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Korbous : la belle endormie d’une Tunisie prometteuse

| Publié le 11 mai 2026
Thèmatique :  Bien-être   Initiative privée   Patrimoine   Territoire 
           

« On fait revivre une histoire. On n’en crée pas une. » L’histoire, c’est celle de Korbous et de ses thermes. Fréquentée par les Romains qui la connaissaient sous le nom de Carpis, puis par les notables tunisiens sous Ahmed Ier Bey, elle fut redécouverte par une clientèle internationale huppée pendant la période coloniale française. Il faut dire qu’à l’avant-poste de la péninsule du Cap Bon, les yeux rivées sur Tunis et Sidi Bou Saïd, Korbous a les pieds dans l’eau et le regard tourné vers l’horizon. Devenue une station de bien-être populaire depuis l’indépendance, elle avait besoin d’un petit coup de projecteur pour éclairer son patrimoine thermal qui se meurt. C’est chose faite avec l’arrivée de M. Abbas. Enfant du pays et homme d’affaires accompli, il a décidé de donner un nouveau souffle à sa région de cœur. L’ouverture du Royal Tulip Korbous Bay Thalasso & Springs en 2022 n’en est que la première étape. D’autres projets sont en gestation pour faire revivre une région agricole qui souhaite aussi renouer avec son passé.

Royal Tulip Korbous Bay Thalasso & Springs ©DR

Aquae Calidae Carpitanae & Les Eaux Chaudes de Carpis 

Il fut donc un temps où Korbous s’appelait « Carpis », le Cap Bon,  « Pulchri Promontorium », et où « Decimus Laelius Balbus, haut fonctionnaire romain, venait se retirer loin du tumulte de Carthage, pour retrouver les vapeurs apaisantes des sources… et le silence des collines. » À se demander si deux illustres Gaulois n’auraient pas là une nouvelle aventure dans leur besace, pour aller, par exemple, percer les mystères d’une stèle votive retrouvée en 1907 par un ouvrier participant à l’édification de l’hôtel des Thermes de Korbous. L’inscription est limpide et rend hommage au notable : « Decimus Laelius Balbus, fils de Decimus, questeur pour le préteur, a pris soin de l’édification des étuves, de la salle de massage et de la terrasse à construire. » On a donc en Balbus l’un des premiers bienfaiteurs d’une station que l’élite carthaginoise affectionnait tant qu’elle n’hésitait pas à traverser le golfe à la voile pour venir prendre les eaux.

Source Ainatrous©GenevièveClastres

Une valse à trois temps  

Après Balbus, trois hommes vont successivement marquer Korbous de leur empreinte. Le premier, Ahmed Ier Bey, régna sur la Tunisie de 1837 à 1855. Fasciné par la puissance des sources et la beauté du site, il fait renaître la station après des siècles d’oubli en édifiant notamment Dar El Bey, une somptueuse villa qui deviendra plus tard un hammam public encore populaire aujourd’hui. Au début du 20e siècle, sous le Protectorat, c’est au tour d’Edmond Lecore-Carpentier de s’enticher de la ville d’eau.  Ce patron de presse influent, rédacteur en chef de la Dépêche Tunisienne, fait bâtir une route d’accès, un casino (le premier construit en Tunisie) et l’Hôtel des Thermes où se presse toute l’élite française et tunisienne de l’époque. Korbous est alors connu sous le nom de « Côte du Soleil ». On y vient en bateau ou par hydravion depuis Marseille.  Aimé, voire adulé par la population, Carpentier sera « Sidi Carpenti», un véritable Saint local. Enterré dans un caveau romain, son mausolée se visite et attire de nombreux visiteurs. Enfin, après l’indépendance (1956), le président Habib Bourguiba fait l’acquisition de la villa de Carpentier et y séjourne à plusieurs reprises, une mise en lumière qui sera la dernière avant des décennies d’oubli…

Ancien hôtel des Thermes de Korbous©GenevièveClastres

Un nouveau chapitre au tournant de l’histoire

Dans les années 2000, Korbous a besoin d’une nouvelle impulsion. C’est finalement un enfant du pays qui décide de s’investir pour la belle. Capitaine d’industrie qui a fait fortune dans le pétrole (STAROIL), les transports (SETCAR), le leasing (ATL) et l’immobilier, Ferid Abbas a l’ambition de faire revivre l’histoire millénaire de ces thermes en créant un hôtel permettant de faire rayonner sa région natale. « On fait revivre une histoire, on n’en crée pas une. Il s’agit là d’une des régions les plus riches de Tunisie. Mon objectif est de lui donner un nouvel élan. » Il rachète la terre sur laquelle est déjà construit un petit hôtel d’État qu’il pense un temps rénover. Mais le chantier s’avère trop compliqué. Il préfère alors tout raser et repartir à zéro, non sans avoir recontacté l’architecte d’origine, Olivier-Clément Cacoub (Grand Prix de Rome), qui mourra avant le début des travaux.

