#TourismeDurable
La feuille de chou du tourisme durable

Comme Yann, partez découvrir l’Europe du nord à vélo

| 15 juillet 2019 • Mis à jour le 16.07.2019 à 18h08
Thèmatique :  Portrait   Vélotourisme 
         

Rejoindre le Val de Loire, et plus précisément la ville de Tours, depuis le petit village suédois de Floby en vélo, voici le défi que s’est lancé Yann Pointecouteau en 2018. Ce jeune aventurier de 27 ans, originaire d’Orleix dans les Hautes-Pyrénées, revient sur son expérience et les 2.400 kilomètres parcourus en 48 jours à travers la Suède, le Danemark, l’Allemagne, la Belgique et la France, de quoi donner des idées à certains d’entre vous.

Notre jeune aventurier à Floby, ville de départ de son périple européen © Yann Pointecouteau

VA : Rallier la France depuis la Suède en vélo ce n’est pas si commun, comment t’est venue cette idée ?

En 2013, j’avais pour projet de faire l’itinéraire cyclable la Loire à vélo. J’avais acheté un guide, répertorié les campings sur l’itinéraire, calculé la durée nécessaire, j’étais prêt… et puis d’autres projets sont arrivés et ont pris la place de celui-ci. Malgré ce changement de programme, j’ai gardé dans un coin de la tête cette envie de faire un voyage en vélo alors quand l’opportunité s’est présentée l’année dernière je n’ai pas hésité à la saisir. Après des études dans l’animation socio-culturelle et l’éducation à l’environnement, j’ai travaillé pendant presque 2 ans en tant qu’animateur nature au centre d’accueil Val de Loire à Chailles (41) avant de partir pour mon premier voyage en Scandinavie en janvier 2018. J’ai fait du volontariat via la plateforme Workaway dans des communautés autonomes, des fermes et des jardins en permaculture du Danemark, de Norvège et de Suède.

Après quelques mois de travail, j’ai décidé de rentrer en France mais comme j’avais du temps devant moi et très envie de poursuivre mon voyage en solitaire j’ai opté pour un retour en vélo. Je suis parti le 25 juin 2018 depuis le petit village de Floby situé à 120 kilomètres de Göteborg, la deuxième ville de Suède. Pour rejoindre Tours, j’ai pédalé pendant 48 jours à travers la Suède, le Danemark, l’Allemagne, la Belgique et la France. Je suis donc arrivé le 11 août 2018 !

Träslövsläge, Suède © Yann Pointecouteau

VA : Un voyage d’une telle envergure ça se prépare ! Comment as-tu fait pour t’organiser, déterminer un itinéraire et tout simplement t’équiper ?

YP : J’ai tout acheté en Suède, un vélo d’occasion et les accessoires qui vont avec mais aussi le matériel nécessaire pour l’entretenir et le réparer.  J’ai également acheté deux sacoches, une tente, un tapis de sol gonflable, de quoi cuisiner, des guides et des cartes. Au total, avec les repas et l’hébergement cela m’a coûté environ 1.400 euros.

En ce qui concerne mon itinéraire il a beaucoup évolué. Au départ j’ai voulu suivre l’EuroVelo3, aussi connue sous le nom de “Scandibérique”, depuis Göteborg jusqu’à Tours, pour aller le plus vite possible … avant de réaliser que j’allais repasser par une partie du Danemark que j’avais déjà visité en hiver.  J’ai aussi eu envie de passer par Helsingør et Copenhague pour revoir des personnes rencontrées lors de mes volontariats. Pour ces 2 raisons, j’ai abandonné l’idée de suivre uniquement l’EuroVelo3. J’ai cherché sur les sites des offices de tourisme, les sites des fédérations cyclistes des différents pays et sur opencyclemap.org les alternatives, les autres pistes cyclables qui me permettaient de passer où je voulais !

Plusieurs fois, j’ai changé mon itinéraire initial pour aller voir de beaux endroits comme l’île de Mon au Danemark, la ville de Lübeck en Allemagne ou Les Trois Bornes en Belgique.

Stevns Klint, Danemark © Yann Pointecouteau

VA : As-tu essayé de te préparer un peu physiquement avant de partir ?

