The Swarm Initiative : « La transition écologique ne doit pas rester une intention, elle doit devenir un outil de gestion pour les hôtels »
Thèmatique : Éco-Hébergement Ingénierie Initiative privée Innovation Labels
Rencontre avec Pedro Gomes Lopez
Alors que l’hôtellerie est confrontée au défi de réduire son impact environnemental tout en préservant sa compétitivité, The Swarm Initiative accompagne les établissements dans une transition concrète, mesurable et opérationnelle. Fondé en 2022 par Pedro Gomes et Quentin Panissod, ce cabinet de conseil a fait le choix de se spécialiser dans la transformation écologique, humaine et économique du secteur hôtelier. En quelques années, il a conseillé plusieurs dizaines d’établissements dans l’obtention de certifications reconnues comme l’Écolabel européen et Green Globe. Depuis décembre dernier, The Swarm travaille notamment avec l’Office de Tourisme de Paris (Paris je t’aime) dans son programme de transition durable de l’hôtellerie parisienne. Société à mission, l’entreprise défend un modèle fondé sur l’impact et l’utilité collective, avec l’ambition de faire évoluer durablement l’hôtellerie vers des pratiques plus résilientes et désirables.

VA / Vous avez fondé The Swarm Initiative il y a 4 ans. Avec quels objectifs ?
Nous avons fondé The Swarm en avril 2022 avec Quentin Panissod. L’idée de départ était assez simple : mettre nos compétences au service de projets engagés pour la transition écologique en répondant à des enjeux sociétaux que nous n’arrivions pas à adresser dans nos anciens postes. Avant même l’arrivée de ChatGPT, Quentin avait développé chez Vinci un consortium visant à mettre l’intelligence artificielle au service de la rénovation des bâtiments. Ce programme de recherche et développement est le premier que nous avons mené avec The Swarm. Nous l’avons coordonné pendant trois ans, ce qui nous a permis de décrocher un beau contrat et de véritablement lancer l’entreprise. Très rapidement après la création de The Swarm, j’ai commencé à explorer la piste hôtelière. J’avais travaillé chez Elegancia une dizaine d’années auparavant dans la structuration d’une fonction contrôle de gestion et l’optimisation de leurs opérations. Au lancement de The Swarm, nous avons prolongé cette réflexion avec les associés d’Elegancia. L’objectif très pragmatique était d’associer excellence opérationnelle et démarche environnementale et c’est de cette expérience qu’ont émergé les premières graines qui ont ensuite conduit à la création de notre offre d’accompagnement des hôtels sur leurs projets RSE.
VA/ Qui trouve-t-on dans l’équipe de The Swarm ?
Nous sommes une équipe de six personnes, composée de consultants issus de formations académiques de haut niveau, très engagés, empathiques et profondément investis dans leur travail. Ce qui nous rassemble, c’est la volonté de mettre nos compétences au service d’un projet qui a du sens. Chacun apporte une expertise complémentaire, ce qui nous permet de couvrir un large éventail de sujets avec un haut niveau de qualité. Par exemple, Quentin est ingénieur en robotique. Il a développé de nombreux outils, dont notre logiciel. Pour ma part, j’ai participé à de très grands projets de conseil au cours de ma carrière, principalement auprès des sociétés du CAC 40. Nous sommes habitués à naviguer en haute mer, à gérer des projets complexes et exigeants. Au fond, nous ne sommes pas une structure qui multiplie les consultants à l’infini : c’est un véritable microcosme qui réunit toutes les compétences nécessaires pour accompagner les acteurs dans leur transition. Aujourd’hui nous mettons ces compétences aux services d’entreprises de toute taille, de la TPE au grand groupe hôtelier.
VA/ : Un mot sur votre modèle économique : quel est-il et comment conciliez-vous performance économique et impact ?
