Ces labels et certifications AFNOR qui aident les voyageurs à choisir leurs hébergements, activités ou destinations
Entretien avec Muriel LACROIX
Ecolabel européen Hébergement touristique, NF Environnement Sites de visite, certification ISO 20121 Événement responsable, Ports propres, label Engagé RSE… autant de labels et certifications développés ou accompagnés par AFNOR pour guider les voyageurs et aider les professionnels à s’engager. Si le grand public a souvent tendance à s’y perdre, ces repères sont-ils fiables pour choisir hébergements et activités ? À la fois déléguée AFNOR Nouvelle-Aquitaine et auditrice Ecolabel européen et NF Environnement Sites de Visite, Muriel Lacroix était la personne idéale pour répondre à nos questions.

VA/ Pour commencer, adressons-nous aux voyageurs. Quelle certification ou label AFNOR est aujourd’hui le plus identifié ?
Pour le grand public, je dirais que c’est l’Ecolabel européen. Les consommateurs peuvent retrouver ce logo sur de nombreux produits du quotidien, notamment des produits d’entretien vendus en grande surface, ce qui contribue à sa notoriété. Dans le secteur du tourisme, NF Environnement Sites de Visite est très bien identifié. La marque NF bénéficie d’une notoriété supérieure à 80 % en France et est largement associée à un signe de qualité. La certification ISO 20121 Evénement responsable est en revanche moins connue du grand public. Elle parle davantage aux professionnels de l’événementiel et aux personnes déjà sensibilisées aux démarches de management responsable. »
VA/ Quels sont les principaux enjeux de cette certification NF Environnement Sites de visite ?
Concrètement, cette certification vise à réduire l’impact environnemental des établissements. Elle porte notamment sur les performances énergétiques et hydriques, la gestion des déchets, mais aussi sur des sujets plus larges comme les achats responsables ou encore certains critères sociaux liés au bien-être des salariés. Les établissements déjà certifiés, ainsi que des partenaires comme l’ADEME ou la Région Nouvelle-Aquitaine, ont souhaité intégrer de nouveaux enjeux, notamment ceux liés au numérique responsable. La gestion des e-mails, l’utilisation des serveurs ou le stockage des données ont un impact environnemental qui n’était pas forcément pris en compte au départ. Ces critères ont donc été ajoutés.

VA/ Selon vous, ces objectifs et bénéfices sont-ils suffisamment compris par le grand public ?
Je pense que les objectifs de la certification ne sont pas toujours parfaitement connus dans le détail. En revanche, les visiteurs comprennent de plus en plus qu’un site certifié s’inscrit dans une démarche globale d’amélioration de ses pratiques environnementales et sociales. Cette certification se développe bien aujourd’hui. L’Aquarium de La Rochelle, le Musée d’ Aquitaine, mais aussi la Cité du Vin à Bordeaux ou encore le gouffre de Proumeyssac sont tous certifiés NF Environnement Sites de visite.
VA/ Dans le secteur de l’événementiel, la certification ISO 20121 Événement responsable s’est également imposée comme une référence, notamment à l’occasion des Jeux Olympiques de Paris 2024 ou du Festival des Francofolies. Des événements touristiques sont-ils actuellement engagés dans une démarche de certification ou de labellisation auprès de l’AFNOR ?
Je ne peux pas évoquer les démarches de certification actuellement en cours, mais on voit que la norme ISO 20121 concerne bien au-delà des seuls organisateurs d’événements. À Bordeaux, par exemple, un traiteur est certifié ISO 20121, tout comme un autocariste. Tous les prestataires qui contribuent à la réalisation d’un événement peuvent ainsi s’engager dans cette démarche. C’est d’ailleurs tout l’intérêt de cette certification. Lorsqu’un événement comme les Francofolies travaille avec un traiteur certifié ISO 20121, il sait que celui-ci s’inscrit dans une logique d’amélioration continue et de management responsable.

