#TourismeDurable

La Trace : une institution de La Rosière qui fête ses vingt ans !

| Publié le 16 avril 2026
Thèmatique :  Initiative privée   Portrait   Territoire   Tourisme de masse 
           

Il y a La Rosière, et puis il y a La Trace. Pour beaucoup, l’un ne va pas sans l’autre, heureux de retrouver chaque année le sourire éclatant de Marie et la gouaille de Sergio. Pas vraiment d’enseigne, une petite échoppe lambrissée, et un passage obligé avant de rejoindre les pistes. « Ici, il n’y a plus de journalistes, d’avocats, d’enseignants, de commerçants, tout le monde s’assoit ensemble, échange, et chausse ses chaussures de ski en plaisantant. C’est vraiment ce que j’aime ! » Marie et Sergio ont repris la petite boutique de location il y a vingt ans. Des chaussures, des skis (dont des télémarks !), quelques snowboards, un petit atelier modeste qu’ils ont transformé en un joyeux repère où l’on vient papoter entre deux descentes, au point d’en être ou pas, tel un clan un peu préservé, une famille d’habitués qui se retrouve d’une année sur l’autre avec la conviction d’être au bon endroit.

La Trace©PhilippePataudCélérier

De Tignes à La Rosière

« Celui-là aussi, je l’ai connu tout petit» Sergio toise avec affection le grand dadet qui déplie son mètre quatre-vingt une fois ses chaussures bouclées. Et ils sont nombreux, ceux qui viennent là depuis dix, quinze, parfois vingt ans. Les petiots qui passaient alors le pioupiou, qui ont enchaîné les flocons, les étoiles et s’ébattent à présent allégrement sur les pistes. Avant la Trace, Sergio a eu plusieurs vies. Garde-barrière, saisonnier, musicien, animateur, speaker, des activités qu’il poursuit encore, notamment l’été, où il anime les grands évènements sportifs de la vallée… À Tignes, il est connu comme le loup blanc. C’est d’ailleurs là qu’il a connu Marie, dont la famille tenait l’hôtel Le Terril blanc près du lac, repris aujourd’hui par sa sœur aînée et sa sœur jumelle. Marie, une sacrée personnalité aussi, qui a grandi sur des skis au point de devenir monitrice aux Arcs pendant dix ans, non sans oublier d’écumer la planète lors de Raids Gauloises organisés aux quatre coins du monde. Les deux étaient faits l’un pour l’autre. Ils ont choisi La Rosière. Marie : « Avant, c’était un magasin de souvenirs ensuite transformé en magasin de ski, Plein Ski, tenu par Stéphane et Marie, également propriétaires de l’hôtel Plein Soleil juste au-dessus. Quand on venait à La Rosière, Sergio y laissait ses skis et ses chaussures. C’était le QG, tout le monde venait là. Quand Stéphane a vendu, il en a parlé à Sergio, qui m’en a parlé… »

La Trace©PhilippePataudCélérier

Une trace peut en cacher une autre

Et c’est ainsi qu’est apparue « La Trace » dans le paysage de La Rosière. Un nom qui évoque bien évidemment la trace laissée par les skieurs, mais pas uniquement. Marie : « La Trace, c’est aussi un hommage aux colporteurs qui passaient dans nos vallées. Tu sais, ce film réalisé par Bernard Fabre qui relate l’annexion de la Savoie par la France. » De fait, en 1983, un film sort qui raconte l’histoire d’un paysan savoyard qui, l’hiver venu, parcourt le nord de l’Italie, du Val d’Aoste au Valais pour vendre mercerie, fils à broder, dentelles et autres colifichets.  Il fait allusion aux « merciers », l’une des activités traditionnelles des hommes pendant l’hiver, obligés pour leur survie d’aller vendre de l’autre côté de la montagne les tissus produits par les femmes, à l’image des dentellières de Tignes ou de la filature Arpin fondée en 1817 à Séez. Marie : « Mais La Trace, c’est plus que ça encore. Aux Arcs, deux copains qui avaient monté leur affaire l’avait appelé « La Chalée », ils faisaient alors référence à la trace laissée par les luges à foin ou à lauzes utilisées par les paysans en montagne une fois l’hiver venu.  Ce clin d’œil à l’histoire des montagnards et à ce film qui relate le colportage nous a plu. » Aujourd’hui à La Rosière tout le monde connaît La Trace. Ils sont en revanche peu nombreux à connaître les  nombreux sens cachés derrière cette enseigne…

La Trace au Trophée San Bernardo©PhilippePataudCélérier

Les jeudis soir du San Bernardo….

