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La feuille de chou est là

Le secteur aérien au cœur de la tourmente

| Publié le 14 septembre 2020 • Mis à jour le 15 septembre 2020 à 14h28
         

Très fortement ébranlé par le Covid, le secteur aérien est également aux prises avec l’urgence climatique et une demande accrue pour des modes de transport moins polluants. En juin dernier, le secrétaire d’État aux Transports annonçait en ce sens la fin des vols domestiques en France pour les trajets où l’alternative en train dure moins de 2h30. Au carrefour des crises sanitaire, économique, sociale et environnementale, l’ensemble du monde de l’aviation va devoir se réinventer.

Une année noire

Depuis mars dernier, le monde de l’aviation connait la pire crise de son histoire. Dès avril, les revenus mondiaux des compagnies aériennes ont baissé de 94% et depuis, c’est la chute en avant, entrainant l’ensemble de la chaine.  Cité par le Monde Diplomatique (juillet 2020), Alain Sauret, président de Safran Electrical & Power, sous-traitant d’Airbus, témoigne que « l’activité a baissé de 50% d’un seul coup au niveau mondial… » L’ensemble des industriels liés à l’aviation sont dans la tourmente. A la fin du mois de juin, Airbus a ainsi annoncé un plan social visant à supprimer 15 000 emplois d’ici l’été 2021. En France, près de 5 000 postes sont concernés. Or la crise sanitaire est loin d’être derrière nous. Tout au long de l’été, suite aux annonces de la poursuite de l’épidémie particulièrement amplifiée par les médias (les cas graves et les décès n’ont cessé de baisser au moins jusqu’à la mi-août), l’ensemble des aéroports français, Toulouse en tête, ont enregistré des baisses de fréquentation record, entre 50 et 79% de passagers en moins. En nombre de vols, cela équivaut à 900 vols opérés en juillet dernier à l’aéroport de Toulouse-Blagnac contre 3 300 le même mois de l’année passée.

@ Unsplash

Reconquérir les clientèles voyageuses

Or la crise de la Covid est loin d’être résolu d’autant qu’à l’urgence de la reprise s’ajoute l’importance de reconquérir une clientèle lassée voire ulcérée par les conséquences d’une gestion de crise tendue : vols retardés ou annulés, remboursements quasi impossible, restrictions des bagages en cabine et en soute, automatisation à l’extrême de l’enregistrement… sans oublier la peur persistante d’un risque sanitaire élevé dans l’habitacle confiné d’un appareil. Le défi est énorme et il va en sus falloir compter avec des tarifs qui vont forcément augmenter dans le futur quand d’ores et déjà, ils seront revenus à la normale… Pour l’heure, certains vols internationaux appliquent des prix quatre à cinq fois plus onéreux que de coutume du fait de la baisse des rotations. Un aller-retour entre la Chine et la France coûte en moyenne entre 4 et 5 000 € contre 1 000 € habituellement. Alors, dans un premier temps, une des solutions pourrait être de centrer certaines offres sur les clientèles d’affaire fortement dépendantes de l’avion et en ce sens, améliorer les services à la personne visant à simplifier la vie des entrepreneur(e)s pressés. Un exemple parmi d’autres, les services de voiturier qui font gagner du temps et ne coûtent pas plus chers que les parkings classiques. A Orly, Ector propose un service de voiturier à l’aéroport qui permet aux hommes d’affaire pressés de gagner du temps à moindre prix.

Aéroport
Aéroport@GClastres

Une crise peut en cacher une autre 

Le secteur aérien va toutefois avoir bien du mal à se relever, d’autant qu’une fois le Covid maitrisé, l’urgence climatique va à nouveau se rappeler aux transporteurs. Avant le virus, les appels à réduire les vols voire à arrêter purement et simplement de prendre l’avion (Flygskam, Flying less, etc.) s’étaient multipliés, alliés à nombre d’initiatives autour de la compensation et de l’absorption carbone. Il parait inenvisageable de repartir comme avant, avec des vols tout azimut et le règne du low cost. C’est donc dans ce contexte tumultueux que le gouvernement a annoncé sa décision de fermer nombre de liaisons aériennes intérieures au profit du train quand ce dernier est aussi efficace (échelle des 2h30), une décision qui a du  mal à passer mais qui est inévitable tant que l’avion sera aussi polluant. En France, les émissions de GES imputables à l’avion s’élèvent à 5% du total. Or, à court et moyen terme, il n’existe pas d’alternatives décarbonnées et ce, malgré une recherche très active autour des nouvelles technologies et autres carburants alternatifs, pilotages à l’économique…  Autant dire que l’avenir s’annonce compliqué pour l’ensemble du secteur. Quand l’urgence de se réinventer se double de l’urgence de voyager autrement.


Le secteur aérien au cœur de la tourmente | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Journaliste indépendante, auteur, spécialiste de la Chine, de l'Asie, sinologue. Publications sur le tourisme équitable. Livres documentaire jeunesse sur l'Asie. Reportages divers.
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