#TourismeDurable

Les hébergeurs bretons se mettent à l’heure du vert

| 13 décembre 2012 • Mis à jour le 17.12.2012 à 11h38
         

Peut-on conjuguer performance environnementale et développement économique ? Tel était le thème de la journée du mardi 11 décembre à Lorient organisée par la CCI Bretagne à destination des professionnels et entreprises touristiques. Les nombreuses présentations et témoignages ont permis de mettre en lumière les enjeux et ressorts d’un engagement environnemental concret avec une idée forte : l’engagement environnemental n’est pas un frein mais un moteur voire une condition pour la rentabilité de l’entreprise.

Journée Environnement

Lorient. Depuis la Cité de la Voile. @G.Clastres

Donneurs d’envie plus que donneurs de leçons

Ils sont gérants de campings, propriétaires d’hôtels, de gîtes, de maisons d’hôtes, de manoirs,  tous ont à cœur de pérenniser leur entreprise mais tous sont également fort conscients des enjeux de demain. Dans l’amphithéâtre de la Cité de la Voile de Lorient, soixante entrepreneurs bretons ont fait le déplacement pour suivre les différentes présentations et participer aux débats. Beaucoup ont envie de s’engager, nombre d’entre eux le sont déjà, mais pas toujours facile de s’y retrouver quand le nombre d’outils, de labels, de normes et certifications ne cessent de s’étoffer, sans compter les différents réseaux professionnels et administratifs qu’il faut peu à peu apprendre à maitriser. A la suite de la journée technique « Tourisme et Environnement » organisée par le CRT Bretagne et l’Ademe le 21 novembre, la CCI Bretagne a donc pris soin de prévoir à son tour une journée spécifiquement destinée aux entreprises. L’idée, allier les  présentations concrètes visant à réduire ses charges d’exploitation sur des postes aussi fondamentaux que l’eau, l’énergie ou les déchets et réfléchir ensuite à l’image renvoyée par l’entreprise. Elue de la CCI de Rennes mais aussi propriétaire et gérante de l’hôtel Le Coq-Gadby, Véronique Brégeon a ainsi ouvert la journée par deux messages forts. Le tourisme ne peut s’envisager sans un environnement sain impliquant des entrepreneurs engagés au-delà de la pure activité économique. En outre, dans cette volonté de redonner du sens et de l’éthique à l’entreprise, il est fondamental d’user de moyens et d’atouts engageants, être donneur d’envies plus que donneurs de leçons.

Les mains dans le cambouis

Au-delà des messages, quand il s’agit de s’atteler à la tâche, la réalité est toutefois bien concrète et souvent proche du bon sens. Chargé d’interventions pour l’Agence de l’eau Loire-Bretagne, Robert Le Gentil est le premier intervenant. Il prend le temps d’expliquer combien les gestes les plus simples sont souvent les plus efficaces. Ainsi, l’installation de compteurs d’eau différenciés, le contrôle des fuites, de la temporisation du matériel mais aussi la réutilisation des eaux usées sont autant de moyens de limiter des consommations souvent dramatiquement excessives. La salle est réactive, d’autant que ces aspects techniques parlent aux professionnels qui les vivent dans leur quotidien. Un camping s’est fait installer un compteur électronique relié à son ordinateur pour contrôler ses consommations heure par heure. Il a ensuite sollicité l’agence de l’eau pour le généraliser à plusieurs communes du Morbihan en s’interrogeant si des subventions étaient possibles à titre privé. Sans réponse. La réutilisation des eaux de douche pose aussi question et met en exergue le poids du sanitaire sur celui de l’environnemental. Un gérant de camping souhaiterait à son tour en savoir plus sur les aides envisageables pour l’installation de compteurs dans des mobil homes. Les questions fusent et soulignent toute l’importance de ces rencontres. L’agence de l’eau semble toutefois avoir encore bien du travail pour mieux communiquer et faire connaitre ses missions auprès des professionnels.

Acteur bien plus familier, l’Ademe prend à son tour la parole en la personne de Guy Laurent qui déroule un exposé à la fois brillant et technique sur la maitrise des énergies. Maitrise des énergies mais pas forcément du temps, qui presse, et l’exposant de céder la place au témoignage de Madame Maudet de la Petite Presqu’île qui permet d’illustrer le sujet. Situé dans la Ria d’Etel, ce gite d’étape a fait appel à Bernard Menguy, architecte du cru connu pour ses engagements en faveur du durable et sa démarche bioclimatique. Il a donc construit, sur un terrain contraint, un bâtiment soucieux des matériaux, des ressources mais aussi de la santé des hôtes à venir. Bernard Menguy : « Le bois est intéressant. Il fixe le CO2. Il faut aussi travailler sur l’orientation du bâtiment, l’apport énergétique solaire, l’isolation pour l’hiver sans oublier l’été… ». Malicieuse, Mme Maudet ajoute : « Notre chaudière à bois intéresse particulièrement nos clients. On a même pensé demander un droit d’entrée. Pour satisfaire la curiosité de nos hôtes, notre salle commune diffuse à présent un diaporama pour expliquer comment était la maison avant puis après les travaux ». L’ensemble du projet a été soutenu par l’Ademe.