YP : Comme je le disais c’était mon premier voyage à vélo, j’ai donc essayé de faire un maximum de sorties en Norvège, je voulais voir de quoi j’étais capable physiquement en termes de distances avant de me lancer. Quand j’ai acheté mon vélo en Suède, j’ai commencé à voir ce que ça faisait de rouler 2, 3 jours de suite sur des petites distances. Le jour où je suis parti, c’était la première fois que je roulais avec mon paquetage !

VA : Comment as-tu appréhendé cette expérience en solitaire sur une aussi longue distance ?

YP : J’ai vu cette expérience comme un défi personnel en premier lieu. J’ai tout fait en solitaire comme je l’avais souhaité. J’ai partagé des repas avec des cyclistes qui allaient dans l’autre sens, qui remontaient vers les pays nordiques mais je n’ai jamais pédalé avec quelqu’un.

Être tout seul en vélo oblige à aller vers les autres, ça ne laisse pas le choix. Les solutions sont dans les rencontres et les échanges. J’avais envie de voir ce que j’étais capable de faire dans ce sens-là, sans pouvoir m’appuyer sur des personnes de mon entourage. Je me disais aussi que voyager en vélo me permettrait de prendre le temps d’observer les lieux traversés, de passer par des petites routes qui peuvent conduire à des endroits peu touristiques mais qui valent largement le détour. Je me suis arrêté très souvent pour visiter des villes, des parcs et réserves naturelles, des églises, des châteaux…

Bremen, Allemagne © Yann Pointecouteau

VA : Avant de parler des moments forts de ton voyage, as-tu rencontré des difficultés, qu’elles soient techniques, physiques ou mentales ?

YP : Je n’ai pas eu trop de problèmes techniques mis à part un rayon cassé et une grosse crevaison. Au niveau physique, j’ai pris le rythme au bout du 4e ou 5e jour… après avoir eu mal à peu près partout ! Pour moi, le plus dur a été de ne vivre que des moments éphémères avec les personnes rencontrées, même quand on a envie d’apprendre à les connaître davantage, à leur raconter bien plus que le voyage, à aller plus loin que la simple discussion autour d’un verre ou d’un repas.

VA : Les moments forts de ton voyage sont donc liés à des rencontres ?

YP : Oui, par exemple l’un de mes meilleurs souvenirs s’est passé dès le deuxième jour. Le premier soir j’avais utilisé toute mon eau pour boire et cuisiner, je n’avais clairement pas prévu assez de contenants pour stocker de l’eau ! Le lendemain je me suis arrêté au premier village, quelques kilomètres plus loin, pour demander de l’eau à une habitante à côté d’une église. C’était la première fois qu’une inconnue me faisait entrer dans sa maison. J’ai rempli ma bouteille et ma gourde, elle m’a offert une bouteille de plus et des cinnamon buns (roulés à la cannelle), tout frais qu’elle venait de cuisiner. Après ça, je me suis dit que tout irait bien, que je pouvais compter sur les gens autour de moi pour m’aider !

J’ai eu le même sentiment quand j’ai demandé pour la première fois à une famille allemande si je pouvais planter la tente dans leur jardin. Ils ont poussé la gentillesse plus loin en m’offrant des tomates et des pommes de leur jardin, du melon et des cupcakes maison !

Et puis l’arrivée, retrouver les gens que l’on aime ça fait plaisir !

Glehn, Allemagne © Yann Pointecouteau

VA : Est-ce qu’il y a certains lieux qui t’ont particulièrement marqué ?

YP : Au Danemark, qui est d’ailleurs un petit paradis pour les cyclistes, il y a deux endroits fabuleux sur la mer Baltique où les falaises calcaires surplombent le bleu clair de la mer : Stevns Klint (classé au patrimoine mondial de l’Unesco) où des géologues ont découvert la raison pour laquelle les dinosaures ont disparu et Møns Klint, plus au sud, au bout de l’île de Mon, vallonnée (ce qui est plutôt rare au Danemark) et sauvage.