Nous sommes une société à mission. Nous intervenons auprès de nos clients dans le cadre de missions longues qui peuvent durer jusqu’à un an. Chaque mission est facturée au forfait. Ce dernier est évalué en fonction du temps estimé nécessaire pour mener l’accompagnement à bien. De ce point de vue, notre modèle reste celui d’un cabinet de conseil classique. En revanche, nous avons fait le choix d’appliquer des tarifs inférieurs à ceux du marché. Notre objectif est bien sûr d’assurer la pérennité économique de l’entreprise, mais nous ne voulons pas que le coût d’accès à des prestations de haut niveau constitue un frein pour les TPE et PME.
Nous cherchons également à réduire le risque financier pour nos clients en les aidant à mobiliser les dispositifs de financement public lorsqu’ils existent, notamment auprès de Bpifrance ou de l’ADEME. Nous prenons en charge l’ensemble des démarches administratives liées à ces demandes afin que nos clients puissent se concentrer sur leur cœur de métier.
En interne, nous nous inscrivons dans la filiation de l’économie sociale et solidaire. Dans cette approche, la dimension économique est indispensable, mais elle n’est qu’une composante de l’activité. Notre finalité n’est pas la maximisation du profit. À la fin, la valeur créée est avant tout redistribuée sous forme de salaires et réinvestie dans le projet collectif pour améliorer année après année notre capacité à accompagner les hôteliers dans leur transformation. Passer d’une vision de la RSE axé sur la conformité, à une vision orienté vers la transformation et l’excellence opérationnelle demande beaucoup de travail et d’investissements de notre part. Mais après avoir réalisé près de 100 projets, on estime qu’à notre échelle c’est plutôt réussi. Nous avons une vision de l’entreprise où la performance économique est au service d’une mission et d’un engagement, et non une fin en soi.
VA / Vous travaillez principalement avec les certifications Green Globe et Ecolabel européen. Pourquoi avoir choisi ces labels ? Avez-vous l’intention de vous tourner vers d’autres certifications ?
Une certification ne garantit pas à elle seule un gain de performance, soit-elle RH, environnementale ou économique. Toutefois, elle offre un excellent levier de transition aux hôtels, plus difficilement atteignable par une démarche RSE interne, isolée et non certifiée. Un label joue plusieurs rôles dans un hôtel. Tout d’abord et de manière assez prévisible, il envoie un message très simple aux parties prenantes (banques, clients grands comptes, clients écoresponsables, pouvoirs publics, etc.) en disant « cet hôtel sait gérer ses ressources, il se soucie de son environnement et de ses parties prenantes ». Au-delà de l’aspect éthique, cela apporte plusieurs bénéfices à l’hôtel : réduction de ses consommations, amélioration de la qualité de l’expérience client, meilleures conditions de travail et marque employeur renforcée, accès à des conditions de prêt bancaire plus avantageuses pour réaliser des travaux par exemple, meilleure relation avec ses fournisseurs, pour ne citer que les principales retombées. Une certification est donc un excellent levier pour créer de la valeur partagée (shared value) au sens de Michael Porter.

VA/ Et donc le choix de l’Ecolabel européen et de Green Globe.
Nous avons essayé de sélectionner les labels les plus exigeants. Pas forcément du point de vue de la notoriété qu’ils ont auprès des hôteliers eux-mêmes, mais plutôt en termes d’impact réel. Si l’on regarde les classements, l’Ecolabel européen est le plus solide, que ce soit face aux réglementations européennes, à sa gouvernance, qu’aux gains réels qu’ils permet. Il nous est apparu comme un véritable levier de transformation pour aider les hôtels à s’engager dans la transition écologique. En outre, il constitue le label officiel de l’Union européenne, porté par les pouvoirs publics au niveau européen et dans chaque pays membre. À l’origine, son objectif était justement d’apporter une alternative à la profusion de labels privés.
Il s’agit toutefois d’un label orienté à 80% vers les enjeux environnementaux, ce qui constitue à la fois sa force et sa limite. S’il offre une véritable profondeur sur ces sujets, il laisse volontairement de côté certaines dimensions comme les ressources humaines, l’accessibilité ou d’autres aspects liés à une hôtellerie plus responsable au sens large. C’est pour cette raison que nous avons également retenu Green Globe qui est, selon nous, l’un des référentiels les plus intéressants pour aborder la durabilité et la RSE de manière globale. Les établissements peuvent d’ailleurs cumuler les deux labels, et certains le font déjà. Ce n’est pas une obligation ; cela dépend des objectifs de chacun. Ces deux labels bien mobilisés deviennent donc des outils de gestion très puissants pour l’hôtel.
