La Corrèze, un département unique à (re)découvrir absolument !
Thèmatique : Culture Éco-Hébergement Espaces protégés Itinérance Territoire
Rencontre avec Marie Saule
Blottie entre la Dordogne, le Lot et le Cantal, la Corrèze est un département discret, davantage connu pour avoir donné deux présidents à la France que pour ses nombreux atouts touristiques. Sur cette terre vallonnée où il fait bon randonner, le voyageur souffle enfin. Destination confidentielle, loin du tourisme de masse, elle déploie une multitude d’écrins de verdure où se ressourcer, des rivières et des lacs où se rafraîchir, ainsi qu’un chapelet de villages de caractère où flâner entre marchés de producteurs et soirées festives. Les plus aventureux pourront également partir à la découverte des 60 parcours ludiques de Tèrra Aventura, une chasse aux trésors grandeur nature qui invite à explorer le territoire autrement. « La Corrèze, c’est loin, mais c’est unique. », une promesse d’évasion pour un tourisme plus lent, plus authentique et plus responsable.

VA / Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et nous rappeler votre rôle dans la promotion touristique de la Corrèze ?
Je suis Marie Saule, directrice de Corrèze Tourisme, l’agence départementale en charge du développement et de la promotion touristique de la Corrèze. Nous mettons en œuvre la politique touristique du Département et travaillons au développement de la destination en lien avec l’ensemble des acteurs du territoire : les collectivités, les offices de tourisme, les professionnels, mais aussi les hébergeurs non professionnels, comme les loueurs de gîtes.
Nos missions s’articulent autour de trois grands axes. Le premier est bien sûr la promotion de la destination Corrèze. Le deuxième concerne la structuration et le développement de l’offre touristique. Nous accompagnons ainsi les porteurs de projets, les démarches de labellisation, mais également les investisseurs et les opérateurs qui souhaitent s’implanter sur le territoire afin de contribuer au renouvellement de l’offre touristique. Enfin, nous disposons d’une activité d’agence de voyages réceptive dédiée aux groupes. Nous nous appuyons par ailleurs sur un observatoire du tourisme qui alimente nos stratégies grâce à des données précises sur les évolutions du secteur. Notre ambition est d’embarquer l’ensemble des acteurs dans une stratégie commune.
VA / La Corrèze affiche une belle dynamique touristique ces dernières années. Quels sont, selon vous, les principaux facteurs de cette réussite ?
Depuis plusieurs années, nous constatons que la Corrèze gagne en notoriété. C’est le fruit d’un travail de fond. Nous avons fait le choix d’assumer ce qui pouvait apparaître comme des faiblesses pour en faire de véritables atouts. La Corrèze est une destination confidentielle, préservée, loin du tourisme de masse. Ici, nous défendons un tourisme diffus, un tourisme plus lent, et nous souhaitons préserver cette identité.

Nos campagnes de communication reflètent ce positionnement. Elles utilisent beaucoup d’humour et un ton décalé pour interpeller et marquer les esprits. L’objectif est de créer un buzz positif en mettant en avant ce qui fait notre singularité : une nature préservée et une authenticité intacte. Nous constatons aussi que les territoires les plus préservés sont parfois ceux qui parlent le moins de développement durable. Chez nous, cette démarche est presque naturelle. Nous veillons à accueillir des investisseurs en phase avec l’ADN de la destination et à préserver nos paysages, nos lacs et nos forêts. C’est une richesse que nous devons davantage valoriser.
VA / Observe-t-on une évolution du profil des visiteurs attirés par la Corrèze ?
Oui, nous constatons une évolution, que la période du Covid a d’ailleurs accéléré. Il y a une dizaine ou une quinzaine d’années, nous accueillions essentiellement une clientèle issue du bassin parisien, qui reste aujourd’hui encore notre premier marché, ainsi que des visiteurs du nord de la France et des Pays de la Loire. Désormais, nous voyons arriver davantage de visiteurs du sud, notamment des Toulousains, des Marseillais, mais aussi des Espagnols. Les pratiques évoluent également. La randonnée et le vélo prennent une place de plus en plus importante dans les séjours. Nous avions anticipé cette tendance en structurant cette offre, qui constitue aujourd’hui l’un des axes forts de notre développement. Les résultats de la dernière enquête de clientèle menée en 2025 par IPSOS BVA pour le Comité régional du tourisme de Nouvelle-Aquitaine confirment d’ailleurs ces évolutions.
VA / Quelles sont aujourd’hui les activités de pleine nature les plus plébiscitées par les visiteurs ?
La randonnée est aujourd’hui la première activité pratiquée en Corrèze. Le farniente reste important, bien sûr, mais la marche et les balades occupent une place centrale. Les visiteurs viennent aussi découvrir nos villages, notre patrimoine et notre art de vivre. Mais avant tout, ils recherchent une reconnexion à la nature, aux autres et à l’authenticité. Ils apprécient également les petits marchés de producteurs et les marchés festifs organisés tout au long de l’été. Ce sont des moments où habitants et touristes se retrouvent, toutes générations confondues, dans une ambiance simple et conviviale. Nous savons à qui nous nous adressons : la Corrèze n’est pas une destination de tourisme festif, mais une destination où l’on vient se ressourcer et retrouver l’essentiel.

