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Comment vous allez sauver les dauphins de Sataya… (épisode 2)

| Publié le 24 septembre 2022 • Mis à jour le 26 septembre 2022 à 15h26
Thèmatique :  Acteur privé   Bons plans   Espaces protégés   Tourisme de masse 
         

« Vous avez une chance folle ! » commente Valérie un peu plus tard autour des tasses de thé. Et de nous raconter que la semaine passée, une telle foule dauphine ne s’est offerte au groupe qui nous précédait qu’une seule fois en 6 jours. Les autres jours ?… une ou deux troupes d’une quinzaine de dauphins sont venus présenter leurs hommages quotidiens et basta ! Désolés pour nos prédécesseurs, mais c’est le principe même de la rencontre avec les animaux sauvages : totalement aléatoire. (à voir absolument : le documentaire « La panthère des neiges », aux côtés du photographe animalier Vincent Munier). Rien, jamais, n’est acquis avec la vie sauvage. Pour nous pourtant, ce sera l’abondance chaque jour : des dizaines, voire des centaines de dauphins (plus de 150 un certain matin). Il faudra attendre le dernier jour, vendredi, pour que l’unique groupe de quatorze individus (« Combien tu dis ?!!! ») de passage dans cette partie du lagon nous fasse réaliser notre « chance ».

« Un bon p’tit group ! »

Dans nos drôles de vies, il nous est parfois offert – notamment en voyage – de vivre des moments véritablement magiques, hors du temps (« in illo tempore » disaient les Anciens). Il arrive même que ces moments se prolongent. C’est ce qui nous est arrivés 5 jours d’affilée, durant lesquels on s’est tous entendus comme larrons en foire. Sandra, ma mie, ne m’avait pourtant suivi jusque-là qu’à reculons. Individualiste forcenée, elle redoutait terriblement la vie commune dans un espace clos aussi réduit qu’un bateau. Espace ne présentant de surcroit aucune échappatoire. Hors, à la fin du séjour, back to Roissy Charles de Gaulle, au moment de se quitter, Coincoin nous fera un « syndrome de la colo » (un certain nombre d’enfants – dont j’étais – lorsqu’ils quittent ce collectif intense et bienveillant qu’est une colonie de vacances, font une mini-dépression de quelques jours). Pour Sandra, c’est une grande première.

Notre petite bande totalement hétérogène aurait comblé un directeur de casting ayant à constituer l’affiche d’un huit clos meurtrier. (Rien de tel ne se produisit certes, les trentenaires de sexe mâle se contentant de se pousser à l’eau durant tout le séjour). Il y avait là, hormis votre serviteur et dame « Coincoin » (la bande s’est régalée avec ça) : une artiste de land-art de 80 ans incroyable, venue  « offrir les dauphins » à ses deux petites filles de 15 et 18 ans. Trois potes vétos (dont un couple) qui se connaissaient de l’école et n’arrêtaient pas une minute. Une mère et sa fille, un père et son fils, un couple presque ordinaire et deux célibataires. Ajoutez-y Guillaume, notre triple médaillé d’or, « Valarii » (à l’égyptienne), les douze hommes d’équipage et vous y êtes. Durant la journée, c’était plongée, apnée ou snorkeling. Le reste du temps ?… c’était dauphins. A volonté. Ou presque.

5 jours durant, nous avons réparti les matelas ici et là sur les deux ponts supérieurs du bateau et avons dormi sous la voute étoilée (sans clim, dans les cabines, c’était impossibeul, my friend). Et ce fut génial. Le soir, on faisait des jeux de société tout en faisant mentir la loi Evin (« avec modération »). Et ce fut aussi génial. Celui qui perdait la dernière partie était désigné d’office pour le quart de 5h30 : « la vigie ». Il s’agissait de guetter nos nouveaux amis pour voir à quelle heure et par quelle passe ils pénétraient dans le lagon. Perso, ayant appris avec l’âge que ces « à-côtés » constituent souvent le meilleur, j’étais sur le pont à l’heure dite, chaque jour, jumelles vissées sur le nez. Et ce fut encore génial. Et les dauphins, alors ?…

Azar, le balbuzard qui élue domicile sur notre bateau

Que je vous explique à présent le comment du pourquoi. Valérie Valton a eu une première vie, « normale » et plutôt cool. Celle d’une golden girl qui sillonnait la planète pour y exporter nos meilleures start-ups. Elle s’envolait tous azimuts et gagnait très bien sa vie. Seulement voilà, comme beaucoup, sur le coup des 40 ans, elle a ressenti comme une impression de vide au niveau du plexus. Alors elle s’est arrêtée de courir et s’est demandée ce qu’elle avait réellement envie de faire du temps qui lui restait. C’est remonté direct du fond de l’enfance : « les animaux ! »… Une fois son nouveau diplôme d’éthologue en poche, Valérie s’est spécialisé dans les rencontres inter-espèces (voir le site de son association, Dolphinesse) et a visité les 36 plus importants spots mondiaux où il est proposé à l’homme de rencontrer et nager avec des dauphins. Le meilleur de tous ? Le meilleur du MONDE ?… Sataya, of course. Un lieu de rencontre unique. D’où le succès. D’où la rançon…

