#TourismeDurable

Les médias et le climat… de l’information !

| Publié le 8 avril 2026
Thèmatique :  Conseils   Éducation   Innovation   Tourisme de masse 
           

Lors d’un temps fort de ChangeNow 2026 consacré à « Relever le défi de l’information », il a été question de fake news, d’éducation aux médias, d’indépendance de la presse, des ravages causés par les réseaux sociaux, mais aussi de ceux qui tentent de résister aux algorithmes et à la concentration médiatique, ainsi que des pistes pour renforcer l’esprit critique et la régulation. Cet article reprend ci-dessous sous une forme réorganisée une partie des notes prises pendant la table-ronde.

ChangeNow2026©GenevièveClastres

Désinformation, fake news et mutation de l’information

Premier intervenant à apparaitre puis disparaitre au profit d’un poisson d’avril assez hilarant*, Vincent Flibustier (North Press, présenté comme le “Gorafi belge”) évoque son succès rapide qui lui a aussi joué des tours. Et notamment, celui de se muer en un illustre créateur de fake news,  pris au piège de la crédulité de son public. A l’heure de l’intelligence artificielle, le voilà devenu enseignant et communicant sur la désinformation, rappelant  également les limites du cadre législatif, notamment le RGPD et le DSA, qui peinent à empêcher les fuites de données et à contrôler efficacement les réseaux sociaux. L’éducation devient alors un enjeu central pour contrer les publicités trompeuses et les deepfakes, notamment sur des plateformes comme Meta qui, malgré la présence de contenus frauduleux identifiés, n’hésitent pas à être complice d’une certaine désinformation qui leur rapporte…

La vie cachée des algorithmes

Il faut en être conscient, la question des algorithmes est centrale : les plateformes fonctionnent comme des “boîtes noires” et aucune n’a transmis ses données à des chercheurs, une opacité qui contribue à favoriser toutes les formes  de manipulation de l’information. Résultat, un filtrage voire une censure, qui réduisent la visibilité de certaines sujets, éliminent des mots, des idées, ou au contraire mettent en avant des contenus choisis. TikTok en est un exemple frappant, avec une logique de fil d’information personnalisé au point d’informer ses utilisateurs dans des bulle de plus en plus restreintes. Celui qui aime cuisiner se verra inonder de recettes et autres informations gastronomiques, quand l’amateur de sport aura accès peu à peu à toutes les compétitions possibles et imaginables. Cette logique contribue à une perte d’accès à une information diversifiée et à l’enfermement des utilisateurs dans un monde limité.

Serges Zaka à ChangeNow2026©GenevièveClastres

Manipulation et économie de l’attention

Des réseaux sociaux dont la bonne santé (la leur, pas la nôtre…) repose aussi sur une économie de l’attention et du “reaction bait”, privilégiant les contenus qui génèrent des réactions et du temps de visionnage. Une vidéo intitulée « La Belgique boycotte Coca-Cola », a atteint 5 millions de vues en devenant virale. De même, certaines personnes n’existent dans le débat public  que parce qu’elles suscitent du rejet ou de la polémique. C’est affligeant mais partager une “énorme connerie” contribue à se donner de la visibilité, en particulier à cause de ces satanés mécanismes algorithmiques. Alors, pour limiter quelque peu ces effets délétères, Vincent Flibustier nous conseille vivement de partager une capture d’écran plutôt que l’original si c’est un contenu que l’on dénonce. Ne pas « nourrir la bête », on en est là dans ce monde qui ne vise plus qu’à créer le buzz….

Infobésité et distorsion du réel

Et malheureusement, un monde mal informé est un monde mal géré, voire mal gouverné… Directeur de recherche au CNRS, David Chavalarias, explique que nos croyances et les décisions que nous prenons dépendent directement de l’information à laquelle nous avons accès. Or, cette information passe de plus en plus par les médias numériques. Ainsi, aux États-Unis, les réseaux sociaux ont dépassé la télévision avec environ trois heures par personne, et en France, un cinquième de la population s’informe principalement par ce biais, une tendance en hausse. En outre, on l’a vu, les plateformes constituent des espaces où l’on ne choisit pas ce que l’on voit, car les algorithmes jouent un rôle d’intermédiaire, avec un risque de distorsion de l’information. Sur certains réseaux comme X, une part importante des contenus est non sollicitée, ce qui renforce le pouvoir de ceux qui décident de leur mise en avant. L’utilisateur devient alors le produit, auquel on vend des opinions avec des plateformes qui ne servent plus seulement des objectifs commerciaux, mais aussi géopolitiques, devenant des instruments d’influence des populations.