VA/ Combien de projets ont été accompagnés par The Swarm depuis sa création ?
Depuis la création de The Swarm nous avons mené 75 projets de certification Ecolabel européen, 20 Green Globe, et plusieurs missions ponctuelles comme la structuration de la stratégie RSE de l’Hôtel Martinez, récemment entré dans le cercle des palaces français, et la création de son rapport RSE depuis 2024. Ou encore la création d’une démarche RSE complète, des opérations jusqu’à la gouvernance dans la très connue collection parisienne Hôtels en Ville. Pour ce dernier, notre collaboration dure depuis bientôt 4 ans et nous avons affaire à un exemple de comment faire de de la RSE un véritable levier stratégique et opérationnel. Tous les indicateurs sont au vert : évolution des consommations physiques, réduction des impacts environnementaux, amélioration claire des indicateurs RH, retour sur investissement (ROI) très satisfaisant, etc.
VA / Plus récemment, vous avez signé un partenariat avec Paris je t’aime pour accélérer la transition énergétique des hébergements parisiens. Quelles sont les priorités de votre action et quels sont les points particuliers sur lesquels les hébergements accusent le plus de retard ?
Avec Paris je t’aime, Office du tourisme de Paris, nous avons construit plusieurs actions en vue de transition durable et responsable de l’hôtellerie parisienne sur les deux prochaines années. Celles-ci visent à prolonger le manifeste de l’hospitalité et le plan stratégique de l’office du tourisme. Pour nous, c’est assez naturel puisque notre cœur de métier reste l’hôtellerie. L’objectif est d’accompagner concrètement les adhérents de l’office en leur fournissant des outils et en les aidant dans leur transformation. Dans ce cadre, nous leur proposons un diagnostic RSE gratuit, accompagné par nos consultants sur toute sa durée. Il permet d’évaluer le niveau de maturité des hôtels sur les sujets RSE, d’identifier leurs forces et leurs axes de progression. Nous leur attribuons un score sur différentes dimensions : l’eau, l’énergie, les déchets, les achats responsables, les ressources humaines, la conformité réglementaire, accessibilité et handicap, et la gouvernance.
Dans ce cadre, avons fait le choix de mener ce diagnostic au plus près des hôteliers afin de mieux comprendre leur contexte, leurs contraintes et leurs ambitions. À l’issue du diagnostic, ils obtiennent une note pour chaque dimension évaluée.*. Nous leur remettons également un rapport plus complet, construit autour d’une analyse de type SWOT (Forces, faiblesses, opportunités et menaces). Enfin, nous élaborons avec eux une feuille de route à trois, six et douze mois, avec des préconisations discutées ensemble, très actionnables et pouvant être mises en œuvre rapidement. L’idée n’est pas d’arriver avec des solutions toutes faites, mais de les construire dans l’échange. Les recommandations doivent faire sens pour l’hôtelier et permettre de faire émerger ses propres priorités d’action. Au final, le livrable comprend à la fois un score détaillé par dimension et un rapport, avec une trajectoire d’amélioration dans le temps.

VA / À l’heure actuelle, combien d’établissements avez-vous réussir à embarquer à Paris ?
