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Solidream (le retour) : « Les œuvres du Pamir »…

Après ce fabuleux tour du monde à vélo de 3 ans qui nous les avait fait connaître, les trois amis d’enfance devenus globe-trotteurs ont décidé, pour ce second épisode, de visiter les recoins les plus reculés du Pamir. Sur des vélos particuliers construits par des artisans particuliers. Le début d’un fil « solidaire » qu’ils ont ensuite étiré tout au long de leur aventure. Apéritif…

3 vélos fatbikes face aux sommets du Pamir... solidream

A l’assaut des sommets du Pamir…

Voyageons Autrement : Solidream ?… Ce nom nous dit quelque chose. Pourriez-vous nous rafraîchir la mémoire ?

Solidream : Nous sommes 3 amis d’enfance qui nous sommes réunis en association pour donner vie à nos rêves de voyages sur le triple thème du rêve, du défi et du partage : Morgan, Siphay et Brian dont vous aviez parlé à l’époque de notre premier périple : un tour du monde à vélo de 54.000 km. De 2010 à 2013, ce voyage nous a emmenés sur tous les continents où nous avons eu l’occasion de troquer, parfois, nos vélos contre un radeau (construit de nos blanches mains !), une voile ou des chaussures de randonnée. Nous avions tiré un livre de cette première aventure (« Solidream » chez Transboréal), puis nous avons autoproduit et monté le film une année durant avant de le présenter dans les festivals. Ensuite, l’envie de repartir est devenue trop forte et nous avons alors conçu un projet différent, plus léger et plus court…

VA : Le film que vous avez tiré de cette seconde aventure s’intitule « Les œuvres du Pamir », du nom de cet immense territoire montagneux séparant le Tadjikistan de l’Afghanistan. Mais d’où vous est venue cette idée d’utiliser pour cela des fatbikes fabriqués en bambou par de jeunes artisans français ?

S : Au départ, nous ne sommes pas vraiment des cyclistes, plutôt des glisseurs ; ce qui fait que durant notre tour du monde, nous avons à mainte reprises été frustrés de ne pas pouvoir « sortir de la piste » quand ce n’était pas, le plus souvent, d’une grande route goudronnée. On a alors découvert ces gros vélos passe-partout qu’on appelle des fatbikes et également qu’il existait en France de jeunes artisans, l’équipe d’In’Bô, qui fabriquaient des fatbikes écolos innovants en bambou. On s’est donc rapprochés d’eux pour qu’ils nous fabriquent sur mesure des vélos hyper roots avec lesquels on pourrait sortir de la piste, passer dans les graviers, la pierraille, la neige, la glace, partout. Ce qui leur a d’ailleurs permis d’élargir leurs compétences car ils ne faisaient pas du tout de VTT ou de VTC avant cela.

VA : Le nom de votre association : Solidream, est la contraction de rêve et solidarité. Quelle dimension solidaire était à l’œuvre dans votre projet cette fois-ci ?

fileuses de laine - pamir - solidream

Le savoir-faire ancestral des fileuses de laine

S : Au départ, cette idée de solidarité valait surtout en interne, entre nous, à la manière de Mousquetaires vraiment soudés entre eux ; puis le premier voyage nous a fait découvrir que contrairement à ce que racontait bien des médias, les gens, les « Autres », partout dans le monde, vous accueillaient plutôt d’un bon œil, et savaient se montrer naturellement solidaires avec vous dès que l’occasion s’en présentait. Aussi, sur cette seconde aventure, a-t-on souhaité être un peu plus promoteur nous-mêmes de solidarité. D’où, entre autres, la coopération avec le petit groupe d’artisans français fabriquant des fatbikes et avec d’autres artisans, des bijoutiers du Pamir, entre autres, dont nous utilisons la production : bracelets, bagues, colliers sous forme de contreparties que nous offrons à ceux qui nous soutiennent financièrement (solidarité encore !) via nos campagnes de collecte de fonds.

VA : Un de vos buts était de rencontrer ceux qui vivent « en cohérence avec leur environnement ». A-t-il été atteint et pouvez-vous nous citer quelques belles rencontres ?

S : Il faut bien comprendre que le Tadjikistan, 145ième puissance mondiale, est un pays très pauvre, submergé par le raz de marée bas de gamme de la production chinoise voisine. Les gens basculent donc dans ce mode de vie cheap et les vrais artisans : appliqués, talentueux, passionnés, sont de plus en plus rares ; n’arrivent plus à vivre. C’est pour cette raison que nous avons souhaité, dans le film, mettre un coup de projecteur sur quelques personnalités croisées qui nous ont impressionnés et touchés. Comme ce groupe de tisseuses qui fabriquent encore, avec un grand savoir-faire, de la laine locale de qualité, destinée à la consommation locale ; circuit économique vertueux. Ou ce fabricant de jus de fruit naturels, le seul dans la ville, qui cherche à convaincre les gens des bienfaits de ses produits par rapport aux boissons chimiques sucrées et pas chères que tout le monde s’est mis à boire… Et il est vraiment intéressant de constater combien le discours de cet homme qui se tient face à la caméra (avec en fond d’écran une vie quotidienne si différente de la nôtre), présente de points communs avec celui que nous ont tenu les artisans d’In’Bô, en France…

VA : Vous dîtes avoir croisé des initiatives fortes, des gens ayant su réinventer leur savoir-faire local, regagner en autonomie et en liberté…

S : Nous faisions sûrement référence aux derniers nomades kirghizes qui vivent dans la partie la plus haute et la plus sauvage du pays. Ils persistent à vouloir rester autonomes, vivant presque exclusivement de leurs yacks, du blé qu’ils cultivent et de la laine qu’ils vendent, par exemple au groupe de femmes que nous avons évoquées. Nous avons également rencontré d’autres familles qui essaient, elles, de vivre des pierres semi-précieuses, nombreuses dans les montagnes, en montant des projets coopératifs et participatifs. Et nous avons donc décidé de travailler avec eux !

