#TourismeDurable
La feuille de chou est là

La panoplie idéale du voyageur durable

| Publié le 23 avril 2020 • Mis à jour le 24 avril 2020 à 16h25
         

Responsable jusqu’au bout des ongles, le voyageur durable va s’attacher à faire de son périple un véritable ballet vertueux, afin de minimiser toujours plus ses impacts sur l’environnement ainsi que sur les pays ou régions qu’il visite. Petit tour de piste de quelques recettes qu’il garde bien secrètement dans sa besace en maïs recyclé.

La trousse de toilette « zéro déchet » du voyageur durable !

Tout commence par des transports doux

Il existe mille et une façons de rallier son objectif, mais la marche à pied et la bicyclette restent les stars incontestées des déplacements doux, sains et économiques. Evidemment, plus on va loin, plus l’équation se complique, mais on n’imagine pas le voyageur durable sauter dans le premier Airbus venu pour rallier Nice depuis Paris où il a prévu de passer son week-end. Non, ce dernier privilégiera toujours le train sur l’avion lorsque que c’est possible et, une fois sur place, essaiera au maximum de se déplacer avec les transports locaux.

En France (et dans bien d’autres lieux), les transports en commun sont suffisamment développés pour rallier tous les points de l’Hexagone assez facilement, sans être obligé de passer par la case « transport aérien ». Evidemment, il faudra parfois accepter quelques détours, quitte à revoir sa conception du voyage, autant dans le cheminement qu’au niveau du point d’arrivée. « Dans un voyage, ce n’est pas la destination qui compte, mais toujours le chemin parcouru, et les détours surtout ». Merci Philippe Pollet-Villard pour ce rappel salvateur.

Le cyclo-voyageur durable optera pour une monture « made in France », tels les vélos Victoire, Cyfac ou encore Jolie Rouge. Idem pour ses sacoches de vélo, il s’équipera des jolis modèles d’Helmut (fabriquées à Chambéry), ou encore Le Rouquin Qui Roule (éco-cousues en Centre-Bretagne, à partir de matériaux issus de l’économie circulaire: un état d’esprit « zéro déchet », encore mieux!).

Le vélo peut se pratiquer toute l’année dans le Sobrarbe, pour le plus grand bonheur des passionnés de vélo © zonazero

Des valises saines, avec des cosmétiques naturels adaptés au voyage

Et même lorsqu’il se voit obligé de prendre l’avion parce qu’il est convié à l’autre bout du monde pour quelques six mois de retraite bouddhiste, le voyageur durable prend bien soin de ne laisser de côté aucun détail. Sa valise, par exemple, sera entièrement pensée pour prendre le moins de place possible. Et cela passe inévitablement par des cosmétiques adaptés !

Les rares produits d’hygiène emportés seront sains, économiques et sans chimie aucune. Et bien sûr, leur format sera pratique et adapté au voyage. On peut ainsi tout à fait imaginer, par exemple, en extraire une crème solide au beurre de karité. Exit les cosmétiques en tube refusés en cabine pour des raisons de sécurité, ce format s’emporte partout et prend peu de place. Une crème solide naturelle et bio est d’ailleurs adaptée à toute la famille. Vous limitez ainsi le nombre d’emballages utilisés et donc jetés plus tard, tout en gagnant de la place dans vos bagages.

On peut également compléter cela avec un déodorant naturel en poudre, très doux, naturel et donc exempt de produits chimiques polluants, et aussi nocifs pour l’Homme que pour l’environnement. Le déodorant naturel en poudre se veut écologique, économique et biodégradable… Que demander de plus quand on veut voyager en consommant sainement ?

Dans votre trousse de toilettes, glissez également un shampoing solide bio, qui oubliera les parfums trop entêtants et les effets néfastes des cosmétiques traditionnels. Et bien évidemment, le voyageur éco-responsable n’emporte aucun cosmétique à base d’huile de palme, dont les effets ravageurs sur la déforestation sont bien connus aujourd’hui. Les plus malins pourront même s’essayer à certaines créations plus personnelles, dénicheront des recettes entièrement biodégradables, des décoctions naturelles économiques et faciles à réaliser chez soi. Les idées ne manquent pas sur la toile avec également, en ligne de mire, le minimum d’emballage, voire des cosmétiques avec un objectif zéro déchet. En cela, les cosmétiques en poudre rechargeables sont parfaits, de même que les crèmes et shampoings solides, qui ne bénéficient d’aucun sur-emballage inutile.

