Du paradigme de l’évaluation à la certification comme garantie suprême
L’humanité se situe actuellement à une étape cruciale de son histoire, car l’action transformatrice de l’homme sur la planète remet en cause son habitabilité. Le mode de relation de l’homme à la Terre est actuellement essentiellement technique, dans le cadre d’une relation d’exploitation. Les racines en sont profondes. Avec Aristote, la science a commencé à se dégager de l’éthique, et la rupture affective entre l’Homme et la Terre s’est réalisée à compter du 18e siècle. L’affectivité de l’Homme s’est alors portée sur les choses matérielles, sur lui-même et sur les autres, avec un regard détaché. Ce détachement a d’ailleurs permis l’essor de la science et son développement. La modernité s’est affirmée par la volonté d’exprimer la connaissance en langage mathématique et la mesure chiffrée est devenue l’expression ultime de l’objectivité et du détachement de l’homme. De là découle le fait que notre époque est caractérisée par le paradigme de l’évaluation, à laquelle est associée l’idéologie de la performance. Selon Jacques-Alain Miller, psychanalyste, « l’évaluation est en marche depuis l’émergence du discours de la science (..) ». Le rapport de l’Homme au monde s’est depuis basé sur l’efficacité technico-économique et la performance. Cette évolution historique explique pourquoi le paradigme de l’évaluation est aujourd’hui omniprésent.
L’évaluation implique l’attribution d’une valeur. Il s’agit d’une notation qui s’apparente à un jugement et le contrôle devient l’expression d’un pouvoir. Cette obsession du contrôle est le reflet des relations basées sur la méfiance, et entraîne la prolifération de normes et réglementations techniques qui s’accompagnent logiquement et de façon proportionnelle de procédures d’évaluation pour éprouver la conformité de la chose évaluée aux normes et standards. Le contrôle n’est finalement qu’un report du problème de confiance, non résolu par le contrôle. L’organisme de contrôle est lui-même « agréé », donc contrôlé. On peut alors s’interroger sur la mise en place d’un contrôle des organismes de contrôle, et ainsi de suite… Cet état de fait est l’aboutissement logique du rapport actuel au monde et aux autres, du rapport de l’Homme aux risques et à la vie. Il exprime le refus de prendre des risques, pour inhérent à la vie. L’obsession du contrôle s’accompagne, selon le philosophe Yves Michaud, d’une perte de sens : « L’évaluation devient la seule norme de l’activité et l’on oublie que l’activité avait une autre fin que l’évaluation. » Au final, l’activité d’évaluation devient une activité auto-justifiée.
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Par Romain Vallon
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