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L’éco-mobilité touristique

| 17 octobre 2011 • Mis à jour le 17.10.2011 à 16h35
         

Restitution du groupe de travail par Sébastien Desanlis, Parc du Marquenterre.

Le passage d’une destination balnéaire à une destination de nature

L’éco-mobilité n’est qu’un outil au service de la destination Baie de Somme, dont le produit d’appel reste les espaces naturels. Historiquement, l’activité touristique de la Baie de Somme s’est d’abord tournée vers un tourisme balnéaire. La culture dominante était de pouvoir s’y rendre le plus rapidement possible, d’où la prédominance de la culture du « tout-voiture ». Ce type de tourisme est toujours une réalité, avec une surfréquentation de la Baie de Somme les jours de grand soleil. Cette culture dominante a abouti au développement d’aménagements routiers et autoroutiers, venant eux-mêmes nourrir cette culture du « tout-voiture » : dans les années 80, tous les fronts de mer de la Picardie maritime ont été pensés pour accueillir les voitures, avec des effets irréversibles sur l’espace laissé à la nature. A titre d’exemple, 2011 correspond au centième anniversaire du remblaiement de la voie de chemin de fer du fond de la Baie de Somme. L’ensablement de la Baie a été rendu irréversible, certains aménagements provoquant même son accélération, puisque près de ¾ de son espace a été substitué. Il faut se souvenir qu’Abbeville, situé aujourd’hui à 20 kilomètres de la côte, était l’estuaire de la Baie de Somme il y a deux siècles.

Depuis une dizaine d’années, une réelle prise de conscience du caractère inopportun d’un aménagement routier effréné d’une impasse aboutissant sur la mer a émergé. L’exemple type reste l’aménagement de la voie rapide entre Rue et Fort-Mahon-Plage. Néanmoins, même si l’éco-mobilité est davantage au goût du jour, les conséquences des aménagements antérieurs sont encore lourdes : de nombreuses poches de stationnement continuent de dégrader l’espace naturel et engendrent des pratiques incompatibles avec la vocation des espaces. Un travail de fond doit être mené pour corriger ces effets négatifs. L’opération Grand Site a notamment permis de soulever ce débat, qui se poursuivra encore plusieurs années avant de pouvoir résorber les conséquences des politiques d’aménagement des années 80.

L’amélioration du bilan carbone d’un site comme le Parc du Marquenterre passe obligatoirement, au vu de son poids prépondérant, par le traitement de la question des transports. Au-delà des aménagements prévus pour les visiteurs d’un jour, l’ensemble des prestataires de services, essentiellement les hébergeurs, auront une part importante à jouer dans la sensibilisation et le rôle de promotion du territoire sans voiture. Le visiteur devra pouvoir trouver, une fois qu’il aura posé sa voiture sur son lieu d’hébergement, des alternatives à la voiture pour se rendre sur les espaces proches. En moyenne, les lieux d’hébergement et de visites se situent dans un rayon assez restreint, de 10 à 15 kilomètres. La saison touristique s’étend dorénavant d’avril à fin septembre et les niveaux de fréquentations sont très hétérogènes d’un site à l’autre selon la période. Il n’y a pas de lissage sur l’année. L’aménagement doit pouvoir prendre en compte la disparité des fréquentations touristiques induites par la saisonnalité mais aussi l’ensoleillement qui est une donnée non maîtrisée.

 

La structuration des équipements dans le cadre de l’éco-mobilité

En tenant compte de ces principes de fréquentation, la structuration des équipements du Syndicat Mixte Baie de Somme – Grand Littoral, dédiés notamment à la pratique du vélo, a été pionnière. Cette politique d’aménagement de voies cyclables s’est tout d’abord inscrite dans une politique européenne plus large. Un programme ambitieux de liaison du département du Pas-de-Calais et de la Seine-Maritime, en passant donc par la Baie de Somme,  a été initié. Même si des difficultés de financement et de positionnement des infrastructures (risques de submersion) freinent sa finalisation, ce « Plan Vélo », a d’ores et déjà permis de structurer les offres de boucles de découvertes, notamment dans l’arrière-pays. D’autres prestations en matière d’éco-mobilité sont ensuite venues s’y greffer, dans une optique non pas de modes de déplacements, mais comme des outils d’offres de découvertes. Cet aspect a été souligné par l’ensemble des participants à l’atelier : l’éco-mobilité doit être pensée comme une offre de découverte et pas seulement comme un moyen d’aller d’un point A à un point B. Le Chemin de fer de la Baie de Somme, ralliant Le Crotoy à Saint-Valéry et à Cayeux, en valorisant la découverte du paysage traversé, en est l’illustration. L’aménagement d’infrastructures cyclables s’est également accompagné d’une structuration d’une offre de services. Des efforts ont été réalisés sur le secteur entre Quend-Plage et Saint-Quentin-en-Tourmont pour intégrer les pistes cyclables dans de grands espaces naturels. Aujourd’hui, certains prestataires de locations de vélo proposent également des visites guidées à vélo. Tout cela a été rendu possible grâce au travail important de valorisation des espaces naturels en fond de Baie (replacement du fleuve Dien, restauration de la maison Pontonnière et du chalet Blanquetaque, réaménagement des zones humides, etc.)

Aujourd’hui, nous sommes à la croisée des chemins : on constate une multiplicité des offres. Avec le développement de l’offre de navettes fluviales et de circuits en bateaux, on peut imaginer, à terme, le développement d’une desserte Le Crotoy –  Saint-Valéry par voie maritime.