Lorsque nous avons commencé à travailler sur ces sujets à Paris, il n’y avait que deux ou trois hôtels à avoir obtenu l’Écolabel européen. Aujourd’hui, on en compte près de quatre-vingts. Nous en avons accompagné soixante-cinq. Parmi les établissements accompagnés dans le cadre du partenariat avec Paris je t’aime, nous avons beaucoup de 4 étoiles, quelques hôtels 5 étoiles et étonnamment moins d’hôtels 3 hôtels alors que cette démarche pourrait leur être très bénéfique. Pour citer quelques exemples nous avons le très connu Hôtel Napoléon. L’établissement s’apprête à célébrer son centenaire dans deux ans et s’engage actuellement dans une démarche RSE sérieuse et vise l’obtention de l’Écolabel européen début 2027. Parmi les 5 étoiles, nous avons aussi accompagné le Renaissance Paris Arc de Triomphe Hotel dans la réalisation du diagnostic, qui lui a été principalement bénéfique dans l’identification des opportunités d’économies de ressources. Parmi les 4 étoiles accompagnés, nous pouvons prendre les exemples de l’hôtel Nuage qui met au cœur de son modèle le slow tourisme ou le Régence Etoile qui adopte une démarche plus orientée vers l’amélioration de ses opérations. Ce sont des hôtels qui ont réalisé le diagnostic et que nous avons continué à accompagner par la suite pour la mise en œuvre des préconisations.
Pour les établissements, cela représente généralement entre deux et trois heures de mobilisation du directeur ou du responsable RSE. Ce type de prestation, si elle devait être facturée directement, représenterait au moins 2 000 euros. Grâce au partenariat avec Paris je t’aime, les adhérents en bénéficient gratuitement. Ils ont également accès à un audit d’accessibilité réalisé par les équipes internes de Paris je t’aime. Au final, la valeur des services proposés couvre largement le montant de l’adhésion (environ 400 €).
VA / Forcément une bonne opération pour les hébergements, quels sont toutefois encore les freins au changement ?
Aujourd’hui, le plus difficile n’est pas tant de démontrer la valeur de la démarche que de faire parvenir le bon message aux bonnes personnes. Souvent, il y a une vraie volonté d’agir mais très souvent aussi que la transition n’est pas vécue comme une urgence, et elle représente surtout une contrainte. Lorsque Paris je t’aime nous a contacté, nous avons donc partagé des éléments sur notre approche, notre méthodologie et notre stratégie. Depuis plusieurs années, j’accompagne des directions générales et des directions avec des objectifs stratégiques. Mon métier consiste à aider les organisations à passer des idées à l’action. Très souvent, les entreprises disposent déjà d’axes stratégiques pertinents, mais elles n’ont ni les ressources ni les capacités opérationnelles pour les mettre en œuvre.

C’est exactement ce que nous avons proposé à Paris je t’aime : travailler ensemble dans une logique où tout le monde est gagnant. Pour nous, cela nous permet de bénéficier du réseau, de la légitimité et de la capacité de mobilisation de l’Office de tourisme. De son côté, Paris je t’aime s’appuie sur une expertise déjà éprouvée. Au moment de notre prise de contact, nous avions déjà réalisé près de 80 projets dans l’hôtellerie liés à la transition durable. Nous étions donc identifiés pour la qualité de notre travail. Ce partenariat nous a donné une visibilité supplémentaire. Surtout, il apporte à l’Office de tourisme une équipe complémentaire capable de transformer des ambitions en actions concrètes. Nous travaillons vraiment main dans la main avec les équipes de l’Office et depuis 6 mois la démarche s’est relevée gagnante.
VA / Et quid des actions passées puisqu’avec Paris Durable, ce n’est pas la première fois que la ville mobilise ses hôteliers ?
Selon moi, la différence avec beaucoup d’initiatives qui ont pu exister auparavant est que nous travaillons réellement ensemble. Notre objectif est de développer des synergies plutôt que de simplement vendre des prestations. On voit régulièrement des partenariats annoncés avec beaucoup d’intentions, mais qui n’aboutissent jamais à des résultats tangibles. Nous avons une approche très orientée impact et résultats. Dès le début, nous avons organisé des réunions très concrètes en montrant ce qui avait déjà été réalisé à court terme : tel hôtel accompagné, telle démarche mise en œuvre, tels résultats obtenus. La conduite du changement, c’est notre métier. Nous savons comment transformer une stratégie en plan d’action opérationnel. Finalement, le véritable secret, c’est de travailler avec une méthodologie orientée vers l’impact direct. Il ne suffit pas de définir une vision ou des objectifs. Il faut aussi être capable de les traduire en actions concrètes, de les suivre dans le temps et d’accompagner les équipes dans leur mise en œuvre. C’est peut-être cette dimension très opérationnelle qui a souvent manqué par le passé et qui explique, selon moi, pourquoi certaines démarches n’ont pas produit les effets attendus.