Korbous©GenevièveClastres

En 2015, le chantier reprend. Et c’est finalement Karim Berrached (ARTEC) qui est choisi pour dessiner le Royal Tulip Korbous Bay Thalasso & Springs. L’établissement ouvre officiellement ses portes en 2022, il rejoint le groupe Louvre Hôtel. Un projet pharaonique qui représente aussi un challenge. Certes, le site est exceptionnel avec ses sept sources et ses pieds dans la mer, mais il reste peu touristique et la ville de Korbous s’apparente plus à une cité fantôme, une belle endormie qu’il va falloir réveiller.  Ferid Abbas : « Ce projet est avant tout un geste pour une région de cœur, sinon on n’investit pas. » Alors, pour donner le maximum de visibilité à son établissement et à ce territoire élu, des voyages de presse réguliers sont organisés invitant la presse française et internationale (des influenceurs chinois ont récemment été les hôtes de M. Abbas) à venir découvrir les charmes du lieu.

Royal Tulip Korbous Bay Thalasso & Springs ©DR

A la croisée du thermalisme et de la thalassothérapie

Le lieu, c’est notamment cet immense hôtel construit à un kilomètre et demi de Korbous, au cœur d’une anse maritime qui offre une vue imprenable sur Tunis et sa côte : le Royal Tulip Korbous Bay Thalasso & Springs. Véritable paquebot échoué sur la terre, il domine toute la baie. Doté de 162 chambres dont une quarantaine de suites et de trois villas privées, il peut accueillir un peu plus de 300 clients qui viennent principalement pour son site et ses eaux, l’hôtel ayant le rare privilège d’être à la croisée du thermalisme et de la thalassothérapie. Ferid Abbas :  « On a décidé de réaliser un hôtel cinq étoiles sans rien autour. On a cru à ce défi à cause de la beauté du site. L’une des sources qui jaillit à proximité est captée et transportée puis arrive à 54° dans notre centre thermal. »

Centre de bien-être du Royal Tulip Korbous Bay Thalasso & Springs ©DR

Occupant les étages inférieurs de l’hôtel, le centre de bien-être est impressionnant : quatre niveaux, près de 3 700 m², il propose soins et cures thermales et marines, placé sous la direction d’un médecin. Les espaces réunissent piscine thermale, bassin d’eau de mer, hammam, sauna, bains hydromassants, lits flottants pour les enveloppements, douches à affusion et douches à jets. Les clients peuvent choisir tout un programme de massages, soins traditionnels aux côtés d’un espace beauté et d’un espace rééducation. En outre, petite curiosité locale, l’établissement est situé tout près de la source Aïn Oktor, dont les eaux devinrent la première eau minérale tunisienne (1904) d’abord vendue en pharmacie. Une salle de séminaire lui a d’ailleurs emprunté son nom. Et aujourd’hui encore, l’eau est embouteillée sur place dans le bâtiment blanc qui jouxte l’hôtel.

Source Ainatrous©GenevièveClastres

Sept sources sacrées

Sept sources chaudes (entre 37 et 54°) irriguent Korbous avec chacune son histoire, ses bienfaits, ses atours. Elle sont riches en minéraux (calcium, potassium, soufre, magnésium), particulièrement recommandées pour la peau, les articulations, les voies respiratoires, le système nerveux, l’appareil digestif et la circulation veineuse. Il y a Aïn Chefa (La Grande Source), qui a donné naissance à  Aïn Sbia (La Vierge) et Aïn Arraka (La Suante) ; puis Aïn Kanassira, la plus isolée, uniquement accessible après une marche sur un sentier côtier accidenté. On trouve ensuite Aïn Fakroun (La Tortue), dont le nom fait allusion à son accès difficile : les curistes sont obligés de ramper via un tunnel pour y avoir accès.

Source du Bouc©GenevièveClastres

Toutefois, la plus populaire est sûrement Aïn El-Atrous (Le Bouc). La source  jaillit directement dans la mer et permet de se baigner en toute saison. On y vient en famille, entre amis, pour se tremper les pieds ou le bas du corps. Le site est accessible à tous, sans droits d’entrée, et s’avère très fréquenté en saison. Enfin, il y a la déjà nommée Aïn Oktor (La Goutte), réputée pour ses effets détoxifiants et ses bienfaits dans le traitement des maladies rénales. Particulièrement efficace pour éliminer les toxines et purifier l’organisme, elle a donné naissance à cette fameuse eau minérale évoquée plus  haut dont l’embouteillage se fait dans le bâtiment voisin de l’hôtel.