ChangeNow2026©GenevièveClastres

Concentration médiatique et influence sur le débat public

Biais cognitifs, fils personnalisés, défilés de contenus conformes aux opinions de ceux qui les regarde, perte de pluralité, stratégie d’influence et manipulation, faut-il nécessairement quitter tous les réseaux sociaux et ne plus s’informer qu’avec des médias traditionnels ? Pas forcément.  Laureen Goudard, fondatrice du média indépendant Cleemax, nous rappelle qu’en France, une dizaine de milliardaires possèdent environ 90 % de la presse et 50 % de l’audience de la télévision et de la radio. Cela signifie que les personnes qui maîtrisent le débat démocratique dans notre pays « tiennent dans un camping-car ». Quid de la diversité de l’information, de la qualité du débat démocratique ? Même le Financial Times et le New York Times s’en inquiètent outre-Atlantique. Le premier parle de «guillotiner les avantages fiscaux des super riches en France », dans un article s’inquiétant de l’influence des milliardaires français sur les médias quand le New York Times suspecte Pierre-Édouard Sterin, d’influencer le débat démocratique en France.

Éducation aux médias, régulation et libertés

« Nous sommes tous un peu responsables face à la désinformation ! » assène Lucile Berland (France Télévisions), créatrice de Fake Off, une association d’éducation aux médias qui intervient auprès de publics variés : lycéens, centres sociaux, prisons. De souligner à nouveau le rôle des plateformes et de leurs algorithmes, qui enferment les utilisateurs dans des bulles de filtre, avec des effets sur le mal-être et la désinformation. Les chiffres font froid dans le dos : le temps passé sur les réseaux sociaux par les lycéens est comparé à celui passé dans leur établissement scolaire. L’esprit critique se perd. Et la liberté de la presse est en danger. Egalement co-présidente de l’Observatoire des atteintes à la liberté de la presse, Lucile Berland précise :  « Les menaces pesant sur les journalistes sont multiples et viennent de différents acteurs, qu’ils soient issus de la sphère publique, d’acteurs privés ou de simples citoyens. »
L’objectif de l’observatoire est alors d’identifier concrètement ce qui empêche les journalistes de travailler, ce qui les entrave ou cherche à les empêcher d’accéder à certains lieux. Et malheureusement, de nombreuses violences répétées montrent que dernièrement, plusieurs digues ont cédé. Face à ce climat dégradé, l’enjeu éducatif est donc majeur.

ChangeNow2026©GenevièveClastres

Quid de la régulation plus institutionnelle ?

Autre garde-fou, l’ARCOM, représenté lors des débats par Benoît Loutrel : « L’ARCOM joue un rôle de juge arbitre dans l’espace informationnel, en s’appuyant notamment sur la loi de 1986 pour l’audiovisuel et sur le DSA pour les plateformes numériques. » Toutefois, l’ARCOM le reconnait, l’objectif n’est pas de faire disparaître totalement les fake news ou le harcèlement en ligne – qui ont toujours existé – mais plutôt de faire respecter des règles du jeu et d’apprendre collectivement à y répondre. Benoît Loutrel rappelle que, pour la radio et la télévision, les fréquences sont attribuées en échange du respect de principes comme le pluralisme ou l’absence de discours de violence. Pour les plateformes numériques, la régulation est plus complexe, notamment en raison du poids d’acteurs globaux comme Google ou Meta, ce qui impose une action à l’échelle européenne.

Enfin, de nouveaux enjeux juridiques majeurs apparaissent, en particulier l’accès des chercheurs aux données des plateformes, désormais prévu par le DSA (article 40), afin de mieux comprendre les risques liés aux usages. Autres points d’achoppement, les tensions autour de la protection des données et les difficultés d’accès à certaines informations, avec parfois de la rétention d’information comme chez Meta. Il est donc impératif de rééquilibrer le rapport de force avec ces grandes entreprises, d’autant qu’il en va de la protection du droit à l’information comme de la protection des sources. Or certaines procédures judiciaires longues et coûteuses sont plus à même de fragiliser les petits médias indépendants.

Conclusion : reprendre le contrôle ou subir

Au final, une question centrale traverse tous ces échanges : qui contrôle l’information aujourd’hui ? Réponse :  certainement pas les citoyens. Entre plateformes opaques, algorithmes surpuissants, concentration des médias et stratégies d’influence, le paysage informationnel semble de plus en plus confisqué. Et, avec lui, une partie de notre capacité à comprendre le monde, à débattre et, in fine, à décider collectivement. Car il ne s’agit pas seulement de fake news ou de dérives numériques : c’est la qualité même de nos démocraties qui est en jeu. Un citoyen mal informé est un citoyen vulnérable, manipulable, et une société qui ne partage plus de socle commun d’information est une société qui se fragmente.

Face à cela, les solutions existent,, éducation aux médias, régulation européenne, soutien aux médias indépendants, mais elles nécessitent une volonté politique forte et un engagement individuel réel. Ne pas relayer n’importe quoi, questionner les sources, refuser les logiques de buzz, autant de gestes simples qui deviennent aujourd’hui des actes citoyens.

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le chat de geluck assis sur une branche d'arbre lit son journal tout en se faisant des réflexions
L’humour du chat de Geluck

Les médias et le climat… de l’information ! | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Radio France, Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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