VA / Comment mesurez-vous concrètement l’impact de vos actions auprès des établissements que vous accompagnez ? Et quid du suivi ?
Excellente question, la mesure et le suivi sont des sujets que nous avons identifiés très tôt. Très souvent, après un audit ou une certification, personne ne sait réellement ce qui se passe à l’hôtel. On obtient une étiquette à l’entrée de l’établissement, mais ensuite il est difficile de savoir si les engagements sont maintenus, si les résultats progressent ou non. Dans certains cas, il n’y a pas de nouvel audit avant un ou deux ans. Notre approche est différente. Dès le démarrage d’un projet, nous collectons des données afin d’apporter la preuve tangible de l’impact de nos actions. Les hôteliers disposent d’un logiciel que nous avons développé (STAR) dans lequel ils peuvent saisir leurs consommations d’eau, d’énergie, leurs achats de produits d’hygiène et entretien, les déchets, blanchisserie et bilan carbone. Cela permet de piloter une véritable trajectoire de transformation, avec des objectifs et des résultats mesurables. Dans les projets d’éco-labélisation, ce logiciel est mis gratuitement à disposition des clients et leur permet de suivre, mois par mois, leurs consommations. Par la suite, nous en ferons un véritable outil de contrôle de gestion permettant de suivre les flux physiques et économiques et d’avoir une véritable vision de l’empreinte écologique de l’établissement.
Pour nous, c’est une manière de faire du benchmark, de connaitre précisément leurs ratios et de les comparer entre hôtels d’une même taille, catégorie, type d’espaces au-delà de l’hébergement (restaurant, spa, espaces verts, etc.). C’est très riche et ça permet aux hôteliers de se situer par rapport à leurs confrères et de faire entrer l’environnement dans les outils de gestion de l’hôtel. Ainsi, à la fin d’un projet, nous savons déjà quel a été son impact grâce aux données collectées dans l’outil.
Nous ne sommes pas dans une logique déclarative ; nous sommes dans une logique de gestion, de suivi et de pilotage. En outre, à partir du mois de septembre, grâce aux compétences de Quentin en IA, nous intégrerons également des fonctionnalités d’intelligence artificielle permettant d’automatiser la quasi-totalité de la collecte de données et réduisant la saisie manuelle à 0. Là encore, nous utilisons la technologie lorsqu’elle apporte une valeur réelle et permet de simplifier le travail des équipes.
VA/ Et que se passe-t-il avec le logiciel STAR une fois l’établissement labélisé ?
Le logiciel coûte 45 euros par mois. Les établissements peuvent le conserver même lorsqu’ils ne travaillent plus directement avec nous. Nous fonctionnons davantage comme une organisation d’utilité sociale que comme une entreprise traditionnelle. Nous essayons de construire un modèle qui serve avant tout les intérêts des hôteliers. C’est aussi ce qui rend possibles ce type de coopérations. Pour 45 euros par mois, les établissements disposent d’un outil qui leur permet non seulement de poursuivre leur suivi, mais aussi de faciliter leur travail de conformité avec les différents labels. Les auditeurs apprécient d’ailleurs beaucoup cette approche, car toutes les informations sont structurées et facilement accessibles. Ils commencent à nous connaitre très bien, et quand ils voient nos outils ils savent que ça va leur faciliter la tâche. Surtout, cela permet de faire entrer l’écologie dans une logique de gestion. On ne parle plus uniquement de bonnes intentions : on suit des indicateurs qui rendre visible une partie de la valeur créée. À partir de là, le changement devient mesurable et produira des effets systémiques.

VA/ Comment cela se passe-t-il avec Green Globe ?
