts…

Si un individu a simplement besoin de repos ou de se changer d’air (en dehors de sa bulle familiale et amicale habituelle), il peut aussi simplement se rendre dans son tiers lieu le plus proche. Il pourra y dénicher des idées d’expériences à la fois différentes et proches de chez lui afin de se laisser surprendre sans pour autant s’épuiser dans les transports (pour rien ou si peu).

2050: il est devenu tellement facile de voyager en train avec son vélo!

Tiers lieux: relais des offices de tourisme

La notion d’office de tourisme a disparu. Leur fonction est à présent en partie reprise par les tiers lieux, on en trouve dans chaque petite ville d’au moins 3000 habitants. Ces tiers lieux ont été développés sous forme de SCIC par et pour les habitants, comme par exemple, ici chez moi à l’espace Kdoret (Centre Bretagne). Leurs salariés, les institutions publiques et les entrepreneurs qui les composent, prennent eux aussi part aux décisions aux côtés des habitants, principaux porteurs du projet.

On y trouve de nombreuses activités qui visent toutes à créer du lien entre les habitants mais aussi avec les visiteurs qui sont de passage durant leur temps de découverte. Un calendrier des évènements à venir est tenu à jour. Toutes les activités possibles (stages, ateliers, initiations, festivals, balades, etc…) qui font l’attractivité de leur territoire sont référencées par le tiers lieux et reliées à la super plateforme numérique (présentée dans la rubrique transports ci-dessus).

« Kdoret » un tiers lieu de partage des savoir-faire par et pour les habitants en Centre Bretagne.

Activités: voyager pour apprendre

Au cœur de toutes les thématiques d’activités, on retrouve la notion de partage de connaissances et savoir-faire: arts plastiques, musique, permaculture, cuisine, bricolage, bien-être, magie, numérique, philosophie… Au sein des tiers lieux, les principaux « animateurs » d’ateliers sont les habitants eux-mêmes en fonction de leurs envies et spécialités. Un cours d’initiation à la langue régionale constitue souvent l’une des premières activités suivie par les visiteurs: gage de curiosité et d’intérêt envers le territoire visité.

Des professionnels, tels les artisans, peuvent eux aussi proposer des moments de transmission. Cela était déjà le cas avant via des plateformes comme Wecandoo, mais c’est à présent géré en local par les tiers lieux, au plus proche des intervenants et des participants. Pour ceux qui ont une période de temps de découvertes plus importante (qui sont en Tour de France par exemple), des missions de volontariat, comme du Wwoofing, peuvent aussi être proposées. À nouveau, les tiers-lieux, servent de relais.

Atelier modelage terre & four de la potière proposé par une habitante de Rostrenen.

Hébergement: chez l’habitant

Inspiré par le modèle de tourisme communautaire (populaire en Amérique Latine), le secteur de l’hébergement s’est complètement transformé. Les hôtels n’existent plus.

Une plateforme numérique éthique (là aussi sous forme de SCIC) rassemblant des fonctionnalités de type Airbnb / HomeExchange / Couchsurfing / WarmShowers a été développée au niveau national et avec des antennes locales dans chaque communauté de communes pour l’alimenter.

Chaque foyer français a le droit de louer l’équivalent d’une chambre par an (ou bien 2 chambres durant 6 mois, 4 chambres durant 3 mois, etc…) à des visiteurs de passage durant leur temps de contribution ou de découverte. Ainsi chaque habitant qui le souhaite peut lui aussi profiter de ces possibles rentrées d’argent.

Comme auparavant sur Airbnb, il y a une large gamme de possibilités: allant d’un logement entier privatisé (lorsque ses occupants habituels n’y sont pas), à une chambre chez l’habitant ou dans le jardin (roulotte, yourte, cabane, camping…). Il y a une grande diversité d’offres et plus d’échanges! Certains tiers lieux proposent eux aussi de l’hébergement. C’est d’ailleurs le cas dans un village à côté de chez moi, toujours en Centre Bretagne, à Mellionnec, l’auberge « À la belle étoile ».

L’auberge « À la belle étoile » éco-rénovation, accessibilité et tiers-lieu en Centre Bretagne.

