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Travailler en voyageant : réaliser son rêve

| Publié le 9 mai 2021 • Mis à jour le 9 mai 2021 à 16h17
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Travailler en voyageant ne relève plus que du fantasme. Le rêve peut devenir réalité à partir du moment où sa profession ne nécessite que son ordinateur comme outil de travail. Depuis une petite décennie, le principe se développe sous la forme des concepts de workation et de nomadisme digital ou numérique. D’où viennent-ils ? Que veulent-ils dire et comment se concrétisent-ils ? Bienvenue dans le monde des workationers et des nomades digitaux… 

Dossier : Travailler en voyageant, le nomadisme digital ou workation
Café Ziferblat à Londres où l’on paye en fonction du temps qu’on reste © Elisabeth Blanchet

 Workation et nomadisme digital, définitions et différences

Quand on parle aujourd’hui de travailler en voyageant, les concepts de workation et de nomadisme digital sont sous-jacents. Le premier est une contraction des mots anglais work – travail – et vacation – vacances -. En gros, on travaille tout en étant en vacances. Le nomadisme digital, quant à lui, réfère au mode de vie des digital nomads, des personnes qui exercent leur métier à distance et qui en profitent pour voyager. C’est aux Etats-Unis, au début des années 2010, que naissent ces deux concepts en parallèle avec l’avénement du numérique et des nouvelles technologies. Si sa profession le permet et si son outil de travail se résume à un ordinateur portable, on peut travailler n’importe où, à condition de bénéficier d’une connexion à haut débit… Quant à la différence entre les deux concepts, elle est minime et réside principalement dans la façon d’envisager le voyage. Le nomade digital n’a pas forcément d’adresse fixe tandis que le workationer choisit une destination où il pourra combiner vacances et travail. En tout cas, l’idée est la même : pouvoir continuer à travailler en voyageant, ou vice-versa ! 

Dossier : Travailler en voyageant, le nomadisme digital ou workation
Café Ziferblat à Londres © Elisabeth Blanchet

Le profil nomade digital ou workationer

Qui sont ces nouveaux voyageurs des temps numériques ? Principalement des jeunes – on s’en doute ! -, sans contraintes familiales, mais aussi des personnes dont le boulot leur permet de n’avoir comme outil de travail qu’un ordinateur portable ou une tablette. Concepteurs, programmeurs, auteurs, journalistes, graphistes, artistes, photographes, tous ceux dont le métier peut s’exercer hors site et qui n’ont besoin que d’une bonne connexion internet. Ce sont aussi bien sûr des personnes curieuses, avides de découvrir d’autres pays, d’autres cultures et curieux des autres. Le fait de pouvoir continuer à travailler et à développer son activité, permet en effet de rester dans un endroit sans voir son « budget vacances » s’étioler un peu plus chaque jour. Vous vous sentez l’âme d’un nomade digital et votre boulot ou votre activité se prêtent à l’aventure, il n’y a plus qu’à passer à l’acte. Pour démarrer, on peut se créer un portfolio en ligne sur zyro par exemple, et une fois sa vitrine en place, il ne reste qu’à développer ses activités créatives là où on a choisi de jeter l’ancre… 

Dossier : Travailler en voyageant, le nomadisme digital ou workation
Café Ziferblat à Londres © Elisabeth Blanchet

Des destinations « de rêve » aux antipodes et au coin de la rue

Après une dizaine d’années d’existence, la pratique du nomadisme digital a déjà marqué le globe de ses hot spots. Pléthore de guides et de sites ont établi des top 10 des meilleures destinations, selon des critères de coût de la vie, d’accès internet, de présence d’espaces de coworking ou de cafés où l’on peut rester des heures, et de niveau de sécurité du pays. Parmi les destinations plus prisées et les plus exotiques, on trouve Bali, Chiang Mai en Thaïlande, Mexico, Taipei, Le Cap, Lisbonne et Budapest en Europe. Mais l’aventure digitale peut aussi se dérouler au coin de la rue ou dans un petit bout de campagne cocorico, surtout dans le contexte actuel dans lequel nous vivons… Des villes et des départements comme la Drôme misent sur le développement du concept de workation et proposent de plus en plus de lieux de coworking et de coliving, tandis que des structures associatives de tiers lieux bourgeonnent aussi un peu partout sur le territoire. Des nouvelles pistes qui ont le mérite de ne pas causer de cauchemars de décalages horaires et qui permettent de se dépayser tout en restant physiquement relativement près de ses proches. 

Dossier : Travailler en voyageant, le nomadisme digital ou workation
Café Ziferblat à Londres © Elisabeth Blanchet

Le voyage, la curiosité et le coût de la vie comme motivations

« J’en avais marre de vivre à Londres, marre de la monotonie et du coût élevé de la vie, commence Nick, 26 ans, j’ai de la chance, mon travail de journaliste indépendant me permet de vivre où je veux ». D’Athènes à Cracovie en passant par Berlin et Belgrade, il a choisi le mode de vie de nomade digital pendant les six derniers mois de l’année 2019. « Nous en avions assez de bosser comme des fous pour payer notre loyer à Londres, confirme Pauline, 24 ans, la compagne de Nick, photographe et productrice de podcasts, mais choisir ce mode de vie quelque temps correspondait aussi à une envie de voyage, de curiosité des endroits et des gens« . Pour le jeune couple, le choix des destinations s’est fait en fonction de leurs affinités – des grandes villes européennes qu’ils ne connaissaient pas – et du coût de la vie. « A Athènes, on payait un tiers de notre loyer londonien, du coup, on n’avait pas besoin de travailler autant« , constate Nick. Du temps gagné pour découvrir la ville, la culture, rencontrer des gens mais aussi pour se donner l’espace de créer ou de s’embarquer dans de nouveaux projets. « Pauline a créé sa boîte de production pendant qu’elle était à Athènes, je suis sûr qu’elle n’aurait jamais eu le temps de le faire à Londres », commente Nick. 

