Le Vall de Boí , un écrin préservé au cœur des Pyrénées de Catalogne
Thèmatique : Éco-Hébergement Espaces protégés Guides Itinérance Tourisme et handicap
Porte d’entrée naturelle du Parc national d’Aigüestortes et du lac de Sant Maurici, la vallée de Boí (Vall de Boí) égraine ses villages de pierres bordés d’églises romanes d’un autre temps. Moins d’un millier d’habitants vivent dans ce berceau de montagnes où le tourisme rythme les jours, été comme hiver, avec la plus haute station de ski de Catalogne à Boí-Taüll. Une vallée de montagne consciente que son principal défi sera de maintenir la vie et l’équilibre face à une pression touristique forte et des résidences secondaires qui ne s’animent souvent qu’en saison.

Les églises romanes du Vall de Boí
Il faut garder les yeux grand ouverts lorsque l’on avale les 120 kilomètres qui séparent Lleida de la vallée de Boí. Au fil du parcours, on quitte la plaine agricole dominée de vergers et d’oliveraies pour s’approcher de la ligne bleutée des Pyrénées. Peu à peu, les vallées se resserrent, la route sinueuse dévoile d’étroites falaises percées de gorges et de retenues d’eaux. Des paysages sublimes que l’on voudrait embrasser entre deux coups de volant. On a donc déjà un peu le tournis quand on arrive à Erill-la-Vall où l’on vient découvrir l’église romane, certes, mais également, le Centre d’Interprétation des églises de la vallée. Le vertige cède alors la place à la contemplation, avec un lieu d’une modernité étonnante où l’art roman prend vie en 3D. Ouvert quelques mois plus tôt, le lieu abrite une salle d’exposition et une salle de réalité virtuelle,révélant fresques, voûtes et détails sculptés que l’œil nu pourrait manquer.

Un autre voyage, immobile, commence alors au cœur de l’histoire du Vall de Boí. Inscrites en l’an 2000 au patrimoine mondial de l’UNESCO, huit églises ainsi qu’un ermitage « représentent un exemple particulièrement pur et cohérent d’art pictural et d’architecture dans le style roman lombard ». Édifiées entre les XIe et XIIe siècles sous le patronage des seigneurs d’Erill, elles se distinguent par leur emplacement en bordure de village et la richesse de leur décoration picturale. A l’autre bout de la vallée, dans l’église Sant Climent de Taüll, une projection a lieu chaque jour au « chœur » de l’église qui reconstitue entre vides et pleins les fresques originales du XIIᵉ siècle et notamment un émouvant « Christ en Majesté » (Pantocrator) qui emplit progressivement toute l’abside centrale. Tournants, tournis, virtualité, modernité, l’art roman du Vall de Boí se découvre ainsi dans une ronde sans fin mais gagne aussi à s’apprivoiser plus tranquillement, dans la lumière des petits matins ou des soirs tombants irradiant peu à peu les pierres de ces édifices aux courbes pleines.

Randonnée dans le parc national d’Aigüestortes et du lac de Sant Maurici »
Pour pénétrer dans le parc national d’Aigüestortes et du lac de Sant Maurici, il faut s’inscrire. Ici, les voitures sont proscrites ou reléguées à un dernier parking. Des taxis prendront le relais. Un filtrage qui permet de préserver ce parc national, le seul de Catalogne, créé dès 1955 par un premier décret puis étendu au fil des années. Un sanctuaire protégé où les « aigüestortes » évoquent ces eaux tortueuses, sinueuses, allusion aux innombrables rivières, torrents et ruisseaux qui serpentent et tourbillonnent dans la vallée. Des eaux, mais aussi près de 200 lacs issus d’un immense glacier qui recouvrait alors prairies et chemins. En ce jour d’octobre 2025, le parc fête son 70e anniversaire. Nous sommes peu nombreux à arpenter les sentiers scandés de pins à crochet. Au loin, quelques charognards dessinent des arabesques dans le ciel. Vautours, aigles royaux et même gypaètes barbus se partagent les hauteurs avec quelques isards accrochés aux falaises.

