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Joseph et son potager urbain en permaculture

| Publié le 23 octobre 2020 • Mis à jour le 13 novembre 2020 à 7h31
         

Qui pourrait soupçonner qu’en pleine banlieue rouennaise, à Sotteville-les-Rouen, dans le jardin d’une maison mitoyenne d’une rue tranquille, se cache un potager urbain flamboyant ? Pourtant, on le repère plusieurs bâtisses à l’avance grâce aux feuillages qui délimitent l’oasis de verdure de Joseph Chauffrey. Et lorsqu’il ouvre la petite grille de son jardin, on est transporté dans un petit paradis où figuiers, menthe, betteraves, kiwis, carottes etc ont l’air de vivre et cohabiter en parfaite harmonie… Sans oublier la faune qui va avec, des insectes aux oiseaux en passant par des hérissons ! Découverte d’un exemple de permaculture et d’autonomie plus que réussi en pleine métropole, et portrait d’un jardinier qui sait partager sa passion et ses tuyaux même aux plus ignares d’entre nous. 

Joseph et son potager urbain en permaculture
Joseph Chauffrey dans son potager © Elisabeth Blanchet

La permaculture, une philosophie de vie

« Il y a 7 ans, j’ai fait une formation en permaculture à la ferme du Bec Hellouin dans l’Eure, explique Joseph Chauffrey, 38 ans, formateur et designer en permaculture, et là, ça a été une révélation. Nous avions acheté une maison à Sotteville et en rentrant du stage, j’ai décidé de créer un potager urbain sur 30 m2 en respectant les principes de la permaculture ». Photos à l’appui, Joseph montre à quoi ressemblait son jardin au début des années 2010. « Il a fallu tout repenser et passer un bon coup de bulldozer. La terre était très sableuse, mais la terre, ça s’améliore toujours« , poursuit-il devant un public de 10 personnes venues suivre son stage d’une journée intitulé « Je démarre mon potager en permaculture ». Il révèle ensuite qu’il a fallu attendre trois ans avant que son potager devienne productif. 

Le potager de Joseph en pleine banlieue rouennaise
Le potager de Joseph © Elisabeth Blanchet

Joseph enchaîne ensuite sur la permaculture et sa définition comme « méthode de conception qui vise à créer des environnements humains soutenables », une définition établie dans les années 1970 par les fondateurs de la permaculture, les Australiens Bill Mollison et David Holmgren. Pour Joseph, « c’est une philosophie de vie, un tout, des principes que l’on peut appliquer partout, même dans l’entreprise, et une éthique qui consiste à prendre soin de la terre, de l’homme et de partager équitablement ses ressources« , des principes qu’il applique dans son petit potager. « En revenant du Bec Hellouin, je me suis dit qu’il n’y avait pas de raisons que je n’applique pas tout ce que j’ai appris à mon petit jardin ouvrier », dit-il à son public, avide de découvrir la suite…

Le potager de Joseph à Sotteville-les-Rouen
Le potager urbain de Joseph © Elisabeth Blanchet

L’autonomie sur 30 m2 de potager

Et elle est impressionnante, la suite. Elle se matérialise par une découverte du potager de Joseph. L’îlot de verdure se distingue à une bonne trentaine de mètres. « J’ai volontairement laissé mon jardin sans palissades pour que les voisins voient un peu ce que je fais », explique Joseph avant d’inviter son public à explorer son oeuvre. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Oubliez les potagers de nos grands-parents découpés au carré et aux cordeaux. Là, on est dans une sorte de jardin d’Eden, où tout ce qui pousse semble trouver sa place en pleine harmonie : carottes, betteraves, choux, plantes aromatiques, courges, pommiers, vigne, kiwis, figuiers… Mais attention, tout n’est pas arrivé d’un coup de baguette magique. « La conception du jardin avant de commencer quoi que ce soit, c’est primordial et j’estime que cela représente 80% du temps imparti au potager », explique Joseph devant des stagiaires émerveillés. « Il faut tenir compte de la qualité du sol, de l’orientation, du vent, de l’arrosage et de comment on va s’y prendre pour récupérer les eaux de pluie, de savoir ce qu’on veut planter et de ce qui peut cohabiter etc », poursuit-il. La liste semble longue mais il insiste sur cette étape majeure qu’est la conception. Une conception qui, si elle est bien pensée, permettra ensuite de rendre le passage à la réalisation et à l’entretien plus facile. D’ailleurs, au bout de 7 ans, le résultat est surprenant, Joseph et sa compagne vivent en autonomie : « Nous produisons plus de 300 kg de fruits et de légumes par an et cela nous suffit à être autonomes ». 

kiwis en permaculture "méthode de conception qui vise à créer des environnements humains soutenables"
Kiwis du potager de Joseph © Elisabeth Blanchet