VA / La pratique du vélo séduit un public toujours plus large. Quelles véloroutes ou voies vertes emblématiques traversent le département ?
La Corrèze est un territoire vallonné, de moyenne montagne, avec des paysages parfois très encaissés, notamment dans les gorges de la Dordogne. Historiquement, ce n’était donc pas la destination la plus évidente pour le cyclotourisme. L’arrivée du vélo à assistance électrique a changé la donne et nous a permis de développer cette offre. Nous disposons de quelques voies vertes, notamment autour de Brive, mais notre force réside surtout dans un réseau de petites routes de campagne qui traversent des paysages remarquables. L’itinéraire de La Vagabonde (V87), qui relie Montluçon à Montauban en traversant l’est du Massif central, s’impose progressivement. Avec ses 6 000 mètres de dénivelé, il s’adresse à un public plutôt aguerri et a enregistré près de 8 000 passages l’an dernier.
Parallèlement, le Département a lancé en juillet dernier le réseau des Voies Vertes Pâles, un maillage de 1 200 kilomètres d’itinéraires fléchés favorisant les mobilités douces et reliant les principaux sites touristiques et les bourgs. Cette nouvelle offre commence déjà à fédérer les acteurs locaux, qu’il s’agisse des loueurs de vélos, des campings ou des hébergeurs, et nous avons désormais l’ambition de la connecter à d’autres grands itinéraires cyclables.

VA / Et pour les amateurs de randonnée, quels sont les grands itinéraires ou GR qui permettent de découvrir la Corrèze à pied ?
La Corrèze compte plusieurs grands itinéraires de randonnée. Nous sommes notamment traversés par une voie de Saint-Jacques, la voie de Rocamadour, enrichie il y a quelques années par une variante reliant Bénévent à l’Abbaye de La Romieu. Nous avons aussi un itinéraire emblématique, « La Dordogne de Villages en Barrages », créé il y a une dizaine d’années. Il longe les gorges de la Dordogne, de Port-Dieu jusqu’aux confins du département, en reliant les deux rives. Les paysages y sont exceptionnels et l’itinéraire attire des randonneurs en quête d’itinéraires alternatifs, loin des sentiers les plus fréquentés. Il est également commercialisé par des agences de marche à pied à l’instar de Chamina. Je peux également citer le GR 46, entre Tours et Toulouse, et le GR 440, qui passe au cœur du Parc naturel régional de Millevaches. Ce dernier bénéficie d’une belle dynamique avec une nouvelle topocarte et un réseau d’aires de bivouac aménagées. Ces initiatives apportent des solutions adaptées aux randonneurs itinérants tout en contribuant à redonner vie et attractivité à des territoires longtemps restés à l’écart des grands flux touristiques.
VA / Vous mettez en avant sur votre site des séjours et expériences bas carbone. En quoi consistent-ils et répondent-ils à une demande croissante des visiteurs ?
Nous avons construit avec les offices de tourisme six séjours bas carbone dans le cadre d’un dispositif porté par le Comité régional du tourisme de Nouvelle-Aquitaine. Notre objectif est davantage d’inspirer les visiteurs que de vendre directement ces offres. Par exemple, l’un de ces séjours propose d’arriver en train à Brive avant de découvrir le territoire à vélo. Cette approche fonctionne bien et incite les visiteurs à construire ensuite leur propre itinéraire. Nous nous appuyons également sur des influenceurs spécialisés et la presse pour faire connaître ces expériences. Le GR 46, le GR de Pays du Midi corrézien ou encore les itinéraires de randonnée ont ainsi été testés par des créateurs de contenus, avec des retombées très positives en termes de fréquentation.
Nous souhaitons désormais mettre davantage en avant les expériences proposées par nos partenaires, comme les séjours de randonnée accompagnée développés sur le Parc naturel régional de Millevaches par l’agence spécialisée « APPATT Millevaches ». Même si le séjour bas carbone reste encore une niche, nous constatons une demande croissante autour des mobilités douces, de l’itinérance et des vacances sans voiture. Notre rôle est d’accompagner cette évolution en facilitant l’accès à ces nouvelles pratiques et en proposant des alternatives toujours plus adaptées.