Sur la partie sociétale et sociale, nous suivons également des indicateurs, surtout les évolutions d’année en année chez nos clients certifiés. Pour nous, la mesure n’est pas une fin en soi, mais elle permet d’évaluer la capacité d’une stratégie à atteindre ses objectifs. Comment dire qu’on a un impact positif si on n’est pas en mesure de le prouver et de se situer par rapport à ses confrères ? Finalement, ce que nous proposons est aussi une forme d’externalisation de la démarche RSE. Les hôteliers disposent d’outils et de méthodes qu’ils n’auraient pas forcément le temps ou les ressources de développer eux-mêmes.
VA/ Quelle est, selon vous, la principale différence entre votre approche et celle de vos concurrents ?
VA/ Chez mes concurrents, la mesure est souvent au cœur de la démarche. À partir de cette mesure, ils proposent des actions, puis les hôteliers se débrouillent dans la mise en œuvre de la démarche. Pour nous, le logiciel n’est qu’un appendice. Il sert avant tout à apporter aux hôteliers la confirmation que ce qu’ils sont en train de faire crée réellement de la valeur. Il leur facilite également le suivi et le pilotage de leurs actions. En outre, nous nous appuyons dans beaucoup de nos missions sur l’Écolabel européen qui bénéficie d’une légitimité institutionnelle de plus de 30 ans. Il est défini collectivement par les pays membres de l’UE, avec une gouvernance partenariale très transparente associant les hôteliers, les centres de recherche, les consommateurs et d’autres parties prenantes. On sait exactement ce qu’il y a derrière, à l’inverse d’autres initiatives privés dont l’approche peut être moins partenariale et moins transparente.. Personnellement, je suis favorable à une gouvernance transparente. On ne peut pas demander aux acteurs d’être responsables sans être soi-même transparent sur les méthodes utilisées.
VA / Pour revenir à l’ensemble de vos actions, vous avez récemment publié votre rapport d’impact 2025. Quelles en sont les principales conclusions ?
Notre rapport d’impact est devenu un exercice collectif en interne qui donne du sens à notre mission. Nous sommes donc fiers de réfléchir à l’impact positif que nous avons pu avoir sur l’année écoulée et de le voir se matérialiser dans des textes et des chiffres qui viennent le prouver et que nous pouvons communiquer. Ce qu’il ressort, c’est que nous continuons à consolider notre culture d’entreprise basée sur la solidarité, l’éthique, l’impact et des relations très positives avec nos clients et partenaires. Ainsi, dans les chiffres, nous voyons notre impact se matérialiser à travers des économies de centaines de MWh d’énergie, des milliers de mètres cubes d’eau, des tonnes de produits bios achetés en plus tous les ans, des tonnes de Co2 en moins, la disparition progressive de la chimie dans les hôtels, la réduction du turn-over ou encore une augmentation de la contribution des hôtels aux communautés locales comme les associations ou commerçants de quartier. Cette dynamique se traduit aussi par le développement de partenariats et de coopérations avec de grandes institutions, telles que Paris je t’aime, Atout France, la Commission européenne ou encore l’ADEME, qui reconnaissent l’utilité sociétale de nos actions.
VA / Justement, votre action est pour l’heure très centrée sur les hébergements. Souhaitez-vous l’étendre à d’autres secteurs de l’économie touristique (séjours, activités, transports, destinations, etc.) ?
Tout le monde sait faire de la finance ou de la comptabilité. Le développement durable, c’est autre chose. Nous avons donc décidé de nous spécialiser afin de devenir les meilleurs experts possibles sur une niche très particulière qu’est l’hôtellerie. Aujourd’hui, nous travaillons principalement à Paris et notre objectif, à court terme, est de poursuivre notre développement en France, puis en Europe à partir de l’année prochaine. Par la suite, il n’est pas exclu de faire un pas de côté. Si nous estimons être légitimes pour intervenir sur d’autres domaines du tourisme, comme les sites de visite ou les lieux culturels, nous pourrons le faire. Nous avons déjà certaines compétences en interne qui pourraient nous y conduire. Par exemple, Emma, l’une de nos consultantes, était auparavant cheffe de projet RSE à la Fondation Pinault et a participé à la mise en œuvre de la stratégie RSE de la fondation. Pourquoi ne pas valoriser ce type d’expertise à l’avenir ? Mais nous avançons avec prudence. Nous mesurons soigneusement chacun de nos pas. Certaines opportunités pourront naturellement s’ouvrir au fil du temps.