Dossier : Travailler en voyageant, le nomadisme digital ou workation
Nick dans un café sur les bords du Danube à Belgrade © Pauline Blanchet

Un emploi du temps sur mesure et le sentiment d’être plus dégourdi !

Outre l’idée du gain de temps, celle de la liberté de la gestion de son emploi est aussi un des points fort du « statut » de nomade digital ou workationer. « Bien sûr, il y avait les dates butoir habituelles mais on arrivait à gérer notre temps comme on voulait. En général, on travaillait le matin et on se baladait en ville l’après-midi, on allait voir des musées, des expos et le soir on faisait la tournée des bars, se souvient Pauline, il suffisait d’avoir identifié notre café ou notre bibliothèque préférés et hop, on avait notre routine ». A ce propos, Nick explique que leur choix de lieux pour travailler n’était pas guidé par des sites promouvant les espaces de coworking : « C’était des endroits qu’on préférait éviter pour ne pas se retrouver qu’avec d’autres étrangers, on essayait de mélanger cafés et bibliothèques pour essayer de rencontrer des gens du coin aussi« . Cette phase de recherche de spots idéaux, Nick l’apprécie : « Cela peut sembler idiot mais toute cette expérience de nomadisme digital m’a appris à me sentir plus capable et plus à l’aise pour comprendre la géographie d’une ville, des magasins et des lieux sympas, quel que soit le type de voyage que je fais aujourd’hui ». 

Dossier : Travailler en voyageant, le nomadisme digital ou workation
Pauline au travail dans la bibliothèque du musée Acropolis d’Athènes © Nick Pritchard

Des pour mais aussi des contre 

Travailler en voyageant nous rendrait donc plus dégourdis dans notre appréhension du voyage, certes, mais Pauline va plus loin en parlant aussi du fait que la flexibilité du nomadisme digital permet d’avoir un meilleur équilibre entre sa vie professionnelle et personnelle et un meilleur contrôle sur son travail. « Mais le principal inconvénient du nomadisme digital, c’est son élitisme, dans le sens où il reste réservé à une certaine catégorie de la population qui peut se permettre de vivre comme ça », poursuit-elle. Un constat que Nick complète en parlant de l’impact sur la population locale : « Pour se loger, on est passés par Air BnB, et du coup on a malheureusement contribué à faire monter les prix et les loyers pour les locaux, on fera autrement la prochaine fois ». D’un point de vue plus personnel, les deux mettent en avant d’autres inconvénients tels que l’isolement : « Nos familles nous ont manqués mais aussi les collègues qui bossent sur des projets similaires. Ne rester qu’un mois à chaque fois était aussi un peu frustrant, on commençait vraiment à faire connaissance avec des gens sympas à la fin de chaque séjour. Il faudrait rester au moins deux ou trois mois sur place ». 

Trouver sa propre définition de nomade digital

Pour finir, hormis le fait de décourager tout nomade digital en herbe d’aller à Bali ou dans tout autre paradis exotique et doré du nomadisme digital, Nick recommande de partir dans des grandes villes et d’essayer de s’intégrer au maximum dans la culture locale : « Ne vous considérez pas d’emblée comme un nomade digital mais comme un travailleur indépendant capable d’incorporer ce qui est autour de lui dans son travail ». Pour Pauline, « il s’agit de créer sa propre définition du nomadisme digital, de ne pas s’enfermer dans une communauté d’expatriés à regarder son écran toute la journée, et surtout d’essayer de s’impliquer localement ». En tout cas, don’t go to Bali !


Travailler en voyageant : réaliser son rêve | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Elisabeth Blanchet
Ancienne prof de maths, je me suis reconvertie dans le photo journalisme en 2003 à Londres où je vivais. J’ai travaillé pour différents magazines dont Time Out London et j’ai développé des projets à longs termes dont un sujet les préfabriqués d’après-guerre, une véritable obsession qui perdure, les Irish Travellers -nomades Irlandais- dans le monde, les orphelins de Ceausescu - je suis des jeunes qui ont grandi dans les orphelinats du dictateur depuis 25 ans -. Je voyage beaucoup et j’adore raconter des histoires en photo, avec des mots, en filmant, en enregistrant… Des histoires de lieux, de découvertes mais surtout de gens. Destinations de cœur : Royaume-Uni, Irlande, Laponie, Russie, Etats-Unis, Balkans, Irlande, Lewis & Harris Coup de cœur tourisme responsable : Caravan, le Tiny House Hotel de Portland, Oregon – Mon livre de voyage : L’Usage du Monde de Nicolas Bouvier – Le livre que je ne prends jamais en voyage : L’oeuvre complète de Proust à cause du poids – Une petite phrase qui parle à mon cœur de voyageur : « Home is where you park it »
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