La philosophie de l’ISO 20121 est toutefois assez différente de celle de l’Ecolabel européen. Dans l’Ecolabel, certains critères sont précisément définis : par exemple, un débit d’eau ne doit pas dépasser un certain seuil (8 litres par minute). Si le seuil est dépassé, la certification n’est pas obtenue. Avec l’ISO 20121, on est davantage dans une logique d’objectifs à atteindre. La norme fixe un cadre et des objectifs, puis l’organisation met en place sa propre démarche pour améliorer ses performances. Lors de l’audit, nous vérifions comment elle s’organise, quelles actions elle met en œuvre et quels résultats elle obtient au regard des objectifs définis.

VA/ Plus discret auprès du grand public, mais largement reconnu dans le monde de l’entreprise, le label Engagé RSE est aujourd’hui le label RSE le plus répandu en France. Pouvez-vous nous citer quelques exemples d’acteurs du tourisme ayant choisi cette démarche AFNOR pour structurer leur politique de responsabilité sociétale ?
Le label Engagé RSE s’adresse à tous types d’organisations : entreprises, associations ou encore collectivités. Aujourd’hui, on compte 876 organisations labellisées Engagé RSE en France. Dans le secteur du tourisme, plusieurs acteurs ont choisi cette démarche. Je pense notamment à Cap Sciences, à Bordeaux. La structure était déjà certifiée NF Environnement Sites de visite et a ensuite obtenu le label Engagé RSE. L’idée n’était pas d’abandonner la certification NF Environnement, mais de compléter la démarche. Cette dernière est très précise sur des critères comme l’eau, l’énergie ou les déchets. Le label Engagé RSE permet quant à lui de travailler davantage sur les relations avec les clients et les fournisseurs : les partenaires, les collectivités, les établissements d’enseignement qui collaborent avec la structure, etc.

VA/ AFNOR a également contribué au développement du référentiel Ports Propres. Combien de ports sont aujourd’hui certifiés ? Et avez-vous le sentiment que les acteurs du tourisme nautique connaissent suffisamment cette démarche ?
Aujourd’hui, 137 ports de plaisance sont certifiés Ports Propres et 84 ont atteint le niveau supérieur, Ports Propres Actifs en Biodiversité. Il faut préciser que cette démarche est née à la demande de l’Union des Ports de Plaisance Provence-Alpes-Côte d’Azur. Les gestionnaires de ports souhaitaient disposer d’un cadre commun pour faire progresser les professionnels et les usagers dans la préservation de l’environnement. La Région PACA a soutenu cette initiative et le référentiel a ensuite été porté par AFNOR. Aujourd’hui, il est même devenu une norme internationale, ce qui témoigne de la reconnaissance du travail mené par les ports de plaisance de la région. Ce référentiel constitue une véritable boîte à outils. Il traite par exemple des opérations de carénage des bateaux, de la gestion des déchets ou encore des équipements et procédures permettant aux plaisanciers de limiter leur impact sur l’environnement. L’Union des Ports Propres accompagne les ports dans cette démarche et AFNOR intervient ensuite pour la certification.
Récemment, les ports de Saint-Martin-de-Ré et de La Flotte-en-Ré ont obtenu leur certification. Comme pour les autres certifications AFNOR, celle-ci est délivrée pour trois ans, avec des vérifications régulières. Enfin, si la démarche est aujourd’hui bien connue des professionnels du nautisme et des gestionnaires de ports, elle reste en revanche moins identifiée par le grand public, même si les plaisanciers bénéficient directement des actions mises en place grâce à ce référentiel.