On pourrait aussi croiser quelques ours, des hermines, des grand tétras, des lagopèdes… La liste est longue et Roc, notre guide catalan, se montre intarissable. Après des études de gestion environnementale, il a suivi deux mois de formation pour travailler dans le parc. Il nous y conte la vie d’antan, au temps des brûlis et des chèvres, remplacés au fil des siècles par les prairies, les transhumances et ces troupeaux montant de Barcelone pour redescendre ensuite aux premiers jours de l’hiver. Aujourd’hui, ce n’est pas tant les bêtes qui montent mais les hommes, au moment du solstice d’été. Ils montent pour « les Falles », cette fête traditionnelle catalane où l’on enflamme des troncs de pins noirs résineux qui seront autant de flambeaux redescendus en procession du haut des montagnes. Les hommes forment alors un véritable serpent de feu qui rejoint le cœur des villages et s’achève autour d’un énorme brasier. Symbole de purification et d’exorcisme, les « falles » effraient les mauvais esprits tout en célébrant le retour de la lumière.

Quel tourisme pour demain ?
Si quelques fêtes traditionnelles et métiers anciens perdurent ainsi, le tourisme reste le pivot central autour duquel s’articule l’économie de la vallée. Il s’appuie sur le patrimoine religieux et sur une nature généreuse qui offre un terrain de jeux formidable tout au long de l’année. L’hiver, outre le ski, on peut rejoindre le parc national et ses 15 000 hectares pour randonner en raquette, découvrir l’escalade sur glace, observer la faune, s’initier à la photographie. À la belle saison, on peut marcher de refuges en refuges pour des itinérances plus longues ou préférer des promenades à thème au cœur des forêts de sapins, des prairies de gentianes et des buissons de rhododendrons. Certains jours, l’affluence est forte car le Val de Boï est l’une des deux portes entrées du parc mais une fois sur place, il est assez facile de se disperser entre les sentiers. Il est toutefois recommandé de se renseigner sur les itinéraires les plus adaptés et les moins fréquentés dans les centres d’accueil attenants.

Le personnel du Parc national et les acteurs locaux sont tout à fait conscients des équilibres à trouver pour un tourisme maitrisé dans une vallée où la nature reste le poumon central. Outre les entrées filtrées, à pied ou en taxi, des navettes passent deux fois par jour dans les villages pour diminuer le nombre de véhicules privés. Le parc n’en reste pas moins accessible à tous, avec des passerelles en bois adaptées aux fauteuils roulants et aux personnes à mobilité réduite, et même des sorties régulièrement organisées pour les publics empêchés. Lors du Global Ecotourism Forum qui s’est tenu à San Benet en octobre dernier, il a été longuement question de ces équilibres à trouver. Avec notamment cette réflexion pointant que l’acceptabilité des habitants n’est pas tant le résultat d’une capacité de charge maitrisée que d’une capacité de convivialité réaliste ; un regard renversé sur le visiteur qui devient alors un être accueilli, apte à prendre ses responsabilités et sa part au bien-être du territoire. Benvinguts a la Vall de Boí !

———– En savoir plus ———–
Le site incontournable : www.catalunya.com
Ou dormir ?
Hotel Pey
Des chambres confortables qui donnent sur la vallée, à deux pas de l’église romane Sant Joan de Boí. Diner gourmand de spécialités locales : trinchat, carpaccio de tomate, civet de cerfs, joue de porcs, etc. Petit déjeuner copieux.
laza Treio, 4, 25528 Boí, Lleida Tel : 97 369 60 36 Mail : info@hotelpey.com

Visiter :
→ Les églises romanes de la vallée de Boï : https://www.centreromanic.com/en/

→ Le Aigüestortes i Estany de Sant Maurici National Park. Randonner dans le Parc National d’Aïguestortes

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Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Radio France, Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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