Gîtes de France Puy-de-Dôme : innover pour résister !
Thèmatique : Éco-Hébergement Initiative régionale Innovation Projet solidaire Territoire
Une plateforme dédiée aux expériences locales, un site prochainement lancé qui regroupera les offres de tous les hébergeurs du territoire, une permanence téléphonique disponible 7 jours sur 7… Le réseau des Gîtes de France Puy-de-Dôme est convaincu que mêler innovation et valeurs fortes est la clé pour maintenir le cap. Yvon Bec, son président, s’est confié à nous : « J’ai un espoir. Certes, nous ne battrons pas Booking ou Airbnb sur le plan national, mais nous pouvons les challenger là où ils sont faibles : sur le terrain, au cœur du territoire. Là où ils n’ont personne, nous avons onze salariés. C’est une force que nous devons utiliser pour continuer à exister et éviter de disparaître. »

VA/ Pouvez-vous vous présenter pour nos lecteurs ?
Je suis Yvon Bec, président de Gîtes de France Puy-de-Dôme. Ingénieur agronome aujourd’hui à la retraite, j’ai repris le domaine agricole familial situé à Riom, que j’ai entièrement rénové, notamment en transformant l’ancien pigeonnier en gîte rural. Cette réalisation a marqué le point de départ de mon engagement au sein des Gîtes de France. Je suis par ailleurs président fondateur d’une société regroupant une douzaine de relais Gîtes de France, assurant une permanence téléphonique centralisée sept jours sur sept.
VA/ Comment se porte le réseau Gîtes de France dans le Puy-de-Dôme ?
Le réseau se porte très bien et connaît, depuis cinq à six ans, une progression continue. En 2025, nous avons enregistré une hausse de 18 % par rapport à l’année précédente. Le nombre de nos adhérents est lui aussi en nette augmentation, avec plus de 660 propriétaires pour 922 hébergements. Parallèlement, notre équipe salariée s’est étoffée : en l’espace de sept ans, nous sommes passés de quatre à onze collaborateurs. Cette dynamique nous permet aujourd’hui de porter de nombreux projets et de nous appuyer sur des profils plus spécialisés, en adéquation avec les réalités de notre territoire, le Puy-de-Dôme.

VA/ Avec JemJemGo, vous innovez en proposant des expériences de qualité sur votre plateforme de réservation d’activités. Comment vous est venue cette idée ? L’envie de taquiner un peu Airbnb ?
Je ne suis pas un fervent adepte de Airbnb, même si cette plateforme a pu constituer une source d’inspiration, notamment dans une démarche consistant à s’approprier certains aspects de son modèle avec nos propres atouts : l’authenticité et une connaissance fine du terrain. Il m’est alors apparu que, dès lors que de grandes entreprises investissent le champ du local, qui demeure pourtant notre cœur d’expertise, de réelles opportunités peuvent être saisies. Nous sommes proches du territoire, nous connaissons les acteurs : nous devrions pouvoir faire mieux qu’Airbnb.
VA/ Vos clients ont-ils répondu présents ?
Pour l’heure, JemJemGo demeure encore peu connu. La plateforme n’existe que depuis deux ans et son périmètre se limite, à ce stade, au Puy-de-Dôme. Les volumes restent donc modestes, avec quelques centaines de réservations, mais des perspectives de développement sont clairement envisagées. D’autant que nos différents publics, les touristes, les estivants, mais aussi les habitants du département, sont vraiment enchantés. Il faut dire que toutes ces expériences ont été testées par nos équipes et très soigneusement sélectionnées. Elles se distinguent par leur originalité, leur qualité et contribuent à véhiculer une image très positive de la plateforme.

