La Rosière poursuit sa croissance raisonnée au cœur de la Haute-Tarentaise
Thèmatique : Espaces protégés Initiative régionale Innovation Territoire Tourisme de masse
Perchée à 1850 m d’altitude à la croisée de la Savoie et de l’Italie, la Rosière peut se permettre de regarder l’avenir avec sérénité. Une récente étude Climsnow a conclu à la viabilité du ski à l’horizon 2050. Certes, il faudra compter sur l’aide ponctuelle de la neige de culture, mais à l’altitude moyenne du domaine (2 115 m), la neige naturelle sera suffisante. Forte de ces perspectives, la station n’en poursuit pas moins une stratégie exigeante en matière de RSE, concrétisée par l’obtention du label Flocon Vert (2024), tout en réaffirmant son ADN familial à travers le label historique « Famille Plus ». Quelles seront les priorités de demain ? Entretien avec Jean Regaldo, directeur du domaine skiable, et Sébastien Delrue, directeur de l’office de tourisme.

VA/ La Rosière est une station qui attire une clientèle plutôt familiale toutefois, le Club Med et de nombreux hôtels de luxe ont éclos ces dernières années, cela correspond-t-il à une volonté de montée en gamme ?
Sébastien Delrue : En fait, on dit « luxe », mais le terme « haut de gamme » est plus adapté. La Rosière est très demandée. La station est plébiscitée par les touristes avec beaucoup d’atouts reconnus, dont une neige abondante qui est tombée en masse récemment. Alors, de fait, quelques grandes marques se sont installées mais il ne s’agit pas tant d’une volonté de la station d’aller vers le luxe que de répondre à une demande en se développant de manière raisonnée. D’ailleurs, nous faisons une pause. Il n’y a plus aucun projet immobilier prévu. Il est vrai toutefois qu’au cours des vingt dernières années, la station est montée en gamme, avec une vraie volonté de garder son ADN original. En ce sens, notre clientèle est toujours majoritairement constituée de familles avec enfants de 3 à 17 ans et de seniors actifs. Elle s’est juste un peu internationalisée (Anglais, Flamand, Hollandais principalement).
Jean Régaldo : On note aussi une bonne progression des Scandinaves, des Danois notamment, qui constituent jusqu’à 4 % de la clientèle et quelques Polonais. Toutefois, la majeure partie de notre clientèle vient d’Europe. On accueille aussi pas mal d’Italiens l’été.
Sébastien Delrue : Aujourd’hui, La Rosière a grandi. Beaucoup de nouveaux lits fonctionnent bien. On compte moins de lits froids qu’ailleurs. Il va falloir veiller à ce que ces derniers soient remplis et tournent sur l’ensemble de la saison afin de garder un taux de remplissage lissé été comme hiver.

VA/ Comment s’assurer que les clientèles plus familiales aient toujours accès à des offres abordables ? Avez-vous une politique d’inclusion en ce sens ?
Sébastien Delrue : Nous sommes justement en plein renouvellement du Label « Famille Plus » et également reconnus « Destination d’excellence ». Nous souhaitons avoir encore et toujours des offres famille. Ainsi, même si les prix de l’immobilier ont naturellement augmenté, La Rosière compte encore de nombreux lits destinés aux familles. Certes, il y a à présent un peu de « haut de gamme » mais toute l’offre qui existait auparavant est toujours bien présente avec des prix assez stables. Nous avons dans la station des personnes qui vivent sur place depuis fort longtemps et qui tiennent à garder des tarifs raisonnables. Pour eux, l’important est de garder les clients qu’ils ont toujours eu et donc pas question d’augmenter les tarifs. Cela signifie un vrai taux de fidélisation et une volonté politique d’affirmer ces choix.
Jean Regaldo : Au sein du domaine skiable, nous mettons en place des offres Tribu (Pass Tribu-Famille) avec une politique de vente de forfait toute la saison et des promotions en ligne très en amont (- 40 % tarif public). Cela équivaut à un forfait saison acheté en avant-saison qui se rentabilise dès la 2e semaine de ski. Nos clients fidèles peuvent ainsi skier de manière illimitée pour moins de 500 € tout l’hiver. En outre, pour 100 € de plus (60 € en avant-saison), vous pouvez y ajouter le forfait été qui garantit 70 jours de remontées mécaniques.

VA/ Sur le front du développement durable, la station est à présent labélisée Flocon Vert, pouvez-vous nous donner quelques exemples d’actions concrètes réalisées dans ce cadre ?
Sébastien Delrue : Nous sommes effectivement labellisés depuis deux ans et nous avons fait l’objet d’un audit intermédiaire en juin dernier pour un renouvellement à l’automne dernier. Cet audit a été réalisé avec la station de Val Cenis, qui est passée à 2 Flocons, ce qui est aussi ce que l’on vise pour notre prochain renouvellement. À noter que le Flocon Vert fait l’objet d’une gouvernance partagée entre la Mairie, l’office de tourisme et le domaine skiable via l’association Mountain Rider. À l’Office, nous avons mis en place plusieurs chartes qui nous permettent de gérer l’ensemble de nos évènements concernant le tri, la provenance de nos achats, la limitation des feux d’artifice (…). Nous les suivons scrupuleusement. Nous mettons aussi en place de nombreuses actions au niveau des transports, dont l’impact reste le plus fort.
Jean Regaldo : En ce qui concerne le domaine skiable, qui s’intègre dans le Flocon Vert, on peut citer le fait que notre domaine ne comprend plus de poubelles. Nous avons réalisé une communication forte vis-à-vis du client pour l’encourager à trier les déchets en station. Nous avons aussi installé des aires de pique-nique accessibles à tous. Enfin, pour reprendre le volet transport, on incite les clients à venir en train à La Rosière. Concrètement, depuis l’hiver 2021-2022, on propose un avoir de 15 % sur les forfaits de ski des clients qui viennent en train, avec un code valable pour un prochain séjour. En sus, les navettes qui partent de Bourg-Saint-Maurice pour rejoindre la station sont très accessibles (3 € par personne). La commune prend en charge la différence. Enfin, on encourage la clientèle qui vient skier à la journée à se garer sur le parking des Écudets (à 1 200 m) en garantissant une remise de 5 € si on démarre du bas de la station.

