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Lionel Guérin, président de Hop ! Biodiversité, Air France

| 20 février 2017 • Mis à jour le 02.03.2017 à 15h18
Thèmatique :  Acteur privé   Initiative privée   Innovation   Portrait   Tourisme de masse 
         

Propos de Lionel Guérin, président de Hop ! Biodiversité, Air France, retranscrit de la conférence “Qu’est-ce qu’un tourisme responsable ? Les paroxysmes” qui s’est tenu le 20 février 2017 au Muséum national d’Histoire naturelle.

L’un des principaux défis de l’industrie des transports est la réduction des gaz à effets de serre. Les transporteurs aériens émettent 3 % des GES mondiaux, soit 13 % des GES émis par les transports. Ils se sont engagés, dans le cadre du Grenelle de l’environnement, à réduire leurs émissions d’1,5 % par an jusqu’en 2020, afin de diviser par deux ces émissions en 2050 par rapport à 2005. Tenir cet engagement requiert des efforts sur la consommation des avions – d’autant que le volume du transport aérien augmente de 5 à 6 % par an, et sur la R&D. En tant que président de la fédération de l’aviation marchande de 2003 à 2013, j’ai signé le pacte écologique. Nous nous sommes engagés à réaliser des bilans carbone afin de cibler les sources d’émissions. En outre, piloter les avions différemment (écopilotage) est un moyen développé pour réduire les émissions de GES.

Néanmoins, ces mesures sur l’énergie sont insuffisantes à elles-seules. Toute la vie autour du voyage aérien doit également être prise en compte. Lors de la création par Air France de Transavia, compagnie low-cost, en 2007, nous avons tenté de promouvoir des activités durables dans les pays desservis (Maroc, Tunisie) et de contribuer à des programmes de développement solidaires. Dans ce cadre, j’ai pris contact avec le Muséum d’Histoire Naturelle pour identifier les programmes ayant du sens localement.

En 2013, j’ai créé Hop !, une compagnie régionale française qui dessert tous les aéroports français. Nous avons lancé un programme de biodiversité visant l’ensemble des aéroports desservis. Les aéroports français représentent cinq fois la taille de Paris. Très peu touchées par les pesticides car entourées de barrières, ces zones constituent de grandes réserves naturelles. Sur la base d’un programme scientifique établi avec le Muséum, l’association Hop ! Biodiversité a été créée. Elle comprend la Direction générale de l’Aviation Civile, le Muséum, deux compagnies aériennes et quinze aéroports. La démarche repose sur trois axes :
– améliorer la biodiversité dans les zones aéroportuaires
– évaluer cette biodiversité
– en faire la promotion auprès du personnel, puis des voyageurs

Ces zones comptent plus de 1 000 espèces végétales et animales, dont plus de 120 espèces d’oiseaux. La problématique de la pollinisation est prise en compte. Le programme est relativement ambitieux sur les hauteurs de fauche, l’objectif étant de maintenir la sécurité aérienne tout en permettant, par des hauteurs plus élevées et plus saisonnières de la flore, aux insectes de se développer. Des biologistes interviennent sur le terrain. Cette démarche sera étendue à Saint-Pierre-et-Miquelon, dans les DOM-TOM, etc.
En résumé, le programme Hop ! Biodiversité vise à améliorer la biodiversité localement, à l’évaluer par la science participative, avec collecte et traitement des données de terrain par le Muséum, et à en assurer la promotion.

Jean-Philippe Siblet / Est-il possible de faire de la préservation de la biodiversité un critère de choix pour le client, en lui permettant de sélectionner des transporteurs responsable plutôt que d’autres ?
Lionel Guérin / Pour le moment, les enquêtes de clientèles ne mettent pas en lumière cette possibilité à court terme. Néanmoins, la clientèle jeune semble davantage sensible. Chez Transavia, le programme alimentaire à bord, basé sur des produits bio et issus du commerce équitable, n’était pas suffisamment différenciant. Le prix reste encore le critère différenciant. Nous avons également proposé à nos clients de participer à la compensation carbone. Cette proposition était peu suivie.
Actuellement, Air France envisage de contribuer à des programmes de reforestations bien ciblés, afin de diminuer son impact en termes de GES. Je suis persuadé que ce type de programmes de compensation carbone clairement définis et ciblés deviendront différenciants. Nous organisons également des expositions itinérantes pour faire découvrir la biodiversité au public. Elles contribuent à ce qu’à terme ce critère s’impose pour les clients.