VA : Certains psychologues insistent aujourd’hui sur « l’effet miroir » : le monde nous retournerait ce que nous projetons sur lui, nos intentions. Vous en pensez quoi ?

S : Je trouve ce constat très juste. Naturellement, quand vous partez en ayant en tête comme leitmotiv la solidarité par exemple, vous allez forcément vous diriger vers des gens qui incarnent cette dimension là ; vous allez provoquer vous-même des rencontres qui vous ressemblent et confirment cette idée. Mais il y a également eu beaucoup de choses qui nous ressemblaient qui nous sont arrivé par surprise. D’ailleurs, même si la solidarité s’est montrée très présente autour de nous du fait de cet effet miroir, cela ne nous a pas empêchés de porter un regard objectif sur ce que nous voyions et qui était loin d’être toujours joyeux : 3000 km de frontières avec l’Afghanistan ont beaucoup rapproché de nous les horreurs de ce pays lors notre dernier voyage et, lors du premier, nous n’oublierons jamais par exemple ces images de l’Amazonie que nos yeux voyaient partir en fumée… Cela dit, nul besoin de partir en voyage pour constater cet effet miroir : on le voit très bien dans la vie citadine de tous les jours. Et je trouve qu’avec les réseaux sociaux, cela finit par créer une boucle fermée sur elle-même : on n’est plus en contact qu’avec des gens qui pensent exactement comme nous et se nourrissent les uns les autres du même genre d’informations, exactement, toujours les mêmes. L’effet miroir a créé un effet pervers !

2 gars de solidream face à un paysage de crête

VA : Quelles ont été vos plus belles rencontres ? Celles qui vous ont appris, grandi ?

S : Il y en a eu plusieurs, bien sûr et j’essaie d’en citer une différente à chaque fois pour que toutes continuent d’exister. Je pense là à un jeune de 18 ans, le fils d’une famille kirghize qui nous a accueillis en pleine nature alors que nous voulions escalader une haute montagne proche servant de frontière avec l’Afghanistan. On a sympathisé et il a absolument tenu à nous montrer comment approcher les mouflons Marco Polo, une espèce magnifique mais rare. Il nous a ainsi appris des choses et, de notre côté, on lui en apprises d’autres ; si bien que quand on est repartis, il a absolument tenu à nous accompagner jusqu’au camp de base, pour nous montrer encore un ou deux trucs. Au final, il a bien fallu finir par se séparer et on a commencé l’ascension. Et là, bien sûr, après quelques heures de marche, on est tombé sur un troupeau entier de Marco Polo, fait assez exceptionnel, et grâce à ses enseignements, on a pu s’en approcher jusqu’à quelques dizaines de mètres. La vie nous faisait un cadeau et grâce à ce garçon, on a pu en profiter pleinement.

VA : Vous voir donne forcément envie. Comment avez-vous fait financièrement ? Avez-vous inventé une sorte de modèle économique autour de vos aventures ?

S : Le premier voyage, de 3 ans donc, s’est effectué sur nos économies personnelles. Mais comme il a duré assez longtemps et que pas mal de gens ont fini par nous suivre sur internet, certains ont commencé à faire des dons, qu’on découvrait en direct, ici ou là, quand on se connectait. Et pour nous, c’était bien sûr très sympa, vraiment solidaire pour le coup. Ce qui fait que, pour ce projet-ci, on a fait appel au crowdfunding, au financement participatif. Qui a couvert ¼ environ du coût de l’expédition. Une moitié ayant été financée par la vente de livres et de DVD et, enfin, le dernier quart par quelques partenaires, les vêtements techniques écologiques VAUDE par exemple et les producteurs de fruits secs bio Agrosourcing. Mais on ne peut néanmoins pas parler de modèle économique. Notre film est distribué hors circuits (tout le monde peut organiser une projection, avis !) et on essaie d’être le plus présent possible sur les festivals, mais ce n’est pas suffisant. On a donc une vie assez marginale encore : les deux autres vivent sur un bateau à Palavas et Port Camargue (ce qui peut vous donner une petite idée de la suite de nos aventures…) et moi, je vis dans… nos bureaux ! Tout pour l’Aventure, encore, pour le moment.

VA : Si on veut vous suivre, voire vous donner un coup de main ?

S : Rendez-vous sur notre site. Il y a une mini boutique avec le livre, les films, etc.

PS : Brian, l’un des trois lascars, vient juste de publier, toujours chez Transboréal, dans la collection des petites philosophies du voyage « Le prodige de l’amitié », une « équipée vers les sommets de la camaraderie » dans laquelle il s’étend sur l’importance primordiale de la dimension amicale dans leurs aventures collectives. Dimension qui transparait d’évidence dans leur dernier film « Les œuvres du Pamir » que le festival de La Rochelle présentait ainsi : « Une aventure osée où l’ingéniosité et l’amitié crèvent l’écran ! »…

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By by, see you soon…

 


Solidream (le retour) : « Les œuvres du Pamir »… | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Jerome Bourgine
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