#TourismeDurable
La feuille de chou est là

Passons au tourisme durable

| Publié le 11 mai 2020 • Mis à jour le 11 mai 2020 à 15h21
Thèmatique :  Conseils   Ingénierie   Innovation 
         

LA TRANSITION TOURISTIQUE C’EST MAINTENANT

Le Manifeste des Acteurs du Tourisme Durable a été publié le 29 avril. Je ressens la nécessité de présenter de premières expériences et pistes à celles et ceux qui font le tourisme sur les territoires. Sonnée par la violence de la crise, je choisis de réunir en visioconférence Sophia Alami, chercheuse au CIRAD à Montpellier, pour son approche de l’environnement, de l’agriculture et de l’innovation, Emmanuel Souffrin, ethnosociologue qui contribue aux politiques publiques sociales à La Réunion et Maxime des Longchamps, directeur commercial des Caves Richemer, sur Agde et Marseillan, et gérant de l’agence réceptive des voyages en circuit-court, EscaleMED. Nos échanges et leurs contributions alimentent ma réflexion et m’aident à tirer des enseignements de ma mission d’accompagnement des membres de l’association Tourisme gourmand en Occitanie. J’en partage ici une synthèse.           

Anaîs Assier - LA FROMAGERIE LE FEDOU
Anaîs Assier -LA FROMAGERIE LE FEDOU

La dynamique de territoire comme creuset du tourisme durable

Quand Maxime des Longchamps témoigne, il insiste sur le rôle économique majeur des Caves Richemer sur leur territoire. Elles fédèrent 200 familles de viticulteurs qui portent leurs raisins à la cave. Dérèglement climatique et diminution du nombre de coopérateurs ont généré la baisse des volumes de production. Pour compenser ces pertes de rémunération, le tourisme a été intégré à leur plan stratégique. Il n’est pas recherché de croissance effrénée qui viendrait consumer les ressources mais plutôt la préservation d’un équilibre entre économie, environnement et lien social, sur le temps long. Le tourisme accentue l’empreinte territoriale de la coopérative viticole et ouvre au monde. Le vin y est vu comme un liant, les vins blancs venant accompagner les poissons de la Méditerranée et les huîtres de la Lagune de Thau. Sous la signature Votre escale entre Terre et Mer, des circuits en vélo, des ateliers culinaires et des séminaires mobilisent le Belvédère de la Criée d’Agde, un mas ostréicole, la réserve naturelle du Bagnas… Ils figurent sur les catalogues diffusés aux groupes par l’association Tourisme gourmand en Occitanie, dont les Caves Richemer sont un des membres fondateurs. Une manière originale de penser serait de mesurer les économies réalisées par la préservation d’un écosystème et la participation à la pérennisation des économies locales. Et si une empreinte « positive » était associée aux offres touristiques ? Et si elle devenait profitable au consommateur ? Ce dernier pourrait bénéficier de remises sur ses prochaines escapades grâce à un fonds alimenté, par exemple par la taxe de séjour.

Les indicateurs pour afficher les orientations durables

Les tableaux d’objectifs finalisés avec les membres de l’association Tourisme gourmand en Occitanie pour 2020 et les années suivantes n’ont plus de sens. Les anciens outils marketing sont devenus inopérants. Mes interlocutrices et interlocuteurs avaient traversé des crises alimentaires (listériose, vache folle, grippe aviaire…) mais la crise du COVID 19 dépasse leurs expériences. Alors, pour commencer à négocier un virage, un travail collectif est engagé sur la base d’un projet d’étiquette à intégrer aux programmes de journées et courts séjours destinés aux individuels. Quatre curseurs sont à positionner entre 0 et 100 %, en croisant les regards. Les critères sont appréhendés dans une posture positive, dans une approche dynamique et dans la durée :

  • la participation au renforcement de la biodiversité, la bonne gestion des ressources (énergie, eau) et la limitation des déchets ;
  • le respect et la mise à l’honneur des patrimoines aturel et culturel, des savoir-faire et savoir-être locaux, avec un accent sur les productrices et producteurs, les productions et leurs utilisations culinaires ;
  • la réalisation de retombées économiques directes mesurables conséquentes pour les productrices et producteurs et plus globalement pour le territoire qui accueille ;
  • la sensibilisation par des propositions associées de déplacements doux, d’animations et d’événements développés dans une approche durable et responsable.

Les équipes des entreprises agri et agroalimentaires qui composent le réseau abordaient le tourisme comme une diversification de leur activité principale et se rapprochaient timidement des gestionnaires d’hôtels, des prestataires d’activités et des transporteurs, pour construire avec eux des programmes valorisant leurs ateliers culinaires, dégustations et autres visites d’entreprises. La crise créée par la pandémie change tout. Elle les invite à oser, à devenir force de proposition. Le territoire n’est ni fermé ni figé. Il leur offre l’opportunité de rassembler des acteurs multiples, pour défini r ensemble les orientations à poursuivre et les indicateurs. Le domaine oléicole membre de l’association n’est plus la petite entreprise en termes de chiffre d’affaires mais l’exploitation agricole déjà engagée dans la permaculture. La fromagerie de Lozère devient celle qui fait le lien avec les éleveurs, apporte du sens à la visite de la célèbre grotte du Causse et au séjour dans les hôtels de la Vallée… L’équipe de la Boutique de la Chocolaterie décline la politique RSE du groupe familial, si riche en savoir-faire… Le moulin à huile qui reçoit 130 000 visiteurs payants par an fait le lien avec le réseau national Entreprise et Découverte