Le jeudi, c’est un jour un peu spécial à La Trace, le jour du Trophée San Bernardo, une course hebdomadaire organisée par l’ESF (École du Ski Français) où chaque loueur présente son équipe. Marie, également monitrice sur la station, prend alors sa casquette de chef de troupe et encourage ses coéquipiers (des clients du magasin !) avec une énorme cloche de berger, la fameuse clarine des fêtes de l’été ! A chaque passage, une clameur partagée qui s’élève depuis la motte de neige où sont rassemblées toutes les familles. Tout le monde concourt, des plus jeunes aux vétérans, à chacun sa catégorie et ses récompenses, jusqu’au trophée par équipe que La Trace remporte régulièrement, envahissant alors les marches du podium dans une joyeuse pagaille. La soirée se poursuit ensuite au magasin, par un immense pot savoyard  où chacun est au coude à coude entre skis, chaussures, plateaux de charcuterie, Beaufort et pétillant de Savoie. Les adolescents se retrouvent, les adultes lient connaissance, et Marie, véritable trait-d’union de ce petit monde, remercie, anime et enflamme son assemblée jusqu’à ce lever de verres collectif au ciel. « La Trace un jour, La Trace toujours !« 

La Trace sur le podium©PhilippePataudCélérier

Laisser une trace

Si Sergio et Marie sont venus à La Rosière, c’est grâce à Pascal, un ami de la vallée, moniteur, grand champion de ski. Il écrivait aussi de la musique et notamment les morceaux joués par Sergio. Pascal est parti en décembre 2004, un accident à l’altiport. Marie : « Il avait composé plusieurs morceaux et notamment Country Savoie, un hymne pour toutes les générations… » Il a fallu aller de l’avant. La vie a repris. Antonella est née en 2008. Les années ont passé. La Rosière s’est mise à changer. Peu à peu, la petite station familiale est montée en gamme. Un Club Med est sorti de terre en 2020, 400 chambres, un millier de lits supplémentaires, sans compter les nouvelles résidences quatre étoiles. Sergio : « Avant, nous étions une petite dizaine de loueurs. Quand il me manquait une paire de skis, on se dépannait entre collègues. Aujourd’hui nous sommes une vingtaine. Autant dire que je n’ai plus besoin de me faire dépanner… »

Sylvain, un saisonnier de La Trace©PhilippePataudCélérier

La petite boutique a continué dans son jus, traçant son sillon. Marie : « Je suis une multilocale face aux multinationales. Nous n’avons pas d’enseigne. Nous sommes libres. Personne ne nous impose de quotas de skis.». Et le bouche-à-oreille fait le reste. À La Rosière, tout le monde connait Marie et Sergio mais aussi Félix (le fils de Sergio) et Anto(nella), qui ont grandi avec la boutique ! Et puis, il y a aussi ces nombreux saisonniers (formés par Noël !) qui viennent un temps partager l’aventure. « Nous avons toujours été accompagné par des jeunes formidables. Ils ont contribué à ce qu’est La Trace aujourd’hui ! ». Il faut dire aussi que  la station a su garder son âme et son public malgré son évolution. Marie : « J’ai été élevée dans un hôtel créé par mes parents sur une terre d’alpage. Nous sommes cinq enfants. Le sens du lien, de l’accueil, a toujours été naturel pour moi. » Sans compter qu’au-delà de la boutique, il y a ce plaisir de l’enseignement qui l’anime toujours : « La semaine passée, j’ai donné des cours de ski à Ismaël, un prêtre du Portugal, une expérience lumineuse. » D’après un proverbe, « Il n’y a que les montagnes qui ne se rencontrent jamais » ; à La Trace, ce n’est pas toujours le cas…

La Trace©PhilippePataudCélérier

———– En savoir plus —————

Le site de La Trace : latrace-larosiere.com

Le site de La Rosière Tourisme : La Rosière – Station de ski et de montagne Espace San Bernardo

Pour en savoir plus sur les colporteurs, l’histoire de La Rosière et de la vallée, les difficultés d’une région aux frontières mouvantes, lire les ouvrages de Gisèle et Roger Gaide.

Ici pour les références : Livre « La Rosière : Bergers, Bâtisseurs, skieurs » – Tyrol Panoramic

Et aussi : – J’ai plus de souvenirs que si j’avais 1000 ans TIGNES MON VILLAGE – José Reymond La vie traditionnelle en Haute Tarentaise -Celestin Freppaz

La Rosière©PhilippePataudCélérier

La Trace : une institution de La Rosière qui fête ses vingt ans ! | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Radio France, Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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