VA/ Avec une équipe élargie ?
Nous n’avons pas de volonté de croissance à tout prix. Si, à la fin de l’année 2027, nous sommes dix personnes, ce sera déjà énorme. Mais ce n’est pas du tout à l’ordre du jour. Nous avons surtout envie de rester une équipe à taille humaine, où les personnes se connaissent bien, travaillent bien ensemble et prennent plaisir à collaborer. Cela compte davantage pour nous qu’une croissance rapide ou qu’un développement excessif.
VA / Avez-vous d’autres projets en cours ?
Nos principaux projets en 2026 sont de réussir une très belle année dans notre partenariat avec Paris je t’aime. Puis lancer notre centre de formation certifié Qualiopi afin de partager avec les hôteliers, dans une posture très terre à terre et avec des recommandations actionnables, l’expertise que nous avons accumulé au cours de près de 100 projets de transition des établissements hôteliers. Finalement, et ce n’est pas le plus petit projet, nous débuterons à partir de septembre la promotion de notre logiciel STAR. A titre plus personnel, je finalise un doctorat en sciences de gestion à l’Ecole Polytechnique (X), dans lequel je m’intéresse aux conditions et au processus par lequel des visions de futurs désirables qui circulent dans la société, comme le tourisme responsable par exemple, parviennent à transformer réellement les organisations de ce secteur. Comment passer de la vision de qui est désirable à des choses concrètes est ce qui m’anime.
VA / Enfin, après votre reconversion professionnelle vers un métier qui a du sens, pensez-vous que votre pari était le bon et que vous parvenez aujourd’hui à vivre sereinement de votre activité ?
Ce n’est pas toujours facile, il y a des mois où j’attends un peu pour me verser mon salaire, mais nos salariés, tous en CDI, n’ont jamais eu un retard de paiement en 4 ans. C’est très important pour nous, car nous devons créer de l’impact positif en commençant par les femmes et les hommes qui travaillent avec nous. Pour que notre équipe ait envie de s’investir et devenir la force positive nécessaire pour faire changer les choses, elle doit se sentir valorisée et respectée. Personnellement, j’ai le sentiment de vivre la vie dont j’aurais pu rêver. J’ai tout ce dont j’ai besoin, et j’exerce un métier qui me donne envie de me lever chaque matin. Je ne me vois pas retourner travailler dans une entreprise traditionnelle, avec des attentes de rentabilité dont le seul objectif est de faire tourner la machine. À partir d’une certaine taille, on retrouve souvent cette dynamique. J’ai besoin de travailler avec des personnes qui comprennent ce qu’elles font, qui donnent du sens à leur travail. Dans l’économie sociale et solidaire, on rencontre des personnes qui portent des valeurs, qui ont des objectifs au-delà de leur propre activité, et qui cherchent à contribuer à améliorer la société.
VA / Une dernière chose à nous confier ? Un mot d’optimisme pour demain ?
J’ai le sentiment que beaucoup de signaux actuels ressemblent à un chant du cygne. Comme si nous étions arrivés au bout d’un cycle, celui qui nous a progressivement menés aux tensions et aux difficultés que nous vivons aujourd’hui. Mais je vois aussi sur le terrain beaucoup d’acteurs engagés, que ce soit dans les entreprises, dans les associations ou les institutions. Il y a de la volonté de bien faire et certains y arrivent comme chez beaucoup d’hôtels que nous accompagnons et qui nous inspirent par leur audace. Apprendre à faire mieux avec moins et tisser des liens, ce sont les qualités de demain.
RAPPORT D’IMPACT 2025 A CONSULTER ICI
Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Radio France, Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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