VA/ Plus spécifiquement, au vu du réchauffement climatique, la neige de culture est-elle utilisée pendant l’hiver et comment sont gérées les ressources en eau sur la station ?
Jean Regaldo : Aujourd’hui, toute l’eau utilisée pour la neige de culture est captée dans une conduite hydro-électrique sur le domaine de La Rosière (prise d’eau dans le torrent des Moulins). Cette conduite permet d’acheminer l’eau jusqu’au barrage de Roselend, depuis le vallon de Mercuel à Sainte Foy. De Roselend, l’eau est turbinée à la centrale électrique de la Bathie. On prélève donc une infime partie (200 000 m³) de l’eau qui finit dans le lac de Roselend (200 millions de m³). Après avoir été turbinée, cette eau est envoyée pour la production de neige de culture (eau + froid + électricité). Pour un site comme la Rosière, la neige de culture est surtout nécessaire en début de saison (Noël ; Nouvel An) et au besoin (une année sur dix) en avril pour sécuriser la fin de saison.
Pour l’heure, cela nous suffit même si avec le réchauffement climatique, cela deviendra forcément un sujet. À l’heure actuelle, l’idée est donc surtout d’anticiper dès novembre le début des vacances de Noël s’il y a peu de précipitations. On produit alors autant de neige que possible et ensuite, grâce à un outil de mesure de neige intégré à nos dameuses, on peut savoir en temps réel, chaque jour, la hauteur de neige sur l’ensemble de nos pistes. Un traitement statistique nous permet alors de prévoir si la fin de saison (20 avril) est assurée. On peut alors arrêter la production de neige de culture. Cette année, avec un bon taux d’enneigement, on a déjà pris la décision d’arrêter de produire.
Enfin, on a fait une étude Climsnow (Météo-France et INRAE) pour déterminer la couverture de neige à plus long terme et même dans le pire scénario du GIEC, on a une viabilité à l’horizon 2050. En revanche, l’usage de la neige de culture à basse altitude, concrètement pour nos pistes les moins hautes (Fontaine Froide notamment) pose de fait la question des volumes d’eau utilisés, de l’acceptation sociale de neige de culture à 1 200 m. Pour l’heure, ces pistes ne sont pas équipées et certaines années, quand la neige manque, elles ne sont pas ouvertes.

VA/ On sait qu’à l’échelle de 15/20 ans, le réchauffement climatique va demander aux stations de totalement revoir le « tout ski » et de se diversifier, comment se prépare La Rosière en ce sens ?
Jean Regaldo : À mon sens, la question du « tout ski » ne s’est jamais posée en ces termes. Les clients ont de tout temps recherché d’autres activités. Les hébergements offrent des packages : piscine, spa, animations en soirée, balades en raquettes. Aujourd’hui, le client skie autant qu’avant en termes de dénivelé, 10 à 12 remontées par jour, mais sur un temps plus court que par le passé. Ça lui libère du temps pour d’autres activités qui sont aussi plébiscitées les jours de mauvais temps. Évidemment, au niveau économique, la station s’appuie sur le ski. Mais comme on l’a évoqué, on a la chance d’avoir des perspectives Climsnow qui ne tirent pas la sonnette d’alarme pour 2050 (pour la fin du siècle c’est un autre sujet). Le ski reste donc central bien que le vrai moteur des gens pour venir en vacances l’hiver soit aussi la décompression, le fait de se retrouver en famille, de respirer, de prendre du recul.
Sébastien Delrue : Ensuite, il y a le sujet « été », qui est aussi d’ordre social. On a des remontées mécaniques qui tournent l’été, avec un panel d’activités plus diversifié, beaucoup de prestataires. Par exemple, on est en cours de réflexion sur notre gouvernance. On a aussi initié des études autour du vélo, du trail. Il faut qu’on se dimensionne pour une vraie réponse packagée, autant de pistes complémentaires qu’il faut poursuivre. Cela permet de pérenniser des emplois, d’avoir des salariés, mais il est également important que les gens puissent s’établir et vivre à l’année, qu’ils s’ancrent sur le territoire. On a aussi une vraie carte à jouer avec la route du Petit Col du Saint-Bernard qui file vers l’Italie.

VA/ Vous avez assez de lits pour loger tout le monde, salariés, saisonniers, habitants ?
Sébastien Delrue : Oui, on y arrive. Certes, on est en Haute-Tarentaise. L’hiver, il n’y a pas beaucoup d’échappatoires avec toutes les stations. La demande est forte. Beaucoup d’immeubles ont été achetés par les socio-professionnels. On bénéficie d’appartements de l’OPAC, de la mairie. Avec les élections, de vraies réflexions collectives sont en cours avec la communauté de communes pour qu’un maximum de lits puissent se libérer. Mais au-delà, je le redis, il faut que les gens puissent s’établir à l’année. C’est important pour l’histoire, pour l’accueil. Les saisonniers certes mais aussi un réel ancrage des locaux.

Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Radio France, Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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