Restauration: bio, local, végétal

Les cuisines des restaurants sont partagées entre une utilisation pour la restauration collective et individuelle. Ils préparent à la fois des plateaux repas pour les maisons de retraite, de grandes quantités pour les écoles, et un service plus individualisé pour les habitants et les visiteurs durant leurs temps de contribution ou de découverte. Certains tiers lieux proposent aussi un service de type bar/café/restaurant.

La consommation de viande et poissons a fortement diminué: moins mais mieux. La loi Egalim votée en 2018 a bien évoluée. Les restaurants ont à présent une obligation de 100% de produits biologiques issus de circuit court. Cela a été rendu possible grâce à la mise en place d’un ambitieux programme d’agriculture résiliente au sein du territoire français. D’ailleurs le label AB n’existe plus, c’est à présent la norme. Des centrales d’achat locales facilitent l’intermédiation entre producteurs et restaurateurs. La Région Auvergne-Rhône-Alpes avaient d’ailleurs été pionnière en la matière.

2050: l’alimentation bio, locale et très peu carnée est devenu la norme. (Photo CRT Bretagne)

Achat de souvenirs: 100% local

Consommation en circuit court et résilience des territoires: les spécialités régionales culinaires portent mieux que jamais leur nom. Elles constituent de chouettes cadeaux à ramener de son temps de découverte.

Les boutiques traditionnelles ont été remplacées par des ateliers/boutiques coopératifs. Ces lieux, avec le soutien des territoires, sont gérés par les différents artisans qui se relaient à tour de rôle. Il en existait déjà auparavant, mais c’est maintenant devenu un incontournable. On peut y trouver des “souvenirs”, mais pas seulement. Ces ateliers/boutiques sont avant tout fréquenté par les habitants qui viennent y trouver de belles idées cadeaux pour leurs proches.

Pour ceux qui ont un tout petit budget, il est mis à disposition à prix libre et conscient (ou en troc) des souvenirs à faire grandir: graines, boutures… Ou encore, par exemple, des coloriages représentatifs des spécificités culturelles et naturelles de la destination pour les enfants.

Et puis bien sûr, on repart de son séjour avec, avant tout, des “souvenirs” intangibles mais forts: les moments de rencontres et apprentissages partagés…

Le Rouquin Qui Roule: sacoches de vélo et économie circulaire en Centre Bretagne.

Et encore?

Êtes-vous aussi un habitant engagé sur la thématique du temps de découverte au sein de votre territoire? Avez-vous des témoignages à partager pour alimenter cette trame? Commentez ci-dessous 🤓

à propos :

Cet article est le jus de fruit d’une voyageuse qui a connu l’avant COVID et qui était déjà sceptique à l’époque… Son témoignage n’a d’autre but que de partager des pistes de réflexions afin d’alimenter un débat constructif sur les « demains » possibles à expérimenter dès aujourd’hui 😊

Merci à François Huet qui a déclenché l’écriture de cet article à la suite de son interview dont le podcast est à écouter par ici :

Merci beaucoup pour la relecture et les partages de réflexions à Caroline Le Roy, Patrick Pardy et Romain Vallon, ainsi que pour le dessin d’illustration à Solène Mancel.


2050, le tourisme n’existe plus. | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Florie Thielin
Florie Thielin fait partie du collectif de voyageurs-rédacteurs-journalistes de Voyageons-Autrement. Elle accompagne aussi des professionnels du tourisme dans leur stratégie marketing et digitale. Originaire d'un petit village dans la vallée de la Loire, elle vit aujourd'hui à Lyon. Elle a aussi vécu en Russie, Allemagne, Nouvelle Zélande et Espagne. Mais sa plus grande aventure fut en Amérique Latine où elle a sillonné les routes de 16 pays, de Cancun au Cap Horn, pendant près de deux ans. Elle troquait alors ses compétences en marketing pour le gite et le couvert, tout en réalisant des interviews-vidéos sur le tourisme plus responsable avec ses amis d'Hopineo. Elle a aussi mis à jour le guide de voyage du Petit Futé Nicaragua-Honduras-Salvador.
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2 réponses à 2050, le tourisme n’existe plus.

  1. Brulet a commenté:

    Très réaliste… il faut se trouver au bord du gouffre pour entendre raison… mais, est on encore assez près du gouffre.?.. 2050… beaucoup d’entre nous ne seront plus là… nous laissons beaucoup de boulot à nos enfants 🤪

  2. Sculier a commenté:

    Il me semble que vous oubliez dans votre reportage l usage des monnaies locales, installées partout.

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