Le manque de lisibilité des offres

La problématique de la lisibilité de ces offres et des infrastructures a été soulevée en atelier de travail. La lisibilité des infrastructures pose problème en termes de rabattement : comment être force de proposition pour amener les visiteurs vers les pistes cyclables, les circuits de randonnées équestres, les itinéraires pédestres, etc. ? Cette lisibilité doit être menée dès les points de rupture de charge, à savoir les parkings de délestage en entrée de ville par exemple. Concernant l’offre, une volonté de développer les moyens de communication et de développer la dimension qualitative de l’accueil (labels, chartes de qualité) a émergé, favorisée par les partenaires institutionnels comme le CDT et aussi par les prestataires de services. Le label « Côte Picarde à vélo », attribué aux prestataires touristiques, permet de proposer un séjour « clé en main ». Il s’agit d’une première réponse, mais qui reste trop peu lisible sur le territoire, du fait d’un défaut de communication et de relais d’information sur place.

 

Les perspectives

Un réel effort d’assemblage des prestations d’offres d’éco-mobilité est constaté mais doit être poursuivi. Une réponse au problème de lisibilité des offres pourrait être apportée par le travail actuellement en cours de rassemblement des offres sur une carte unique, ensuite mise en avant par les hébergeurs et loueurs de vélos.

Après avoir réussi, dans les années 2000, à faire identifier la Baie de Somme comme une destination nature et non plus balnéaire, il est nécessaire de cultiver son image de destination sans voiture, en communiquant sur l’illégitimité de son utilisation. Les évènementiels organisés dans ce sens sont actuellement trop axés sur la notion d’interdit. Il est nécessaire de développer une communication plus positive, permettant d’être perçue par les populations locales comme de véritables plus-values, notamment en termes de cadre de vie. Dans ce sens, une démarche initiée par le Centre Permanent d’Initiatives pour l’Environnement (CPIE) de la Somme, dans le cadre d’éco-événements en Picardie, appuyait sa communication sur certains événements de notoriété nationale (fête de la nature, festival de l’oiseau, etc.) pour la découverte des espaces naturels sans voiture. Cet exemple pourrait être une voie pour communiquer de façon plus positive. Une expérience suisse d’offres « multipass » a également été évoquée en atelier : ces offres s’appuient sur une intégration de l’ensemble des alternatives à la voiture directement au niveau de l’hébergement, dont le prix comprend le droit d’accès à ces transports.

Dominique Cocquet (Espace équestre Henson) : Le couplage entre les modes de transports alternatifs et la découverte du territoire paraît être une piste très intéressante : lorsqu’ils sont reçus comme purement fonctionnels, ils peinent à trouver leur public, alors que quand ils constituent un véritable support de découverte, ces modes de transports prennent une autre dimension. Néanmoins, en parallèle de leur nécessaire développement, il est également indispensable  de prendre en compte l’évolution programmée de la voiture d’ici 10 à 15 ans. Avec les technologies de l’hybridation, la voiture ne sera plus ce qu’elle est aujourd’hui. De plus, pour une destination comme la Baie de Somme, la voiture représente un moyen d’accessibilité essentiel.

De la Salle : On constate partout le poids massif du transport dans les bilans carbone réalisés. Il est tout à fait louable de tenter de réduire l’impact carbone des acteurs touristiques locaux, mais c’est la question de l’acheminement vers la destination touristique qui est centrale pour réduire les émissions de GES.  La solution serait donc plutôt de favoriser la venue en train, en mettant ensuite quelques voitures à disposition.

Sébastien Desanlis : La traduction opérationnelle de cette solution est malheureusement très complexe à mettre en œuvre sur notre territoire. Le seul point d’accès SNCF se situe à Noyelles-sur-mer, dont la gare est actuellement sur la sellette. Les enjeux économiques de la SNCF ne sont pas en phase avec les enjeux écologiques et de développement touristique local. Une mobilisation importante, notamment des élus locaux, a permis de différer l’éventuelle fermeture de la gare, mais son maintien reste fragile. Par ailleurs, tout le monde ne peut pas venir en train : un tiers des visiteurs sont des visiteurs de proximité. A moins de mettre en place des politiques tarifaires spécifiques, le coût du transport ferroviaire dissuade également bon nombre de familles. De plus, les études réalisées montrent que 90% des visiteurs ne sont pas prêts à venir sans leur voiture : les distances entre les infrastructures sont trop élevées et les coûts d’exploitation seraient trop prohibitifs, au vu de l’éclatement des flux de fréquentation, pour mettre en place des offres de transports alternatifs connectés. L’objectif à moyen terme reste de changer la pratique sur le territoire, ce que sont prêts à faire 80% des visiteurs de la Baie de Somme. Il nous faut d’abord travailler sur cet aspect, sans pour autant négliger l’aspect que vous évoquez. Le couplage gare d’Abbeville/acheminement par le canal de la Somme peut également être une solution pour faire diminuer le trafic automobile en Baie de Somme.

De la Salle (Direction du Tourisme de Monaco) : Le Conseil Général des Alpes-Maritimes a mis en place une tarification du bus unique, pour tout le département (1€). J’ai fait l’expérience de venir de la gare de Noyelles-sur-mer à Saint-Valéry hier : j’ai dû attendre plus d’une heure pour trouver un taxi. La voiture reste un élément important pour le développement touristique local. Une destination touristique « sans voiture » serait vite un désert touristique. Une alternative pourrait être la mise à disposition de voitures, de scooters ou de vélos électriques. Ce type d’offre existe déjà, notamment en Suisse.

Sébastien Desanlis : L’enjeu est de structurer ce type d’offres à partir des gares SNCF. L’aspect essentiel dégagé lors de l’atelier est de proposer des offres d’éco-mobilité étant de véritables supports de découverte des espaces. Cette facette de l’éco-mobilité constitue par ailleurs un gisement d’emplois locaux.


L’éco-mobilité touristique | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Sandra Bordji

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