En Allemagne, ce sont les villes traversées qui ont remplies mon appareil photo de souvenirs : Lübeck, Brême et Münster valent vraiment le détour pour leur patrimoine architectural. Juste avant d’arriver en Belgique, j’ai pédalé dans le parc national Eiffel. C’étaient les jours où le dénivelé était le plus important mais les paysages font oublier les efforts, la nature y est grandiose.

Après Aix la Chapelle, j’ai un peu bifurqué pour monter à Les Trois Bornes. C’est un point frontalier où se retrouvent trois pays : l’Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas. Ici, je me suis rendu compte de la chance que j’avais en tant qu’européen, de pouvoir passer d’un pays à l’autre sans soucis, de boire un café aux Pays-Bas, de remplir mes gourdes en Allemagne et de repartir en descente vers la Belgique.

Pause lessive le long du Canal de l’Oise, France © Yann Pointecouteau

VA : Tu as parlé de l’hospitalité des personnes rencontrées au cours de ton voyage, as-tu pu en bénéficier pour dormir par exemple ?

J’ai dormi sous la tente 90% des nuits. En Suède, l’accès à la nature est un droit fondamental, les milieux naturels sont considérés comme publics il est donc possible de planter sa tente presque partout ! Au Danemark, il y a des cabanes dispersées dans le pays qui sont accessibles à tous. J’ai aussi dormi chez mes anciens hôtes qui m’avaient accueilli en volontariat et chez des amis à Copenhague.

En arrivant en Allemagne, j’ai commencé à aller chez des gens pour leur demander si je pouvais planter ma tente dans leur jardin. Je me suis rendu compte que ça marchait très bien, alors j’ai continué jusqu’à la fin du voyage !

À Münster et à Melun, j’ai dormi chez l’habitant. J’ai contacté les hôtes via le site Warmshowers. C’est le même principe que Couchsurfing mais c’est une communauté de cyclistes qui proposent d’héberger d’autres cyclistes !

VA : Si l’un de nos lecteurs souhaite se lancer dans cette aventure, quels conseils aurais-tu à lui donner ?

Peut-être des conseils sur le matériel nécessaire ou à éviter. Je suis parti sans trop y réfléchir, avec un sac à dos, pas de porte gourde sur mon vélo, trop de vêtements… Le sac à dos ce n’est pas une bonne idée ! Une sacoche à accrocher sur le guidon aurait été bien plus pratique. Il faut évidemment bien choisir son vélo pour être à l’aise dessus sur n’importe quelle route, en montée comme en descente, c’est super important ! [Conseils pour choisir un sac à dos personnalisé]


En moyenne, Yann a parcouru 50 km par jour, avec certains jours sans avancée et d’autres durant lesquels il a pédalé sur 150 km !

VA : Pour terminer, si tu devais le refaire, est-ce que tu changerais quelque chose ?

Oui. Je n’hésiterais pas à demander plus de choses aux personnes rencontrées, j’essaierais d’aller plus loin que simplement planter ma tente dans leur jardin. Une douche, du pain, un repas contre un coup de main… je pense que je chercherais à aller plus loin dans mes relations.

Si vous souhaitez rencontrer d’autres passionnés de vélo, RDV du 5 au 7 juillet à Châlon (26), pour le festival EuroVéloDrôme !


Comme Yann, partez découvrir l’Europe du nord à vélo | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Chloé Diéras
Après des études en Ressources Humaines j'ai choisi de réaliser mon plus grand rêve : partir à la découverte du monde pendant un an. Cette expérience m'a permis de découvrir de nouveaux pays, de nouvelles cultures mais aussi d'apprendre à mieux me connaitre et à relativiser en toute situation. Ce voyage m'a avant tout fait connaitre l'Amérique Latine pour laquelle j'ai eu un véritable coup de coeur au point de me réorienter pour suivre le Master Tourisme Monde Latino-Américain proposé par l'Université d'Angers. Mon stage de master 1 m'a emmené au Mexique, dans l'État du Yucatan, au sein d'une petite agence de tourisme communautaire nommée Co'ox Mayab. Mon stage de fin d'études chez Voyageons-Autrement me permet de découvrir le monde du journalisme sur un sujet qui me touche : le tourisme durable.
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