VA/ La découverte de la nature peut aussi se faire de manière ludique. Pouvez-vous nous présenter les parcours Tèrra Aventura proposés en Corrèze ?
Tèrra Aventura est une formidable réussite. C’est un concept qui est né en Limousin et qui a été imaginé par Sophie Marnier. Depuis, cette aventure a pris une ampleur incroyable. En Corrèze, nous proposons aujourd’hui 60 parcours, qui attirent près de 300 000 joueurs chaque année. Ce qui est intéressant, c’est que les petites communes et les territoires se sont rapidement emparés de cet outil pour mieux se faire connaître. Tèrra Aventura permet de diffuser les flux touristiques, d’inciter les visiteurs à faire un pas de côté, à découvrir des lieux moins connus tout en s’amusant. Nous faisons évoluer le concept en permanence. Depuis l’an dernier, nous développons notamment des micro-aventures, en partenariat avec les offices de tourisme, les communes, Corrèze Tourisme et le Comité régional du tourisme. L’objectif est clair : donner envie aux visiteurs de séjourner plus longtemps et mettre en lumière un site emblématique.
C’est un levier extrêmement puissant, parce qu’il mêle découverte du patrimoine, immersion dans la nature et plaisir du jeu. Les familles avec enfants sont au rendez-vous, mais aussi les quadragénaires, les passionnés de jeux et, plus largement, un public très varié. Grâce à Tèrra Aventura, les visiteurs découvrent la Corrèze autrement, de façon ludique, et cela donne souvent envie de revenir explorer d’autres parcours.

VA/ La Corrèze compte des incontournables comme le château de Pompadour ou les Pans de Travassac. Mais si vous deviez recommander un lieu plus confidentiel, lequel choisiriez-vous ?
L’exemple le plus parlant est celui du Viaduc des Rochers Noirs. C’est un ouvrage d’art exceptionnel, l’un des six ponts suspendus de ce type dans le monde. Fermé pendant une vingtaine d’années pour des raisons de sécurité, il a bénéficié de 10 millions d’euros de travaux pour être restauré. Le Département nous a demandé d’accompagner sa réouverture en renforçant son attractivité touristique. Nous avons d’ailleurs créé une micro-aventure Tèrra Aventura autour du site. Les résultats ont dépassé nos attentes : 7 000 joueurs en seulement six mois, et 35 000 visiteurs sur cette même période. Beaucoup de personnes sont même venues spécialement pour cette aventure.
Mais la Corrèze regorge aussi de trésors plus confidentiels. Je pense notamment au village abandonné de Clédat, sur le plateau de Millevaches. Cet ancien hameau, aujourd’hui restauré grâce à la mobilisation des collectivités, est un lieu hors du temps, où l’on peut découvrir un étonnant jardin de sculptures en pleine nature. Je citerais aussi Port-Dieu, point de départ du parcours La Dordogne de Villages en Barrages. C’est un site exceptionnel, avec son prieuré et sa chapelle qui font actuellement l’objet de travaux de restauration. Tout au long de l’été, le lieu accueille une programmation culturelle et événementielle qui mérite vraiment le détour.