VA/ Quelques exemples concrets pour donner envie à nos lecteurs ? Peut-être celles qui ont le plus de succès…
Plusieurs expériences sont plébiscitées, notamment celle qui consiste à fabriquer son propre couteau. Thiers étant reconnue comme la capitale de la coutellerie, nous proposons au public de se rendre dans un atelier afin d’y assembler son propre couteau. L’expérience est particulièrement enrichissante, avec la possibilité d’y apposer son nom ou son prénom.
Dans un registre différent, nous organisons des stages de survie en forêt, encadrés par des professionnels et réalisés dans des conditions parfaitement sécurisées, ce qui en fait une proposition à la fois originale et accessible. Toujours en lien avec le Puy-de-Dôme, territoire volcanique par excellence, nous proposons un atelier de lave émaillée : à partir d’une plaque de lave, chacun peut créer un motif ou une composition, guidé par une artiste. L’un de nos clients a ainsi participé à cette activité en couple et en est revenu particulièrement enthousiaste, bien qu’il ne disposait d’aucune expérience préalable en dessin.
D’autres expériences complètent cette offre, telles que la participation à la traite des vaches ou encore des sorties nature de deux heures consacrées à la cueillette de plantes sauvages et à leur préparation culinaire. L’ensemble de ces propositions se distingue par une attention constante portée à la durabilité : nous opérons une sélection rigoureuse des activités, en privilégiant celles qui s’inscrivent dans une démarche naturelle et responsable. Cela contribue pleinement à renforcer l’image de marque de la plateforme.
VA/ Quid de l’ensemble du réseau Gîtes de France, avez-vous donné à certains départements l’envie de suivre votre exemple ?
La question est plus complexe. Le réseau demeure en effet très décentralisé et a conservé un fonctionnement largement autonome à l’échelle de chaque département. Chacun dispose ainsi de son propre chiffre d’affaires, de ses représentants et de sa structure. Dans le Puy-de-Dôme, nous nous distinguons par une approche particulièrement innovante : nous avons été le premier relais départemental des Gîtes de France à mettre en place un service de conciergerie, une initiative aujourd’hui reprise par deux ou trois autres départements.
S’agissant du développement d’activités complémentaires, quelques départements se sont également engagés dans cette voie, mais selon des modalités différentes, en privilégiant notamment la création de produits packagés. Pour notre part, nous avons fait le choix de développer une plateforme dédiée à des activités inédites, quitte à envisager, dans un second temps, la mise en place de produits packagés.

VA/ Le site Boséjour dont la mise en ligne est prévue pour septembre 2026 est un autre exemple d’innovation qui vise à favoriser un modèle vertueux d’économie circulaire, pouvez-vous nous en dire plus ?
S’agissant de Boséjour, il s’agit d’un site internet actuellement en cours de finalisation, reposant sur une idée relativement novatrice : réunir, au sein d’une même plateforme, des typologies d’hébergeurs très diversifiés. L’objectif est ainsi d’y intégrer à la fois les offres des Gîtes de France, celles d’autres marques telles que Clévacances, avec, à terme, la perspective d’ouvrir également la plateforme aux hôtels et aux campings. À ce stade, un accord de principe a été obtenu auprès de l’ensemble des responsables départementaux afin de figurer sur la plateforme Boséjour du Puy-de-Dôme.
VA/ Comment se fait-il que cette initiative vienne de Gîtes de France Puy-de-Dôme et pas du Comité Départemental du Tourisme (CDT) ?
Il convient de préciser qu’il n’existe pas de comité départemental du tourisme dans le Puy-de-Dôme. La prise en compte des enjeux touristiques par les élus a été progressive. Depuis quelques années, un service dédié au tourisme a bien été mis en place au sein du conseil départemental, sans toutefois disposer des moyens habituellement associés à un tel organisme. Dans ce contexte, Gîtes de France Puy-de-Dôme a pris l’initiative de ce projet. Celui-ci a été confié à notre centrale de réservation, l’une de nos filiales, qui a vocation à devenir l’outil de référence pour l’ensemble des hébergements, sous la marque Boséjour. Un accord a par ailleurs été conclu avec les professionnels du secteur, notamment les représentants de l’hôtellerie.
À ce stade, l’infrastructure informatique est opérationnelle. L’ensemble des partenaires ayant donné leur accord, l’intégration des hébergements est en cours sur la plateforme. Chaque établissement pourra y apparaître sous son identité propre (Gîtes de France, Clévacances, etc.) tout en étant rattaché à cet environnement commun. À l’instar de Airbnb, l’adhésion à Boséjour pourra s’effectuer de manière simplifiée, en un simple clic, ce qui est beaucoup plus souple que dans notre réseau où il faut passer un agrément, sans pour autant exclure les contrôles.

