Clipperton : un laboratoire de biodiversité à ciel ouvert !
Thèmatique : Espaces protégés Initiative régionale Innovation Monde Territoire
Savez-vous placer l’atoll de la Passion-Clipperton sur une carte ? Si l’îlot a connu diverses appellations au fil de son histoire (île de la Passion, Médanos, Clipperton), il n’en demeure pas moins un confetti largement méconnu de notre République ! Car « Clipperton » appartient bel et bien à la France, officiellement depuis 1858. Certes, il a suscité bien des convoitises, notamment en raison de sa situation aux antipodes de notre hexagone, perdu en plein Pacifique Nord, bien plus proche du Mexique et des côtes américaines que de notre pays… Mais il reste une possession française dont l’intérêt géopolitique, stratégique et scientifique a longtemps été sous-estimé par nos gouvernants. Un ouvrage – Atoll Circus & Voyages à Clipperton – vient conter la saga de ce bout du monde fascinant. Il retrace notamment son histoire mouvementée et les quatre expéditions menées par son auteur, Stéphane Dugast, entre 2001 et 2023. Engagé, ce dernier pointe du doigt cette terre négligée pourtant si emblématique des enjeux environnementaux actuels.

Des personnages hauts en couleur
Étonnamment, il existe très peu de fictions consacrées à Clipperton. Et pourtant, tous les ingrédients sont réunis : explorateurs, pirates, militaires, narcotrafiquants, scientifiques, journalistes, aventuriers, et même un « roi fou »… nombreux sont ceux qui ont posé le pied sur ce « rocher », pourtant protégé par une redoutable barrière de brisants. Stéphane Dugast conte tour à tour la première expédition menée en 1711 par la frégate La Découverte du capitaine Michel Dubocage, l’exploitation du guano sur l’île, puis la mainmise du Mexique le 25 mai 1905 et l’arrivée du lieutenant Arnaud et de sa suite. Il relate également le calvaire de sa veuve et des rares survivants, au fil de tumultueuses péripéties que je vous laisse découvrir, le jugement définitif du roi italien Victor-Emmanuel III, les incursions américaines qui virent s’installer une station météorologique puis une piste de décollage et d’amerrissage pour hydravions, les missions militaires françaises menées sur l’île en 1966, ainsi que les différents séjours de Jacques-Yves Cousteau sur l’atoll…
Au fil des pages, le lecteur traverse autant l’histoire que les océans avec cette lancinante question que Stéphane Dugast ne cesse de nous poser : mais pourquoi donc la France n’est-elle pas plus présente et active sur cet atoll, qui constitue pourtant un extraordinaire avant-poste d’observation de la biodiversité et, au-delà, du changement climatique ?

Un monde naturel à protéger !
« Cette île ne doit plus être le seul apanage des passionnés, qu’ils soient scientifiques, radioamateurs, adaptes de plongée sous-marine ou de pêche au gros. Il faut par ailleurs sortir des missions scientifiques qui se répètent. Les principaux enjeux sont la souveraineté et la protection de ses ressources, dont celles en thonidés à surveiller. Surveillance qu’il est possible de rentabiliser en exerçant des droits de pêche. Tout cela permettra de constituer une ligne budgétaire et de faire de ce territoire ultramarin un observatoire de l’environnement océanique idéal. »
Les années ont filé. Ces crabes rouges voraces qui avaient tant marqué Stéphane Dugast lors de sa première expédition ont un temps été remplacés par des rats ; ils reviendront, par intermittence, tant les habitants de l’ile, quels qu’ils soient, forment un écosystème vivant obligé de lutter pour sa survie. Sur Clipperton, la nature est aussi cruelle que les hommes. Crabes, rats, fous, sternes, murènes, dauphins, requins, thons : un ballet incessant de prédateurs et prédatés. Et lorsque l’homme s’en mêle, le désastre n’est jamais loin. « Au milieu des années 2000, une totale impunité continuait à régner en matière de surpêche (…) – des quantités prélevées dans la ZEE supérieure à 100 000 tonnes par an – de ce pillage des ressources halieutiques… nos décideurs ne faisaient pourtant pas cas. »

Ils sont nombreux, pourtant, à se battre depuis des décennies pour faire entendre l’importance de redonner sa juste place à Clipperton. Christian Jost, Philippe Folliot mais aussi, bien entendu, l’auteur de cet ouvrage, Stéphane Dugast, déterminé depuis toujours à « faire de Clipperton un véritable sanctuaire de la vie sous forme d’une réserve intégrale ». À l’heure où les appétits ne cessent de croître et où Donald Trump a ouvert la boite de Pandore en sonnant le départ d’une course à l’extraction des abysses – avec tous les dommages évidents que cela aura pour la biodiversité marines, l’oxygène noir, les nodules polymétalliques, etc. – il devient impératif prendre des mesures pour protéger les derniers remparts de la vie sur terre.
———- En guise de conclusion avec Stéphane Dugast ——–
L’utopie.
Je suis la Passion-Clipperton.
Je suis le territoire ultramarin de tous les paradoxes.
Je suis inhabitée mais fréquentée, unique mais complexe, sauvage mais polluée, abandonnée mais disputée, anecdotique mais stratégique, envoûtante mais cruelle.
Je suis un bout de France à tort méconnu. Je suis pourtant un point chaud de la biodiversité.
Je suis un laboratoire à ciel ouvert pour observer l’océan et ses changements, le valoriser comme le protéger.
Et si j’étais finalement l’atoll de tous les possibles, celui qui va aider, demain, à construire un monde meilleur ?
——————–
Atoll Circus. Voyages à Clipperton. Stéphane Dugast. Editions du Trésor. 23 avril 2026. 224 p. 21 €

Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Radio France, Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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