VA/ Dans une démarche de voyage plus responsable, les labels et certifications AFNOR constituent-ils finalement selon vous, des repères fiables pour aider les voyageurs à choisir leurs hébergements, activités ou destinations ?
Comme on l’a évoqué ci-dessus, ce sont effectivement des repères fiables, même si toutes les reconnaissances ne se valent pas. Elles s’appuient sur des normes volontaires, construites et rédigées par les différents acteurs économiques concernés par le sujet. Nous intervenons en tant que tierce partie : nous vérifions que les exigences définies dans le cahier des charges sont bien mises en œuvre sur le terrain. L’autodéclaration n’a pas sa place chez nous, à l’inverse de certains labels. L’audit dépend ensuite de la taille et de la complexité de la structure : cela peut aller d’une journée pour un hôtel ou un camping, jusqu’à trois jours pour des dispositifs plus complexes comme ISO 20121 ou le label Engagé RSE.
VA/ Et maintenant, pour les professionnels, quels sont les principaux freins qui peuvent encore dissuader de s’engager dans une démarche de certification ou de labellisation ?
Le principal frein reste souvent une méconnaissance du cahier des charges. Le coût est également perçu comme un frein, même s’il existe des dispositifs d’accompagnement, à la fois techniques et financiers. Ces dernières années, de nombreuses aides ont été proposées, notamment par l’ADEME dans le cadre de programmes liés à la transition écologique. Après la période Covid, beaucoup de financements étaient orientés vers les équipements. Aujourd’hui, l’accent est davantage mis sur l’accompagnement des structures et la formation des équipes.
Les professionnels ne sont d’ailleurs pas seuls. Les fédérations régionales de l’hôtellerie de plein air, de l’hébergement ou du tourisme disposent souvent de chargés de mission capables d’accompagner leurs adhérents dans ces démarches. D’autres dispositifs, comme ceux soutenus par le Fonds social européen, peuvent également apporter un soutien, notamment sur les sujets liés à la RSE. Il existe aussi parfois une forme de scepticisme. Certains se disent : « Pourquoi m’engager dans une démarche de certification alors que mon établissement est déjà complet toute l’année ? » Mais les mentalités évoluent. Les professionnels prennent de plus en plus conscience que ces démarches ne sont pas seulement un outil de communication. Elles permettent aussi de mieux maîtriser les consommations d’eau et d’énergie, de réduire certains coûts et donc d’améliorer la performance globale de l’établissement.
Enfin, il ne faut pas oublier non plus que toutes ces démarches restent volontaires. Personne n’est obligé de se faire certifier ou labelliser. Mon rêve serait d’ailleurs que nous n’ayons plus besoin de toutes ces reconnaissances parce que les bonnes pratiques seraient devenues naturelles pour tout le monde. Mais nous n’en sommes pas encore là, et ces référentiels restent aujourd’hui des outils précieux pour accompagner les organisations dans leur progression.
VA/ AFNOR est-elle souvent en concurrence avec d’autres labels ?
Il existe effectivement de nombreux labels et référentiels, notamment dans le domaine du tourisme durable. Mais au-delà du label lui-même, il est important de regarder comment le référentiel a été construit et surtout comment il est évalué. Chez AFNOR Certification, nous avons une position de tierce partie indépendante. Nous n’accompagnons pas les organisations dans la mise en œuvre de leur démarche, nous ne faisons pas de conseil. Notre rôle intervient une fois que le travail a été réalisé, afin de vérifier de manière objective la conformité aux exigences du référentiel.
Lors d’un audit, nous allons examiner l’ensemble des éléments nécessaires à l’évaluation. Nos auditeurs sont spécifiquement formés à ces missions. C’est un point essentiel, car nous devons être irréprochables et inspirer confiance aux professionnels comme au grand public. Aujourd’hui, la multiplication des labels et des allégations environnementales peut rendre la lecture difficile pour les consommateurs. Le client ne sait plus toujours à quoi correspondent les différents logos qu’il rencontre. C’est d’ailleurs l’un des enjeux des évolutions réglementaires européennes en cours, qui visent à mieux encadrer les allégations environnementales et à apporter davantage de clarté.
VA/ On voit donc que chaque année, le nombre de sites et de professionnels engagés dans des démarches de certification progresse. Cette dynamique vous rend-elle optimiste face aux défis environnementaux, sociaux et économiques auxquels le secteur du tourisme est confronté aujourd’hui ?
Oui, je suis plutôt optimiste. Cela fait longtemps que je travaille sur ces sujets, et je vois bien que les choses avancent. Je suis certes un peu triste que cela n’aille pas plus vite, car les enjeux environnementaux et sociaux sont urgents. Finalement, la vraie question n’est pas tant de savoir quel label est le meilleur, mais de comprendre sur quoi il repose : comment le référentiel a été élaboré, quelles garanties il apporte et s’il existe ou non un audit externe réalisé par un organisme indépendant. C’est cela qui permet de distinguer une démarche véritablement vérifiée d’une simple déclaration d’engagement.
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Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Radio France, Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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