Henri Comte - LES CAVES RICHEMER
Henri Comte – LES CAVES RICHEMER

L’intelligence collective comme pendant de l’écosystème territorial

Pour Emmanuel Souffrin, la crise questionne ce qu’est le tourisme aujourd’hui. On a cherché à répondre aux « besoins » ou aux rêves des touristes, comme la publicité sait les vendre. Le touriste est devenu sujet uniforme, monomorphe. On lui a désigné un territoire à voir, des expériences sur mesure. A côté, on a des professionnels du tourisme qui disent la nécessité de rentrer dans un cycle où les valeurs sociales et morales tentent d’être des moteurs au développement d’un tourisme affichant du respect et pas uniquement du stratégique ou de l’utilitaire.  Et si la diversité des expériences qui s’affiche dans de nombreux territoires sous les étiquettes « participatif », « alternatif » ou « responsable » sortait de la « petite économie » ? Et si cette diversité était un peu plus poussée, aidée, propulsée, boostée, pour participer à la définition et à la réalisation de cette transition attendue à l’heure du déconfinement ?

Sophia Alami relie le tourisme durable au développement de l’agroécologie. L’agroécologie joue un rôle central et structurant au niveau des territoires, bien au-delà du secteur agricole. Elle donne aux gens les moyens de devenir des acteurs du changement. Axée sur l’optimisation des synergies naturelles (écosystèmes) et humaines (intelligence collective), elle aide à résoudre les problèmes locaux grâce à des solutions adaptées au contexte. Elle met fortement l’accent sur les valeurs humaines et sociales (dignité, équité, inclusion, justice) et sur les partenariats, la coopération et la gouvernance responsable. Elle repose sur une alimentation issue exclusivement ou essentiellement du local, des circuits courts, de l’agriculture biologique ou raisonnée. Elle fait le lien entre gourmandise et santé, hédonisme et bien-être ou soin à la nature, aux autres et à soi. Elle insiste sur les rôles d’éducation et d’apprentissage, notamment à la biodiversité. Elle génère de nouveaux métiers d’interface et intermédiation. Le touriste devient acteur de la préservation des écosystèmes, voire de leur régénération. Et si les impacts négatifs du tourisme étaient compensés par des plantations d’arbres (agroforesterie) ou par la réinjection d’une partie des recettes dans la restauration de sites naturels ou historiques ?

Domaine de l'Oulivie - Journée porte ouverte - 2 juin 2018 - Combaillaux
Henri Comte – DOMAINE DE L’OULIVIE

L’effet d’entrainement recherché avant l’essaimage

La limite des 100 kilomètres de déplacement autour de chez soi, imposée à partir d’aujourd’hui, définit des périmètres à découvrir et un premier terrain d’expérimentation. Celles et ceux qui habitent à l’année ou possèdent une résidence secondaire seront les premiers clients-partenaires avec lesquels construire des prototypes de journées, dans une recherche d’équilibre entre valeurs sociales, environnementales et économiques. Entrainées dans des cercles concentriques vertueux, les parties prenantes sont tant celles et ceux qui reçoivent que celles et ceux qui sont reçus. Avec des offres incluant de l’hébergement, le partenariat est encore élargi. Les équipes des Offices de Tourisme des territoires concernés sont mobilisées en appui,pour animer les réseaux sociaux et préparer les outils numériques. Un projet d’application ludique est développé, pour appuyer le récit des guides gourmands Destination Occitanie. Des engagements sanitaires sont préparés. L’agence réceptive des voyages en circuit court, EscaleMED, est mobilisée. Le plan Agilité, résilience et durabilité intègre une formation financée dans le cadre du programme régional « former plutôt que licencier » et de fonds nationaux liés au chômage partiel. Et si nous sollicitions un budget innovation pour aller plus loin, pour profiter des complémentarités et des solidarités entre les membres de Tourisme gourmand en Occitanie, pour initier un laboratoire d’expérimentation et pour échanger avec d’autres groupes ?


Passons au tourisme durable | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Murielle Bousquet
Murielle Bousquet est consultante et formatrice en tourisme, gérante de TerriTour eurl. Elle accompagne l'association Tourisme gourmand en Occitanie.
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8 réponses à Passons au tourisme durable

  1. pascale a commenté:

    superbes initiatives, débridons notre créativité, que notre imagination rebondisse sur cette pandémie et ses multiples conséquences…co construisons en bonne intelligence,

  2. MURIELLE a commenté:

    oui le mot créativité devient un mot d’ordre et dans la notion de prendre soin il y a aussi la place pour des construction avec les univers de la médecine, du bien-être…

  3. Cunnac a commenté:

    Merci pour ces réflexions. Ouvrons-les aux entreprises du réseau et plus largement à tous les usagers de cet agri tourisme de demain!

    • bousquet a commenté:

      Oui et l’idée est d’aller encore plus loin, de continuer vers un tourisme de territoire, sans se laisser enfermer dans ces catégories oenotourisme, agritourisme, agrotourisme…

  4. Solène Maretto a commenté:

    Cest super… un nouveau tourisme centré sur la solidarité et un retour aux belles choses simples que nous offre la nature…

  5. claire a commenté:

    Retour d’expérience très intéressant. Merci, et si on essayait de calculer cette « empreinte positive » concrètement à partir d’exemples de démarches touristiques, établir une méthode pour la calculer.

    • BOUSQUET murielle a commenté:

      Les membres de Tourisme gourmand en Occitanie sont mobilisés pour expérimenter et calculer cette empreinte positive en partenariat avec l’agence EscaleMED. le lien est fait avec la définition de critères engagée par l’association Acteurs du Tourisme Durable.

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