Créer de la diversité

Les questions des stagiaires fusent. Pragmatique et organisé, Joseph y répond tout en mettant ses interlocuteurs en garde : « Attention aux dogmes, beaucoup d’ouvrages de permaculture ont tendance à devenir dogmatiques en vous disant « faites pas ci, faites pas ça »… Commencez par exemple par planter des légumes qui vous font envie et qui ne sont pas trop difficiles à cultiver comme des tomates et des courgettes, ne vous embêtez pas avec l’influence de la lune mais veillez à un bon ensoleillement, à bien choisir vos graines et à arroser correctement, décomplexifiez ce que vous entendez et créez de la biodiversité » ! Il n’y a qu’à ouvrir les yeux, les oreilles et respirer pour comprendre l’importance de ce dernier conseil. Tandis qu’un rouge-gorge se balade tranquillement entre les jambes des stagiaires, Joseph révèle : « Il y a 7 ans, il n’y avait que 6 variétés d’oiseaux à venir dans le jardin. Aujourd’hui j’en compte 37 » ! Il part aussi du principe que tout ce qui est dans son jardin reste dans son jardin. « C’est le végétal qui nourrit le sol. Penser qu’il l’épuise est une fausse idée, d’où la non-nécessité de la jachère », assure-t-il avant de parler du paillage, du mulching et autres techniques naturelles d’enrichissement des sols. 

paillage, mulching et autres techniques naturelles d’enrichissement des sols
Joseph et ses stagiaires © Elisabeth Blanchet

Faire rentrer la permaculture dans les moeurs

Il parle aussi des insectes, des auxiliaires, des ravageurs. Grâce à un quizz qui en dit long sur le peu de connaissances que la plupart d’entre nous ont sur ce qui vit dans la terre et à proximité, il parle de l’importance de la cohabitation entre la vie animale et végétale. Oui, les insectes, les auxiliaires et même certains ravageurs sont nécessaires à la bonne santé de l’éco-système. Le sujet des mauvaises herbes, dont la majorité ne sont pas « mauvaises » mais utiles, est également abordé ainsi que la dérive consumériste encouragée par les hypermarchés des plantes dont nous tairons le nom… « Si vous avez quelque chose à vraiment acheter dans l’un de ces temples de la consommation végétale, c’est une loupe de botaniste pour observer de près la vie de votre potager, c’est fascinant et instructif », révèle Joseph. Il abonde ensuite de techniques pour réaliser soi-même son paillage, rendre sa terre plus fertile, réaliser un bon composte… 

Partage de savoir-faire - la permaculture, c’est l’avenir et c'est aussi maintenant
Joseph partage son savoir-faire © Elisabeth Blanchet

Les stagiaires sont ravis, la formation dense, concrète, et riche en infos donne plus qu’envie. Ils sont aussi convaincus que la permaculture, c’est l’avenir et c’est aussi maintenant. « Pour moi, le modèle maraîchage en monoculture et où le cultivateur travaille comme un fou tous les jours et est usé à 40 ans, c’est fini. La permaculture, c’est en effet moins de travail grâce à l’optimisation et aussi grâce à la philosophie générale du sens du partage ». Alors, que vous soyez en ville ou ailleurs, du moment que vous ayez un bout de terrain un minimum ensoleillé, mettez les mains dans la terre et prenez-en soin, elle vous le rendra bien ! Surtout, inspirez-vous des conseils de Joseph grâce à ses ouvrages ou en suivant un stage, une chouette occasion de flâner dans son jardin des merveilles

Dans la série des portraits passionnants


Joseph et son potager urbain en permaculture | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Elisabeth Blanchet
Ancienne prof de maths, je me suis reconvertie dans le photo journalisme en 2003 à Londres où je vivais. J’ai travaillé pour différents magazines dont Time Out London et j’ai développé des projets à longs termes dont un sujet les préfabriqués d’après-guerre, une véritable obsession qui perdure, les Irish Travellers -nomades Irlandais- dans le monde, les orphelins de Ceausescu - je suis des jeunes qui ont grandi dans les orphelinats du dictateur depuis 25 ans -. Je voyage beaucoup et j’adore raconter des histoires en photo, avec des mots, en filmant, en enregistrant… Des histoires de lieux, de découvertes mais surtout de gens. Destinations de cœur : Royaume-Uni, Irlande, Laponie, Russie, Etats-Unis, Balkans, Irlande, Lewis & Harris Coup de cœur tourisme responsable : Caravan, le Tiny House Hotel de Portland, Oregon – Mon livre de voyage : L’Usage du Monde de Nicolas Bouvier – Le livre que je ne prends jamais en voyage : L’oeuvre complète de Proust à cause du poids – Une petite phrase qui parle à mon cœur de voyageur : « Home is where you park it »
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