Le Tchad veut renouer avec le tourisme
Le Tchad veut renouer avec le tourisme : il lui rouvre une porte sur l’Ennedi, sa province la plus sauvage dont une partie des paysages sont inscrits à l’Unesco. Le Festival des Cultures sahariennes y a ainsi été ressuscité, après une interruption de sept ans. Emmenés par Point Afrique et La Saharienne, des voyageurs sont ensuite allés à la découverte des richesses de l’Ennedi. Des attentes aux limites d’un tourisme durable dans ce pays, récit d’un séjour plutôt en demi-teinte.
L’arche d’Aloba, merveille monumentale du désert
Entre ciel et terre, un gigantesque pont de roche : l’arche d’Aloba. Sculptée dans la pierre par le temps et l’érosion, elle est vraiment monumentale, impressionnante. Avec ses 120 m de haut, près de 80 de long, cette arche de grès est l’une des plus grandes de la planète. En plein désert de l’Ennedi, à mille lieux de la civilisation, je ne me lasse pas de contempler cette merveille de la nature.

Est-ce une porte, une gigantesque fenêtre sur un autre monde ? Les petites silhouettes humaines qui s’agitent loin sous la voûte me paraissent semblables à des fourmis. Encore et toujours, l’arche attire immanquablement le regard. D’autant plus qu’en cette fin de matinée, les couleurs sont extraordinairement belles. L’ocre de la pierre, le bleu du ciel, le jaune ambré du sable… tout ceci fait que j’en garderai longtemps le souvenir.
L’Ennedi, d’une farouche beauté sauvage
Inoubliable, l’arche d’Aloba est l’un des joyaux de l’Ennedi, une provinces reculée du Tchad.
Et l’une des plus belles, d’une farouche beauté sauvage et naturelle. Au cœur de l’immensité saharienne, le massif de l’Ennedi est en effet inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2016.

Arches et paysages sculptés
Ce n’est pas la seule merveille que compte l’Ennedi, évidemment. La veille déjà, j’avais eu l’occasion de contempler de près une autre arche, celle de Djoulia. Si ce n’est l’environnement désertique, rien de comparable, ni dans la taille ni dans la forme. Ici, l’arche ressemble non pas à un pont, mais plutôt à une fine aiguille pointant vers le ciel. Avec, vers son sommet, le chas pour y passer le fil. En fait, vue de plus près et sous un autre angle, elle n’est plus du tout aussi fine qu’elle me semblait de prime abord.
La guelta de Djoulia, un écosystème unique
Dans les proches environs de Djoulia se trouvent encore d’autres sites remarquables. A commencer par sa guelta. La guelta ? C’est un long canyon qui se remplit avec les eaux de pluie, les résurgences. Une bénédiction pour les dromadaires. Par dizaines, parfois par centaines, ils viennent de loin souvent pour s’abreuver. Souvent dans l’ombre, dès la mi-journée en tout cas, la guelta de Djoulia abrite ainsi toute une végétation, herbes et plantes de tout genre. Mais aussi petits buissons et même de grandes arbres dont les racines s’agrippent au bas de ses falaises. Dans les rochers dépassent de temps à autre les têtes de petits singes qui semblent s’en donner à cœur joie. La guelta est un petit monde en soi, fascinant.

Depuis Bachikele, où les organisateurs ont dressé un vaste campement, s’offrent pas mal d’autres buts de randonnée. Des roches aux allures étonnantes, comme celle rappelant une tête d’éléphant. Ou tout simplement les hameaux d’éleveurs, nombreux dans les environs et accueillants… à condition de ne pas vouloir les photographier.
Un territoire encore en marge du tourisme
L’Ennedi, quelle meilleure invitation à la découverte, meilleure porte d’entrée sur ce pays qui compte parmi les plus beaux paysages d’Afrique, des sites incroyables ? Grand comme deux fois la France, le Tchad est l’un des pays les plus vastes et les moins peuplés d’Afrique, l’un des moins transformés. Aujourd’hui, le choc de la Covid et des soubresauts politiques qui ont secoué le Tchad se sont effacés. Mais, ni l’Ennedi ni d’autres régions du Tchad n’ont fait leur retour dans les catalogues des voyagistes. Certes, l’Ennedi figure encore en zone rouge sur la carte du ministère français des Affaires Etrangères. Mais la région paraît maintenant sûre, et les choses ne sont pas immuables. Tout ceci pourrait bien changer dans les prochains temps.
Le Festival des cultures sahariennes, une grande fête populaire
En tout cas, l’État tchadien compte bien œuvrer en ce sens. Dans cette optique, il a relancé en février 2026 le Festival des cultures sahariennes (FICSA). La première édition avait eu lieu en 2012, sous l’égide de l’association La Saharienne avec le concours du voyagiste Point Afrique, coopérative de voyageurs à but non lucratif. Ce festival avait aussi été le coup d’envoi d’une série de vols directs vers l’Ennedi. Avec Point Afrique, estime son président et fondateur Maurice Freund, quelque 2 600 personnes ont ainsi découvert l’Ennedi à partir de ces années-là. Le Ficsa a ensuite poursuivi cahin-caha son bonhomme de chemin en différents endroits de l’Ennedi jusqu’en 2019. Mais, la Covid ainsi que les soubresauts politiques qu’a connu le Tchad, lui ont été fatals.