VA/ Mais quel est l’intérêt pour Gîtes de France de lancer une plateforme qui met aussi en avant ses concurrents ?
Notre principal objectif est de répondre à la domination des plateformes comme Airbnb et Booking.com. Face à ces acteurs de grande ampleur, notre position peut paraître fragile. Toutefois, le regroupement des forces doit nous permettre de gagner en solidité, tout en maintenant un haut niveau d’exigence sur la qualité des hébergements intégrés et sur le caractère durable du tourisme que nous défendons. L’enjeu est également de faire de cet outil un véritable levier de communication, capable d’attirer de nouvelles clientèles.
Selon moi, sans innovation, il n’est pas possible d’avancer durablement. En matière de commercialisation, rester compétitif implique d’assumer pleinement cette dimension, de manière cohérente et transparente. Au sein de Gîtes de France, nous avons la chance de nous appuyer sur des valeurs historiques fortes, héritées des années 1950 : la qualité de l’accueil, l’attention portée aux clients et l’authenticité. Nous étions déjà, en quelque sorte, engagés dans une logique de tourisme durable, bien avant que le terme ne s’impose. Aujourd’hui, nous consolidons cette orientation, sans rupture, dans la continuité de ce qui a toujours constitué notre ADN.
Dans cette perspective, l’initiative Boséjour peut être considérée comme emblématique de l’esprit des Gîtes de France. Elle vise à fédérer des acteurs variés, parfois très différents de notre univers initial, mais qui permettent, collectivement, de renforcer notre positionnement et notre capacité à exister face aux grands opérateurs. L’objectif est ainsi de s’inspirer des méthodes des plateformes comme Airbnb et des outils numériques actuels, tout en les adaptant au service de nos propres valeurs. L’innovation réside précisément dans cette articulation : mobiliser des technologies modernes pour préserver et prolonger un modèle fondé sur l’authenticité et la qualité de la relation humaine. C’est un équilibre exigeant, qui constitue aujourd’hui l’un de nos principaux défis.
VA/ Sur un tout autre sujet, comment arrivez-vous à résoudre le problème du manque d’hébergement sur certaines randonnées magnifiques à l’image du « Tour des Vaches Rouges » qui en manquait cruellement il y a quelques années ?
Le secteur du Cézallier, et en particulier le Tour des Vaches Rouges, est l’un des endroits que je préfère. Je recherche depuis plusieurs années d’anciens burons susceptibles d’être transformés en gîtes, même si ces opportunités restent rares. Parallèlement, de nouveaux hébergements voient le jour, à l’image du Gîte des Hautes Terres de Luguet, particulièrement bien situé, ainsi que de quelques autres projets en cours de développement. Concrètement, deux nouveaux propriétaires devraient prochainement rejoindre le réseau et enrichir l’offre d’hébergements existante. La dynamique est bien réelle, mais elle demande du temps et un travail de prospection constant.

VA/ Le réseau des Gîtes de France compte principalement deux labels de développement durable, Ecogîte et Gîte Panda. Avez-vous beaucoup de gîtes labellisés dans votre réseau, voire des établissements qui ont choisi d’autres labels (Clef Verte, Écolabel, etc.) ?
Il s’agit d’un sujet délicat. Les labels Gîte Panda et Écogîte existent toujours, mais l’un des principaux reproches que l’on peut formuler à ce système est sa forte diversification. Lorsqu’il existe trop de labels, la lisibilité s’en trouve réduite, ce qui nuit à l’efficacité commerciale. Dans le Puy-de-Dôme, nous avons donc engagé une démarche visant à harmoniser les critères afin de proposer une classification unique.
Pour cela, nous avons repris les exigences déjà présentes dans les labels existants. Lorsqu’un hébergement y répond, il peut obtenir la marque « Engagé pour l’environnement ». L’objectif est de privilégier une approche globale, fondée sur un signe de reconnaissance unique, plus lisible et plus facilement identifiable. Cette démarche s’inspire notamment de dispositifs déjà en place dans le Morbihan, que nous avons ensuite adaptés et renforcés à travers un plan d’action structuré, complété par un programme de sensibilisation et de mobilisation des hébergeurs.
Dans ce cadre, nous avons obtenu des financements du programme LEADER ainsi que de l’État, ce qui nous a permis de recruter une chargée de mission dédiée à la formation des propriétaires. Le dispositif a été lancé en septembre dernier et compte déjà une centaine de gîtes labellisés « Engagé pour l’environnement ». Il repose sur un programme de formation, incluant également des visites de terrain, comme celle organisée récemment au centre de traitement des déchets du Puy-de-Dôme.
VA/ Une dernière chose à nous confier ?
Oui, j’ai envie de rappeler combien l’Auvergne est un territoire exceptionnel, dont le « Tour des Vaches Rouges » est sans doute la quintessence. Or, dans un « pays » souvent considéré comme moins développé que d’autres, ce retard dans l’utilisation de moyens modernes en fait en réalité un territoire innovant, prêt à accueillir nos populations urbaines dans toute leur authenticité. Cela nous donne les moyens de construire un avenir touristique particulièrement prometteur. J’ai un espoir. Certes, nous ne battrons pas Booking ou Airbnb sur le plan national, mais nous pouvons les challenger là où ils sont faibles : sur le terrain, au cœur du territoire. Là où ils n’ont personne, nous avons onze salariés. C’est une force que nous devons utiliser pour continuer à exister et éviter de disparaître.
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Découvrir ici : Gîtes de France Puy-de-Dôme : location de Vacances dans le Puy-de-Dôme
Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Radio France, Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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