La poule aux œufs d’or

Il est midi et je suis en charge de « la mise à l’eau » (psssitt ! : ne consacre du temps aux observations et à l’étude que ceux qui le souhaitent, pas tous d’ailleurs). Un zodiac approche, chargé d’une vingtaine de touristes. On compte 12 zodiacs sur site à ce moment T, mais c’est Marine qui les dénombre. Philippe, lui, décrypte le nom des bateaux d’excursion présents ce jour-là (ils sont 9, bourrés de touristes jusqu’à la gueule). Chaque jour, nous remplissons comme ça des feuilles et des feuilles. Répondant à trois questions clés : le zodiac arrive-t-il lentement (penses-tu), largue-t-il sa cargaison humaine à plus de dix mètres des dauphins (une fois sur quinze). Les gens se mettent-ils à l’eau doucement ? (idem). Du pont du bateau, nous assistons, impuissants, à ce gâchis. Même si les dauphins se montrent d’une patience et d’une résilience quasi infinie (on a tous été scotchés par leur capacité à supporter la pression créée), ils s’écartent forcément des ilots humains qui flottent, beuglent et s’étouffent (les masques télétubbies, c’est génial en statique mais dès que tu palmes, c’est l’asphyxie !). Bien heureux ceux qui aperçoivent un ou deux dauphins parmi les 50 humains qui les entourent. Le zodiac, lui, est reparti à fond les gamelles (plusieurs dauphins présentent des blessures d’hélice) chercher une autre cargaison sur le navire mère où, sous un soleil de plomb, les « suivants » piaffent. Il viendra récupérer le groupe largué au milieu de nulle part une demi-heure plus tard (au bout d’une minute, les dauphins sont déjà loin). Pour les lâcher une nouvelle fois près des nageoires dorsales. Comme ça deux ou trois fois, puis tout le monde rentre à bord. On déjeune et on rentre au port. Tout ça sans compter les bateaux de plongée qui peuvent être jusqu’à une dizaine).

Nous autres, on a le cœur serré pour les gamins qui viennent là dans l’espoir de… vivre ce que nous vivons. Et qui auront parfois tout au plus aperçu une dorsale, au loin. Dans leurs commentaires (sur Tripadvisor entre autres), les excursionnistes les plus conscients sont moins révoltés par la somme rondelette qu’on leur a soutirée (65 € par personne quand même) que par la manière totalement irrespectueuse dont sont traités les dauphins. Sachant qu’en dehors même de leur capacité à nous supporter, l’un des problèmes principaux est qu’ils viennent ici pour DORMIR. Même s’ils ne le font que d’un œil (ou d’un hémisphère), ce chaos n’est pas idéal. Raison pour laquelle sur ces six jours, nous n’utiliserons pas une seule fois le zodiac pour les approcher. Ils passeront toujours suffisamment prêts de notre bateau. Et puis Valérie nous a donné le B-A BA : les dauphins se déplacent souvent en faisant de grands cercles par exemple. Aussi, avant et après le rush touristique, avec les go pros et ces téléphones qui maintenant vont sous-l’eau ; nous les filmons des heures durant, alourdissant démesurément le travail de la pauvre thésarde qui, dans quelques mois, sera en charge de leur identification. Lorsque Valérie essaiera de dénombrer, identifier et qualifier la population locale pour pouvoir la comparer. Mais pour le moment, elle manque encore de matière. Et ça, c’est aussi une bonne nouvelle. Cela veut dire que des voyages comme celui-ci, Valérie va devoir en organiser d’autres, plusieurs autres, l’an prochain et dans deux ans. Pour collecter encore et encore, avoir suffisamment d’informations, d’arguments et d’images dans son dossier. Pour avoir en main les éléments concrets qui lui permettront de dire : « STOP ! »

En attendant Daudau…

Stop au chaos actuel. Oui aux rencontres amicales dauphins-humains mais encadrées par des mesures de protection. Pour que les dauphins de Sataya ne dépérissent pas ; pour qu’ils ne désertent pas non plus le lagon et continuent d’accueillir leurs turbulents cousins comme ils le font : royalement. Mais rien n’est joué, car pour l’heure, année après année, les choses ne font qu’empirer. La pression s’accroit. Et le sujet vient de passer en prime time sur TF1 !!! Il y a urgence. C’est peut-être d’ailleurs ce que voulaient nous signifier le petit groupe de dauphins qui nous a suivi sur la route du retour jusqu’au port, cabriolant et surfant dans la vague d’étrave : « Faites passer le message : on vous attend. Venez ! Mais pas tous à la fois ».

Alors si l’aventure vous tente ou si vous avez envie d’aider Valérie d’une façon ou d’une autre (son asso recherche des bénévoles), n’hésitez pas et jetez-vous… « A la flotte ! » (le mantra de notre super petit groupe).

Pour tout savoir sur le projet et les aventures associées : Dolphinesse !

Spéciale dédicace à Coincoin, Valarii, Guillaume, Julien (Mitch), Brigitte, Marine, Diane, Florence, CAmille, Frédéric, Gustave, Anne, Olivier & Olivia (Tchouk !), Clara et Eric, Philippe.

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Comment vous allez sauver les dauphins de Sataya… (épisode 2) | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Jerome Bourgine
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