Enfin, ne pas oublier, surtout lorsque l’on rallie des pays plus pauvres ou plus riches (c’est selon), que les territoires encore préservés par la mondialisation rampante ont souvent imaginé des solutions malines et naturelles… En résumé, en voyage, on privilégie les cosmétiques pratiques, qui peuvent être utilisés par toute la famille, et qui sont facilement transportables grâce à leur format solide. Ces cosmétiques seront bien sûr bio et responsables, pour rester écolo jusqu’au bout des ongles, partout dans le monde !

Sans oublier les ressources locales

S’il existe des dentifrices sains tels que le dentifrice au Siwak que l’on peut utiliser chez soi au quotidien, le voyage peut être l’occasion de découvrir des pratiques locales intéressantes à tester durant le voyage. A Djibouti, par exemple, pas besoin de dentifrice pour se laver les dents. Les locaux utilisent depuis toujours une plante appelée adaï (Salvadora persica) issue de « l’arbre à moutarde », transformée en une brosse végétale. Facile à trouver, elle se cueille au cœur d’un buisson très bas dont les petites feuilles ovales et épaisses émettent une douce odeur cressonnée. Notez que cette brosse à dents locale, aussi appelée « bâton », est utilisée par 80% de la population et vendue sur tout le territoire sous forme de tiges ou de racines.

Dans le même esprit, de nombreux pays d’Asie et d’Afrique, à l’image de la Chine, ont remplacé le gant de toilette par la courge éponge dont le fruit, une fois séché, fournit une éponge végétale idéale pour se frotter la peau. Aussi appelée « liane torchon » ou luffa (loofah), elle fut utilisée par les pharaons et reines d’Egypte pour assouplir leur peau. Ses vertus exfoliantes et adoucissantes éliminent les peaux mortes et stimulent les tissus et la circulation sanguine.

On pourrait encore citer l’incontournable savon d’Alep, originaire de Syrie mais, par extension, présent dans l’ensemble du Moyen-Orient. C’est l’un des plus vieux savons au monde, dont la recette et la méthode se transmettent de génération en génération depuis 4000 ans. Fabriqué à base d’huile d’olive et d’huile de baie de laurier, il est entièrement naturel et particulièrement économique.

À Djibouti, voyageuse avec un bâton de adaï dans la bouche © GClastres

Afin de faire de votre séjour un havre durable et responsable

Une fois arrivé à destination, le voyageur durable poursuivra sa quête de bonnes idées malines afin d’en faire profiter son budget, mais aussi le territoire ou la région qu’il visite. C’est alors qu’il privilégiera l’ensemble des possibilités issues du local :

  • hébergement chez l’habitant ou en auberge loin des grandes chaînes,
  • dégustations de produits du terroir sur les marchés, dans les souks, les criées, les halles, ou dans les bouis-bouis retirés,
  • visites insolites loin des grands sites saturés par le tourisme de masse,
  • flâneries,
  • déambulation,
  • lenteur,
  • méditation,
  • pensées,
  • et bien sûr, échanges et moments avec les habitants des lieux choisis.

Le voyage sera peut être aussi l’occasion de faire un geste au profit d’une association ou d’un projet choisi ou d’un chantier de jeunes pour aider à rebâtir une ancienne chapelle qui tombait en ruine. Pourquoi ne pas envisager un volontariat pour aider à la reforestation d’une forêt en Equateur ? Vous pouvez également apporter votre aide à un camp de jeunes avec ATD Quart Monde pour retaper l’appartement d’une famille défavorisée au cœur de la banlieue de Londres, ou envisager une escapade pour aider au comptage des cétacés sur un voilier en Méditerranée.

Séjour au Sénégal avec ICI

Et de rentrer, un jour ?

Puis, viendra l’heure du retour, le moment de faire sa valise, et notre voyageur durable découvrira alors que nombre de ses besoins d’antan ont disparu. Il aura appris à se doucher avec un seau et un verre d’eau, à laisser à distance nombre d’objets inutiles comme ces écrans qui ne servent plus à rien quand il s’agit de bêcher un champs. Surtout, il aura appris que l’on s’est tellement laissé envahir par le superflu qu’une valise finalement, c’est bien trop encombrant.

Il fera alors le choix de laisser son bagage sur place. Il hésitera même un instant à ne pas rester avec ce dernier. Il repartira finalement avec la jolie besace en osier tressé que lui a offert Fatoumata, la tête un peu retournée, mais prêt à commencer une nouvelle vie, ici ou ailleurs, mais définitivement autre.


La panoplie idéale du voyageur durable | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Journaliste indépendante, auteur, spécialiste de la Chine, de l'Asie, sinologue. Publications sur le tourisme équitable. Livres documentaire jeunesse sur l'Asie. Reportages divers.
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