Question de la salle / Les photos de la biodiversité autour des zones aéroportuaires ont l’air très sympathiques. Comment expliquer une telle santé de la nature autour des aéroports alors que cette proximité avec ce que dégagent les avions est difficile à vivre pour les riverains ?
Lionel Guérin / Le bruit est la nuisance principale dont se plaignent les associations de riverains. Les constructeurs ont réussi à réduire le bruit des avions de façon exponentielle depuis plusieurs années. Néanmoins, les avions produisent toujours du bruit. Les situations sont bien entendu différentes selon la taille et la situation des aéroports.
L’aéroport d’Orly comprend 70 % de verdure et 30 % de construction. Ces 70 % de verdure sont protégés des pesticides et des nitrates. Certes, les avions dégagent des gaz. Néanmoins, ces émissions sont extrêmement réglementées. Aucune substance polluante ne se retrouve au sol. Par ailleurs, aucun produit chimique n’est plus utilisé, depuis longtemps, pour désherber les pistes. Les insectes reviennent, et beaucoup d’animaux sauvages également. Nous étudions la possibilité de réintroduire les putois. Globalement, la biodiversité y est importante, d’autant que nous sommes attentifs à la hauteur des fauches. En résumé, la présence de barrières, l’absence de pesticides et la taille de la fauche expliquent la richesse de la biodiversité dans ces zones. On s’aperçoit d’ailleurs, à l’échelle européenne, que les zones aéroportuaires comportent parfois des espèces qui n’existent plus ailleurs, du fait de l’agriculture intensive, de l’industrialisation ou des zones forestières.

Question de la salle / Comment expliquer que la biodiversité supporte beaucoup mieux que l’être humain tous les gaz émis par les avions ?
Lionel Guérin / L’activité d’Orly ou de Roissy émettent beaucoup moins de gaz que le trafic routier. La nature se développe bien dans les zones aéroportuaires. La science participative nous permet de le mesurer et de comparer la situation avec l’environnement à proximité. La nature, dans les aéroports suivis, est au moins en aussi bonne santé si ce n’est en meilleure santé que la nature environnante.
Pour les sols, notre programme permet d’échanger des bonnes pratiques dans le domaine des végétaux, des insectes, des oiseaux, des chauves-souris, des escargots et de la terre. Le programme des vers de terre révèle que la qualité de la terre est au moins aussi bonne, voire meilleure, que la terre environnante. Cette grande réserve naturelle que constituent les zones aéroportuaires est préservée. Nous tentons d’améliorer son état par nos programmes.

Question de la salle / La société Aéroports de Paris fait-elle partie de ce programme ?
Lionel Guérin / Aéroports de Paris fait en effet partie de l’association. L’aéroport d’Orly a été l’un des premiers aéroports, avec Castres, Perpignan, Morlaix et Metz-Nancy, à être volontaire. Ces aéroports sont par ailleurs engagés dans la stratégie nationale pour la biodiversité. Les aéroport de Roissy et de Toulouse ont rejoint l’association cette année. La biodiversité ne peut se développer qu’en tenant compte de l’économie locale. À défaut, la démarche ne pourrait pas fonctionner.

Question / Que pensez-vous de l’extension de l’aéroport de Nantes à Notre-Dame-des-Landes ?
Lionel Guérin / Une initiative de sénateurs est en cours afin de déterminer l’état réel de la biodiversité dans cette zone. Je laisserai donc les sénateurs répondre à cette question.

Question de la salle / Je me suis rendu en Thaïlande l’an dernier. Il est souvent difficile d’échapper aux opérateurs. Les îles de Thaïlande sont présentées comme des réserves naturelles par les tour-opérateurs. Or, tous les touristes sont logés en bungalows en bord de mer, la construction de ces hébergements ayant nécessité la coupe de dizaines de racines de cocotiers sur le rivage. De même, les touristes peuvent admirer les éléphants dans les réserves. Mais, en réalité, tout n’est que business, et très peu d’animaux sont visibles. Un pays comme la Thaïlande vend l’aventure. Pourtant, il était quasiment impossible d’échapper à l’aspect commercial des activités. Le tourisme constitue une activité économique énorme. Entre le tourisme de masse et le tourisme durable, j’ai malheureusement le sentiment qu’il s’agit d’un combat extrêmement déséquilibré.

Le mot de la fin de Lionel Guérin

sur sa vision de l’éducation des touristes et des moyens de développer un tourisme plus durable

Même si le tourisme comporte de nombreux paroxysmes, je pense que l’éducation, l’apprentissage, ainsi que toutes les initiatives, même les plus modestes, permettront que la situation s’améliore. Je crois beaucoup en la jeune génération. Ce ne sont pas de grands discours ou de grandes régulations, même si elles sont nécessaires, qui feront évoluer le tourisme. Pratiquons déjà ces principes dans nos jardins, chez nous, dans nos parcs nationaux.


Lionel Guérin, président de Hop ! Biodiversité, Air France | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Romain Vallon

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