A grand renfort de financements, d’initiatives tous azimuts, le ministère du Développement touristique et de l’artisanat vient donc de ressusciter le Ficsa. Le Festival lui-même ? Un préambule bien sympa, une franche invitation à découvrir le pays, ses différentes provinces. Il se veut d’abord une grande fête populaire, un lieu d’échanges et de rencontres. Amdjarass, la capitale de la province Ennedi Est, où se déroulait donc cette édition 2026, a vu converger les représentants de diverses autres provinces tchadiennes. De pays voisins aussi : le Burkina Faso, le Niger, d’ailleurs invité d’honneur de cette édition 2026. Sur de grands stands dressés dans l’enceinte du « village touristique », ils se présentaient, avec plus ou moins de professionnalisme et de bonheur, montrant leurs diverses facettes…

Courses de dromadaires et concerts
Autres festivités, et non des moindres, de grandes courses de dromadaires. Des événements particulièrement prisés dans ce pays qui compte le plus de camélidés à travers le monde. Le Tchad rassemble en effet entre 12 et 14 millions de ces bêtes ! Venus de tout le pays, mais aussi de pays voisins voire des Émirats arabes unis, quelque 600 dromadaires ont ainsi participé aux différentes courses organisées dans le cadre du Ficsa.

Dans un tout autre genre, les concerts et spectacles donnés chaque soir à Amdjarass. Des danses traditionnelles, du rap, des gnawas.. tous les genres, de tous les horizons, depuis le Maroc jusqu’au Niger. A l’affiche, parfois des troupes anonymes ou presque, mais aussi des artistes reconnus. A l’image de Bombino, chanteur et musicien touareg dont les riffs électrisent les foules. Son seul nom aurait largement suffi à assurer le succès du festival. Las, ses admirateurs n’auront guère le loisir de l’applaudir. Peu sollicité par les organisateurs, Bombino n’a en effet pas beaucoup pu monter sur scène. Dommage ! Une prochaine fois ?

Commentaire : drame et maladresses en tous genres
Une évidente volonté de bien faire, de grands moyens financiers : depuis le festival des cultures sahariennes version 2026 jusqu’à la découverte touristique de l’Ennedi, tout aurait été pour le mieux si… S’il n’y avait eu pas mal de fausses notes, maladresses en tous genres dans ce qui devait être le grand retour dans l’Ennedi.
Et même un drame terrible : ce touriste français qui s’est égaré dans le désert, seul et sans eau. Son corps n’a été retrouvé que deux jours après la disparition. Un accident, certes. Triste et navrant. Mais, il est, d’une certaine manière la résultante des diverses insuffisances que j’ai pu constater en tant que participant à ce séjour. Ce touriste, serait-il parti ainsi, dans ces conditions, dans le désert s’il n’y avait eu de tels creux dans les programmes ?
Pourquoi ces heures et ces heures d’attente, partout, pour tout ? Sans raisons apparentes ni explications étaient différées heures de départ, de repas -et de beaucoup- tandis que des sorties étaient raccourcies, voire annulées. C’est l’Afrique, m’a-t-on répondu.
Eh bien, si l’Afrique veut avancer, faut que ça change.
Coup de gueule : du plastique et encore du plastique
Des centaines de petites bouteilles d’eau en plastique, vides, jonchant le sol. Un triste et désolant spectacle : sur les lieux du festival des cultures sahariennes, à Amdjarass, mais aussi ailleurs dans l’Ennedi, partout où passait la « caravane » touristique du festival. Celle-ci comprenait des dizaines et des dizaines de personnes : les touristes français participant aux festivités, mais aussi les officiels et leurs suites, les membres des délégations étrangères, les accompagnants…
A tout ce petit monde étaient distribuées de petites bouteilles en plastique d’eau. Qui, une fois vides, étaient aussitôt jetées à terre. Sauf par les touristes, horrifiés. Mais ce sont ainsi des quantités industrielles de petites bouteilles vides en plastique qui ont été dispersées dans la nature !
Des alternatives existent : gourdes réutilisables, logistique adaptée… encore faut-il les mettre en place.

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