#TourismeDurable

Flying less : naissance d’un mouvement

| 7 février 2019 • Mis à jour le 07.02.2019 à 17h53
Thèmatique :  Conseils   Initiative privée   Monde   Tourisme de masse 
         

Ils sont quelques milliers, quelques dizaines de milliers tout au plus, à avoir décidé de prendre moins l’avion, voire de ne plus le prendre du tout ! Par conviction et pour des raisons environnementales, bien sûr. Or, si le mouvement « Flying less » balbutie encore et peine à se structurer, les initiatives individuelles se multiplient et commencent à faire parler d’elles…

« Il y a dix ans, effectuant mon propre bilan carbone, je me suis rendu compte que 80% provenait de l’avion, témoigne Thomas, 32 ans, conseiller dans un cabinet environnemental. Puis, en 2011, je me suis envolé pour le Canada avec quelques 3000 autres scientifiques tous venus là pour… dire du bien des énergies décarbonées ! Cela m’a quelque peu interpelé. J’ai alors commencé d’essayer les trains de nuit et le voyage lent. Et si ce n’est pas toujours facile, c’est possible et, de plus, cela m’a plu ! C’est ainsi que je suis devenu non seulement « flying less », mais carrément : « No fly » !

Combien sont-ils, comme Thomas, à avoir suivi leurs convictions jusqu’au bout et à être passé à l’acte ?… Impossible à dire pour le moment, car le « mouvement » (et c’est là un bien grand mot) « Flying less » n’en est qu’à ses débuts. Hormis aux Etats-Unis et dans deux ou trois pays nordiques, il n’est pas réellement structuré. Sauf en Suède, exception majeure, où le débat fut porté jusque dans les médias, la rue, puis au parlement, débouchant au final sur une nouvelle taxe imposée à l’aviation. En France ? C’est simple : la pétition « Stay on the ground » a massivement recueilli 765 (!) signatures. Pourtant, à l’heure où le trafic aérien s’apprête à doubler dans les prochaines années avec les conséquences que l’on sait sur le climat, davantage de personnes qu’on ne l’imagine partagent avec Thomas ce désir de moins emprunter l’avion.

« Nous avons effectués la première grande enquête internationale sur la mobilité il y a deux ans, explique Sylvie Landriève, directrice du Forum Vies Mobiles. Pour constater que neuf personnes sur dix (!), dans nos pays, aspiraient à ra-len-tir ! Non seulement parce que l’avion participe à cette accélération continue de nos vies qui génère tant de stress, mais également parce qu’elles sont conscientes que l’on ne pourra pas continuer ainsi sans risque majeur pour la planète. Et encore ignorent-elles souvent que l’ensemble des transports internationaux (marchandises comme humains) ne sont pas pris en compte dans les accords sur le climat ! La situation est donc encore plus dramatique qu’on imagine ».

Historiquement, ce sont les anthropologues (parce qu’ils travaillent avec les populations indigènes les plus menacées par le changement climatique, sur les îles notamment) qui furent les premiers, il y a deux ans, à décider de cesser d’organiser des congrès internationaux. Ils furent suivis par les académiciens des Sciences du Danemark qui s’engagèrent pour leur part à « voler moins ». Et puis ?… et puis c’est tout, collectivement tout du moins. Et pour l’instant. Car, individuellement, comme en écho au vaste mouvement DOY (Do It Yourself) fort représentatif de l’époque, de plus en plus de personnes s’engagent, seules, de leur côté, à réduire leur empreinte carbone.