Source Ainatrous©GenevièveClastres

Et demain un site de tourisme intégré ?

Sept sources d’exception, un hôtel d’envergure, mais aussi de nombreux projets dont se fait écho la presse locale. Le 11 avril dernier, quelques jours avant la venue de notre groupe de journalistes, La Presse de Tunisie évoquait la création prochaine d’un port de plaisance et d’un village touristique intégré sur le site de Korbous, avec pour ambition de faire de la station une destination à la fois thermale et durable. Le projet, encore à l’étude, prévoit également des circuits écologiques et de santé. Une phrase toutefois interroge : « À moyen et long terme, l’étude prévoit des projets structurants, dont la création d’un complexe sportif aux normes internationales, d’un terrain de golf et de plusieurs hôtels touristiques. » Derrière la promesse d’un développement maîtrisé, le risque d’un basculement vers un tourisme plus standardisé n’est pas totalement absent, dans un site qui conserve encore de nombreux vestiges archéologiques.

Site archéologique de Kerkouane©GenevièveClastres

S’il est évident que le Royal Tulip et la rénovation de Korbous peuvent redynamiser la région et constituer de véritables leviers d’emplois et de richesse, il faudra donc toutefois veiller à protéger l’identité d’un site encore largement préservé. D’autres articles mentionnent également la création de circuits culturels et forestiers, d’itinéraires maritimes touristiques, d’un musée de l’eau et le développement d’activités (randonnée, plongée, escalade, etc.) plus aptes à profiter à tout le territoire. Pour l’heure, l’objectif affiché par M. Abbas est de désenclaver le territoire en diversifiant les points d’attractivité, afin que la dynamique touristique ne se concentre pas uniquement sur le littoral hôtelier, mais irrigue plus largement l’ensemble de la région.

Maraicher sur la route du Cap Bon©GenevièveClastres

————— Annexe————-

Royal Tulip Korbous Bay Thalasso & Springs

127 chambres. 33 suites, 3 villas privées. 320 clients maximum. Plus de 12 ans. Ouvert toute l’année. Meilleur saison : mai-juin & octobre-novembre. Trois restaurants (Amwej & Espadon &Zembra). SunSet Lounge. Un bar à cigare. Un bar à chicha. (Bar the Cap & Piano Bar & Café Maure). Aussi possibilité de se restaurer près de la piscine externe à partir de fin mai/fin oct.

Hotel 5 étoiles Korbous Bay Thalasso & Springs | Royal Tulip

Les eaux de Carpis

www.eauxdecarpis.com

Royal Tulip Korbous Bay Thalasso & Springs ©GenevièveClastres

Activités depuis l’hôtel :

Balades en mer (2 à 3 variantes selon le budget) : sorties de pêche, plongées, baignades. « Embarquez pour une sortie de pêche conviviale et repartez avec votre prise. Daurades, mulets et autres poissons de la région seront cuisinés à votre retour selon vos goûts par notre Chef. Matériel fourni, durée 2h30, authenticité garantie »

Balades aux mille vues : Quatre pistes de marche balisées (entre 500 m et 2 km) partent de l’hôtel, avec des niveaux de difficulté différents.

Randonner avec CAP OUTDOORS. Cet entreprise d’éco-tourisme passionnée par la préservation de l’environnement propose une variété de circuits écologiques qui permettent de découvrir la beauté de la nature tout en respectant la biodiversité et les écosystèmes locaux

https://www.facebook.com/CapOutdoorsTunisia

CHAWKI GABTNI 0021655896891 contactcapoutdoors@gmail.com

Restaurant ESPADON au Royal Tulip Korbous Bay Thalasso & Springs ©GenevièveClastres

Visites à proximité : Ornithologie, souks de Nabeul, balades archéologiques, visite de vignoble, marchés locaux, découvertes botaniques, etc.

Occupations sur place : cours de tennis face à la mer, piste de pétanque (boules fournies), salle de fitness, jeux de société, etc.

Hatem, un interlocuteur unique :  Excursions, activités sportives ou découvertes insolites : Hatem, notre chef concierge vous accompagne dans l’organisation de chaque moment de votre séjour… et bien au-delà pour exaucer le moindre de vos désirs et vous proposer des expériences uniques, sur mesure.

Contact direct : +216 98 184 179 chef.concierge@shpp.com.tn

Hatem au Royal Tulip Korbous Bay Thalasso & Springs ©GenevièveClastres

Korbous : la belle endormie d’une Tunisie prometteuse | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Radio France, Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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