Appel et innovations

La matinée s’achève avec trois présentations visant à boucler la boucle environnementale avec les campings de Morlaix et le Domaine de Kerpenhir investis dans la réduction des déchets, suivi d’un petit éclairage sur la thématique des transports doux via le kit écomobilité mis en place par Jean Michel Breure-Montagne de la CCI Centre et Sud Manche (présentation à suivre). Des exemples qui témoignent une fois de plus combien ces bonnes pratiques et initiatives innovantes peuvent aussi (ou pas) s’imaginer en réseau et s’appuyer sur des organismes comme l’Ademe. Sophie Plassart de l’Ademe Bretagne en profite à juste titre pour rappeler le rôle de cet organisme qui se veut aussi un laboratoire pour l’avenir. Et de lancer un appel : « Dans notre soucis d’expérimenter des solutions innovantes pour l’avenir, nous lançons une expérimentation pour travailler sur une offre écomobilité avec vos clients. L’idée, faire le calcul coût/rentabilité d’un séjour du point de vue de la mobilité. Les entreprises intéressées par ce projet peuvent nous contacter. » Jean Michel Breure-Montagne en souligne toute la pertinence, rappelant ce qui se fait en Baie de Sommes, où certaines entreprises offrent des réductions pour les clients venus en train. La sensibilisation des usages est également un élément fondamental.  Les efforts sont louables mais s’ils ne sont pas suivis d’informations, ils perdent une partie de leur efficacité.

Face public

Quel est le poids du « faire » s’il n’y a pas le « dire » ? Telle est peut-être la question qui sous-tend l’autre grande thématique de la journée : l’image de l’entreprise ou, comment elle communique sur le fond de ses actions. A cette fin, le cabinet Evea Tourisme est là pour expliciter l’étiquetage environnemental qu’il a mis au point grâce à son logiciel Malice. Egalement présente pour illustrer ce propos, Myriam Goumy de l’hôtel Castel Clara de Belle-Île-en-Mer. Elle explique comment après avoir été écolabélisée en 2010, elle a eu envie d’aller plus loin en s’engageant avec Evea Tourisme : « Le travail sur l’étiquetage environnemental nous permet de revisiter nos propres pratiques et de tout remettre à plat. » Dans la salle toutefois, de nombreux professionnels s’interrogent. Comment peut-on comparer deux établissements sur une grille de cinq points ? Une étiquette certes, mais quel outil comparateur si un établissement est ouvert toute l’année quand l’autre ouvre six mois sur douze ? Le problème des établissements anciens est également posé. Comment valoriser les efforts forcément plus conséquents de bâtiments construits dans le passé ? Au-delà de ces interrogations, de plus en plus d’établissements se laissent tenter. Une fois le processus achevé, certains  affichent alors clairement leur étiquette à la réception quand d’autres préfèrent en faire un usage plus interne, gage de progression. C’est aussi l’intérêt de la démarche, qui va peu à peu en s’affinant, d’autant que la réglementation à venir va dans le sens de la lisibilité des démarches. Et la Bretagne semble avoir compris tout l’enjeu puisque déjà, de plus en plus d’établissements s’engagent avec l’Ecolabel européen. D’un établissement certifié en 2009, la Bretagne est passée à 25, soit la 4e région investie à l’échelle française, une remontée fulgurante et bien des ambitions encore.

CCI Bretagne

Remise des Eco-label européens aux certifiés bretons 2012 Pact’environement @G.Clastres

Demain vous appartient

On ne peut conclure sans souligner combien les Bretons ont de la chance puisqu’ils sont à la fois soutenus par un duo local CCI/Ademe dynamique et incitatif mais aussi par une antenne Afnor et un CRT particulièrement impliqués dans la promotion du tourisme responsable. Ainsi, tout professionnel breton qui souhaite s’engager peut s’adresser à la CCI qui a mis en place un outil totalement gratuit, le Pact’Environnement, proposant un diagnostic environnemental basé sur un état des lieux, une assistance technique, une évaluation suivie de promotion. Et l’ensemble du réseau responsable régional s’articule de fait sur un quatuor féminin efficace et soudé : Sophie Plassart (Ademe), Julia Thibault (CCI Bretagne), Elizabeth Ferro Vallée (Afnor) et Caroline Heller (CRT Bretagne). En résumé, la CCI conseille et guide, l’Ademe incite et accompagne, l’Afnor évalue et reconnait, le CRT fédère et promeut.  Professionnels, la balle est dans votre camp !

 

 


Les hébergeurs bretons se mettent à l’heure du vert | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Journaliste indépendante, auteur, spécialiste de la Chine, de l'Asie, sinologue. Publications sur le tourisme équitable. Livres documentaire jeunesse sur l'Asie. Reportages divers.
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