« Les initiatives individuelles se multiplient en effet, constate le sociologue spécialiste de la question, Javier Caletrio, répondant à nos questions par mail, depuis le train qui l’emmenait de son lieu de travail (le nord de l’Angleterre) jusque chez lui (à Valence, en Espagne !). Toutes ces personnes – qui sont souvent les mieux informées ; à commencer par les climatologues – sont non seulement conscientes du fait que le développement irréfléchi de l’aérien nous conduit à la catastrophe, mais également du fait que ce mode de transport est inéquitable et proposé à un coût artificiellement économique. Il s’agit avant tout pour elles d’une question d’intégrité. Même si leur engagement personnel représente une goutte d’eau dans la mer, elles sont convaincues qu’à terme, montrer l’exemple finira par payer. Rien d’agressif ni de coercitif dans leur mouvement qui se nomme d’ailleurs « flying less » (suggestion, gérondif) et non pas « Fly less » (impératif). Un mouvement encore natif mais qui se développe doucement mais sûrement. Car pour peu que l’on s’intéresse vraiment à la question, on découvre que si voler moins implique de s’organiser davantage, il ne s’agit pas pour autant de se priver de voyages ni de vacances à l’étranger par exemple… »

Le problème est que ces pionniers militants ne rencontrent pas forcément l’accueil souhaité auprès des transporteurs alternatifs. « Sur les très longs trajets, le bus a ses limites côté confort, reconnait Thomas. Et même si un ami a déjà effectué deux voyages en Amérique du Nord par cargo, les places de bateau en long courrier sont fort rares et…chères ! Quant aux trains de nuit, ne pouvant résister à la concurrence du low cost, ils ferment les uns après les autres. Et les compagnies ferroviaires précipitent leur agonie en vous entassant à 6 dans le même compartiment pour des raisons pratiques ; même quand le train est vide ! Compartiments qui ne sont par ailleurs jamais rénovés, etc. etc. Cela n’empêche que j’ai l’agréable surprise de croiser de plus en plus de monde dans le train qui me conduit, de nuit, en Roumanie. Lorsque je l’interroge, une personne sur deux me dit souffrir du mal de l’air, l’autre voyage sur terre par choix ; comme moi. Et ne semble pas avoir perdu son travail pour autant ! Dans mon nouveau job, dès le lendemain de mon arrivée, on m’a dit : « tu prends ton billet pour Athènes ». Quand j’ai répondu que je ne prenais plus l’avion, ils ont cru que je blaguais… Mais quand ils ont réalisé que j’étais sérieux , on s’est mis à chercher et on a trouvé un train + bateau me conduisant en deux jours au même endroit. Un voyage très agréable au cours duquel j’ai d’ailleurs pu réaliser à quel point les transports locaux nourrissaient, en sus, les économies locales »…

Pour en savoir plus sur le mouvement fly less :


Vidéo avec Kevin Anderson sur le transport aérien et le changement climatique.
Vidéo sur Peter Kalmus : comment un climatologue a décidé de réduire son empreinte carbone de 90 %

Ouvrage : Beyond Flying: Rethinking Air Travel in a Globally Connected World.


Flying less : naissance d’un mouvement | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Jerome Bourgine
Ecrire et voyager. Voyager et écrire... Depuis 50 ans.
Facebook

Découvrez nos abonnements

2 réponses à Flying less : naissance d’un mouvement

  1. Meant a commenté:

    Ce mouvement m’intéresse beaucoup car il correspond à ce que je pense depuis plusieurs années .La prolifération des vols d’avion et son impact écologique ne questionne personne

  2. Aurélien ANTOINE a commenté:

    Intéressant et primordial ! Il est vrai que dans les discours sur le tourisme durable, l’impact du déplacement est souvent étonnamment exclu. On est devenu des consommateurs d’espaces d’une manière abusive. Pensez juste à l’impact d’un week-end à Lisbonne ! Il faudrait taxer plus le kérosène mais aussi mieux médiatiser l’itinérance à vélo, en bateau, à pied… Imaginer qu’un long courrier est une occasion à faire et préparer tous les 10 ans… Un moyen courrier, tous les 2 à 3 ans. Devenir raisonnable.

    Au final, la famille qui part en camping à la Grande Motte est bien plus durable que quelqu’un qui va louer des Ecolodges chez l’habitant en Afrique du Sud :-)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Informations utiles pour voyager

Flying less : naissance d’un mouvement si le mouvement « Flying less » balbutie encore et peine à se structurer, les initiatives individuelles se multiplient et commencent à faire parler d’elles......

10 ANS DE TOURISME DURABLE
L'actu en continu
Les catalogues Voyagiste

Agenda