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Hôteliers, n’oubliez pas les oiseaux !

| Publié le 20 mars 2023
             

Il y a ce réveil au chant des oiseaux. Cette chambre qui donne sur un parc arboré. Dans quelques jours, ce sera le printemps. Est-ce donc cela que chantent les moineaux, les pinsons, et quelques hirondelles, déjà ? Il y a cette salle de réception où le buffet du petit-déjeuner s’étale et prend ses aises. Et ces tables, face au parc, qui invitent à la contemplation. Peu de monde encore : un couple de personnes âgées assis face aux immenses baies vitrées qui donnent sur les arbres ; un jeune homme, dos au parc, au cœur de la salle, fixé déjà sur l’écran. Et puis, il y a cette musique d’ambiance. Cette musique qui masque le chant des oiseaux. Je les regarde aller et venir mais je ne les entends plus. Je les regarde filer, piquer, tournoyer, mais c’est un ballet muet. Ici, dans notre bulle de verre « civilisée », nous avons oublié leur chant. Nous avons oublié leur chant parce que nous avons oublié que le réel est parfois bien plus beau qu’une musique d’ambiance.

Connaissez-vous son nom ? © DR

Et cette scène m’apparait alors comme une allégorie de notre rapport au réel. Ce mépris inconscient pour le vivant. Et là survient un souvenir. Ce paysan chinois, croisé dans les campagnes du Guizhou, promenant avec lui un oiseau en cage en guise de transistor. Certes, le volatile a perdu là son libre arbitre et sa liberté pour servir de boite à musique à un paysan inventif. Ils étaient alors nombreux, en Chine, à promener ainsi leur oiseau pour jouir de leur chant. Au moins avaient-ils compris la force et la beauté du chant de l’oiseau. Ce matin, à mon tour de me sentir en cage. Je suis des yeux le ballet des oiseaux mais je n’entends que cette musique insipide qui me ramène à mon statut d’humain insatiable. Cet homo-consommatus qui craint le vide, le silence, quand le silence n’est jamais vide et le vide jamais silence.

Et ainsi, jour après jour, sans même nous en rendre compte, nous gommons le vide et par là le vivant autour de nous. Casques, écouteurs, musiques d’ambiance, podcast, plus besoin d’être présent à l’instant puisque nous contrôlons le présent. Et qui donc pour s’en rendre compte, pour s’en étonner, puisque de toute façon, d’autres êtres ne cessent de décroitre à mesure que nous croissons. Notre monde n’est pas le leur alors ils disparaissent, un à un, oiseaux, insectes, mammifère, plantes, graines, et là il n’y a plus de chant, plus de bruit, juste une étonnante indifférence, un irrémédiable basculement. Aurélien Barrau est si juste quand il écrit : « Il faut une révolution politique, poétique et philosophique ». Allons-nous enfin réagir ?

Derrière moi, le bruit de la machine à café où se presse peu à peu de nouveaux clients. Dommage qu’un ingénieur malin n’ait pas pensé à en faire une musique plutôt que cet infame vrombissement qui masque à présent la musique insipide. Elle aurait peut-être eu là enfin sa raison d’être. Mais surtout, hôteliers, s’il vous plait, n’oubliez pas les oiseaux !

——————- Aller plus loin ———–

« L’idée d’un effondrement est correcte. D’ailleurs nous sommes en plein dedans ! Nous avons déjà éradiqué – sur des échelles de temps différentes – plus de la moitié des mammifères sauvages, plus de la moitié des poissons, plus de la moitié des insectes et plus de la moitié des arbres. C’est fait. Chaque année, 800 000 personnes meurent de la pollution en Europe et un rapport récent évoque une cause environnementale pour un nombre voisin de décès annuels dans le bassin méditerranéen. Ce sont des chiffres faramineux. Le discours catastrophiste ne relève donc pas d’une crainte pour l’avenir mais d’un constat quant au présent. Il s’agit d’une réalité qu’on pourrait dire factuelle – même si ce terme péremptoire me met toujours un peu mal à l’aise. »

Extrait :  Aurélien Barreau. « Il faut une révolution politique, poétique et philosophique ». Entretien par Carole Guilbaud. Editions Zulma & les apuléennes.


Hôteliers, n’oubliez pas les oiseaux ! | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Radio France, Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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