VA/ Plusieurs sites du département sont labellisés Tourisme & Handicap. Peut-on dire que le tourisme de nature est accessible à tous en Corrèze ?
C’est une vraie priorité pour nous. Corrèze Tourisme est d’ailleurs évaluateur du label Tourisme & Handicap sur le territoire. Aujourd’hui, nous comptons 33 opérateurs touristiques labellisés. C’est un label très exigeant, qui garantit un niveau élevé d’accessibilité sur une partie de notre offre. Mais nous allons au-delà de la seule labellisation. Nous avons par exemple proposé des formations au FALC, le Facile à lire et à comprendre. Cet outil est particulièrement utile pour les personnes en situation de handicap mental, mais aussi pour les enfants ou toute personne qui a besoin d’une information plus simple et plus accessible. Cela améliore la compréhension et la qualité de l’accueil.
Il y a une véritable prise de conscience sur ces enjeux et de nombreuses initiatives un peu partout sur le territoire. Nous avons ainsi des plans d’eau labellisés Pavillon Bleu avec des aménagements favorisant l’accessibilité, des sites naturels équipés de joëlettes pour permettre à tous de profiter des sentiers de randonnée, ou encore des équipements adaptés pour la baignade. Je pense aussi au travail réalisé par la Fédération de pêche, qui a aménagé plusieurs pontons accessibles afin que les personnes à mobilité réduite puissent pratiquer leur activité dans de bonnes conditions. Autre exemple, Allassac, qui accueille un village de séjour adapté, pensé pour recevoir des vacanciers en situation de handicap ainsi que leurs familles.
Enfin, il existe également de nombreuses offres qui ne sont pas forcément labellisées mais qui intègrent pleinement cette démarche d’accessibilité, avec des équipements adaptés et une volonté de permettre au plus grand nombre de profiter de la nature corrézienne. C’est cette dynamique collective qui nous permet aujourd’hui de dire que le tourisme de nature en Corrèze est de plus en plus accessible à tous.

VA/ Comment la Corrèze concilie-t-elle développement touristique et préservation de ses espaces naturels ?
Le développement touristique en Corrèze ne se fait jamais au détriment de nos espaces naturels. Au contraire, nous avons fait le choix de nous appuyer sur leur préservation pour construire notre offre touristique. C’est notamment le cas avec notre stratégie de développement du tourisme de pêche. Nous savons que nous évoluons dans des milieux très sensibles, comme le plateau de Millevaches, véritable château d’eau avec ses nombreuses sources. Nous avons donc pensé ce développement en tenant compte des écosystèmes et en travaillant en étroite collaboration avec la Fédération Départementale de Pêche.
Cette logique s’applique à l’ensemble de nos activités de pleine nature. Sur certains sites, par exemple pour le trail ou la randonnée, nous accompagnons les pratiques afin de limiter les phénomènes de surfréquentation ou de piétinement des milieux les plus fragiles. Nous avons aussi la chance de compter une réserve naturelle des Gorges de la Maronne et Tours de Merle. Elles ne sont pas perçues comme une contrainte, mais comme une formidable opportunité de sensibiliser les visiteurs. Elles permettent de faire découvrir des écosystèmes remarquables, d’expliquer pourquoi certaines espèces, comme les chauves-souris par exemple, sont protégées et de mieux faire comprendre la richesse de notre patrimoine naturel.
Le Parc naturel régional a également porté la création de la Réserve internationale de ciel étoilé. Ce qui pourrait être vu comme une faiblesse (une faible densité de population et peu d’éclairage nocturne) est devenu un véritable atout. Nous préservons la qualité du ciel nocturne en limitant la pollution lumineuse, et cette expérience attire aujourd’hui de nombreux visiteurs. Enfin, la vallée de la Dordogne bénéficie du classement en Réserve mondiale de biosphère. Là encore, cette reconnaissance internationale montre que la préservation de nos paysages et de notre biodiversité constitue un formidable levier d’attractivité.

VA/ Enfin, si vous deviez résumer l’expérience corrézienne en trois mots, lesquels choisiriez-vous ?
Je dirais que l’expérience corrézienne est singulière, généreuse et inspirante. Singulière, parce que la Corrèze est une terre de caractère, avec des paysages très variés, un patrimoine exceptionnel et une identité forte. Généreuse, parce que c’est un territoire où l’on prend le temps, où l’accueil est sincère et où la nature offre énormément à ceux qui viennent la découvrir. Et inspirante, parce qu’ici, on se déconnecte du quotidien. Notre nouvelle signature le résume d’ailleurs très bien : « La Corrèze, c’est loin, mais c’est unique. » Et pour nous, « loin » ne signifie pas enclavé. Ce serait plutôt que nous sommes loin du bruit, loin du stress, loin des soucis. En quelques heures seulement depuis Paris ou les grandes métropoles, on change complètement d’univers. On se dépayse, on respire, une expérience vibrante.

Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Radio France, Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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